Sombres Songes
Disclaimer: Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo
Pairing: Ulquiorra/Orihime, autres couples pouvant être sous-entendus
Et me revoilà! Un chapitre un peu plus long que les précédents -et le plus long que j'ai pu écrire pour l'instant, bien que ça ne soit pas un critère très important-. On va dire que les choses commencent enfin à bouger dans l'histoire -dans ma tête, aussi-.
Merci à tous ceux qui ont pu lire le redémarrage de cette fic,
Et bonne lecture!
Chapitre 4: Désespoir et Volonté
Des minces foulées,
Plus besoin de courir.
Ces yeux verts qui transperçaient son âme,
Plus besoin de se cacher.
Cette paume froide contre la sienne,
Elle avait son accroche.
Le vent qui la fouettait.
L'odeur âcre du sang.
La poussière qui l'aveuglait.
Réduits à néant.
Elle se réveilla dans son lit.
Le volet n'était pas tiré, et elle pouvait voir le soleil se coucher à travers la vitre. Elle eut un instant de flottement, incapable de se rappeler ce qui s'était passé, de comment est-ce qu'elle avait pu atterrir ici sans en avoir conscience.
Puis les souvenirs affluèrent et elle se sentit encore plus dépourvue, tentant de rassembler les morceaux dans son esprit, alors qu'elle sentait son visage s'embraser au fil des minutes. Elle avait craqué devant Ichigo! Comment allait-il bien la voir, maintenant..? Comment..? Elle lui avait tout déballé sans mesurer ses mots -pire encore, elle avait déversé sur lui tous ces sentiments qui étaient restés enfermés bien trop longtemps en elle.
Inoue secoua la tête, comme pour chasser ces pensées, et se leva de son lit. Elle tangua un moment, sa vue légèrement brouillée, avant de reprendre le contrôle de ses sens et d'aller dans sa salle de bain, se dirigeant vers le miroir.
Son reflet avait une mine horrible.
Ses cheveux étaient en bataille, comme ils l'étaient toujours après une nuit de sommeil, mais d'une façon encore plus désordonnée qu'habituellement -elle se rappela soudainement s'être agrippée la chevelure dans un élan de désespoir. Son visage ne dépareillait au moins pas de l'état de sa crinière rousse, quoique le tout jurait quelque peu. Ses joues étaient encore rougies, quant à ses yeux, c'était encore pire.
Elle avait cependant l'information qu'elle recherchait: on avait dû la ramener après que les discussions à Las Noches se soient terminées, et la journée n'était pas encore totalement écoulée.
L'esprit vide, Inoue ouvrit le robinet et s'aspergea consciencieusement le visage d'eau froide, frissonnant au contact de celle-ci. Elle attrapa une serviette qui traînait par là et entreprit de se sécher, le tout dans des gestes mécaniques et irréfléchis. Elle fixa une nouvelle fois l'image que lui renvoyait le miroir, qui n'avait définitivement pas meilleur mine, avant de s'en détourner.
Elle ne savait pas quoi faire. Et elle savait que si elle ne trouvait pas une occupation, ses pensées allaient irrémédiablement se diriger vers... Là où elle ne les voulait pas. Il fallait qu'elle s'occupe l'esprit. Qu'elle se détende...
La rousse promena sans but ses prunelles sur les éléments qui formaient sa salle d'eau, et s'attarda sur la baignoire qui trônait contre un mur. Une question la frappa soudainement alors qu'elle fixait l'objet. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas lavée? Puis la sensation d'angoisse sur la question de sa propreté s'évanouit aussitôt. Elle manqua de se cogner la tête contre un mur -elle s'était lavée la veille, bien sûr. La journée lui avait paru tellement longue. Ou plutôt, elle avait été tellement entrecoupée qu'elle ne comptait plus pour une seule journée à ses yeux... De toutes façons, vu comment elle s'était vautrée dans la...
Ses mains se crispèrent.
Elle s'obligea à respirer lentement, et à se concentrer sur l'air qui entrait et sortait de ses poumons. Inoue ferma les yeux, et eut un soupir. Puis elle commença à se déshabiller.
Un bain chaud lui ferait du bien.
Elle actionna les robinets et regarda l'eau couler, les yeux dans le vague, l'esprit embrumé. Elle s'accroupit là, entourant ses genoux de ses bras, et attendit que la baignoire se remplisse.
L'eau était délicieusement brûlante.
Sa peau, après s'être couverte de chair de poule lors du changement brutal de température, s'imprégnait maintenant de la chaleur ambiante. Elle n'avait pas attaché ses cheveux, et des mèches flamboyantes ondulaient de-ci de-là, bien que le reste de sa tête n'ait pas encore touché l'élément aqueux. Ses genoux dépassaient de l'eau, et même ses seins n'étaient pas totalement recouverts. Inoue eut un nouveau soupir, et elle songea qu'elle devrait faire construire une nouvelle baignoire. Une du genre où elle pourrait s'allonger sans craindre qu'une partie de son corps ne soit pas immergée à cause de la petitesse de l'objet en question. Pourquoi ne pas en faire une avec un rehaussement pour la tête, carrément? Une baignoire-lit? Peut-être risquait-on de se noyer avec ça. Si on s'endormait. En même temps, on pouvait certainement moduler la forme de la baignoire de façon à ce qu'elle s'adapte parfaitement à l'ergonomie du corps -une baignoire sur-mesure!-. De cette façon, le corps serait bloqué dans l'eau, sans risque de noyade!
Ses pensées continuèrent à diverger de-ci de-là, retrouvant un courant farfelu qui les avait toujours caractérisées. Par automatisme, la rousse attrapa bientôt le savon qui reposait sur le bord carrelé de la baignoire, et entreprit de se laver tranquillement.
Sa main s'arrêta en suspension au-dessus de son autre bras, alors qu'elle se rendait compte qu'elle sentait bien. Même si elle ne voulait pas penser à lui, à tout cela, le poids qui l'étouffait auparavant était plus léger.
Parler avec Ichigo avait été bien, d'une certaine façon. Malgré que ce fut un dialogue à sens totalement unique. Un monologue, donc, se corrigea-t-elle.
Peut-être qu'elle allait finir par s'habituer.
Sa gorge se serra, et elle sentit ses yeux s'embuer de nouveau -non, non, il ne fallait pas qu'elle y pense!-. Elle finit de se frotter, et attrapa la pomme de douche pour se rincer. L'eau chaude coula sur elle, dévalant ses formes généreuses, et elle se perdit sous le jet, fermant ses paupières, retenant sa respiration.
S'habituer... Elle était risible...
Ses yeux s'ouvrirent sous le choc, et elle manqua d'avaler de l'eau de travers en voulant prendre une bouffée d'air. Crachotant, Inoue éteignit l'eau, et enleva les mèches de feu qui lui collaient sur la visage. Elle se tint là, debout dans sa baignoire, l'eau jusqu'aux mollets et la peau fripée par l'eau chaude.
Son cœur battait à toute rompe.
Et elle ne comprenait pas pourquoi.
Il y avait eu... Pendant une brève seconde, il y avait eu cette sensation inqualifiable. Elle ne savait pas d'où ça venait, et encore moins comment, ou pourquoi elle l'avait ressentie.
Mais il y avait ce pressentiment qui lui plombait l'estomac, maintenant.
Et c'était certainement ridicule. Mais il fallait qu'elle s'assure de ça. Elle en avait besoin.
Après, et seulement après, elle se donnerait le droit de s'habituer.
La jeune fille sortit de son bain, se sécha à toute vitesse et quitta la salle de bain avec un dernier coup d'œil vers le miroir. Elle aurait juré que son reflet lui souriait.
L'espoir était mauvais pour sa santé, mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'éprouver ce sentiment.
Il faisait nuit, maintenant. Les dernières rougeurs du soleil s'opposaient au bleu profond qui teintait le ciel. Les nuages étaient peu nombreux, et très éparses.
Comme de la barbe à papa bleutée, gloussa Inoue en avalant les mètres.
Elle ralentit son rythme pour ne pas attraper une pointe de côté stupidement, et songea tristement qu'il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas pensé aussi légèrement. La boule dans son ventre était toujours là, mais l'adrénaline montait, et elle allait bientôt se noyer dans ce pressentiment qui lui faisait avoir espoir.
Elle ne voulait pas penser à ce qui se passerait si tout s'avérait faux.
A la chute qui l'attendait irrémédiablement.
Elle se cachait les yeux comme un enfant pour se couper du monde extérieur.
Il lui tomberait bien trop vite dessus.
La rousse eut un frisson alors qu'elle tournait à l'angle d'une rue. Peut-être aurait-elle dû s'habiller plus chaudement. Les rues étaient presque désertes, les lampadaires projetant leur lumière jaunâtre sur le bitume. Elle continua encore un peu, tourna à droite, tout droit, à gauche, encore à gauche. Ses pas la guidaient vers sa destinée, vers l'endroit où elle découvrirait ce que les dés lui réservaient -ça faisait bien longtemps qu'ils avaient été jetés-.
Elle se stoppa devant la devanture. Sans hésiter une seule seconde, elle s'approcha de la porte et frappa avec force.
Alors, elle attendit.
Encore.
Et encore.
Sans se décourager, elle leva une nouvelle fois le poing, et tapa la porte avec la même puissance.
Elle attendit sagement.
La porte s'ouvrit sur un Urahara passablement ennuyé. Ses sourcils se perdirent sous son bob alors qu'il prenait conscience de l'identité de la personne qui l'importunait. Ses yeux pétillèrent et Inoue lui répondit par un faible sourire. Faible, mais réel. Le masque n'était plus.
Il la fit entrer sans dire un mot. Son attitude trahissait sa connaissance quant à la venue de la rousse. Inoue déclina son offre de thé, et il n'insista pas. Elle ne suivit pas son exemple quand il prit place sur les coussins au sol. Cela l'intriguait, elle le voyait bien.
Yoiruchi somnolait tranquillement dans un coin, sous sa forme de chat.
Elle alla droit au but.
« J'aimerais aller au Hueco Mundo. »
Il eut un sourire en coin. « N'en reviens-tu pas? »
Elle secoua légèrement la tête, et il redevint sérieux.
« Pourquoi ne demandes-tu pas au Sereitei? C'est bien plus facile. »
« Je ne peux pas », elle se mordit la lèvre, « J'ai besoin d'y aller seule. »
L'homme opina de la tête. « Kurosaki m'avait prévenu. »
« Uh? » dit-elle avec élégance.
« Que tu viendrais ici, et que tu demanderais à aller au Hueco Mundo. »
Il avait un sourire suffisant sur les lèvres et elle en resta sans voix. Bien sûr qu'Ichigo aurait deviné ce qui se passait réellement dans son cœur, dans sa tête, mais comment avait-il pu prévoir cela? Elle-même n'en savait rien avant une demi-heure à peine! Elle tenta cependant de garder contenance. Qu'importe si ses actions étaient prévisibles à ce point. Il lui fallait aller là-bas, et elle irait. Son ventre se contracta encore plus. Elle serra les poings et parla d'une voix plus ou moins maîtrisée.
« Et qu'a-t-il dit d'autre? »
Urahara prit son temps pour répondre, sirotant sa tasse de thé, les yeux fixés sur son breuvage. Puis il reposa l'objet, croisa et les bras, et la regarda dans les yeux.
« Il m'a demandé de te retenir. »
Un frisson la parcourut. « Et qu'avez-vous répondu..? »
Un nouveau sourire se forma sur ses lèvres. « Que j'aviserais en temps voulu. »
Ils se regardèrent en silence pendant de longues minutes.
« Qu'allez-vous faire? », murmura-t-elle.
« Cela dépend de toi. Veux-tu vraiment aller là-bas? », son ton était calme et posé.
Les yeux de la jeune fille flamboyèrent. « Oui. »
« Que ferais-tu si je te disais que je ne pouvais pas accepter cela? »
Combat de regard. Combat de volonté. Inoue eut un sourire empli d'une profonde tristesse. Ses mains se détendirent. Les mots claquèrent dans le silence, et Yoiruchi grogna dans son sommeil.
« Alors je vous obligerais à le faire. »
Il la mena au sous-sol, dans l'immense cave d'entraînement. Elle ne savait pas pourquoi exactement il avait accepté de l'aider. Elle ne se leurrait pas, si un combat était survenu...
Elle aurait perdu.
Elle était faible, si faible. C'était pour cela qu'il lui fallait agripper les moindres chances qui passaient à côté d'elle.
Il avait certainement voulu tester sa volonté. Sa conviction dans ses mots, dans ses actions, dans ses désirs et dans ses besoins. Il avait trouvé son content, et elle en était satisfaite. Elle n'avait strictement aucune idée de ce qu'elle aurait pu faire en cas de refus.
Urahara la mena devant le dispositif qui avait servi à ses compagnons pour pouvoir aller la rejoindre. La sauver.
N'aurait-elle pas été si concentrée sur son objectif, elle se serait probablement effondrée devant le garganta.
Rien qu'à l'idée de sa bêtise.
Inoue ne suivit pas les préparatifs. Elle n'entendit que d'une oreille ce que lui racontait l'homme au bob, focalisée comme elle l'était sur ce qui allait se passer ensuite. Après qu'elle soit passée entre les mondes. Après qu'elle ait atterri au Hueco Mundo.
Après tout cela, après, après.
Il lui expliqua le principe. Lui donna ses recommandations. Elle hocha la tête par-ci, acquiesça d'un oui par-là. Puis le moment fut venu. L'angoisse et l'excitation se livraient un duel sans fin dans son ventre. L'étincelle d'espoir s'embrasa et elle s'enfonça dans le passage obscur.
La garganta l'avala toute entière.
Urahara resta là un moment, songeur. Une voix féminine retentit derrière lui.
« Le monde change. »
Il n'eut pas besoin de jeter un coup d'oeil derrière son épaule pour savoir de que Yoiruchi avait repris sa forme humaine. Pas besoin non plus de lui demander d'expliciter son commentaire. La jeune Orihime Inoue puait l'amour à plein nez. Quand il pensait que seul Kurosaki l'avait remarqué... Et avec de l'aide, paraissait-il. Il eut un sourire.
« Elle n'a pas fini d'avoir des soucis. »
Au milieu du néant, elle était comme un trapéziste.
Elle se balançait sur le fil épais qu'était son chemin spirituel. Une grosse corde bleutée et lumineuse qui se créait et disparaissait en même temps. Un chemin tortueux qui serpentait dans les ténèbres, la menant là où elle devait aller. L'unique ancre qui l'empêchait de sombrer d'un côté ou de l'autre.
Ses pas étaient courts, mais calmes et assurés.
Elle en voyait presque la fin.
Ce n'était qu'une étape, après tout.
Il y avait ce cœur qui battait à toute rompe.
La vie si fragile entre ses doigts.
La mort une vieille amie compréhensive.
Elle était la Balance, celle qui maintenait l'équilibre offert par la Nature.
Ou le brisait.
Elle déboucha sur une salle détruite.
Les gravats jonchaient le sol, eux-même recouvert d'une épaisse couche de sable qui les saupoudrait de grain blanc. Une partie du plafond s'était ainsi effondrée, laissant à l'air de la nuit une vue sur ses entrailles.
D'ici, elle ne voyait pas la lune.
Inoue se demanda si Ichigo et les autres s'étaient retrouvés dans ce même passage, et avaient donc causé sa destruction, ou si leurs combats dans le dédale auquel il était lié étaient la cause de cette chute. Elle avait au moins la chance de ne pas avoir à se perdre dans les souterrains, pour ressortir elle ne savait où. Quoique elle ne savait pas non plus où cette ouverture débouchait...
La rousse entreprit d'escalader les roches brisées, attentive à ne pas glisser sur le sable et se couper sur les arêtes acérées. Le monticule s'arrêtait un peu avant la surface, et elle dut se hisser de toute la force de ses bras pour pouvoir s'extirper de l'endroit -elle bénissait cependant sa chance d'avoir eu un tel escalier "naturel" pour l'aider dans son ascension-.
Haletante, elle prit quelques instants pour reprendre sa respiration avant de lever les yeux sur son environnement. Le Hueco Mundo s'étalait devant elle dans toute sa splendeur mortelle. La nuit était teintée de cet éternel noir d'encre, et l'astre lunaire resplendissait, offrant sa protection silencieuse aux créatures nocturnes. Il n'y avait pas de vent, le sable était sec et aussi aveuglant que d'habitude. Les quelques arbres qui surgissaient de-ci de-là des grains albâtres, étirant leurs branches décharnés dans l'air.
Sa respiration se hacha et s'accéléra quelque peu alors qu'elle s'imprégnait de la vue, et sa gorge était douloureuse lorsqu'elle déglutit.
Inoue se redressa de toute sa hauteur, et regarda d'un air attentif autour d'elle, bloquant toute pensée qui la dérangerait.
Toute pensée, en somme.
Elle se rendit compte avec surprise que de là où elle était, elle était dans l'incapacité de voir Las Noches -pourtant, elle savait à quel point le palais était énorme-. Elle aurait dû se sentir mal à l'aise, en danger, seule au milieu du désert, telle une proie de choix pour les hollows sauvages.
Les hollows sauvages.
C'était étrange de penser cela. Ça signifiait que ceux qui avaient "évolué" grâce aux bons soins d'Aizen étaient dressés. En y pensant bien, c'était le cas... Bien que leur soumission n'était due qu'à la puissance de celui qui les asservissait. Tout de même, ils étaient plus... Civilisés. Comme s'ils avaient gagné en contrôle sur leurs instincts.
En réalité, c'était certainement le fait qu'ils n'avaient plus besoin de manger d'âme qui changeait les choses.
Inoue se massa l'arête du nez, expirant lentement. C'était à elle de suivre son instinct, maintenant. De continuer ce qu'elle avait amorcé. De trouver l'origine de ce sentiment étrange qui lui enserrait les tripes. Alors elle marcha.
Marcha, marcha.
Encore et encore, toujours plus loin, tentant de suivre un tracé rectiligne.
Bientôt le vent se leva, et lui mordit le visage et les bras. Elle avançait toujours, à l'aveuglette, la respiration lentement douloureuse, ses bras serrés contre son corps. Son rythme était bien plus lent qu'au début, et elle se demanda dans un instant de lucidité totale depuis combien de temps elle marchait ainsi.
Elle continua jusqu'à en avoir mal aux pieds à n'en plus pouvoir.
Ses jambes se dérobèrent sous elle dans un moment de faiblesse, et elle tomba à genoux sans pouvoir se retenir. Elle resta là un instant, prostrée, essayant de contrôler sa respiration et de cesser de trembler.
Quiconque l'ayant vu à ce moment lui aurait crié dessus pour lui faire comprendre son inconscience, son idiotie.
Elle ne se tuait pas à la tâche.
Elle était proche, elle le savait.
Elle le sentait dans toute son âme.
Au bout d'une dizaine de minutes, elle reprit les commandes et se releva péniblement. Ses yeux brillèrent d'une lueur farouche, malgré leur état pitoyable. Alors elle continua vers son but, poussée par le vent.
Il la mena jusqu'à un étrange bosquet d'arbres grisâtres, dont les branches fines étaient telles des piques qui n'attendaient que d'embrocher quelqu'un, quelque chose. Elles s'élevaient vers le ciel, immensément hautes, et cette étrange barrière végétale rappela un instant des ronces à la rousse. Elle eut un instant de pause avant de s'enfoncer entre les arbres, et le vent la poussa gentiment dans son dos, l'incitant à continuer. Elle s'y plia, s'engouffrant dans un nouveau monde, entièrement monochrome, des touches de gris, de blanc, de noir. Elle devait se baisser régulièrement, écarter des branches occasionnellement, et se fit griffer plus d'une fois par des appendices qui avait échappé à ses yeux.
Elle finit par déboucher sur une sorte de minuscule clairière au milieu des arbres scintillant, où une mare dormait tranquillement. Il n'y avait aucun bruit si ce n'étaient les crissements de ses pas contre le sable. Inoue s'approcha curieusement de la mare, bordée de gros rochers d'un gris sombre. Elle se pencha au-dessus de l'eau, tentant d'évaluer sa profondeur. Mais le liquide était trop sombre pour qu'elle puisse y voir quelque chose.
Son souffle troubla la surface paisible de l'eau, qui miroita et ondula doucement.
La jeune fille se retourna, une main posée sur un des rochers comme support, incertaine.
Elle savait que c'était ici, elle le sentait vibrer dans son corps. Le vent s'était tut. Mais elle ne savait tout simplement pas quoi faire.
Comme toujours.
Incapable de prendre des décisions.
Le désespoir la prit à la gorge, et elle crut qu'elle allait se mettre à hurler. Ses yeux hagards parcoururent l'endroit dégagé dans l'espoir fou de trouver quoi faire, n'importe quoi.
Il y avait bien quelque chose à faire!
Une brise souleva quelques grains de poussière, avant de les laisser retomber sur le sable et se confondre avec lui.
Le sanglot qui menaçait de s'échapper de ses lèvres se bloqua au travers de sa gorge. Elle fixa bêtement l'élément solide sous ses pieds, comme si elle venait de se rendre compte de son existence. L'adrénaline monta à nouveau, et elle se trouva de nouvelles forces malgré son état d'épuisement. Elle prit position sur un rocher plus ou moins plat qui longeait la mare, tentant de trouver un équilibre stable. Ceci fait, elle engloba de son champ de vision les milliers de grains de sable et de poussière dont regorgeait l'endroit.
Elle ne prit pas le temps de prendre conscience de l'ampleur de la tâche qu'elle s'apprêtait à faire.
Son instinct lui hurlait de simplement le faire.
Elle le suivit corps et âme.
Inoue rassembla ses pouvoirs, cherchant sa puissance jusqu'au plus profond d'elle-même. Les mots coulèrent avec fluidité hors de sa bouche sans qu'elle n'y pense, alors qu'elle fermait étroitement les yeux et se concentrait au maximum.
Elle le visualisa dans son esprit.
Sa concentration flancha devant cette image qu'elle désirait tant, mais elle réussit à se reprendre. C'était maintenant ou jamais, elle le sentait.
Elle se rappela de cette forme bestiale.
De cette fourrure qui lui couvrait les membres. De cette queue qui fouettait l'air. De ces griffes qui prolongeaient ses doigts. De ces ailes à l'envergure démesurée. De ce trou d'où semblait saigner un liquide noir à l'infini. De ces cornes élancées qui surplombaient sa tête. De ces yeux à l'aspect morne, aux couleurs étranges et à la pupille verticale. De ces traces qui sillonaient ses joues comme les larmes sur les siennes. Elle se rappela chaque détail de son corps, pour construire une image certes virtuelle mais parfaite de lui.
Son pouvoir était drainé à chaque détail qu'elle visualisait mentalement. Le vent s'était à nouveau levé, jouant dans ses cheveux, glissant sur sa peau.
Elle eut l'impression de rester là pendant des heures, à s'accrocher désespérement à cette image, à utiliser son pouvoir sans vraiment savoir ce qu'elle faisait.
Puis tout s'arrêta.
Le flux d'énergie se coupa brutalement, la laissant totalement vidée. Elle voulut ouvrir les yeux, voir ce qu'elle avait fait, voir ce qu'elle avait pu faire. Ses paupières lourdes refusèrent d'obéir à son ordre. Ses jambes la trahirent une nouvelle fois, mais elle fut incapable de se rattraper d'une manière ou d'une autre. Son corps bascula en arrière, et elle se sentit tomber.
Son dos heurta la surface de la mare dans un bruit sec et assourdissant. Le choc lui coupa le souffle qui lui restait, et se sentit tirée vers les profondeurs.
Dans un sursaut de survie, elle ouvrit à moitié les yeux et tenta de brasser l'eau, mais ses doigts bougèrent à peine. Elle vit les bulles s'échapper de ses lèvres. Elle vit ses cheveux se ternirent sous la couleur sombre du liquide. Elle vit la lumière de la surface s'amenuir pour laisser place à une forme noire.
L'inconscience l'enlaça doucement et ses paupières se refermèrent.
Elle sombrait.
Et bien et bien... Voilà déjà la fin! J'espère que j'aurais réussi à vous tenir en haleine jusqu'à la fin -et pour la suite!-, et que cette lecture vous aura plu :)
N'hésitez pas à me faire part de vos remarques,
Et à bientôt pour un nouveau chapitre (oui, oui, vraiment),
Zyloa
