Soooooo, vous allez vite vous rendre compte avec moi que je mets du temps à publier des nouveaux chapitres, désolé. Mais celui-ci avait été effacé par erreur et j'ai du entièrement le recommencer. Et comme je recommençais, je ne pouvais pas m'empêcher de réécrire certains passages dont je n'étais pas fière du tout. Mais bref! Voilà enfin ce cher chapitre 2, qui va vous plaire je l'espère. IL N'EST PAS CORRIGÉ alors désolé pour les fautes. Et merci pour vos reviews! Merci infiniment!
Je n'avais aucun mot pour décrire l'état mental dans le quel j'étais. Une personne qui me regarderait d'un point de vue neutre, ne me connaissant pas, m'aurait décrit comme un type très bizarre, figé et avec un air idiot sur le visage, le genre de personne avec qui on ne serait pas quoi dire, par gêne. Moi, je me décrirais simplement comme un pur attardé. Et si Armin avait été là, lui aussi. Ainsi que Jean. Et Annie. Malheureusement pour moi, aucun n'était là et si la magie existait, j'aurais prié pour que n'importe lequel de ces trois-là soient ici, à la place de Levi. Parce que passer pour un demeuré auprès de la personne qui hante le plus vos pensées, c'était vraiment le pire. Mais la magie n'existe pas. Et la chance non plus.
Levi me regardait, les bras croisés. Il attendait une réponse de moi mais j'étais trop stupéfié (et pas dans le bon sens du terme) pour avoir l'intelligence de répondre, ne serait-ce qu'un petit « Bonsoir. » Vous avez déjà vécu le moment où vos neurones se déconnectent sous l'effet d'un événement trop choquant où trop soudain, ce moment où le cerveau a besoin de plusieurs secondes de trop, pour assimiler difficilement une information ? Et ben, c'était ce qui était en train de se passer. Pour moi, le concerné, c'était compréhensible, je savais ce qui se dérouler dans ma tête, mais pour Levi, je devais passé pour un gosse incapable de répondre à une simple formule de politesse. Je ne me faisais aucun souci de ce côté-là : Levi m'avait toujours pris pour un imbécile, et ce depuis l'enfance. Faut croire qu'il avait raison. J'essayais de toute mes forces de rallumer mon cerveau et réussit, par miracle, à enfin lui répondre :
- Salut.
Seigneur, merci de m'avoir donné le pouvoir de reprendre le contrôle de ce corps, ne m'obéissant plus. J'ai mis un petit temps pour répondre mais pas trop non plus. Mais apparemment, si parce que Levi m'offrit un regard à faire geler l'océan instantanément. Mon incompétence à parler l'avait agacé, on dirait. Je déglutis. Rappelle-toi Eren, il est comme ça avec tout le monde, même si il te donne l'impression qu'il peut pas te supporter, c'est l'impression qu'il donne en général à tout être humain. J'étais toujours sur le pas de la porte. Imaginez la situation : moi, me trémoussant comme un gamin ayant envie de faire pipi sur le palier, et lui en train de me regarder fixement, son bras appuyé contre la chambranle de la porte, n'amorçant aucun signe m'indiquant qu'il me laissait entrer. On pouvait pas faire pire comme situation. Surtout que j'essayais toujours de calmer mon cœur qui faisait la gigue en hurlant : Il est là, il est là ! Son regard me brûlait la ès mal à l'aise, je ne pouvais pas m'empêcher de le dévorer du regard, avec pour bonne excuse que je n'avais rien à faire d'autre, vu que apparemment il n'était pas décidé à m'offrir l'hospitalité. Très mauvaise idée. Il n'avait pas beaucoup changé ni pris de la taille mais rien son physique imposait suffisamment pour faire passer l'homme le plus gigantesque, petit à côté de Levi. Ses yeux étaient toujours aussi gris, mais pas un gris terne, plutôt un gris magnifique, puissant, envoûtant, qui donnait à son regard le pouvoir de vous liquéfier sur place. Sa peau était toujours aussi pâle et ses cheveux étaient toujours aussi noir que le charbon mais ils paraissaient très doux au toucher, si seulement je pouvais m'en assurer mais je tenais trop à mes mains, le risque de les perdre me ramenait sur terre aussi sec. Levi était beau, terriblement et furieusement beau, à un point que ça me faisait presque mal de le regarder, surtout pour le cœur et ma raison. Il me faisait toujours autant d'effet qu'il y a deux ans et ce fait, me déprimait plus que jamais.
- Eren !
Ce fut comme une douche froide. C'était la voix de Mikasa qui venait de retentir derrière Levi et qui apparu à son tour. Triste retour à la réalité, où violent je dirais : Mikasa est désormais ma petite-amie et Levi, son frère. C'était la même histoire depuis toujours, seulement aujourd'hui, je sortais avec Mikasa, pas Levi. Je me mis une gifle mentalement : désormais, je ne pouvais me permettre de fantasmer sur Levi : c'était déjà très mal quand Mikasa n'était que mon amie mais là, penser à lui de cette manière, ça serait totalement ignoble et horrible envers elle, maintenant qu'elle était plus qu'une simple amie. Je ferma les yeux et les ouvrit à nouveau, en offrant le meilleure sourire que je pouvais à Mikasa :
- Salut !
- On n'attendait plus que toi. Levi, pousse-toi qui puisse passer.
Mikasa parlait toujours d'une voix indifférente à son frère mais petite, elle le considérait comme son héros, elle me l'avait confié. Secret que j'avais promis de garder sous menace de mort : même enfant, Mikasa était très efficace pour menacer les gens, en leur faisant peur. J'en avais fait souvent les frais, plus que quiconque.
Levi se décala, sans un mot et me laissa (enfin!) entré. Mais j'aurais préféré qu'il ne le fasse pas, j'avais très envie de rentrer chez moi, tout à coup. Après un dernier regard, adressé à nous deux, il disparu dans la salle, me laissant seul avec Mikasa dans le petit couloir et je lâchai mon souffle que je retenais depuis un bon moment déjà. Elle prit soudain la main, mais je ne sursauta pas : pour moi, ce genre de contact était normal avec une amie, même si elle ne pensait certainement pas à la même chose que moi. Il ne faisait pas très clair, mais j'arrivais à distinguer deux petites taches rouges sur ses joues.
- Papa était impatient de te voir. Il est très content pour nous.
Et elle rougit de plus belle. J'avais une envie de la serrer dans mes bras. Je n'étais pas encore habitué à la Mikasa fille, mais ça me donnait toujours plus envie de la câliner comme qu'un frère câline sa petite sœur tout mignonne de quatre ans qui lui a fait un dessin. Pas comme un garçon amoureux d'une fille. Si seulement, je pouvais être attiré par toi de la même manière dont je suis attiré par ton frère...
Trois fois dans ma vie, j'ai souhaité disparaître. La première, c'est quand j'avais sept ans et qu'on venait d'annoncer le décès de la sœur de ma mère, et que celle-ci avait pleuré pendant des semaines. Si il y a bien une chose que je hais par dessous-tout, c'est voir ma mère pleurer. J'étais bien trop habitué à son côté agressif et explosif pour la voir dans un tel état de vulnérabilité. La seconde fois où j'ai de nouveau éprouvé cette envie de disparaître, c'est quand Mikasa m'a avoué qu'elle m'aimait. Et en cet instant précis, ce besoin de disparaître, se faisait sentir à nouveau.
J'étais à table dans le salon des Ackerman. Mikasa était assise à côté de moi. Son père était en face d'elle et Levi était juste en face de moi. Nous mangions en silence mais l'air était tendu. Mikasa était mal à l'aise, je le voyais car elle se trémoussait sous sa geste et toutes les cinq minutes, elle tripotait une mèche de ses cheveux, signe de nervosité chez devait être gênée parce que c'était un rendez de REPAEP : Rencontre Entre Petit-Ami Et Parents . Levi avait une expression indifférente, comme si ça lui importait peu d'être là. Quand à leur père, il semblait, comme d'habitude, dans son monde et mangeait joyeusement. Monsieur Ackerman avait toujours été à part, avec un esprit assez irresponsable et insouciant, c'était toujours Levi qui avait pris soin de s'occuper de la maison et de ses habitants. Et moi, j'étais très mal à l'aise parce que, petit un : j'étais pile en face d'objet de mes désirs et petit deux : ce même objet de fantasme ne m'avait pas lâché du regard depuis que j'étais là.
Il ne m'avait pas lâché quand j'étais entré dans le salon suivi de Mikasa, ni quand j'avais salué son père, ni quand nous avons discutés de tout et de rien avant de nous mettre à table. J'aimerais qu'il arrête de me regarde aussi intensément avant que mon cœur ne finisse par exploser. Comme quand il m'avait fixé sur pas de la porte, son regard me brûlait la peau. Je sentais que mes joues étaient rouges mais j'espérais qu'on attribue ça à cause de cette REPAEP et non à cause de l'enfant aîné de la famille. Mon dieu, s'il vous plaît, faites qu'il arrête avec ce regard ! Je me détestais en ce moment : parce que malgré que ma petite-amie était à côté de moi, je ne pouvais m'empêcher d'être heureux de sentir que l'attention de son frère était focalisé sur moi. Plutôt malsain, non ? Mais je sais que je donnerais tout pour qu'il continue à me regarder.
Une surprise. Une putain de surprise. Plus j'y repense, plus je me trouve stupide pour ne pas avoir deviné qu'il serait la surprise. Rien de plus normal que de présenter son petit-ami à son père et son grand frère, non ? Levi est très rarement ici. Il habite à l'autre bout de la ville et son travail, prends quatre-vingts dix pourcents de sa vie, les dix restant étaient consacrés à sa , il était quasiment jamais présent dans la maison familiale. Mais je l'aurais croisé tôt ou tard, au vu de mon nouveau statut. Je suis vraiment un crétin, comment j'ai oublié cette éventualité ? Il y a un silence et je ne pouvais pas empêcher ma tête d'imaginer les pires scénarios catastrophes : Il sait. Il sait que je fantasme sur lui et que j'aime pas sa sœur. Il va se dire que je me sers d'elle pour me rapprocher de lui. Il va me tuer. Okay, je dois exagérais mais comment ne pas être paranoïaque quand on pose sur vous un regard aussi intense et meurtrier ? Relax. Il te regarde juste parce que malgré son indifférence, il aime sa sœur, et il veut pas qu'elle souffre. Et à ses yeux, tu représentes une possible source de souffrance. Levi m'avait tellement gardé quand j'étais petit et j'avais suffisamment passer du temps dans cette maison, avec lui, pour savoir comment il fonctionne.
Par miracle, c'est son père qui brise enfin ce silence gênant, mais hélas, en abordant the question que je redoutais tant mais que j'attendais le plus :
- Alors, depuis quand vous avez décidés de sortir ensembles tous les deux ? Non, en fait, depuis quand êtes-vous tombés amoureux de l'un et l'autre ? Parce que vous avez grandis ensembles, et je t'ai toujours considéré comme mon deuxième fils, Eren, alors excusez-moi si ça me fait un peu bizarre.
Je ne trouve pas ça bizarre, Monsieur Ackerman. Parce que je pense exactement la même chose. Vu que Mikasa avait clairement décidé de jouer aux timides , j'ai décidé de prendre la parole :
- Je vous comprends Monsieur. Juste qu'au collège, je pensais comme vous mais au début de la quatrième, j'ai commencé à voir Mikasa différemment, pas comme une sœur mais comme une fille. Au début, j'ai juste commencé à remarquer plusieurs choses chez elle qui m'ont fait craquer, comme le fait que quand elle est stressée ou nerveuse, elle tripote une de ses mèches de cheveux, mais toujours du côté droit. Elle mordille sa lèvre quand elle a envie de pleurer où qu'elle se retient. Mais elle mord l'intérieur de sa joue gauche quand elle est en colère. Et même si parfois elle semble ne s'intéresser à aucune autre forme de vie que vous deux, elle est toujours la première à demander des nouvelles quand l'un de nos amis est malades, à aller les voir et à s'investir sérieusement quand on décide d'organiser une surprise pour l'un d'eux. J'ai remarqué toutes ces choses et je suis tombé amoureux d'elle au fur et à mesure que je la regardais toujours plus pour découvrir d'autres choses sur elle.
Deux constatations vis-à-vis de moi-même : j'étais un excellent acteur et j'étais le pire des monstres. Je n'avais pas menti sur toute la ligne. Ces petites choses chez elle étaient vraies et me font craquer mais pas au point de tomber amoureux d'elle. Ça me fait juste ressentir un profond amour amical pour elle. Et me servir de ça pour répondre à la question de son père, c'était abject. Plus le temps passait et plus, je m'embourbais dans mes mensonges. Mais il était beaucoup trop tard pour reculer.
Mikasa était rouge comme une tomate maintenant. Elle a serré ma main encore plus fort et a entrelacé nos doigts et rien que pour la voir aussi contente, pendant un instant, je ne regrettais pas du tout ma décision. J'ai relevé les yeux et son père nous regardait avec un sourire tendre, du style : qu'ils sont mignons. Par contre, Levi avait toujours la même expression : indifférent mais d'une certaine façon, très attentif. Et mon discours ne semblait pas l'avoir convaincu. Ça sera lui, le plus difficile à tromper sans aucun doute.
- Ah, vous savez vous deux, j'ai toujours dit que le lien qui vous liait était magnifique. Et je suis content de voir que ce lien s'est transformé en un sentiment beaucoup plus fort : un amour pur et sincère.
Sincère. Comme si pour me punir, une force inconnu lui avait fait prononcé le mot qui était l'exact opposé de notre relation. Je pâlis mais ne dis rien. Je n'étais plus mal à l'aise, maintenant j'étais mort de honte. Mais je trouva la force de sourire à son père quand sa voix retentit pour la deuxième fois de la soirée :
- Sincère, hein ?
Omyfuckinggod. En plus d'être magnifique, serait-il télépathe ? Non, si c'était le cas, je serais déjà dans un sac mortuaire en route pour la morgue, rien que pour toutes les pensées que j'ai eu à son égard. Il nous regarde, sa sœur et moi, et je suis un peu déçu de voir que je ne suis plus le seul à qui il prête le plus d'attention. Dans son regard, il avait une lueur de moquerie, mais est-ce par rapport à mes véritables sentiments -qu'il aurait décrypté par miracle – où par rapport aux propos de son père ?
- Papa, tu es vraiment trop... je n'arrive même pas à trouver le mot pour décrire ton discours digne de cette salope de Barbie.
- Levi, comment oses-tu te moquer de ton père ?!
Ouf, ça concernait son père. Mais un pressentiment me disait que ce n'était pas le cas. Avec Mikasa, nous regardons son père et Levi se chamailler, ce qui était comique. Le père des Ackermans semblait vraiment outré tandis que Levi avait l'air de s'en foutre totalement. Ce qui était probablement vrai. Son père criait toujours quand le regard de Levi croisa le mien. Et ne me lâcha plus de nouveau. Et merde. Seigneur, faites que je reparte vivant de cette maison.
Bon. Je dois me ressaisir.
En ce moment, j'étais dans la salle de bain, prétextant que je voulais me rafraîchir un peu, soi-disant parce que j'avais un peu trop chaud. Sérieusement, j'enchaîne mensonge sur mensonge, ça devient trop facile et ça me dégoûte à chaque seconde qui passe. Mais j'avais vraiment très chaud. Levi avait continué à me fixer pendant tout le repas, qui avait été le plus intense et intimidant repas depuis très très longtemps. Depuis mon enfance en fait. Les pires mais les plus belles minutes de ma vie depuis un bail s'étaient déroulés ce soir. Belles parce que j'étais comme au paradis, j'étais euphorique de le sentir à moins d'un mètre de moi. Pires, parce que mon corps ne semblait réagir qu'à lui, j'étais détendu, serein de le sentir à proximité alors que ma petite-amie, était à côté de moi. Qu'est-ce qu'il cloche chez moi ? Hein ? Parce que de mon point de vue, je suis un être humain tout ce qu'il y a de plus banal. J'ai deux parents encore mariés, un chien, des amis, une maison, je suis pas riche mais je suis pas pauvre non plus. Je déteste me lever le matin, je hais le métro, j'ai des mauvaises notes à l'école, je me bagarre avec Jean de temps en temps, et je me dispute avec mes parents sur ma vie comme tout adolescent normalement constitué. Donc, hormis le fait que je suis attiré par le frère de ma meilleure amie, je n'ai rien de vraiment exceptionnel.
Suite à la pire des question, le père de Mikasa avait continué à me bombardé de questions les unes après les autres. Une véritable invasion, dès que je répondais à une question, une autre m'attaquait aussi sec ! Heureusement, j'avais prévu le coup : j'avais révisé et préparé ce dîner encore mieux qu'un contrôle de maths. Et à ma plus grande honte, je mérite vraiment un oscar du meilleur acteur amoureux. Mikasa était intervenue de temps en temps mais Levi n'avait pas grandement participé. Il avait juste passé la plupart de son temps à mâcher et ajouté une remarque acerbe à sa sœur qui lui répondait tout aussi acerbe. On avait l'impression que participer à ce repas l'ennuyait. Et moi, j'étais là, m'accrochant à la table parce que je mourrais d'envie de me jeter dans les bras de Levi et le sentir me serrer contre lui. Note à moi-même : penser à me faire soigner d'urgence. J'avais sincèrement espéré que tout ce temps sans le voir avait fait disparaître les sentiments que j'éprouvais mais de toute évidence, ça n'avait pas fonctionné. Au contraire, je me sentais plus attiré vers lui que jamais, et je pense que le nouveau goût de l'interdit y était pour quelque chose. Je devais faire un effort considérable pour me rappeler qu'il n'y avait pas que Levi et moi à cette table, qu'il y avait son père et sa sœur, qui était ma petite-amie bon sang !
Bon, je devais sortir, il ne reste plus que le dessert. Je l'avale et je me sauve aussi sec, pour rentrer chez moi au plus vie, afin de m'apitoyer sur mon sort et de me maudire. Je souffla un bon coup avant de sortir la porte... et de me retrouver face à Levi. Je fis un bond en arrière, sous la surprise.
- AAH... Levi ! Ah désolé tu veux entré ?
Je me décale pour le laisser passer, et il entre sans un mot. Il me frôla et rien que ce petit truc de rien du tout, m'électrisa mon corps. Putain d'hormones adolescentes incapable de désirer une personne plus accessible à ma portée ! Il ne prit pas la peine de fermer la porte et je ne sais pas ce qui m'a pris mais je voulais l'attendre avant de redescendre. Je le bouffais littéralement du regard, à faire rougir certaines personnes mais mon cœur semblait être devenu sourd aux ordres de mon cerveau, totalement impuissant. Il se lavait les mains et sans relever les yeux, il dit d'une voix impassible :
- Oi, t'attends quoi pour partir ? Tu me prends pour un gamin de quatre ans qu'il faut surveiller où quoi ?
Je sursaute : même si il est impassible, derrière je sens un ton glacial, et ça me fit reculer de deux pas.
- Dé... désolé.
Je descendis aussitôt après mes pitoyables excuses, pressé de m'éloigner le plus possible. Je dois vraiment me rappeler que Levi est le frère de ma meilleure amie, petite-amie et qu'il me voie toujours comme le petit morveux qui venait le soûler quand il était plus jeune. Je crois même que, comme Mikasa envers Jean, il me considère même pas comme un être humain, plutôt comme une punaise. Et ça ne devrait pas du tout m'affecter ! C'est à ta petit-amie que tu dois plaire, pas à son frère, Eren !
En bas, Mikasa et son père avaient fini de débarrasser la table et mettaient les desserts : des religieuses aux chocolat. Son père m'offre un un petit sourire :
- Navré mais je n'avais pas le temps de préparer un dessert comme il se doit alors je suis passé à une petite boulangerie pour acheter ces petites pâtisseries.
- Ce n'est pas grave, du moment qu'il y a du chocolat, vous pouvez me faire manger n'importe quoi !
- Ha, tu aimes toujours autant le chocolat, à ce que je vois. Tu sais que quand, tu étais petit, j'achetais toujours des gâteaux au chocolats exprès pour toi quand tu venais ? Mes deux enfants détestent ça depuis leur naissance.
- Ils ne savent pas ce qu'ils ratent ! Répondis-je en adressant un clin d'oeil à Mikasa.
- Entièrement d'accord avec toi, mon petit Eren !
Mon petit Eren. Je ne crois pas me rappeler une seule fois qu'il m'ait appeler autrement depuis que je l'ai rencontré. A l'instant où je me suis présenté devant lui sous le nom d'Eren à quatre ans, il avait tout de suite répondu en disant : Mon petit Eren, me condamnant à ce nom pour les douze années qui ont suivies. Je ne sais pas pourquoi, ce surnom m'était resté au fil des années en grandissant et je n'aimerais pas que cela cesse. C'était comme un pilier de mon enfance, et ça me ferait très bizarre qu'il commence à appeler Eren sans le Mon petit. Ça serait comme avoir le Shawn sans le Gus dans la série Psych : enquêteur malgré lui.
J'entendis Levi redescendre et je me précipita à ma place sans regarder derrière moi. Mikasa vint s'installer à côté de moi sans poser de questions. Elle n'était vraiment pas dans son état normale : parce que n'importe qui, qui me connaît bien, saurait qu'un truc cloche dans mon comportement ce soir. Armin l'aurait déjà deviné, lui. Non si Armin avait été là, il m'aurait pas lâché avec son regard allant de Levi à moi, en pensant très fort : Tu vois, Eren ? Les conséquences. Ce à quoi j'aurais répondu par un regard promettant milles tortures si il n'arrêtait pas. Sous la table, Mikasa me prend la main et une fois de plus, son comportement inhabituel me saisit. Je commencé à connaître une nouvelle facette de Mikasa, la facette fille, même si je trouvais ça mignon, je n'aimais pas ça du tout.J'avais envie de vomir et de lâcher sa main comme si elle me brûlait. Notre nouvelle relation faisait apparaître ce côté-là chez elle et à chaque seconde, mon mensonge, quand il serait découvert (Armin avait raison sur ce point-là), risquait de la blesser toujours plus. Mais je me contrôla et lui laissa ma main en réprimant cette envie de vomir. J'espérais que mon visage ne trahirait pas mon état intérieur : en train de débattre violemment entre ce qui était bien et ce qui était mal. Le Bien parce que je rendais Mikasa heureuse en acceptant le rôle qu'elle voulait obtenir de moi et le Mal parce que je lui mentais sur toute la ligne depuis le départ. Et soudain, j'eus une violente envie inouïe de m'enfuir . De quitter la table, quitter les Ackerman, quitter cette maison et courir jusqu'à chez moi, sans me retourner pour fuir ce dîner qui me rendait malade de minute en minute.
Levi et son père revirent à table, l'un avec les cuillères et l'autre les mains vides. Je me retenais avec une certaine maîtrise pour ne pas engloutir la religieuse au chocolat et hurler « Bye-Bye ! ». Je n'allais pas passer pour un porc mal-élevé : ma mère me ferait la peau si elle l'apprenait. On commença à manger en silence de nouveau quand Mikasa ouvrit la bouche la première :
- En fait Levi, tu prends la chambre d'ami ce soir ?
- Évidemment, tu crois quand même pas que je vais dormir comme un chien sur le canapé ?
Attendez. Quoi ?
- Je ne voyais pas où était le mal si ça aurait été le cas mais papa m'a dit que ça ne serait pas très correct vis-à-vis de toi.
- Papa, je suis ravi de voir tu inculque les valeurs de la politesse et du respect à ta fille.
Une minute. Levi, rester ? Lui, pas partir ?
- Tu connais ta sœur, Levi. De toute manière, tu es pareil qu'elle, parfois, j'ai l'impression de voir deux jumeaux.
- Je ne savais pas que je ressemblais à une fille avec la délicatesse d'un buffle.
- J'ignorais également que je ressemblais à un mec avec la sensibilité d'un iceberg.
Oh, oh. Monsieur Ackerman et moi, nous nous regardions, paniqués de voir débarquer une bagarre Levi-Mikasa, ce qui était très effrayant : c'était comme voir Godzilla affronter King-Kong. Petit, ça me faisait toujours peur de voir ces deux-là se disputer, Levi pouvait être très méchant, et l'être avec une gamine de six ans, ne le dérangeait pas. Mais Mikasa, petite pour son âge, savait très bien répliquer et n'avait pas du tout peur de son frère, contrairement à moi. J'avais vu nombreuses de batailles Levi-Mikasa, sanglantes et je ne voulais pas du tout voir ce spectacle flippant ce soir. J'intervins précipitamment :
- Euh Levi, tu vas rester ce soir alors?
Essayez de trouver mieux alors que la troisième guerre mondiale menace d'éclater dans un petit salon. Il me regarda comme si j'étais le pire des abrutis et à ses yeux je l'étais probablement, avant de me répondre :
- Oui. Brillante déduction, Jaeger. Qu'est-ce qui t'as mis la puce à l'oreille ? Le fait que Mikasa est demandé si je prenais la chambre d'ami où le fait que j'ai confirmé ? Tu es toujours aussi intelligent, c'est rassurant.
Je rougis tandis que son père intervint à son tour :
- Levi !
- Quoi ?
- Sois plus gentil, tu veux ?!
Levi ne répliqua pas, il n'oserait jamais face à son père, qui devait être la personne qu'il respectait le plus au monde mais sa bouche émit un bruit agacé. Je rebondis aussitôt, ne voulant pas gâcher l'ambiance, qui n'était pas déjà au beau fixe :
- Je veux dire. Tu habites loin alors, ça va pas te gêner par rapport à ton boulot de passer la nuit ici ?
Je voyais bien qu'il allait me sortir une autre remarque sarcastique (sa spécialité) mais finalement, opta pour une réponse plus poli, écoutant les sages conseils de son père.
- Je travaille pas demain, ni le jours d'après. Je me suis pris trois jours pour le passer ici et me détendre un peu. L'atmosphère de mon boulot m'étouffe, j'ai l'impression d'être une sardine enfermé dans une boîte. J'avais besoin d'air.
Tout ce que je savais à propos de son travail, c'est qu'il bossait dans les bureaux. J'avais jamais osé demander plus de détails, je voulais pas qu'on me trouve trop curieux à son sujet. Mais je me serais foutu un coup pour l'étrange sentiment de joie que je ressenti après sa réponse : il m'avait parlé pas trop méchamment ,sans sarcasme et directement pour la première fois depuis la soirée. En plus, il avait été suffisamment à l'aise pour me raconter comment il se sentait au boulot. J'étais juste heureux parce qu'il m'avait parlé comme ça, je me conduisais avec lui de la même façon que Mikasa se conduisait avec moi : une fille timide et contente au moindre signe encourageant de celui qui fait battre son cœur.
Je hocha simplement de la tête en guise de réponse et ré-attaqua mon dessert en silence et en espérant que personne ne remarquait à quel vitesse, j'engloutissais ma religieuse au chocolat, sans prendre la peine de la savourer. Monsieur Ackerman reprit le contrôle de la discussion mais je n'écoutais pas réellement, j'étais trop profondément perdue dans mes pensées, à essayer de me refaire une raison et de calmer mon cœur qui ne me trahissait que trop. Quand Mikasa se leva pour débarrasser à nouveau, j'eus l'impression qu'on sonnait une cloche au lointain : celle de la remise en liberté.
Tout à coup, je n'arrêtais pas de jeter des coups d'oeil vers la sortie, désireux de disparaître au plus vite, je sentais la fin de la torture, je la frôlais du bout des doigts. Néanmoins, j'attendis patiemment qu'on finisse d'enlever les petites assiettes à desserts, de nettoyer la table et de remettre le vase avec les fleurs artificielles dessus. Quand il fut poser : un violent frisson m'envahit : ça y est. Ça veut dire que c'est vraiment fini, je peux m'en aller. Maintenant !A l'extérieur, je devais ressembler à un lapin, prêt à déguerpir, à l'affût du moindre bruit signant mon arrêt de mort.
Comme si Mikasa pouvait elle aussi lire dans mes pensées, elle se tourna vers moi et me regarda silencieusement avant de dire :
- Tu devrais rentrer Eren. Ta mère nous avait dit pas trop tard.
Je la regardais, surpris. C'était un demi-mensonge : certes, ma mère m'avait effectivement dit de ne pas traîner mais elle ne l'avait jamais dit en présence de Mikasa. Mon regard se fit interrogateur : je me demandais pourquoi elle mentait, ce n'était pas très important en soit mais étrangement pour moi, ça l'était. Elle s'approcha pas de moi et me chuchota à l'oreille :
- Tu es mal à l'aise. Je l'ai vu depuis que tu es arrivé.
Je me figeais.
- Moi aussi, je le suis à cause de ce dîner. Excuse-moi Eren, c'était peut-être un peu rapide pour te présenter comme petit-ami à mon père.
Je déglutis difficilement, serrant mes poings avec fureur contre moi-même. Mikasa avait toujours su lire en moi comme dans un livre ouvert. Sauf quand ça concernait mes sentiments envers elle. Elle pensait que j'étais mal à l'aise à cause de son père. A cause de ce dîner. Je respira un bon coup avant de prendre Mikasa dans mes bras, de la serrer contre moi et d'enfouir mon visage dans son cou. Je la sentais trembler contre moi mais elle se détendit et se laissa faire. Je respirais l'odeur de ses cheveux, une odeur de pêche, la même depuis notre enfance, qui me réconforta. Oh , Mikasa. Si seulement, tu savais l'ignoble vérité : elle me brûlait la gorge, menaçant de surgir et d'éclater mais pour la pire des raisons, je la repoussais.
Un autre jour, dans un autre monde dans lequel je ne ressentirais pas ça envers Levi, j'aurais eu le courage d'avouer la vérité à mon amie. De lui dire que jamais, je ne la verrais plus que ça, une amie.
Que je ne pouvais pas sortir avec elle parce que l'embrasser serait comme embrasser ma sœur. Qu'il valait mieux pour nous deux, que notre relation reste tel qu'elle l'était : clair et magnifique. Mais amical. Purement amical. Mais on était dans le vrai monde. C'était le mien et celui de Mikasa et je m'en voulais de lui en offrir un si malhonnête et sombre.
Elle et moi, nous restâmes comme ça, enlacés pendant au moins dix minutes avant que je ne lâche, et elle me regarda droit dans les yeux. Je savais qu'elle avait envie que je l'embrasse, ça sautait aux yeux mais il était hors de question que je le fasse tout de suite : d'abord parce que je n'étais pas mentalement préparé à l'embrasser et ensuite, parce que son père et son frère se trouvait dans la même pièce que nous, avec nous. Mais surtout, si on devait vraiment avoir notre premier baiser, autant qu'il soit magique et non à la va-vite dans un petit salon sous les regards indiscrets et surtout aux yeux de l'objet secret de mes fantasmes. Je leur jetai un coup d'œil : Monsieur Ackerman me lança un clin d'œil mais je devinais une certaine inquiétude dans son regard et Levi me fixait mais je ne saurais jamais dire ce qu'il y avait dans ses yeux à ce moment-là. Je détournais les yeux rapidement, supporter son regard trop intense pour mon pauvre cœur, qui était déjà salement amoché.
Je me tourna vers Levi, cœur battant. Il était appuyé contre un mur, les bras croisés de nouveau. Une fois de plus, sa beauté me saisit à la gorge. Il était pour moi, l'un des êtres les plus magnifique sur cette terre. Avec une force incroyable, je réussis à lui dire :
- Salut Levi . A bientôt, j'espère !
Omondieu. Est-ce que le « j'espère » n'était pas un peu trop ? Je ne pris pas le temps pour observer la réaction de Levi, je me dirigea vers Mikasa et lui planta un baiser sur la joue.
- Je t'appelle demain.
S'appeler était notre habitude ce n'était pas une nouveauté de couple et ça me soulageait plus que ça n'aurait dû.
Mikasa me raccompagna jusqu'à la porte, qu'elle m'ouvrit et quand je sentis le vent me fouettait le visage, je retenais du justesse un cri de joie, d'être enfin libéré. Je cria un dernier au revoir assez fort pour les deux personnes restées à l'intérieur et m'engagea dans la petite allée de terre du jardin de Monsieur Ackerman. J'ordonnais à mes pieds de garder leur calme et de ne pas partir en courant. J'atteins enfin le portail, en hurlant dans ma tête : LIBRE ! LIBRE ! LIBRE !
- Attends Eren.
LIBR- attends quoi ?
Je me retourna et manqua de tomber à la renverse quand je vis Levi se diriger droit sur moi, ses clés de voitures dans sa main droite.
- Je vais te ramener.
Au risque de me répéter : attends QUOI ?
- Comme ça, ta mère gueulera pas. Et puis ma sœur n'aura pas à s'imaginer les pires scénarios possible te concernant. Et elle me cassera pas les pieds.
Il se passa devant moi, sans un regard, tandis que mon cerveau était de nouveau parti se retrancher en sécurité, hors d'atteinte, pour accepter cette nouvelle information. Cependant, ayant retenu la leçon précédente et ne voulant pas passer encore plus comme un débile à ses yeux, j'ai vite repris mes esprits.
Mon cœur cognait si fort et mes mains tremblaient tandis que je regardais Levi s'installer dans sa voiture. Je suis restais planté là, indécis. A l'intérieur de moi, tout hurlait alerte rouge et j'étais en pleine angoisse de savoir que je serais quelques minutes, seul, avec Levi dans sa voiture, avec aucune autre personne autour. Je ne voulais pas monter dans cette voiture, avec lui. Le fait de voir où d'être avec Levi était dangereux pour ma santé mentale, déjà au bord de la destruction. Si je montais avec lui, je retomberais dans le même merdier : je ne pourrais plus du tout me passer de Levi, je redeviendrais accro à lui, comme un drogué accro à sa drogue. Je ne voulais pas redevenir dépendant de Levi. Ce soir, je pensais juste le revoir le temps d'un dîner et qu'il allait de nouveau disparaître de ma vie, tout redeviendrait à la normal et j'essayerais de m'habituer à ma relation avec Mikasa, je l'aimais juste comme un ami, mais je l'aimais quand même. De plus, il y avait eu son père et sa sœur : je n'avais pas été réellement seul avec lui.
Mais déjà, savoir qu'il resterait pendant trois jours m'était difficile : j'allais devoir me faire violence pour tenir éloigné de chez Mikasa. Si je montais dans cette voiture, passer juste quelques minutes en tête à tête avec lui, me serait fatal. Je voudrais recommencer à le voir. A lui parler. A passer la moindre seconde de mon temps libre avec lui, comme avant. Mais avant, j'étais un gosse j'avais des excuses pour le coller : quelqu'un devait bien surveiller un enfant, pourquoi pas le grand frère de son amie ?
Je savais que je ne devais en aucun cas monter dans cette fichue voiture. Mais quel autre choix j'avais ? Je me tourna vers Mikasa, toujours en train de m'observer depuis la porte d'entrée. Elle me fit un petit sourire rassurant. Peine perdue. J'étais foutu. Un coup de klaxon me fit sursauter. Levi s'impatientait :
- Bouge ton cul, gamin ! J'ai pas que ça à foutre !
Mes pieds se mirent à bouger d'eux-même et je me précipita à la voiture, sans me retourner vers Mikasa. Alors que je montais à bord du côté du passager, j'essayais de restreindre le Eren addictif à Levi, qui dansait comme un fou à l'idée de se retrouver seul avec lui. Je ferma la portière, boucla ma ceinture et mon conducteur démarra en trombe. La maison des Ackerman fut vite loin derrière nous, laissant Mikasa et mes mensonges. J'étais seul avec Levi.
