Chapitre 9

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Les Saints souriaient en regardant les deux généraux en haut du mur, nullement inquiétés. Sirène entendit son compagnon jurer. Dragon des Mers lança alors sans sommation une attaque dimensionnelle sur les tranquilles chevaliers d'Athéna. Mais son pouvoir se heurta aux cosmos dressés des deux Saints. Il ragea. Sirène commença à porter la flûte à ses lèvres.
« Non ! maugréa le Dragon des Mers. Je les vaincrai seul !
— Ils sont deux… Il n'y a aucune honte à avoir à aussi nous associer… »
N'écoutant pas les protestations de l'autre Marina, Sirène commença à jouer un air qui pétrifia les Saints étonnés. L'attaque de Dragon des Mers s'empara de celui de droite et l'engloutit au loin, mais celui de gauche eut un regain de cosmos et hurla en brisant le sort de Sirène. Agacé, Sirène recommença à jouer, mais le Saint rit juste avant de… s'enfuir ?
Il s'était… enfui ?
Quels étaient ces "guerriers" qui reculaient si facilement ? Athéna s'était-elle entourée de lâches ? Quelque chose clochait… En frémissant, Sirène se retourna vers Dragon des Mers, encore crispé.
« Dis… Combien sont entrés dans Atlantis ? »
Dragon des Mers haussa les épaules.
« Je n'ai ressenti que deux… »
Comprenant soudain l'idée de Sirène, il s'interrompit.
« Oui, ils sont entrés fort peu discrètement, un troisième camouflant son cosmos a bel et bien pu rentrer… chuchota-t-il en étrécissant les yeux.
— Il est forcément toujours là, et cherche juste à repérer les lieux… continua Sirène. S'il repart avec ces informations, ils pourront établir une stratégie d'envahissement élaborée…
— Ferme les yeux. Vérifie que tu sens toujours les cosmos de Kraken, Lymnades et Chrysaor. Je cherche Cheval des Mers et Io. Nous devons ensuite les prévenir. »
Sirène s'empressa d'obéir.

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Lymnades regardait les explosions lointaines de cosmos. Deux autres généraux étaient en train de se battre contre des intrus. Par précaution, il était plus utile près du temple de Poséidon. C'était la place que Dragon des Mers lui avait assignée en cas de tentative d'invasion, il avait argué que les dons d'illusion de Lymnades étaient un excellent dernier rempart. Le général concerné avait donc posté des images de faux gardes un peu partout, et attendait. Si l'un tombait, il l'aurait su directement et aurait pu aller lire le cœur de l'intrus.
Ah que sa technique était pratique, se congratulait Lymnades. Adossé à un muret, sous la forme d'un garde ordinaire, il attendait, sûr de lui. Les attaques lointaines à l'entrée d'Atlantis avaient cessé, ses camarades avaient certainement repoussé l'ennemi… Lymnades bâilla. Il devait attendre qu'on vienne lui confirmer en personne la victoire. Ses faux soldats attendraient encore un peu.
L'explosion tranchant son cosmos-même l'atteignit soudain et un de ses gardes factices changea d'apparence. Comment n'avait-il pas vu arriver ce Saint ? Ses longs cheveux blonds étaient emmêlés, il avait dû beaucoup s'agiter… Il portait une armure d'un or étincelant, de longues cornes s'enroulant autour de son cou, semblant trop lourdes pour son corps mince. Le Saint avança vers Lymnades agonisant au sol. L'attaque l'avait frappé en plein coeur directement, et le Marina était tombé, ébahi, ne comprenant pas la douleur qui s'enfuyait de son corps, alors que ses faux soldats disparaissaient.
Le Saint se pencha sur le général, le regard dur dans son visage d'ange.
« Tu as perdu… » murmura-t-il.
Utilisant ses dernières forces, Lymnades plongea dans le coeur du Saint, mais fut englouti par une multitude de visages différents d'êtres chers. Combien de personnes pleurait-il au juste ? Et puis…
« Tu n'es… pas humain… gargouilla-t-il, s'étranglant dans son propre sang.
— Ah… » soupira le Saint.
Il s'assit aux côtés du Marina et pencha la tête.
« Tu te souviens de moi, hein ? Le chevalier d'or du Bélier, qui ne t'a pas impressionné… »
Il eut un sourire triste.
« Je vais te raconter une histoire pour t'accompagner vers l'au-delà…
« Ma race est différente de celle des humains. Nous sommes un peuple qui vivait sur une île, l'île de Mu. Nous vivons plus longtemps que les humains, même si nous pouvons procréer avec eux. Nous sommes d'une technologie bien plus avancée. Les armures des Saints, c'est nous qui les avons construites. Et elles sont meilleures que les vôtres, crois-moi…
« Nous sommes aussi une race de télépathes. J'ai su que tu étais un intrus au moment où j'ai senti que tes pensées n'étaient pas celles de mon camarade. Je t'ai vu prendre diverses apparences. L'illusion était à chaque fois parfaite. Tu dupliques jusqu'à leur coeur. Mais tu ne peux pas t'empêcher en même temps de rire intérieurement. Et ce rire agaçant a causé ta perte, car je l'entendais. Je l'ai dit à Athéna, qui a joué à te laisser savoir certaines choses, t'a menti sur d'autres… Tu croyais nous avoir bernés? C'est toi qui as été mon jouet.
« Nous allons vous vaincre… J'ai une raison très personnelle pour cela. Le déluge de votre maudit dieu, Poséidon, a noyé notre île. Ma patrie. Tout a disparu. Nous avons dû nous réfugier dans des montagnes bien lointaines… Il y fait si froid… Mais c'est notre nouvelle patrie, et nous devons nous y habituer… Alors pour Mu détruite, pour la nouvelle Jamir, nous allons gagner. »
Le Bélier se releva et jeta un dernier regard sur le Marina vaincu.
« Au revoir Lymnades… Merci de nous avoir facilité la tâche… »

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Sirène courait vers le cosmos moribond de Lymnades. Que s'était-il passé ? Et si près de Poséidon !
Le corps inerte de son compagnon reposait près de la fausse caserne des gardes. Sirène se pencha sur le général plus blanc encore que d'ordinaire.
« Nous allons te soigner, tu verras… » lui mentit-il en essuyant le filet de sang qui coulait de la bouche de Lymnades.
Personne ne pouvait soigner quelqu'un sur le point de mourir… Mais Sirène saisit la main rigide du Marina pour l'apaiser. Soudain, le cosmos de Lymnades se colla brutalement à celui du musicien, et ce dernier vit le Bélier, entendit son histoire avant de le voir repartir loin d'Atlantis. Ses dernières forces envolées, Lymnades ferma définitivement les yeux, ses phalanges devenant molles entre les doigts de Sirène.
Le général trembla. Il n'était pas spécialement attaché à Lymnades, mais c'était son camarade, et un Saint l'avait assassiné. Il redessina dans sa mémoire le visage d'un ovale parfait du meurtrier, son sourire triste et les taches étranges à la place des sourcils. Il l'éliminerait lui-même, Sirène se le jura.

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La cérémonie avait été brève, ils étaient en guerre. Le corps de Lymnades avait été poussé dans l'océan et quelques mots prononcés. Poséidon était visiblement furieux. Il avait fini par enfiler une armure tirant sur le rouge et serrait dans sa main droite un trident doré. Ses doigts avaient blanchi sous la pression de sa colère et ses pupilles avaient grossi dans l'océan de ses iris.
Il se retourna vers Dragon des Mers et Sirène.
« A quoi ressemblait celui qui s'est enfui ?
— Il était… petit, brun et puis…, bafouilla Dragon des Mers, submergé par la fureur de son dieu.
— Un casque en forme d'ailes, des ailes aux pieds, décrivit Sirène. Selon les descriptions que nous avait faites Lymnades, il ne peut s'agir que de Pégase. »
Chrysaor eut un juron derrière eux. Il alla vers Poséidon et s'agenouilla.
« Laissez-moi m'occuper de lui quand il reviendra… implora-t-il. C'est une insulte au nom de ma mère. »
Le dieu soupira.
« Bien… Mais tu dois l'emporter, rajouta-t-il. Je ne veux plus voir un seul de mes généraux mourir. »
Chrysaor approuva.

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A toute allure, ils avaient reformulé un nouveau plan de défense. Chrysaor défendait le premier et le deuxième cercle. Scylla était dans le troisième, et Cheval des Mers dans le quatrième. Kraken protégeait le cinquième cercle. Les sixième et septième cercles étaient couverts par Dragon des Mers. Sirène s'occupait des deux derniers, près du temple de Poséidon. Chacun devait vérifier les cosmos des généraux des cercles précédents, mais ne devait pas quitter sa position si l'un s'éteignait.
« Mon seigneur… commença Sirène, resté un instant en arrière alors que les autres partaient prendre place
— Tout va bien, le rassura Poséidon.
— Je ne serai pas loin de vous, si vous avez besoin de moi, vous pouvez toujours m'appeler…
— Oh, besoin de toi ? » sourit le dieu en s'approchant.
Il embrassa légèrement le Marina.
« Mon seigneur, ce n'est pas le moment pour cela… protesta Sirène.
— En effet… »
Poséidon posa la paume de sa main sur la joue fraîche du musicien.
« Prends juste soin de toi, dit-il. Je ne supporterais pas de te voir blessé. Ce sera mon seul ordre. »
Sirène rit.
« J'essaierai mon seigneur…
— N'essaie pas, reviens intact », commanda-t-il en posant un dernier baiser.

Sirène ressortit du temple, songeur. Dragon des mers était toujours sur la plus basse des marches, les yeux sur le lointain. Le musicien descendit vers l'autre général.
« Ils sont sept… marmonna-t-il. Même si l'un cache son cosmos, il ne faut pas l'oublier…
— Je sais, répondit le musicien.
— Je te confie le secteur le plus proche de notre seigneur par respect pour lui, déclara soudain le Dragon des Mers en se retournant vers son compagnon. Je t'ai vu à l'œuvre, tu es plus que capable, mais j'aurais préféré défendre les dernières lignes. »
Sirène ouvrit la bouche de surprise.
« Alors, pourquoi… »
Dragon des mers rit.
« Parce que notre seigneur préfère ta compagnie à la mienne même s'il m'a nommé responsable des généraux…
— Je ne vois pas ce que tu veux dire, se renfrogna Sirène.
— Voyons, tu n'as jamais remarqué que vos… activités déployaient vos cosmos ? » taquina le Marina.
Sirène rougit. Il avait vaguement remarqué, mais s'était dit que c'était son imagination. Alors tout le monde savait que… ?!
« Tu noteras que ça nous perturbe tellement que nous sommes venus te harceler sur le sujet… plaisanta Dragon des mers. Notre seigneur est heureux, c'est tout ce qui importe. »
Il posa la main sur l'épaule de Sirène.
« Allez, je te confie ces deux cercles, protège-les bien. »
Sirène promit en souriant.