-Chapitre 8-
-Un pour tous, tous pour un-

LE SOLEIL ILLUMINAIT cette foule de personnes, toute vêtues de noir. Elles s'étaient réunies pour rendre un dernier hommage à cet agent du FBI qui avait perdu la vie sur le champ d'honneur, en accomplissant son devoir. Servir et Protéger. Deux verbes qui avaient été sa devise. Servir sa patrie et être au service de ses concitoyens. Protéger ses concitoyens contre tous les dangers qui pouvaient les guetter, et ce, jusqu'au bout. Et malheureusement, parfois jusqu'à la mort. Et aujourd'hui, ces femmes et ces hommes s'étaient rassemblés autour de ce couple en pleurs, foudroyés par le chagrin d'avoir perdu leur enfant. La femme était inconsolable, malgré la présence de son mari, tout en pleurs lui aussi, et de ses bras protecteurs autour d'elle. Le couple qui approchait la soixantaine était assis face à un cercueil en acajou recouvert du drapeau étoilé, et d'un boitier en satin noir ouvert. Ce boitier contenait une médaille. Médaille de bravoure à titre posthume. Une couronne de fleurs trônait à coté de ce cercueil. Une photo dans un cadre aux contours dorés avait été accrochée à cette couronne. La photo de l'agent disparu. L'agent spécial Emily Prentiss. Parmi la foule, au premier rang, à droite du couple qui n'était autre que la mère et le père d'Emily entouré par d'autres membres de la famille, les collègues d'Emily. Aaron Hotchner se tenant sur des béquilles axillaires à cause du plâtre à sa jambe droite, suivi par David Rossi, Derek Morgan, Spencer Reid, Penelope Garcia et Jennifer Jareau venue spécialement pour dire au revoir à l'une de ses anciennes collègues et amies. Chacun des membres (actuel et passé) des sciences du comportement pleurait plus ou moins discrètement, mais avec la même intensité. Derrière eux, d'autres agents du FBI, plus des supérieurs, dont Erin Strauss, leur chef de section. Chaque agent arborait sa plaque et l'avait enroulée d'un ruban noir. Des hommes et des femmes appartenant au monde de la politique, amis et collègues des parents d'Emily, faisaient également partie du cortège. Un sous-officier de la garde nationale, posté un peu au loin du cercueil, fit retentir son clairon et entonna la sonnerie aux morts, pendant que six de ses compagnons d'uniforme entouraient le cercueil et pliaient en triangle avec respect et délicatesse le drapeau Américain. Un autre militaire les avait rejoints pour prendre le boitier et le tenir pendant ce geste. Puis il le remit à l'officier qui fut le dernier à tenir le drapeau. Derek Morgan s'approcha pour recevoir le drapeau et la distinction des mains de cet officier. Normalement, Hotch aurait du le faire, mais il en avait été incapable à cause de sa jambe, et avait délégué cet honneur à Derek. Celui-ci s'avança vers la mère d'Emily, qui n'avait pas cessé de pleurer sa fille. Derek Morgan lui remit le drapeau et la médaille entre les mains. La mère le prit et remercia d'un signe de la tête Derek, qui retourna auprès de ses partenaires. Un officier de la garde nationale donna l'ordre à la rangée de six sous-officiers qui se tenaient debout en ligne droite face à la foule de l'autre coté du cercueil de se mettre au garde à vous et de présenter leur fusil. Une salve de coups de feu retentit, brisant ce silence de tristesse, de remords et de culpabilité qui avait envahi chaque membre de la foule, touchant plus particulièrement les parents d'Emily, les agents Hotchner, Rossi, Morgan et Spencer, ainsi que l'analyste Penelope Garcia. Ils avaient perdu plus qu'une coéquipière. Ils avaient perdu une amie. Une sœur. La famille qu'était devenue la BAU avait perdu l'un des siens, et ne serait plus jamais la même…

… Tout comme James Lauderdale s'était réveillé en sueur, David se réveilla de la même façon, à la différence qu'il ne dormait pas dans un lit, mais s'était assoupi sur une chaise de la salle de travail, assommé par la fatigue. David passa une main à son visage. Il avait rêvé. Ce n'était qu'un rêve, mais il lui avait paru si réel. Pendant un instant, David se demanda si cette scène s'était bien déroulée et s'il ne s'était pas réveillé quelques jours plus tard. David remarqua qu'il était toujours dans ce bureau prêté par la criminelle de Washington D.C. Par conséquent, en toute logique, il était encore en train de travailler sur cette affaire et cet enterrement n'avait jamais eu lieu… Néanmoins, si les choses continuaient toujours à stagner, cet enterrement pouvait se réaliser. Le lieutenant Newland arriva à ce moment, un thermos et un paquet de gobelets dans les mains. Elle vit le visage assombri de David.
-Newland : Est-ce que ça va, agent Rossi ?
-David : Pas vraiment… Je viens de rêver que j'assistais à l'enterrement de l'agent Prentiss… C'était affreux… Je ne veux pas vivre ça… Mais ça fait plus d'un mois qu'on n'a plus de nouvelles…
-Newland : Je sais…
David regarda le thermos.
-David : Je crois que le café ne fait plus effet sur moi…
Newland posa le thermos et les gobelets sur la table. Elle ouvrit le thermos et remplit un gobelet qu'elle tendit à David, tout en expliquant :
-Newland : C'est du thé jasmin. Il a des vertus apaisantes…
-David : Je ne peux pas vraiment me permettre de m'apaiser…
-Newland : Je sais. Mais vous devez essayer. Je vous ai observés, vous et vos collègues. Vous avez ingurgité je ne sais combien de litres de café depuis ces dernières semaines. Vous ne dormez presque plus, vous êtes stressés, ce qui est compréhensible, vu les circonstances… Peut-être qu'un peu de repos vous ferait du bien, pour vous ressourcer, vider votre esprit, pour reprendre l'enquête et la voir sous un autre jour… On n'avance pas avec le stress et la fatigue, cumulés à la caféine qui finit par être plus un frein qu'un moteur…
David dut reconnaitre que Newland avait parfaitement raison. Le stress, la peur et l'énervement ne s'étaient pas réellement montrés d'une grande aide jusqu'à présent. Morgan, Reid, Garcia et lui étaient sur les nerfs, et cet état pouvait devenir un obstacle à leur progression, enfin, le semblant de progression qu'ils avaient eu. David opta pour le thé et but une gorgée et s'exclama :
-David : C'est délicieux…
Ce thé avait un gout extraordinairement bon. Gout peut-être prononcé par le fait que David avait trop longtemps carburé au café et que maintenant, n'importe quel aliment apparaissait à ses pupilles comme magnifique. En fait, pas vraiment. Cette boisson chaude sentait merveilleusement bon. Elle réchauffa David avec douceur et subtilité. David eut l'impression d'être enivré par la sérénité à l'état pur. Ce lieutenant Newland savait comment gérer. Il la remercia pour cette vague de paix liquide.
-David : C'est merveilleux… Merci…
-Newland : Je vous en prie.
Newland se servit une tasse.
-Newland : Des nouvelles de James Lauderdale ?
-David : Il se souvient de quelques tortures, mais n'arrive pas encore à visualiser le visage du tueur…
Le portable de David sonna. Il répondit, puis informa Newland :
-David : James Lauderdale vient d'avoir un autre souvenir.
David se leva de sa chaise et partit avec le gobelet de thé à la main. Il ne sut pourquoi, mais il avait eu envie de le garder. Peut-être que ce thé se montrerait plus bénéfique que tout ce café qui saturait son estomac.

St Henry Hospital, devant la chambre d'Aaron Hotchner :

ERIN STRAUSS était venue en personne pour rendre visite à Aaron et s'entretenir avec Derek Morgan. La chef de section et le chef d'unité de la BAU par intérim (Derek), regardaient à travers la fenêtre Jack qui essayait de redonner le sourire à son père, sous le regard de Jessica. Derek Morgan commença la discussion :
-Derek : Jack fait tout ce qu'il peut, mais son père reste traumatisé…
-Strauss : L'agent Hotchner n'a pu vous donné des informations sur la cachette de ce tueur ?
-Derek : Le tueur l'a endormi pendant le trajet. Et quand il le torturait, l'agent Hotchner avait les yeux bandés.
-Strauss : Pourquoi l'avoir relâché ?
-Derek : Pour que l'agent Hotchner souffre et se sente coupable. Et pour que nous aussi, nous nous sentions coupables…
-Strauss : Vous n'avez donc toujours aucune piste ?
-Derek : Hélas…
Strauss réfléchit. Elle se tourna vers Derek et lui dit :
-Strauss : Agent Morgan… Je sais que vous tenez à l'agent Prentiss…
Derek fit face à Strauss.
-Derek : En effet, madame. Nous tenons tous à elle.
-Strauss : Ne pensez pas que je n'ai pas de cœur, mais agent Morgan, je dois vous prévenir d'envisager la possibilité que l'agent Prentiss est peut-être…
-Derek : Je me refuse à le croire, madame.
Strauss eut un regard maternel. Elle continua :
-Strauss : Je sais. Mais cela fait plus d'un mois qu'elle est portée disparue. Je sais que vous devez vous raccrocher au fait qu'elle est encore vivante, mais vous risquez de souffrir encore plus si vous la retrouvez et que malheureusement, elle soit… Partie.
Derek observa Erin Strauss. Elle n'avait pas tort. Derek et le reste de l'équipe devaient entrevoir la possibilité que cette histoire ne finisse pas comme ils le souhaiteraient. Emily était retenue prisonnière depuis plus d'un mois. Et pendant cette période, Dieu seul savait les supplices qu'elle avait du endurer. Il n'était pas improbable qu'en dépit de son courage à résister, et Derek savait combien Emily pouvait être une femme forte, ces supplices avaient fini par l'emporter.

St Henry Hospital, plus tard, dans la journée du Mercredi :

DAVID, NEWLAND ET SPENCER (qui avait des cernes géantes sous les yeux et une barbe qui s'épaississait) se tenaient autour de James Lauderdale. Celui-ci leur raconta son rêve.
-Lauderdale : Je ne voyais toujours pas son visage, mais j'entendais bien sa voix. Il m'avait attaché à des chaines, et j'étais suspendu dans les airs… Je ne comprenais pas trop où il voulait en venir… Il disait qu'ils ne viendraient pas à mon secours… Qu'ils venaient seulement au secours des autres, mais pas à mon secours… Je pense qu'il devait parler de mes partenaires de la caserne car il a parlé de gens secourus des flammes… Et puis, il a continué… Il a dit qu'ils signaleraient ma disparition et que finalement, ils finiraient par m'oublier, par reprendre leur vie… Il a aussi insisté sur le fait que j'étais seul… Il a dit qu'on était toujours seul, que les personnes en lesquelles on croit nous laissent toujours tomber… Et c'est tout. Je me suis réveillé à ce moment là. Est-ce que ça peut vous aider ?
-Spencer : Il semblerait que le tueur voulait vous faire passer un message, James.
-Lauderdale : Oui… Il voulait que je comprenne…
-David : On est toujours seul… Les personnes en lesquelles on croit nous laissent toujours tomber… Ils ne viendront pas à votre secours…
-Spencer : Une idée, Rossi ?
Pour sa part, Spencer était épuisé mentalement, malgré tous ses efforts de concentration.
-David : On va résumer. Vous étiez pompier, monsieur Lauderdale. Jeff Granger, policier. Helen O'Manning, militaire. Brad Carlson, une potentielle victime, agent de la DEA. Emily et Hotch, agents du FBI… Quel est le point commun ?
-Spencer : On n'en a trouvé aucun, Rossi…
-David : Aucun du coté de leur vie privée, de leur environnement sociodémographique. Mais il y a un point commun, au niveau du métier, plus ou moins flagrant.
-Newland : Je dirais qu'ils exercent un métier dangereux… Chacun peut mourir au cours de l'exercice de ses fonctions…
-David : En effet, mais le tueur ne semblait pas mettre le point sur cet aspect du métier… Il voulait que monsieur Lauderdale comprenne qu'il était toujours seul, que ses coéquipiers ne viendraient pas le chercher, le sauver… Qu'est-ce que caractérise les différentes professions que nous sommes en train d'évoquer ?
Newland et Spencer interrogèrent David du regard.
-David : Dans tous ces métiers, on ne laisse pas un compagnon d'arme à terre. Dans tous ces métiers, quand un membre est en danger ou blessé, ses compagnons font tout pour le sortir du danger ou pour le ramener en vie chez lui… Hotch se sent extrêmement coupable d'avoir laissé tomber Emily…
-Newland : Alors le tueur aurait été abandonné par ses coéquipiers et se venge sur ses victimes ?
-David : Le tueur devait probablement exercer le même métier que l'une des victimes. Il avait confiance en ses partenaires, mais un jour, un évènement s'est produit. Ses partenaires l'ont laissé derrière, volontairement ou non. Peut-être même que le tueur a subi des tortures, et du coup, il ne fait que reproduire ce qu'il a subi, et s'est enfermé dans un raisonnement auquel il veut que les victimes adhèrent.
David avait enfin établi une hypothèse qui avait du sens. L'homme regarda son jeune collègue, vaincu par la fatigue. David se sentit étrangement pousser des ailes. Etait-ce du au thé ? Peut-être, voire très certainement. Quoiqu'il en soit, il y avait une nouvelle piste à creuser.

Quelque part, dans le nord est des Etats Unis, pendant ce temps :

EMILY SE TORDAIT de douleur sur le sol et criait, au fur et à mesure que le tueur lui infligeait des chocs électriques à l'aide de son bâton. Emily voulait encore résister, mais tant de questions avaient envahi son esprit depuis Mercredi dernier (et depuis en fait, le début de sa captivité). Elle avait résisté les jours suivants, malgré ses « séances », dont les stigmates s'étaient concrétisés par des blessures aux mains et sur d'autres parties de son corps. D'ailleurs, son épaule droite s'était déboitée (ou sa clavicule s'était luxée) et Emily n'arrivait plus à faire le moindre mouvement avec. Le tueur avait renoncé à la suspendre dans les airs et lui avait enlevé les chaines, vu qu'elle était trop faible et ne représentait plus de danger pour lui. Un autre stigmate accompagnait ces blessures physiques : ce sentiment de n'être plus qu'un déchet, sentiment accentué par ces viols qu'elle avait subi. Cependant, aujourd'hui, tout était en train de changer. Elle était dans ce lieu abominable depuis… Elle ne savait combien de temps, mais il lui semblait que des mois s'étaient écoulés. Ses coéquipiers n'étaient toujours pas arrivés. Ils n'étaient toujours pas venus la secourir. D'après le tueur, Hotch avait été là, et il ne l'était plus. Avait-il décidé de partir pour retrouver l'équipe et les aider à la retrouver ? Si oui, pourquoi Hotch, David, Derek et Spencer tardaient-ils ? Qu'était-il arrivé à Hotch ? Avait-il été sérieusement blessé au point de ne plus être en mesure de participer à l'enquête ? Si oui, ses autres coéquipiers avaient-ils fini par abandonner les recherches ? Car c'était la seule explication logique qui puisse justifier cette trop longue et pénible attente. Emily souffrait plus à cause de toutes ces questions sans réponses qu'à cause des électrocutions. Emily pleura. Le tueur comprit ses doutes et l'enfonça encore plus dans ses remises en question :
-Tueur : Ils sont censés être une unité d'élite, n'est-ce pas ? Sinon, vous n'auriez jamais été décorés et je ne vous aurai jamais vus sur cette photo, dans ce journal… Admettez-le, vous doutez. Et vous avez raison. Qu'êtes-vous réellement pour eux ? Vous n'êtes qu'un agent du FBI, rien de plus. Un agent qui parfois, doit faire face à des risques. Un agent qui peut mourir en mission. Sauf que ça, tout agent l'accepte car ça fait partie du métier. Vos collègues savent qu'ils peuvent partir un jour. En conséquence, les autres doivent l'accepter et continuer à vivre. C'est ce qu'ils font tous. Ils pleurent au début, puis finissent par continuer leur train train quotidien. Ils finissent par oublier que vous avez existé, et vous remplacent par un nouveau. Ils ont arrêté les recherches. Soyez en sure. Ils ne viendront pas. Parce qu'ils n'ont rien trouvé et préfèrent la défaite. Ils ne viendront pas. A leurs yeux, vous êtes morte. Ils ne viendront pas. Ils vous ont laissé tomber.
Les paroles du tueur s'ancraient dans le cerveau d'Emily. Elle les écoutait, et un combat s'engagea en elle. Une partie d'elle l'exhortait à admettre la vérité : ses collègues ne viendraient pas la sauver. Ils l'avaient abandonnée, alors pourquoi n'abandonnerait-elle pas ? Pourquoi résister et subir continuellement toutes ces souffrances dans ce vain espoir d'être libérée ? Les jours se suivaient et rien ne se produisait, à part ces sévices. Pourquoi lutter ? Une autre partie d'elle l'encourageait à tenir bon et à croire en ses coéquipiers. Les Etats Unis étaient un pays immense. Elle pouvait être n'importe où, d'où la difficulté à la localiser. Tout n'était qu'une question de temps, et bientôt, ce cauchemar cesserait. Oui, mais combien de temps avant qu'Emily ne soit plus qu'un cadavre en état de décomposition ? Elle n'en pouvait plus. Elle avait prié pour que tout ce calvaire cesse enfin, mais rien n'avait cessé. Au contraire, tout avait continué. Tout s'était empiré. Elle ne sentait presque plus son propre corps.
Le tueur arrêta les chocs électriques. Emily transpirait et avait le corps endolori. Le tueur regarda Emily. Cette dernière se demanda ce qu'il allait faire ensuite, et le découvrit assez vite. Le tueur s'agenouilla auprès d'elle. Ses doigts de la main droite commencèrent à se balader sur sa poitrine, et se dirigèrent vers le bas. Emily allait se faire humilier une énième fois… A moins qu'elle ne fasse le nécessaire pour l'éviter.

St Henry Hospital :

DAVID ET SPENCER avaient appelé Derek, qui était resté veiller sur Aaron, pour le mettre au courant des nouvelles données. Les trois hommes se trouvaient dans la chambre de James Lauderdale, avec Newland. Derek fut tout excité aux dernières nouvelles.
-Derek : Donc, il nous faut chercher un ancien pompier, militaire, policier ou agent fédéral qui a quitté son boulot après une grave blessure lors d'une mission où il a été porté disparu ou mort…
-Spencer : Ca va nous faire beaucoup de candidats dans l'état de Virginie… Et dans les états voisins…
-Derek : Il faut quand même tenter.
Derek composa le numéro de Garcia et alluma le haut-parleur.
-Garcia : Je suis là ! Dis-moi ce que je dois faire !
-Derek : Garcia, je voudrais que tu cherches tous les anciens militaires, pompiers, membres des forces de l'ordre qui ont été gravement blessés au cours d'une mission, et portés disparus ou mort. Retiens en priorité ceux qui ont subi des sévices, physiques, psychologiques. Commence par Washington D.C et étends les recherches à la Virginie et au Maryland…
-Garcia : Je vous rappelle quand j'ai la liste !
Garcia raccrocha pour se consacrer à sa mission. David prit la parole :
-David : Il faut aussi regarder si les victimes ne se sont pas rendues dans un lieu commun… Elles ont peut-être été repérées dans ce lieu…
-Spencer : J'ai regardé les dossiers, et elles n'ont jamais séjourné dans le même hôtel… En tout cas, elles n'ont jamais utilisé leur carte de crédit au même endroit… Néanmoins, elles sont toutes passées par Washington…
-Derek : Il faut un lieu où le tueur a pu facilement apprendre que les victimes étaient en vacances, et leur métier… Pour ma part, quand je pars en vacances, je ne discute pas vraiment de ce genre de choses avec un inconnu… Sauf si je suis dans des circonstances qui m'encouragent à le faire…
-Newland : Comme par exemple un site touristique à visiter, avec un groupe d'autres touristes…
-Spencer : Toutes les victimes étaient en solo…
-Lauderdale : D'après mes partenaires, j'étais plutôt du genre aventurier… Je voulais parcourir le nord est en moto, et contempler la nature… Ils m'ont dit que j'avais préféré les motels dans les petites villes qu'hôtels dans les grandes…
-Spencer : Sauf que Granger n'a séjourné qu'à Washington et Philadelphie, dans des hôtels en centre ville... O'Manning, quant à elle, faisait les deux…
-Derek : Alors, qu'est-ce qui pourrait être le point commun, si ce n'est pas un hôtel ou motel ?
-Spencer : Un magasin de souvenirs ? Un restaurant ?
-Lauderdale : Une seconde… Mes collègues m'ont raconté que j'allais souvent dans les restaurants…
-Spencer : Granger et O'Manning aussi…
-David : Faisons le point. Il faut un lieu à l'atmosphère conviviale, qui donne au touriste assez de confiance pour raconter qu'il est en vacances et révéler sa profession... Un restaurant discret… Peut-être dans la campagne…
-Spencer : Il me faut une carte !
Le lieutenant Newland sortit son portable, qui était un IPhone, et trouva une carte du nord est des Etats Unis pour Spencer. Elle lui prêta son téléphone et Spencer expliqua sa démarche.
-Spencer : La dernière étape de Granger avant sa disparition était Washington. Celle d'O'Manning, Richmond. Et la votre, James, un motel près de la frontière entre la Virginie et la Virginie de l'ouest. Pour notre victime présumée, Brad Carlson, Charlottesville… Donc notre homme est de la Virginie…
-David : James, pouvez-vous vous assoir dans ce fauteuil et fermer les yeux ?
James s'exécuta. David poursuivit :
-David : Essayez de vous rappeler un endroit particulier dans lequel vous êtes allé… Un endroit où vous avez discuté avec une personne en lui racontant votre voyage… Un endroit à l'ambiance sympathique, où vous vous êtes senti en sécurité, sérénité…
James Lauderdale se concentra pour réfléchir.
-David : Une auberge, un restaurant, une boutique souvenir… Vous avez surement du parler avec celui qui vous a kidnappé… Il vous est apparu avenant, gentil, très souriant… Un homme plutôt manuel… Un endroit plus dans la campagne…
James se focalisa sur les paroles de David. Puis soudain, une image lui apparut…

James s'était installé au comptoir d'un petit restaurant. Il portait un blouson de motard et un jean. Son casque se trouvait à sa droite. James attendait et pendant l'attente, il regardait le paysage qui l'entourait. Un paysage vert de forets et de collines, et la petite route qu'il avait empruntée pour arriver à ce restaurant. James regardait également l'intérieur du restaurant. Il y avait très peu de monde et chaque client avait déjà été servi. Il y avait également des cadres sur le mur qui contenaient des distinctions pour la bonne cuisine de ce restaurant. James patientait. Finalement, un homme, aux cheveux châtains, sortit de la cuisine en tablier avec une assiette au contenu coloré et qui avait l'air délicieux. D'ailleurs, ce plat dégageait une saveur enivrante. L'homme posa l'assiette devant James et lui dit :
-Homme : Et voilà pour vous, monsieur.
-Lauderdale : Merci !
James prit une bouchée.
-Lauderdale : Hum… C'est succulent !
-Homme : Merci, monsieur… Vous n'êtes pas du coin, n'est-ce pas ?
-Lauderdale : En effet… Bien vu.
-Homme : Je suppose que vous devez être un touriste…
-Lauderdale : Oui… Je profite de mes vacances pour visiter le coin…
-Homme : Vous verrez, c'est un coin merveilleux… Est-ce la première fois que vous venez ici ?
-Lauderdale : Même la première fois que je viens dans ce pays !
-Homme : Vraiment ? D'où venez-vous ?
-Lauderdale : Du Canada !
-Homme : Magnifique ! Alors, vous avez décidé d'explorer notre beau pays en moto…
-Lauderdale : En effet… J'ai pris un long break pour en profiter et déstresser au maximum…
-Homme : Déstresser ? Ma parole, seriez-vous exploité par votre patron ?
L'homme sourit. James aussi.
-Lauderdale : Non… Mais disons que mon boulot est assez stressant… Je suis pompier, voyez-vous, alors le danger, je le côtoie presque tous les jours, et le danger, c'est stressant…
-Homme : Je comprends. Du coup, vous avez décidé de faire une pause pour évacuer et vous ressourcer…
-Lauderdale : Exactement ! … Votre plat est vraiment merveilleux !
-Homme : Merci ! C'est grâce à lui que j'ai obtenu ce prix…
L'homme montra à James l'un des cadres qui trônait sur le mur…

… James ouvrit les yeux et déclara :
-Lauderdale : Je me souviens de lui ! J'ai revu son visage ! J'étais dans un petit restaurant, quelque part dans la campagne, et lui, c'était le cuisinier. Il est venu m'apporter mon plat, et on a discuté. Je crois qu'après, il m'a recommandé des sites à visiter…
Derek rappela Garcia en urgence et mit le haut-parleur.
-Garcia : J'ai pas encore la liste ! Je t'assure que je fais aussi vite que je peux !
-Derek : Je sais, Garcia. On a d'autres paramètres pour toi !
-Garcia : J'écoute !
-Derek : Isole les restaurants situés dans la campagne, en bord de route, dans le nord de la Virginie. Croise ensuite la liste des employés… Non, croise la liste des cuisiniers depuis 1998 avec la liste des anciens militaires, pompiers, forces de l'ordre que tu es en train de faire…
-David : Garde en priorité les cuisiniers à mi-temps…
Spencer et Derek regardèrent David, perplexes. David se justifia :
-David : Granger, O'Manning, Carlson et monsieur Lauderdale ont disparu un jour de la semaine, pendant la journée pour certains d'entre eux, dans des endroits différents. Le travail de cuisinier prend beaucoup de temps. Avec un mi-temps, le tueur a plus de temps pour suivre ses cibles, les kidnapper, et les torturer…

DANS LA SALLE DE TRAVAIL au poste de police, Penelope Garcia s'activait. Ses doigts se mouvaient avec une rapidité impressionnante sur le clavier d'ordinateur, tandis que ses yeux restaient rivés sur l'écran, à l'affut de toute découverte capitale. Plusieurs cadrans de recherche se dressèrent sur l'écran. Des noms défilaient sur ces cadrans. Les secondes paraissaient être des heures. Garcia murmura même :
-Penelope : Allez, allez, mon bébé… !
La jeune informaticienne était plus qu'impatiente et nerveuse. Elle tapait du pied, et commença à ne plus faire attention à le faire avec discrétion. Après plusieurs secondes d'interminable attente, les noms s'arrêtèrent de défiler sur les écrans. Un nom clignota sur l'un des cadrans. Le nom d'un restaurant. Simultanément, sur un autre cadran, apparut le nom d'un homme. Puis de nouveaux cadrans se formèrent. Une carte d'identité et un extrait de dossier de l'armée. Garcia s'exclama, presqu'en criant :
-Penelope : Je l'ai ! Je l'ai ! Peter Harwell ! Cuisinier à mi-temps au Backwood's House, sur une petite route de campagne ! Avant d'être cuisinier, il était sous-officier dans l'armée. Mais il en a démissionné en 1996, après une mission en Amérique du Sud. Il était parti en mission dans le cadre de la lutte contre la drogue. La mission s'est mal passée… Je n'ai pas tous les détails, mais il s'avère que son équipe est revenue sans lui. Elle a dit qu'il avait été tué lors d'une explosion. Ensuite, deux mois plus tard, Harwell a été retrouvé dans une petite ville à des kilomètres, et a été rapatrié aux Etats Unis. D'après le rapport, il avait été torturé par les membres d'un cartel de drogue, mais il avait réussi à s'échapper et s'était caché dans cette ville. Après cette mission, il a eu quelques problèmes de discipline et a préféré quitter l'armée. Il s'est reconverti en cuisinier…
Pendant son exposé, Penelope avait continué à chercher des informations sur Peter Harwell. De nouveaux cadrans envahirent l'écran.
-Penelope : Sa mère tenait un restaurant avec son père à elle… C'est comme ça qu'il est devenu cuisinier… Et son père, il était ébéniste…
-Spencer : Où est-ce qu'il habite, maintenant ?
-Penelope : Dans un chalet légué par son grand père paternel… Perdu en pleine nature…
-David : Un lieu propice aux tortures…
-Penelope : Je vous envoie l'adresse !
-Derek : Merci, Garcia ! T'es la meilleure !
-Penelope : Tu me diras ça après avoir retrouvé Prentiss !
-Derek : J'y cours !
Garcia raccrocha. Son cœur battait à un rythme démentiel. Sa respiration suivait le même tempo. Garcia ne put bouger et s'éloigner de son ordinateur. L'équipe venait de faire un immense pas, mais ce pas allait-il aboutir à une fin heureuse ? Penelope se surprit à prier et à entamer un « Notre Père ».

Tout comme Garcia, Derek, David et Spencer pouvaient sentir le cœur cogner contre leur cage thoracique au point d'en casser les os et d'en sortir. Ils allaient enfin avoir cette pourriture. Derek dit :
-Derek : Il faut que je prévienne Hotch ! On se rejoint en bas !
-Newland : J'appelle le SWAT !
David remercia James :
-David : Merci infiniment, James.
Sur ce, chacun se sépara. Derek piqua un sprint pour annoncer la nouvelle à Hotch.

HOTCH SURSAUTA lorsque Derek ouvrit la porte de sa chambre avec trop d'entrain. Hotch constata que Derek était légèrement essoufflé, mais surtout excité. Derek s'approcha de Hotch et

l'informa :
-Derek : Hotch, on l'a trouvé! On connait son identité!
Le rythme cardiaque d'Aaron s'accéléra. Il n'en croyait pas ses oreilles.
-Derek : On va coincer ce fumier, Hotch. On va l'avoir. J'y cours…
Avant que Derek ne se retourne pour s'en aller, Hotch lui agrippa le bras, pour lui dire, d'une voix grave et sans indulgence :
-Aaron : Quand vous tomberez sur lui, ne lui faites aucun cadeau.
Derek regarda Hotch. Il put lire dans le regard de ce dernier toute l'horreur que le tueur lui avait fait subir, à lui et Emily. Hotch n'était pas du genre à chercher la vengeance. Mais cette fois-ci, c'était différent. Derek répondit à son patron :
-Derek : Il ne s'en sortira pas aussi facilement, Hotch. Vous avez ma parole.
Hotch relâcha le bras de Derek.

De retour au poste de police, Derek Morgan, Spencer Reid et David Rossi se pressèrent pour prendre leur gilet pare-balle, charger leurs armes et monter dans le 4*4 noir du FBI. Derek prit le volant. Chacun priait pour qu'Emily soit encore vivante. La route jusqu'au repère du tueur était longue, et la route sur laquelle se trouvait Emily se raccourcissait dangereusement…