XII

Réveil

Note de l'auteur : Chapitre 12 et on est encore loin de la fin. cette fic sera décidément plus longue que d'habitude. Je n'ai pas encore envie de la lâcher. J'espère que ça vous plaira.

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Bonne lecture et merci de vos reviews, c'est ce qui me motive à continuer ^^


USS Enterprise, quartiers de Kirk et Spock, point de vue du Commander Spock.

Il était encore tôt et je regardais Jim dormir paisiblement, enfin. Il avait encore deux bonnes heures de sommeil devant lui et je n'allais pas l'en priver. Je ne l'avouerai pas, mais si je m'étais retrouvé dans l'impossibilité de pénétrer son esprit pour le sortir de son cauchemar, ses émotions, elles, n'avaient eu aucun mal à briser mes barrières mentales, se distillant dans mon corps, envahissant chaque partie de mon être. Et si la situation n'avait pas exigé tout mon sang-froid, j'aurais certainement fini par paniquer également. Je n'étais pas habitué à gérer les réactions émotionnelles de cette envergure.

Maintenant que tout était revenu à la normale, à la fin de notre quart, je devais retrouver Leonard pour essayer de comprendre ce qui venait de se produire. Le problème ne venait pas juste des électrodes. Peut-être même qu'elles fonctionnaient très bien. Car ce rêve-là n'avait rien à voir avec ceux d'avant. Je ne savais toujours pas ce qui s'y passait, mais Jim avait mentionné Frank et quoi qu'en dise McCoy, je ne croyais pas qu'il délirait à ce moment-là. Puisque l'homme ne se trouvait ni sur le vaisseau et encore moins sur la planète, sa présence dans le songe de Jim ne semblait pas logique. De plus, il possédait apparemment le pouvoir de maintenir l'illusion, empêchant mon T'hy'la, dont j'attendais patiemment le réveil pour avoir plus d'informations, de reprendre conscience. Ce qui dépassait l'entendement.

Pour le moment, je me sentais incapable de quitter nos quartiers et quand il tendit une main, sans se réveiller, en cherchant ma présence, je retournai me coucher contre lui. Il se réfugia instinctivement entre mes bras et ses lèvres trouvèrent les miennes. Quand il soupira dans mon cou, je sus qu'il ne dormait plus.

« Comment te sens-tu ? » Murmurai-je.

« Mieux. Et beaucoup plus reposé que ces derniers jours. » M'assura-t-il.

« Cela veut dire que les électrodes font leur effet. La réponse est donc ailleurs. Nous trouverons ce qui s'est passé. »

« J'en suis persuadé. » Chuchota-t-il, d'une voix encore ensommeillée.

« Tu veux en parler ? » Tentai-je, doucement, en caressant ses cheveux.

Il hésita quelques instants, sembla rassembler ses idées.

« C'est encore limpide dans mon esprit, mais j'ai du mal à mettre des mots dessus. » M'avoua-t-il.

« Montre-moi, si tu préfères. » Lui proposai-je, sans le brusquer.

Il ferma ses yeux, dans l'obscurité de la pièce et des images me parvinrent. Je vis alors ses péripéties, dans sa version cauchemardesque de l'Enterprise. Vide et éteinte. Puis, cet homme, au visage presque flou, qui prit progressivement les traits de Frank. Quand l'angoisse de Jim refit surface, je stoppai le flux de ses pensées et le ramenai à la réalité.

« Tu as conscience que ce n'était pas vraiment lui, n'est-ce pas ? Il ne peut pas t'atteindre ici. » Dis-je, quand il fut de nouveau calme.

« Maintenant, oui. Mais, quand j'étais prisonnier de ce rêve, je n'en étais pas sûr. Je ne contrôlais plus rien. Je suis désolé, tu as dû en baver aussi. »

« Ne t'excuses pas. Tu n'y es pour rien. » Lui assurai-je, avant de l'embrasser.

Il me rendit mon étreinte.

« Il nous reste combien de temps, avant de devoir nous lever ? » Demanda-t-il, en se collant à moi.

« Bien assez pour ce que tu as en tête. Même si je pense que ce n'est pas raisonnable. » Répondis-je, désapprobateur.

Pour autant, j'étais incapable de le repousser. Il conservait inlassablement le don d'éveiller cette faim en moi.

« J'ai besoin de toi. » Pensa-t-il, en me tirant à lui.

C'était un Terrien qui avait dit, il y a bien longtemps, que la meilleure façon de résister à la tentation, c'est d'y céder(1). Je succombai donc à la douceur de sa peau, à l'appel de sa chair tendre et m'insinuai avec précautions entre ses jambes fermement nouées autour de mes hanches, avant de le prendre à un rythme lent, doux. Ses gémissements vinrent mourir sur mes lèvres, alors que je m'emparais des siennes pour l'emporter dans un baiser voluptueux. Amoureusement, je le fis languir, me délectai de sentir le plaisir monter en lui, avant de le posséder avec plus de force. Ses mains agrippèrent mon dos, sa langue laissa des traînés de feu dans mon cou, sur mon épaule, son corps vibra en harmonie avec le mien, se couvrit de sueur. J'humai son odeur masculine, brute, encore quelque peu teintée de peur, et m'emparai de son membre tendu entre nos ventres, pour le caresser avec envie. Jim se cambra contre moi, au bord de la rupture. Il perdit le contrôle de ses gestes, rejeta la tête en arrière et vint soudainement entre mes doigts, dans un cri muet, ses traits crispés, ses yeux fermés, avant d'enfoncer ses talons dans le bas de mes reins, m'incitant à accélérer encore. Ce que je fis, jusqu'à le rejoindre dans les affres de l'orgasme.

C'est essoufflé, mais beaucoup plus serein, qu'il me garda quelques instants contre lui, dans une étreinte apaisante.

« J'ai besoin d'une douche. » Murmura-t-il.

Je compris que c'était autant pour se laver de son angoisse, que pour s'assurer qu'elle fonctionnait correctement, pour être définitivement sûr que son cauchemar n'était que ça, et non la réalité. Je décidai de le suivre, quand il se leva et se dirigea vers la salle de bain.

« Je te propose d'essayer quelque chose. » Dis-je, en entrant à sa suite dans la cabine. « Quand tu auras un doute sur ce qui t'entoure, que tu seras incapable de dire si c'est réel ou non, tente de communiquer avec moi télépathiquement. Si je ne réponds pas, c'est que tu rêves. Je n'ignorerai jamais un de tes appels. »

« Je l'ai déjà fait. Mais, jusqu'à maintenant, c'est justement ce qui me fait paniquer. La prochaine fois, je saurai ce que ça veut dire et je me réveillerai sûrement plus facilement. » M'assura-t-il, en fixant le robinet.

Je lui laissai le temps de trouver la volonté de l'ouvrir de lui-même et l'entendis relâcher son souffle, quand l'eau chaude cascada sur nos corps. Je l'incitai à se retourner, pour savonner tendrement son dos. Ses muscles tendus se relâchèrent sous mes doigts, alors que l'effluve musqué du gel douche envahissait la pièce déjà remplie de vapeur. Nous restâmes longuement sous le jet brûlant, jusqu'à ce qu'il soit bien trop tard pour nous permettre de traîner. Nous enfilâmes rapidement nos uniformes propres, avant de filer au mess, pour avaler quelque chose avant d'aller sur la passerelle.

USS Enterprise, pont E, point de vue de l'Enseigne Pavel Andreievich Chekov.

J'étais en route pour prendre mon petit-déjeuner, la tête ailleurs. Je ne pouvais m'empêcher de penser à autre chose que la sieste que nous avions partagée, la veille, et au dîner qui avait suivi. Hendorff s'était fichu de moi, quand j'étais rentré tard, avec un immense sourire aux lèvres qui refusait de s'effacer. Mais, il pouvait bien penser ce qu'il voulait, je me sentais transporté comme jamais auparavant. Ce n'était que le début, mais la perspective d'enfin ne plus être seul, avec quelqu'un qui me comprenne, me mettait dans un état d'euphorie qui m'avait presque empêché de dormir. De plus, comme promis, je me sentais en meilleure forme, grâce aux électrodes. Hikaru m'avait invité à le retrouver au mess des officiers. Il était lieutenant, pas moi. Je n'avais donc pas vraiment le droit de m'y restaurer, mais il m'avait assuré que ça ne poserait pas de problème, du moment que ça restait ponctuel. Je pénétrai donc dans la pièce qui m'était encore inconnue et croisai le regard du Capitaine qui était attablé avec monsieur Spock et le Docteur McCoy. S'il fut surpris de me voir, il n'en montra rien, mais il jeta une œillade entendue à mon copain qui se trouvait quelques tables plus loin, après m'avoir rendu mon salut. Ce dernier me fit un signe et je m'empressai de le rejoindre. Il se leva et me saisit par la taille pour m'embrasser doucement. Son geste me surprit, mais je me laissai néanmoins porter par les événements avec plaisir. Puis, il me relâcha et se rassit, alors que je restais planté là, rouge comme une écrevisse, sous les yeux amusés de l'assemblée.

« Tu as bien dormi ? » Me demanda-t-il

« Moins bien qu'hier après-midi. » Répondis-je, en m'installant en face de lui.

Il me lança un regard qui me donna un frisson, en poussant une tasse de café fumante vers moi. J'en bus une gorgée, après avoir soufflé dessus, pour me donner contenance. Il me sourit en piochant un morceau de fruit dans un bol, avant de le présenter devant ma bouche. J'happai le mets entre mes lèvres, en léchant ses doigts au passage, puis en savourai la saveur sucrée.

« Tu veux qu'on se voit, après notre quart ? » Me proposa-t-il.

« Bien sûr. Il y a quelque chose en particulier que tu as envie de faire ? »

« Ce que tu veux. » Répondit-il.

« On pourrait aller dans le jardin. Tu as sûrement de nouvelles plantes à me montrer. » Décidai-je, en connaissant sa passion pour la botanique.

« Effectivement. J'ai crée une nouvelle rose hybride. Elle ne devrait pas tarder à fleurir. Avec un peu de chance, il y aura des bourgeons à voir. » Confirma-t-il.

« De quelle couleur est-elle ? » M'enthousiasmai-je.

« C'est une surprise. » Dit-il, mystérieusement.

Et cela me fit sourire.

« C'est l'heure. » Ajouta-t-il, en désignant la table du Capitaine qui venait de se lever, suivit de près par Spock et McCoy.

Nous les imitâmes rapidement, avant de nous diriger vers la passerelle.

USS Enterprise, infirmerie, point de vue du Commander Spock.

Comme prévu, à la fin de notre quart, où Jim et moi avions eu une longue conversation télépathique sur la manière dont nous allions nous y prendre pour obtenir des informations de la personne qui aura certainement remplacé Blaise Wilkins, je retrouvai Leonard à l'infirmerie. Il m'accueillit avec une de ses bouteilles à la provenance plus que douteuse, ce à quoi je répondis par un haussement de sourcil perplexe. Il soupira, en m'invitant à m'asseoir.

« Est-ce qu'il t'arrive de t'amuser ? » Me demanda-t-il.

« Oui. Contrairement à ce que tu sembles penser. Mais, pour moi, boire n'est pas un divertissement. » Répondis-je, en m'installant dans un fauteuil en face de lui.

« Pourtant, je suis sûr que tu serais hilarant, bourré. » Railla-t-il, en se servant un verre.

Je décidai d'ignorer sa remarque, en levant les yeux au ciel.

« As-tu des pistes, en ce qui concerne la terreur nocturne de Jim ? » L'interrogeai-je.

« Pas la moindre. C'est incompréhensible. » Avoua-t-il, contrarié, en buvant une gorgée.

« Il m'a confirmé que Frank s'y trouvait, ce matin, quand il s'est réveillé. Il m'a également montré les souvenirs qu'il avait de son cauchemar. J'ai pu le constater par moi-même. Ce n'était pas réellement lui, bien évidement. Mais une personne qui a pris ses traits, dès qu'il a aperçu Jim. Comme s'il avait pioché l'information dans son esprit. » Lui rapportai-je.

« Tu penses que ce type existe vraiment ? »

« J'en suis persuadé. Je n'arrête pas de repenser à cet homme que nous avons croisé devant la mairie. » Affirmai-je.

« J'ai fait ce lien, moi aussi. Il semblait très perturbé et cela avait un rapport avec ses rêves. » Me confirma-t-il.

« Je ne crois pas que ce soit une coïncidence. Mais, le retrouver va s'avérer compliqué. »

« Quand bien même, il a été très clair, il ne voulait pas en parler. Et avec leur politique de confidentialité, nous n'arriverons pas à en tirer quoi que ce soit. » Dit-il, pessimiste, en vidant son verre d'un trait.

« Nous devons quand même essayer. Si cela se reproduit… »

« Ça n'arrivera pas. » Me coupa-t-il. « Nous l'empêcherons. »

« Et comment ? Même moi, je ne pouvais pas accéder à son esprit. » Contrai-je.

« Nous devons convaincre Jim de partir d'ici. »

« Les accords… »

« Au diable les accords à signer ! Ces gens ne voudront certainement pas faire partie de la fédération de toute manière. »

« Je ne peux pas te laisser dire ça. » Répondis-je, d'une voix sourde. « Ça lui tient à cœur. Lui, il y croit et je ne compte pas le persuader de renoncer. »

« Au prix de sa santé mentale ? »

« Non. C'est pour ça que nous devons y retourner, aujourd'hui et découvrir le fin mot de cette histoire. Il y a manifestement quelque chose qui ne va pas et Jim refuse déjà de s'en détourner. Il veut redescendre, cet après-midi. Et je suis d'accord avec lui. Ce peuple a fondé sa civilisation sur le rêve. Si l'un d'entre eux a trouvé le moyen de contrôler les songes des uns et des autres, il pourrait provoquer beaucoup de dommages. Nous avons le devoir de les aider. »

Il soupira, en se resservant, avant d'engloutir la moitié de son verre.

« Je sais que tu as raison. » Admit-il. « Je n'aime juste pas quand il se met en danger de cette manière. »

« Moi non plus. Mais c'est inutile d'essayer de le faire aller contre sa nature. »

Il sourit à ma remarque.

« Il aura notre peau, hein. » Ironisa-t-il. « À Jim. Et à son entêtement légendaire. » Dit-il, en levant son verre, avant de le vider une deuxième fois.

Un demi-sourire se dessina sur mes lèvres. Je devais retrouver mon T'hy'la pour déjeuner et invitai Leonard se joindre à nous. Il accepta ma proposition et nous nous dirigeâmes vers le mess, tout en discutant de l'expédition à venir.


(1) Célèbre citation d'Oscar Wilde.