Ce chapitre ne correspond à AUCUNE partie d'Évolution.
Chapitre 13 : Histoires (2/3)
Point de vue d'ARKAN
Je vivais avec ma meute dans un coin tranquille. Nous évitions d'aller trop près des habitations humaines, sauf pour manger quand la nourriture venait à manquer chez nous. Il pleuvait ce jour-là, j'étais allé perfectionner mes techniques de chasses avec un ami dans les plaines. Nous avions trouvé une proie facile, nous avancions discrètement dans les hautes herbes. Quand il apparut, un immense Pokémon bleu avec de grands tentacules. Je poussai un hurlement d'avertissement avant de faire demi-tour pour fuir. Je n'avais jamais vu de Pokémon aussi fort et rapide. J'eus le temps de faire quelques foulées avant que ses appendices ne me ligotèrent et ne me firent quitter la terre ferme. Je mordis ses choses visqueuses sans que cela n'ait d'effet notoire.
J'entendis mon ami m'appeler, et je lui interdis de venir. Je m'étais fait avoir, il devait s'enfuir avant que son tour n'arrive.
Comme prévu un humain arriva dans mon champ de vision, tenant une chose rouge et blanche dans sa main. Je le fixais sans cesser de me débattre pour m'échapper. Soudain un Pokémon au poil beige et avec un nez plat revint vers son maitre, mon ami sous son bras. Je me débattis de plus belle avant que l'humain ne commence à parler.
-Je n'ai besoin que de l'un d'entre vous. Je relâcherai l'autre. Celui qui restera avec moi, aura juste besoin de me protéger. Je ne ferai pas de combat inutile.
Il nous demandait notre avis ? Quel étrange humain, on m'avait dit qu'ils nous capturaient ou tuaient sans hésitation ni sentiment. Celui-ci était-il différent ?
Je le regardai de la tête au pied, ses cheveux noirs étaient en bataille et ses vêtements dans les tons verts lui avait sûrement permis de venir vers nous sans que nous le remarquions. Il était musclé et plutôt grand. Tout le contraire des rares dresseurs que nous remarquions parfois au loin.
-M.. ! cria mon camarade.
-Non ! Tu as perdu ton grand frère il y a peu. Pense à ta famille !
-Et la tienne ? répondit-il en sanglotant. Ils n'ont que toi.
-Ils pourront avoir d'autres enfants. Ils pourront s'en remettre.
-Mais…
-Non, c'est moi qui me suis fais attraper le premier. C'est à moi d'en porter la responsabilité !
Je le fixai pour lui faire comprendre que j'avais pris ma décision. Bien qu'elle me coûtait beaucoup, j'allais être séparé des êtres qui m'étaient cher et sûrement ne plus jamais les revoir. Mourir loin d'ici pour protéger un humain, tel un esclave.
-Tu leur diras pardon et au revoir, de ma part, ajoutai-je résigné.
-Je ne peux pas te laisser faire ça ! C'est un humain ! Il finira par te tuer !
-Il a dit que nous ferions peu de combat, juste le minimum j'espère. Et puis il ne te tuera pas, si je reste.
Je respirai un grand coup pour ne pas flancher et me tournai vers le dresseur.
-Ce sera moi.
-Ne fais pas ça ! Tu vas le regretter !
Les tentacules de mon geôlier se tendirent vers l'homme me présentant à lui.
-Bienvenue, dit-il en jetant cette chose bicolore dans ma direction.
Comme convenu il relâcha mon ami sans lui faire de mal. Même quand celui-ci attaqua l'un de ses Pokémons, ils ne firent que le jeter plus loin tel un jouet, pour respecter leur promesse. Démontrant en même temps une grande différence de niveau.
Les jours qui suivirent furent éprouvants, mais je n'étais pas seul, les autres me soutenaient. M'aidant à m'améliorer et me rassurant sur mon maitre.
La chance n'avait pas été de son côté dans la vie. Et il s'était retrouvé à s'occuper seul d'un enfant. Apparemment celui-ci était un trouble-fête et n'écoutait jamais son aîné. C'était d'ailleurs à cause de lui qu'était mort le précédent Pokémon de type feu. J'étais donc un remplaçant et je sentais que je ne pourrais jamais combler la place qui avait été laissée vacante. Le Colossinge surnommé Colo le répétait sans cesse. Je ne compris que plus tard, quand il fut endormi à côté de son maitre. Le Tentacruel surnommé Tenta, me chuchota que le Pokémon combat était en couple avec celui décédé. Ce qui pouvait expliquer sa mauvaise humeur dès que nous abordions le sujet.
J'appris aussi ce que serait mon travail. Protéger le maitre des insectes de la forêt de Jade en faisant bien attention aux dards venimeux de ses derniers. J'avais même l'autorisation d'en brûler si je le souhaitais.
Il nous fallut plusieurs semaines pour arriver à destination. Et j'eus tout le loisir de connaître et apprécier l'équipe et Yushin. J'appris bien plus de choses, que je ne pensai s sur les humains. Ses derniers ne comprenaient pas notre langue, aussi étrange que cela paraisse. En revanche il comprenait très bien le Colossinge qu'il avait depuis de nombreuses années. Bien que je lui répétais à plusieurs reprise mon vrai nom, il continua de m'appeler Arkan. L'humain était très gentil, bien que sa bonne humeur disparaisse au fil des jours. Apparemment son fils était amnésique et l'avait oublié ainsi que tous les autres il y avait un an déjà.
J'arrivai dans ma nouvelle demeure (si on oubliait la Pokéball) en fin d'après-midi. C'était une petite maison en bordure de clairière isolée. Les murs étaient faits de rondin de bois et le toit était recouvert de pierres noires. Les fenêtres étaient protégées par des barres en fer couleur de la nuit. C'était un endroit perdu au milieu de nulle part. Je restais légèrement en retrait de l'humain, profitant de l'occasion pour regarder les alentours. Pas un seul Pokémon ne se trouvait dans les environs, étrange.
Soudain la porte de la maison s'ouvrit laissant apparaître un Pokémon gris avec quatre bras. Son air colérique disparut rapidement, pour laisser place à un joyeux.
-Bon retour Yushin ! Je désespérais de vous revoir, dit la Mackogneur.
-Moi aussi je suis content de te voir Mako. Ça n'a pas été trop dur j'espère ?
-Non je n'ai pas eu de problème. Si on oublie qu'il cherche à sortir dehors dès qu'il fait beau. Ou qu'il s'est découvert un malin plaisir à m'empêcher de me reposer.
Apparemment ce gosse était une source de problèmes, j'espère qu'il ne m'en poserait pas trop. Sinon j'allais vite le remettre à sa place, à la manière des Caninos.
-Dereck ?! Je suis de retour, cria l'humain.
Je m'avançai, découvrant que l'entrée donnait directement sur un salon, dans lequel se trouvaient une télé et un canapé. Au fond une table vide se situait en face d'une ouverture qui menait sur la cuisine à en juger l'odeur de nourriture que je sentais.
J'entendis le grincement d'une porte suivi de légers bruits de pas, provenant du couloir qui débouchait dans la pièce où je me trouvais. Je découvris un petit humain, qui devait tout juste arriver à la taille du plus grand. Il avait exactement les mêmes cheveux et un visage plus arrondi au milieu duquel deux yeux bleus se fermaient tour à tour. Il les frottait avec sa main libre tandis que la seconde tenait un Evoli par une oreille. Je fixai un instant le Pokémon avant de réaliser que c'était un faux, si j'avais été à sa place, j'aurais eu vraiment mal.
-Bon retour, dit-il timidement.
-Merci. Tu n'as pas fait de bêtises ? Tu m'as bien écouté ?
Je le vis se crisper et baisser le regard vers le sol, avant de serrer sa peluche contre lui. Je remarquai qu'elle n'était pas de la première jeunesse, un œil lui manquait en plus de porter des marques de couture à notamment l'une de ses pattes avant. -Laisse, on verra ça demain, le voyage a été long et je n'ai pas envie de m'énerver dès le premier soir. Viens par là, je vais te présenter.
Il avança vers son père un peu perdu et se figea en me voyant, avant de faire un pas en arrière.
-Voici Arkan, c'est un Caninos. Il va maintenant vivre avec nous. Arkan, voici Dereck et Mako qui devaient s'occuper de lui pendant notre absence.
Le petit humain hocha la tête, gardant son regard fixé sur moi. Il m'analysait? Il avait peur que je le mange tout cru ?
-J'ai faim, cria Colo en se dirigeant vers la cuisine d'un pas pressé.
-Je retourne dormir, annonça le plus jeune rapidement en repartant d'un pas pressé dans le couloir.
-Il n'est toujours pas revenu, ajouta la Mackogneur en posant deux de ses mains sur les épaules de l'humain avant de le pousser en direction de la table.
-Ne t'inquiète pas Mako. Je ne me faisais pas beaucoup d'illusions, soupira le père.
Il n'y avait pas photo, l'ambiance de cet endroit était géniale, j'allais très certainement m'y plaire. Après avoir tous mangé, Yushin partit dormir rapidement suivi par tous les autres. Je les regardai tous s'installer, soit dans la chambre, soit sur le canapé. Ne sachant où me mettre je choisis le tapi au pied de la télé qui m'isolait parfaitement du sol.
C'était la première fois que j'avais rencontré Dereck. Le voir et vivre avec lui tous les jours m'avait appris bien plus de choses, que ce qu'on m'avait expliqué. Déjà il y avait un problème avec le Colossinge, celui-ci devait avoir beaucoup de rancœur car il faisait comme s'il n'existait pas. Et si Dereck se trouvait sur sa route, c'était au plus jeune de se pousser et ça le plus jeune l'avait bien compris.
Puis comme prévu, il passait son temps à vouloir sortir. Les sorties étaient interdites quand Yushin n'était pas là, pour des raisons de sécurité. De plus ce dernier laissait toujours un Pokémon à la maison au cas où. Je trouvais cette habitude étrange, normalement les parents restaient avec leurs enfants ou les confiaient à d'autres le temps de la chasse. Là, son père partait presque toute la journée les humains avaient des coutumes étranges. Dans un premier temps, je l'accompagnais pour récolter le miel des Dardargans ou vérifier qu'il n'y avait pas de braconniers.
Puis mon tour vient, celui où je devais surveiller Dereck. On m'avait dit d'être intransigeant la première fois, sinon il deviendrait incontrôlable par la suite. Yushin était parti tôt ce matin-là me confiant la maison.
Dix minutes, c'était le temps qu'il avait attendu avant de me proposer d'aller jouer dehors. Je lui fis non de la tête, mais il insista. Enfin tenta de me convaincre mais je restais sur mes positions.
Il comprit que je ne cèderai pas et alla s'installer sur le canapé avec son Evoli pour regarder la télévision. Faute de mieux, je le rejoignis et m'installai confortablement.
Plusieurs émissions défilaient à l'écran, il n'y avait rien à faire d'autre de toute manière. J'aurais dû demander ce que les autres faisaient habituellement pour s'occuper.
Je me tournai vers le plus jeune qui tenait en otage la peluche dans ses bras. Celui-ci regardait l'écran mais semblait s'ennuyer autant que moi.
-Y a rien d'autre à faire ? demandai-je le sortant de sa torpeur.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux voir autre chose ?
Il attrapa la télécommande et aussitôt commença à changer de chaînes. Une fois le tour terminé il continua :
-Si tu veux voir un truc en particulier dit-le-moi.
Bon un truc était sûr, il était aussi motivé que moi à passer la journée devant cet écran.
-Ouais y a rien d'intéressant, conclut-il vu que je ne lui répondais toujours pas. Je laisse la télécommande par terre si jamais tu veux changer.
Il descendit du canapé et fit ce qu'il disait avant de s'éloigner.
-Où vas-tu ? demandai-je.
-T'inquiète, je ne vais pas m'enfuir, je vais jouer dans ma chambre.
Il disparut dans le couloir, j'attendis un moment avant de me lever, intrigué de ne pas entendre de bruit.
J'entrai discrètement dans la pièce, n'apercevant que des cheveux noirs dépasser de l'autre côté du lit.
-Et voilà, à toi Vi je te laisse faire tomber le premier domino.
Il attrapa la patte de sa peluche et poussa le petit rectangle debout qui tomba contre un autre, avant d'entrainer une réaction en chaîne. Une fois la ligne totalement tombée, il délaissa son Evoli pour recommencer. Alors qu'il s'apprêtait à refaire son jeu, il me remarqua. Il me fixa sans bouger, puis, voyant que je ne faisais rien non plus, il décida de retourner à son occupation.
Je le regardai refaire la longue ligne de blocs, une fois terminé il marqua une hésitation.
-Tu veux faire tomber les dominos ?
Surprit qu'il m'adresse enfin la parole, je ne réagis pas tout de suite avant de hocher la tête.
Cela eut l'air de lui faire plaisir et il se déplaça pour me donner accès au début de la ligne.
-Pousse juste le premier.
Je fis ce qu'il me disait et regardai le résultat. Dès que ce fut terminé il recommença à les relever un à un.
Je cherchai dans la pièce un objet nous permettant de jouer à un jeu plus dynamique. Mon regard s'arrêta sur une balle en mousse jaune, je me dépêchai de la chercher et la lui lancai dessus. Je me ratai légèrement et la boule ronde détruisit ce qu'il venait de construire.
-Arkan, me dit-il sur un ton de reproche.
Je pointai la forme arrondi avec ma patte espérant qu'il comprenne là où je voulais en venir. L'humain la ramassa avant de se tourner vers moi.
-Euh … tu veux jouer avec la balle.
-Oui !
Apparemment il avait compris à en voir son grand sourire.
-Allons dans le salon, on aura plus de place. Ou sinon on peut aller de…
-Le salon !
Il sembla déçu par ma réponse plutôt sèche, avant de me suivre dans la plus grande pièce de la maison.
Désolé p'tit mais il est hors de question que je désobéisse à Yushin.
-On se renvoie la balle ? proposa-t-il.
Je lui répondis d'un hochement de tête. Il n'était pas bien grand mais juste assez pour pouvoir se prendre le coin d'un meuble dans la figure. Autant éviter de la faire courir partout dans la maison.
Il s'assit à l'entrée du couloir tandis que je me plaçais à l'autre extrémité de la pièce. Et nous commençâmes notre jeu, celui-ci changea vite par un autre et encore un autre. Je ne vis pas la journée passer, ce n'est que lorsque la luminosité fut basse que je le réalisai.
-Tu n'as pas faim ? demandai-je à Dereck.
Celui-ci me regarda depuis le haut du canapé sans comprendre. Soudain il se jeta sur moi pour tenter de récupérer la balle que je tenais entre mes pattes.
-Pas de temps mort ! Je l'aurai !
Il tenta de me faire des chatouilles mais j'attrapai son t-shirt dans la gueule pour le faire descendre de mon dos. Il lutta vaillamment mais finit par se laisser tomber au sol. Aussitôt deux mains tentèrent de saisir l'objet rond en mousse. Je le laissai faire avant de lui sauter dessus pour l'empêcher d'aller plus loin et répéter ma question.
-Tu ne veux plus jouer ? me questionna-t-il.
-Non, il faudrait peut-être songer à manger.
Il continua à me fixer preuve qu'il n'avait toujours pas compris. Je me relevai et mimai l'action de se nourrir.
-Ah ! Non j'ai pas envie on continue.
Il allia le geste à la parole en se levant et en s'enfuyant dans sa chambre.
Je poussai un petit soupir, « pas envie » … donc il devait avoir faim. Je me dirigeai vers le frigo sachant que l'ignorer l'amènerait jusqu'à moi. Effectivement, quelques secondes plus tard il arriva un la pointe des pieds, tenant fermement la balle. Et me regarda assis à côté du frigidaire.
-Non plus tard, on mangera avec papa.
Je tournai la tête de droite à gauche en réponse. Il avait déjà raté le midi, si le plus grand s'en rendait compte que me ferait-il ?
-Tu as faim ? Attend alors.
Il ouvrit une boite et la versa dans une assiette avant de me la donner. Je me retiens, salivant rien qu'à l'odeur. Il fallait que lui aussi mange, il était jeune et devait manger régulièrement d'après Mako.
-Tu n'aimes pas ?
-Et toi ?
La forme accroupie face à moi pencha la tête de côté. Je lui expliquai non sans mal que je ne mangerai pas tant qu'il n'avalerait pas quelque chose. Ce qu'il fit à toute vitesse, prêt à retourner s'amuser. A croire qu'il ne s'amusait jamais.
Le début de soirée se passa plus calmement, j'étais arrivé à le fatiguer apparemment. Non sans mal, ce qui devait relever de l'exploit. Car lorsqu'ils rentrèrent à la nuit tombée les travailleurs furent surpris de trouver un Dereck tout calme et qui s'endormait sans cesse.
-Qu'est-ce que tu lui as fait ? demanda la Machopeur.
-J'ai juste joué avec lui.
-Tu as dû t'ennuyer.
-Au départ uniquement, après j'ai fait en sorte de diversifier les activités.
-… tu avais des frères et sœurs ? questionna-t-elle plus bas.
-… non … mais comme ici, dans ma meute il fallait toujours plusieurs personnes pour surveiller les plus jeunes. J'ai l'habitude.
-Pardon de te remémorer des souvenirs.
-Il faudra bien que je m'y fasse, dis-je essayant de garder une voix normale.
Je réalisai plus tard, en discutant, que Dereck demandait à sortir car il passait ses journées enfermé dans cette maison. Il ne pouvait sortir que lorsque son père était là. Mais celui-ci passait la plupart de son temps libre à se détendre devant la télévision après une journée fatigante. Empêchant ainsi le plus jeune de prendre l'air.
Bien que j'eus plusieurs fois envie de le faire jouer à l'extérieur je me retenais. Après tout je n'en avais pas l'autorisation, qui sait ce qu'il pouvait se passer si je désobéissais. Je ne comptais pas me faire punir une fois de plus par la Pokéball. En revanche, au fur et à mesure que le temps passait Dereck supportait de moins en moins cela.
Je soupçonnais les émissions à la télévision d'en être responsables. Elles montraient des jeunes se promenant insouciants à l'extérieur parlant de vouloir accomplir leurs rêves. Lui arborant ce que les autres avaient et qu'il ne possédait pas.
Durant l'année de ses dix ans, il faussa compagnie à Mako quelques heures dans la journée, lorsque nous rentrâmes le soir et que Yushin apprit qu'il avait été à l'extérieur. Nous restâmes dans le salon tandis que le père et le fils s'expliquaient dans la chambre. C'était la première fois que je voyais le plus grand entrer dans une telle colère, et cela n'avait rien de rassurant.
Même quand Dereck n'avait pas fait ses devoirs quand il rentrait le soir il n'était pas si énervé. Je le soupçonnais d'avoir compris que son enfant faisait ça pour avoir de l'attention.
En revanche ce que je ne comprenais pas, c'était pourquoi il ne l'emmenait pas avec nous. Les patrouilles que nous faisions étaient généralement calmes. Mais je n'avais pas mon mot à dire dans cette histoire, ce n'était pas mon enfant.
Toujours est-il, qu'après cela, le plus petit se révéla être plutôt calme. Trop à mon goût, il passait sa journée devant la télévision après avoir fait ses devoirs. Sa peluche toujours avec lui, celle-ci décrépissait à vue d'œil, mais il en prenait soin comme un précieux objet. Et ce n'était pas sans raison …
Je m'en étais rendu compte un soir, par pur hasard, j'avais du mal à m'endormir quand j'entendis des sanglots. Je m'étais silencieusement approché de la porte de sa chambre. Il parlait à son « seul ami » exprimant ainsi sa tristesse.
-... Je le déteste, pourquoi est-il parti ? Pourquoi il ne veut pas reprendre sa place ? Je la lui donnerais sans soucis, je m'en moque si je dois disparaître pour qu'il reprenne ce corps. Après tout tu es le seul qui ne me reproche pas de ne pas être le vrai Dereck. Ils seraient bien plus heureux si je n'étais pas là, finit-il en pleurant.
Je n'avais qu'une envie, celle d'entrer pour le consoler, lui dire que je ne voulais pas qu'il disparaisse moi. Que le Dereck que je connaissais m'allait très bien. Je comprenais ses sentiments, je n'étais que le remplaçant de la Pyroli. Il y avait toujours une distance entre moi et les autres Pokémons quoi que je fasse. Ils étaient gentils, mais ça ne valait pas ma meute, ma famille me manquait terriblement, sans compter que je n'avais pas pu leur faire mes adieux.
J'étais reparti me coucher le cœur lourd, songeant à ceux que j'avais laissés derrière moi.
-Qu'elle est la différence entre le Dereck de maintenant et celui d'avant ? demandai-je un jour à Mako.
-Pourquoi cette question ? dit-elle surprise.
Je n'allais pas lui dire que Dereck voulait sans arrêt ressembler à « l'autre » ou retrouver sa mémoire pour qu'ils soient tous heureux.
-C'est juste que ça m'intrigue, Yushin répète sans arrêter qu'il préférait le précédent.
Elle réfléchit un moment avant d'expliquer rapidement :
-Je dirais que le premier était bien plus joyeux, calme, obéissant.
-Ok pour joyeux, mais en ce qui concerne le reste …
-C'était différent, tu n'avais pas besoin de lui dire « fait pas ci, fait pas ça » et de devoir le tenir occupé toute la journée pour éviter les bêtises.
-Mouais, en gros le premier était autonome, mais pas le second.
-On peut résumer ça comme ça. Il était plus câlin aussi et faisait un cinéma tous les soirs pour dormir avec Yushin ou l'un d'entre nous. Ce n'est que depuis l'accident qu'il dort tout seul maintenant.
Et pas pour le mieux, pensai-je en sachant ce qu'il se passait plus ou moins quand il se retrouvait tout seul. Enfin presque, Vi était son ami de son point de vue.
Le temps continua à défiler et je devins son ami, un vrai de chair et de sang, si ce n'est le meilleur. Yushin l'avait jugé assez grand pour l'accompagner de temps en temps. Car il devrait l'aider et prendre sa place dans le futur après tout. Son fils était telle une pile électrique à regarder dans tous les sens, écoutant attentivement les ordres et les conseils que lui donnait son père. J'obtiens même la permission de dormir dans sa chambre, dans le but de le surveiller, mais je n'en avais que faire. Ses sorties devinrent de plus en plus fréquentes pour sa plus grande joie. Bien qu'il devait rester à la maison le temps de la récolte de miel, il venait une fois sur trois pendant les patrouilles.
La récolte était le moment que j'aimais le moins. Toutes les personnes exerçant ce métier, se réunissaient une fois par mois, pour planifier lors d'une soirée la récolte d'une parcelle. On voyait que chacun avait l'habitude et qu'ils ne faisaient que planifier les nids à attaquer. Je fus surpris la première fois du nombre d'humain que cela nécessitait. Au moins une vingtaine était là, sans compter leur Pokémons et ceux qui les rejoindraient plus tard.
Ils en profitaient pour prendre des nouvelles des uns et des autres. Et je découvris que Yushin pouvait être très bavard, sans jamais aborder le sujet de Dereck.
-Et comment va le fiston depuis ? interrogea celui assis à sa droite, en mettant les pieds dans le plat. Il était habillé tout en vert et avait des cheveux frisés roux coupés courts.
-ça va, je commence à lui apprendre le métier.
-Ce n'est pas trop difficile tout seul ? Tu sais, si tu as besoin je peux t'aider à construire une autre maison à proximité de mon secteur.
-Non merci ça ira, je me débrouille. Et je ne suis pas seul mes Pokémons m'aident.
-Toi tu dis ça, car il n'a pas commencé sa crise d'adolescence. Dans tous les cas mon offre tient toujours. Ça fera un peu de compagnie. On est assez isolé et l'hiver est très pesant pour ma famille.
-Tu comptes arrêter le métier ?
-Non, pas du tout … mais je pense chercher quelqu'un pour m'aider, mais il y a peu de jeunes voulant se convertir en récolteur de miel.
-C'est un boulot à risque.
-Mais très bien payé. Peut-être qu'un dresseur de Pokémon ayant fini son voyage initiatique voudra bien m'aider.
-Courage.
-Tu as de la chance toi d'avoir Dereck pour t'aider. Si seulement ma fille pouvait faire de même au lieu de parler de vouloir aller en ville.
-D'ailleurs, comment va ta famille ? Cela fait longtemps que je ne vous ai pas vus.
-Ah … Pour le moment ça va, mais je sais qu'il va falloir que je me rapproche de Jadielle. Avec un peu de chance je pourrais échanger de parcelle. Oui, ce serait le plus facile.
Ils continuèrent de discuter et je découvris que Yushin s'arrangeait pour faire parler son interlocuteur de lui, dirigeant plus facilement la conversation. Quand la réunion et le buffet furent finis, tous reprirent la route de leur maison. Pour se reposer avant le grand jour.
-Hurlement ! cria Yushin.
J'exécutai immédiatement son ordre et un groupe de Dardargnan s'envola plus loin. Aussitôt les humains se mirent au travail. Notre groupe devait s'occuper de la sécurité, j'allumais des petits feu à des endroits spécifiques pour créer une fumée nauséabonde qui sous l'effet du vent créait un nuage autour de l'arbre pour calmer nos ennemis ou les faire fuir. Les plus courageux, ou fous de mon point de vue, venaient nous affronter. S'ils continuaient à venir après deux ou trois attaques la sentence était la mort. Ce que Colo faisait sans problème, il les frappait pour les faire tomber au sol avant de les réduire en bouillie sans hésitation. De toute l'équipe, c'était lui le plus violent, rien de très étonnant connaissant son espèce, mais sa fourrure était devenue verte visqueuse du sang de ses adversaires.
Yushin ne sans rendait pas compte dans ce chaos. Les cris des Pokémons et des humains se mêlaient à celui des combats. Les récolteurs ayant atteint la ruche plaçaient des tubes qui aspirait le miel. Tous avaient une combinaison, mais cela n'était pas très efficace face aux dards des évolutions finales. Leur Pokémons prenaient à leur place les coups les protégeant du mieux qu'ils pouvaient, faisant office de bouclier.
Je venais à espérer que Dereck ne voit jamais ce spectacle, je doutais qu'il accepte par la suite de faire le même travail.
-On dégage ! cria quelqu'un.
Sans attendre tout le monde se regroupa laissant passer en premier les récolteurs, nous permettant de fermer la marche et protéger leurs arrières.
Pendant cette course effrénée, les antidotes et les potions sortaient des poches pour soigner les plus atteints. Ce ne fut qu'après plusieurs kilomètres que tout le monde se stoppa restant malgré tout aux aguets. Tandis que les derniers soins étaient prodigués, la récolte fut transférée dans un objet « sans fond » et donnée à un humain qui devait le surveiller, je reconnus le rouquin qui avait discuté avec Yushin. Il était accompagné d'un Mimitos qui sautillait d'une patte sur l'autre, prouvant qu'il allait très bien.
Puis nous repartîmes piller d'autres nids. Nous dûmes en faire une dizaine avant d'arrêter. Tout le monde était très fatigué malgré les potions, nous avions commencé tôt et ces attaques éclairs à répétition avaient fini par drainer toute notre énergie. Je fus bien heureux de ne pas avoir à marcher pour rentrer à la maison, ma Pokéball était très utile.
Néanmoins, je ne pus m'empêcher de remarquer le regard déçu de Dereck quand il découvrit l'état de son père. Enfin, surtout ses vêtements tâchés à de nombreux endroits de vert, ne laissant aucun doute sur leur provenance. Il nous souhaita un bon retour avant d'aller se coucher vu l'heure tardive.
Nous passâmes tous à la douche, brûlante pour ma part. En tant que Pokémon feu je ne redoutais que l'eau froide, la pluie n'était pas très importante tant qu'elle ne tombait pas très fort. Car grâce à la chaleur de notre corps nous étions presque instantanément secs. Bien entendu, Yushin ne m'aidait pas, il allait cuire dans l'eau bouillante.
Le Colossinge, lui, passa en dernier et fit trempette un moment avant d'être parfaitement propre. Entre temps je m'étais endormi, éreinté par cette journée. Qui malheureusement allait recommencer dans une trentaine de jours. J'espérais vainement pouvoir rester à la maison pour « surveiller » Dereck au lieu de Tenta. Mais il était trop sensible aux attaques de nos ennemis pour que mon maître le prenne sans risquer sa vie.
Je détestais décidément cet endroit, surtout ce métier.
Un an plus tard Yushin décida de jeter Vi, la peluche Evoli, car Dereck était assez grand pour ne plus avoir de « torchon » qu'il traînait partout. Ce fut la première fois que le plus jeune se rebella vraiment, même son père fut surpris.
-Toi, tu as tes Pokémons. Moi j'ai Vi, je t'interdis de la toucher ! cria-t-il en reculant en tenant fermement le bout de tissu marron dans ses bras.
-Ce n'est pas comparable. Eux sont vivants.
-Et alors ?! Pour moi elle l'est !
-Dereck arrête tes bêtises ! Ce n'est qu'une peluche, enfin c'était. Ça ne ressemble à plus rien maintenant.
-Je m'en moque ! Tu ne la jetteras pas !
-Tu vas déjà commencer par te calmer et arrêter de crier, répondit le plus âgé, signe qu'il commençait à perdre patience.
-Ne la jette pas, se répéta une nouvelle fois son fils doucement.
-Dereck, tu es grand tu n'en as plus besoin. Tu vois les jeunes à la télé en avoir ?
-… nan, mais je ne veux pas.
-Tu crois que ça me fait plaisir ? Regarde-la, elle est toute abîmée. Elle souffre d'être dans cet état.
-On peut la réparer.
-Je fais ce que j'ai pu jusque-là. Elle a fait son temps.
-Je ne veux pas.
-C'est ainsi que va la vie. On naît, on vit, on vieillit, et on repart. Elle sera heureuse au paradis des peluches.
-Je ne veux pas, dit une dernière fois Dereck avant s'enfuir dans sa chambre.
-…
Comprenant qu'il n'y avait rien à faire, Yushin laissa tomber. Mais il profita d'une sortie du plus jeune dans le jardin pour attraper « l'horreur malodorante » et la jeter au feu. Je regardai impuissant « l'amie » du petit humain disparaitre. Redoutant ce qu'il allait bien pouvoir se passer par la suite.
Quand celui-ci découvrit le méfait, la première chose qu'il fut de vérifier de fond en comble sa chambre. Puis il alla demander à son père s'il ne l'avait pas vue.
-Elle était partie au paradis.
-Ce n'est pas drôle, où est Vi ?
-…
-… tu … tu n'as pas fait ça ?!
-Dereck écoute tu es assez grand tu n'as …
-Tu n'avais pas le droit ! Vi était à moi ! s'écria-t-il les yeux brillants.
-Ce qui est fait est fait.
-Non ! Rend-la-moi !
-Je ne peux pas.
-… P … pourquoi tu as fait ça ? Tu as tes Pokémons, moi j'ai Vi.
-Tu ne vas pas recommencer avec ça. Ce n'est qu'une peluche, tu es assez grand. Tu n'as plus besoin de cela, tu voulais grandir non pour m'aider non ?
-Je n'ai jamais dit ça. C'est l'autre qui a dû te le dire.
-L'autre ?
-Dereck, répondit-il en baissant la tête.
-… peut être …
-Puisque je te le dis.
-Pas grave vous êtes les mêmes.
-Les mêmes ? Tu oses dire ça, dit-il en laissant entendre un reniflement. Je ne suis pas lui ! On n'est pas pareil, nous sommes différents. Je le sais, tu le dis sans arrêt !
-Vous êtes la même personne.
Dereck s'essuya la figure avec une de ses manches et releva la tête pour jeter un regard noir à son père.
-J'en ai pas l'impression.
Il fit demi-tour et courut dans sa chambre non sans claquer violement la porte.
-ça lui passera, soupira Yushin, avant de retourner à sa précédente activité.
Dereck rentra ensuite dans une phase de « mutisme ». Il ne parlait que le nécessaire et évitait de rester trop près de son père, même à la maison. Ce dernier se retenait de lui faire des remarques mettant ça sur le compte de « l'adolescence ». Mais ce n'était pas ça, loin de là. N'ayant plus d'exutoire pour exprimer sa frustration, il s'enfermait dans ses pensées. Bien que je soit le plus proche de lui, agissant comme un grand frère qui s'occupait du plus petit, l'écoutant et calmant ses pleurs. Il se transformait peu à peu en Electrode qui n'attendait qu'une étincelle pour tout faire voler en éclats. Et son père ne faisait rien pour éviter cela, laissant faire, attendant qu'il se calme de lui-même.
Il dut se rendre compte de son erreur quand Dereck commença à faire ce qu'il souhaitait. N'écoutant plus personne et n'en n'ayant rien à faire. Yushin tenta de rattraper la situation qui lui glissait entre les doigts. La tension à la maison ne cessait de monter et des disputent éclataient presque tous les soirs. Et dès que tout le monde s'endormaient, je rejoignais le plus jeune qui m'attendait toujours avec plus ou moins d'impatience. Ne voulant pas être seul. J'ignorais toujours pourquoi j'étais le seul qui allais vers lui. Les autres –en omettant le Colossinge- restaient toujours à une certaine distance, sans raison apparente. Et si je leur en faisais la remarque ils me trouvaient toujours une excuse peu valable.
Finalement, la punition de Dereck était rester à la maison, ce qu'il faisait bien volontiers pour une fois. Il restait la journée devant l'écran et faisait attention de manger avant que son père ne revienne, pour disparaître dans sa chambre au moment où celui-ci franchissait le pas de la porte. Ce qui énervait encore plus ce dernier. Le plus étrange c'est que leurs disputes étaient toutes semblables, comme s'ils ne s'écoutaient pas.
J'avais rapidement compris que le plus gros problème de l'adolescent était lui-même. A force d'espérer que ses souvenirs reviennent il avait fini par haïr celui qu'il n'était pas. Marquant une limite entre lui, l'imposteur et l'autre, le trouillard. Et avec l'absence parfois longue de son père, il avait conclu, que ce dernier devait se construire une nouvelle vie et qu'il n'était qu'une gêne dans celle-ci. Après tout il n'avait pas de Pokémon à lui et ne pouvait pas faire comme les autres de la télévision. Je fus surpris qu'il devienne jaloux de ses derniers, les critiquant dès que ses derniers se plaignaient de ne pas avoir ce qu'ils voulaient.
Il ne comprenait pas que son père n'avait pas le choix. Il devait travailler pour les nourrir tous les deux et qu'il n'avait pas nécessairement le temps et l'énergie de s'occuper aussi de lui. De plus ce métier était dangereux et … peu agréable. D'ailleurs il avait commencé à boire un peu, rien de bien méchant.
Ce fut l'année des quinze ans du plus jeune que les choses dérapèrent. C'était une journée ensoleillée, Yushin était parti en patrouille depuis une heure environ, me laissant la garde de Dereck. Celui-ci avait posé un sac sur la table de la cuisine et déposé à l'intérieur ce qu'il jugeait utile. Je le regardai à la fois surpris et horrifié de ce qu'il comptait faire.
-Ne me regarde pas comme ça Arkan. Je ne changerai pas d'avis.
-Minute ! Tu comptes aller où ?!
-J'ai l'âge pour partir et je ne compte pas rester ici à moisir.
Il courut à la cuisine prendre des paquets de biscuits et revint terminer son sac.
-De toute manière Yushin devrait être content. Le vilain qui a prit la place de Dereck s'en va. Il n'aura plus à attendre que l'autre revienne, pas vrai ?
-Non, tu te trompes.
-Comment ça, « non » ? Il aura une bouche inutile de moins à nourrir.
-Il tient à toi, c'est juste qu'il ne sait pas comment si prendre.
-Ne lui cherche pas d'excuse !
-Non, il a fait des erreurs mais ce n'est pas une raison pour …
-Tu n'as qu'à rester ici. Il est ton maître après tout. Je saurai me débrouiller tout seul.
-Tu rigoles ?! Dereck, reviens ! J'ai pas fini ! râlai-je en le voyant prendre la direction de la porte d'entrée.
Têtu comme un Colossinge celui-là !
Je me précipitai pour lui bloquer la route.
-Arkan, tu es un super ami. Si je le pouvais, je t'aurais relâché, tu ne mérites pas de vivre ici. Mais là, maintenant, laisse-moi passer.
-Non.
Il me jeta un regard noir et voulut me contourner. Je ne lui en laissai pas l'occasion, ce qui l'énerva encore plus.
-S'il te plaît laisse-moi partir.
-Pas avant que tu ne te calmes.
-Je suis calme.
Vachement, pensai-je.
-Où comptes-tu aller ?
-Tu veux m'accompagner ?
Je marquai une pause pour réfléchir. Quoi que je fasse ou dise il allait partir mais ce n'était pas ce que je souhaitais. J'étais sous les ordres de son père, bien que je sois bien plus proche de Dereck que de lui ni changeait rien. D'autre part mon rôle était de le surveiller, il ne m'avait pas interdit de sortir.
-J'ai une proposition à te faire. Tu peux m'accompagner une partie du chemin et faire demi-tour. J'ai laissé un mot pour ne pas que tu te fasses gronder, d'accord ?
Je soupirai, je n'avais pas le choix. Ou je lui hurlai dessus pour qu'il reste, avec le risque qu'il ne me fasse plus confiance comme avec Yushin ou …
-Je te suis, conclus-je sachant que je pouvais laisser des indices sur notre chemin.
Il n'était pas prêt pour faire ce voyage. Il n'avait personne à part moi pour le protéger, sans compter que sa « préparation » était plus que douteuse. Il nous faudrait plusieurs jours pour atteindre notre destination.
Finalement nous partîmes, pas rassuré pour un poil pour ma part. Nous n'eûmes pas à voyager très loin, car Yushin nous rattrapa le second jour en fin d'après-midi. Ce ne fut qu'après que je réalisai l'erreur que je venais de commettre, je n'aurai jamais dû laisser d'indice sur notre passage.
Si je pouvais remonter le temps, j'aurais agi autrement, mais il était trop tard. Je n'aurais jamais dû laisser une marque de notre passage telle une branche cassée ou une feuille arraché. Car ce qui nous attendait était au-delà de mon imagination. Si je pouvais j'oublierais et je pense que Rei le voudrait aussi.
Ce ne fut pas le fait de se faire enfermer une nouvelle fois dans cette prison qui servait de logement le problème. Ni le fait que je n'avais plus le droit de rester avec lui, ni même de lui parler seul à seul. Le souci était que Yushin avait commencé à boire, oubliant ses problèmes, se perdant dans un autre monde. Ils avaient beau se crier dessus, il n'avait plus d'autorité. Bien que Dereck gagnait les batailles verbales, il s'enfermait toute la journée dans sa chambre. Pour pallier à ce manque … ce fut Colo qui devient le maitre de la « maison » … et que comme tout Colossinge ce sont les poings qui parlent au lieu du cerveau.
Nous fûmes tous surpris la première fois. J'avais même essayé de le protéger, mais j'étais trop faible par rapport à lui. Trois « petits » coups m'avaient envoyé au tapis. Je vous laisse imaginer l'état de l'adolescent.
Je ne pourrais jamais oublier ce moment-là. Mako tentait de le retenir et de calmer le Pokémon combat avec l'aide de Tenta. Dereck était allongé sur le sol, immobile. Yushin nous avait rapidement tous enfermés dans nos balles avant de nous ordonner de rester à l'intérieur.
J'ignore exactement ce qu'il s'est passé par le suite, si ce n'est que l'adolescent n'avait pas quitté le lit pendant plusieurs jours. Seul son père et Mako avait l'autorisation d'entrer dans sa chambre. Je ne sais pas non plus ce qui a été dit, mais quand il ressortit enfin sur ses jambes, ce n'était plus celui que je connaissais. Il avait peur et agissait comme un des robots que l'on voyait dans les films.
Je compris rapidement pourquoi. S'il n'écoutait pas Yushin ou faisait n'importe quoi, c'était Colo qui se chargeait des punitions. Bien entendu Dereck était devenu d'un coup très obéissant et faisait attention de ne contrarier personne. Car il avait compris, non sans expérience, que le Colossinge n'attendait qu'un faux pas, même minuscule.
Et pour ne rien arranger, son père l'amenait avec nous presque tous les jours pour lui apprendre son métier. Sachant ce que lui coûtait un refus il suivait sans rien dire, écoutant et répondant uniquement quand il lui parlait.
Même moi, j'hésitais à aller vers lui de peur des conséquences. Tout ce que je pouvais faire était de rester à proximité pour lui faire comprendre que j'étais avec lui.
Je compris bien plus tard que ce n'était qu'un masque. Dessous Dereck prévoyait une nouvelle fugue, en prenant son temps et en analysant la situation. Nous ne disions que le minimum mais son regard parlait pour lui. Notamment quand il me fixait parfois, ses yeux faisant un aller-retour entre un objet et moi ou la porte.
Nous jouions sur de l'huile. La moindre étincelle aurait eu des conséquences désastreuses. Il nous avait fallu presque un an pour préparer le sac de voyage. Celui-ci se trouver enterré par mes soins à l'extérieur, à un emplacement que seul nous deux connaissions. Ensuite nous attendîmes l'occasion et prenions notre mal en patience. Surtout que c'était la dernière année d'apprentissage de Rei, la suivante il ferait ses débuts dans un métier qu'il détestait.
Ce fut un soir pluvieux. Yushin avait bu plus que de raison. La majorité de l'équipe dormait dans leur Pokéball, nouvelle règle de la maison.
Personnellement je restai éveillé, je n'irais me coucher que lorsque Dereck le serait aussi, pas avant. Sauf si son père allait dormir, dans ce cas-là, il me faisait rentrer dans ma balle pour la nuit. Je jetai un coup d'œil rapidement intrigué par ce que faisait l'adolescent avant de retourner rapidement vers l'écran qui me faisait face.
Que faisait-il ? C'était le placard où se trouvaient toutes les Pokéballs. Il comptait partir, là ? Maintenant ? Ce soir ?
Je relevai les yeux vers le gardien de prison, qui venait de se lever. Réprimant un sentiment de peur et qu'inquiétude. Je le suivis du regard près à réagir en cas de problème. Le plus grand danger était actuellement en train de rêver dans sa boule.
-Où vas-tu ? demanda le plus âgé.
-J… je vais chercher du bois pour le feu, avant que la nuit ne tombe. Arkan, tu viens m'aider ?
-Oui !
Sans attendre je me levai pour le suivre. Il eut le temps de mettre son blouson et ses chaussures avant que son père n'intervienne à nouveau.
-Viens là un instant.
-Il y a un problème ? questionna-t-il en tremblant légèrement.
-Donne-moi ce que tu as pris, répondit-il en tendant la main.
-J… je ne vois pas de quoi tu parles.
-C'est ça ! Prend-moi pour un imbécile ! hurla le soiffard.
Sa main partit en arrière, prouvant qu'il avait vraiment bu. Normalement il ne touchait jamais Dereck. Celui-ci réagit rapidement et le poussa avant de faire demi-tour et de partir en courant de la maison sous la pluie.
-Tu ne t'en sortiras pas comme ça ! cria Yushin avant de tomber en arrière.
-Qu'est ce qui se passe ?! demanda Mako en sortant affolée de la cuisine.
-On s'en va ! répondis-je.
-Et ta Pokéball ?!
-C'est Dereck qui l'a ! dis-je joyeusement avant de me lancer à la poursuite de ce dernier.
-Faites attention à vous.
Pas de soucis, je prendrai soin de lui.
