« Un silence peut être parfois le plus cruel des mensonges »
Robert Louis Stevenson
Quartier général de la CIA, Langley, Mercredi, début d'après-midi:
AARON et son équipe furent accueillis par l'agent Bancroft et son coéquipier, le même qui l'avait accompagnée dans les Appalaches pour confirmer l'identité de Timothy Carr, dans le département dans lequel ils officiaient.
-Bancroft: Je vous remercie d'être venus aussi vite, agent Hotchner. Je vous présente mon partenaire, Wilfried Costas.
-Aaron: Voici mon équipe. Les agents Rossi, Morgan, Seaver, et le docteur Reid.
-Bancroft: Par quoi voulez-vous commencer, agent Hotchner?
-Aaron: Le docteur Reid ira à la morgue entendre le rapport du légiste. Les agents Morgan et Seaver auront besoin de voir le domicile de l'agent Carr.
-Costas: Je vous y accompagnerai.
-Aaron: Merci. Nous aurions également besoin de connaître les dossiers sur lesquels l'agent Carr a travaillés.
-Bancroft: Il va falloir demander l'autorisation à Liz McCaan, mon supérieur.
-Aaron: C'est pourquoi l'agent Rossi et moi souhaiterions nous entretenir avec elle.
-Bancroft: Je vous y emmène de ce pas.
C'est sur ces paroles que les membres de la BAU se dispersèrent pour se concentrer à leurs tâches respectives.
Quartier général de la CIA, bureau de Rodney McCaan:
COMME PROMIS, l'agent Caroline Bancroft accompagna Hotch et Rossi auprès de son chef, Liz McCaan. Celle-ci, qui était en train de rédiger un rapport à son bureau, se leva pour accueillir ses visiteurs lorsqu'elle vit Bancroft pénétrer dans son bureau.
-Bancroft: Madame, voici les agents du FBI, Hotchner et Rossi.
McCaan serra la main des deux hommes.
-McCaan: Merci pour votre aide, messieurs. J'apprécie que vous soyez venus. Sachez que vous aurez toute notre entière coopération, agent Hotchner. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas...
-Aaron: Nous aurons sûrement besoin d'accéder au fichier personnel de Carr, ainsi qu'à tous les dossiers sur lesquels il a travaillés ou sur lesquels il travaillait récemment. Notre analyste à Quantico aurait besoin d'une autorisation afin d'accéder aux fichiers qui pourront nous être utiles pour l'enquête.
-McCaan: Je vais régler cette formalité. J'enverrai un de mes agents à Quantico.
-David: Nous aimerions également vous poser quelques questions sur l'agent Carr. Vous nous avez appelés pour déterminer s'il y avait la possibilité qu'il ait été tué pour des informations concernant la nature de son travail actuel et passé... Est-ce que Carr travaillait sur une affaire sensible?
-McCaan: Non, pas vraiment, dans le passé, oui. Il n'avait pas d'affaire en cours, et la dernière qu'il ait eue concernait un hacker qui avait tenté de faire des intrusions dans le système informatique du Pentagone. Intrusions sans succès fort heureusement. Carr a identifié le hacker et l'a envoyé en prison.
-Aaron: Qu'en est-il de ses anciennes affectations?
-McCaan: Il a commencé sa carrière en Colombie, dans un programme de coopération avec les autorités Colombiennes pour la lutte anti-drogue et anti-terroriste. Puis il a passé deux ans en Afghanistan, entre 2006 et 2008.
-David: Et à son poste actuel? Des frictions avec des collègues?
-McCaan: Si c'était le cas, je n'ai jamais été mise au courant... Bancroft?
-Bancroft: Timothy était quelqu'un de calme, discret. Il allait rarement avec les collègues boire un verre pour décompresser après le travail ou une enquête... Enfin, je dois avouer que je ne le connaissais pas vraiment... Je sais juste qu'il n'était pas marié...
-McCaan: Il ne l'a jamais été, en fait... Il n'a plus de famille...
-Aaron: Je pense que nous devrons interroger tous les agents de votre service qui l'ont côtoyé, madame McCaan.
McCaan hocha la tête, signifiant qu'elle laisserait Aaron et son équipe procéder ainsi.
Morgue de Langley:
SPENCER REID écoutait le rapport que lui faisait le médecin légiste, le docteur April Young, autour de la dépouille de Timothy Carr qui reposait encore sur la table d'autopsie.
-Young: Je peux vous affirmer que cet homme a beaucoup souffert avant de mourir.
-Spencer: Il a été torturé?
-Young: Oui, et c'était moche à voir. Monsieur Carr a été battu, je pense à mains nues et avec des instruments, style matraque ou bat de base ball. Tout ceci a laissé de multiples bleus sur toutes les parties du corps, et la coloration des bleus diffère selon les endroits...
-Spencer: Il a été battu à plusieurs reprises...
-Young: Oui... De plus, les phalanges intermédiaires de sa main gauche ont été brisées. Je soupçonne une pince. Sinon il a reçu une balle dans chaque rotule... Je les ai extraites, les voici...
Le docteur Young alla prendre un petit bocal bouché à l'intérieur duquel elle avait placé les balles. Elle remit le bocal contenant les indices à Spencer.
-Spencer: Merci.
-Young: Il a aussi été victime de malnutrition. Son estomac était presque vide...
-Spencer: On l'aurait privé de nourriture...
-Young: J'ai également trouvé des traces de brûlure, mais ce ne sont pas des brûlures de cigarette ou de chalumeau... Je pense qu'elles sont plus dues à des batteries...
-Spencer: Electrocution...
-Young: Enfin, la cause de la mort: noyade.
-Spencer: Merci, docteur. Savez-vous quand il est mort?
-Young: D'après mes estimations, il est mort il y a environ deux semaines.
-Spencer: Aucun indice qui nous aiderait à identifier le tueur?
-Young: C'était le dernier point que je m'apprêtais à aborder.
Young, comme avec les balles, alla chercher sur une table deux petits sachets translucides contenant chacun un cheveu. Il y en avait un noir et un blond. Le médecin les remit à Spencer en lui expliquant:
-Young: J'ai trouvé ces deux mèches sur la victime, respectivement sur la chemise pour le cheveu noir et dans les cheveux pour le blond. Comme Timothy Carr était brun, ces deux mèches ne lui appartenaient pas.
-Spencer: Merci, docteur.
-Young: Je vous en prie.
Une fois sorti de la salle d'autopsie, Spencer s'empressa de sortir son téléphone cellulaire pour mettre Hotch au courant.
Domicile de Timothy Carr, ville de Williamsburg, au sud de Langley:
DEREK MORGAN, Ashley Seaver et Wilfried Costas s'apprêtaient à investir l'appartement de Carr. Alors que Costas ouvrait la porte, Derek parlait au téléphone, ou plus exactement, écoutait ce que son interlocuteur lui disait. Il le remercia à la fin de son discours.
-Derek: Merci Hotch.
Derek raccrocha et donna les nouvelles à ses deux partenaires.
-Derek: Le légiste a trouvé deux cheveux qui n'appartenaient pas à Carr sur son corps. Nous sommes donc à la recherche de deux individus.
Costas poussa la porte et céda la place aux agents du FBI qui eurent l'honneur d'entrer en premier. Ceux-ci purent constater par eux-mêmes l'étendue du désordre qui régnait dans l'appartement, à commencer par le salon. Derek et Ashley l'inspectèrent, en scrutant le sol et les objets jetés dessus, les meubles et les murs. Des livres, une table de jeu d''echec et ses pions, des disques de musique classique, des lampes et d'autres fournitures jonchaient le sol. Le mobilier était plutôt simple, Carr ne paraissait pas être avide de coquetterie pour ce domaine. Ni pour les décorations. Le salon respirait la neutralité. Ashley demanda à Costas:
-Ashley: Savez-vous si des affaires ont été volées?
-Costas: On n'a pas encore tout passé au peigne fin. On voulait que vous voyiez la scène. Mais d'après nos premières constatations, son ordinateur portable manque à l'appel et son dressing a été vidé... A première vue, il s'agit d'un simple vol...
Derek, qui contemplait alternativement une montre de valeur non négligeable sur une table et des trophées trônant majestueusement dans une étagère, exprima ses doutes:
-Derek: Les cambrioleurs volent du matériel informatique et des vêtements, mais laissent la montre et les trophées mis en évidence? Ils ont laissé derrière eux les choses qui avaient plus de valeur, mis à part l'ordinateur...
-Costas: C'est un coup monté? A moins que le cambriolage et le meurtre de Carr ne soient vraiment que des coïncidences...
-Derek: Mon instinct me dit que ce n'est pas le cas...
-Ashley: Admettons... Les responsables ont voulu faire croire à un cambriolage, pour induire les enquêteurs en erreur... Cependant, pourquoi avoir enterré le cadavre de Carr dans les Appalaches? Pourquoi ne pas simplement le laisser ici pour faire croire qu'il avait été tué en rentrant chez lui et en prenant en flagrant délit les cambrioleurs?
-Costas: Ou tout simplement, pourquoi ne pas laisser sa maison telle quelle et faire croire que Carr s'était tout simplement volatilisé?
-Derek: Et pourquoi l'avoir torturé? Ce scénario ne colle pas. Continuons à chercher. On est peut-être en train de manquer quelque chose...
Bureau de l'agent Timothy Carr, quartier général de la CIA, Langley:
CAROLINE BANCROFT avait amené Hotch et Rossi au bureau de Carr. Les deux profilers jetèrent un premier coup d'œil à la pièce. Un intérieur sobre. Un bureau. Un fauteuil. Une armoire. Un ordinateur et des dossiers posés sur le bureau. Il n'y avait aucune touche personnelle, à part les diplômes sanctionnant ses études à l'université que Carr avait accrochés sur le mur.
-David: Il semblerait que la décoration n'était pas le hobby favori de Carr... Juste le strict nécessaire pour travailler... Il ne lui restait plus que ça, étant donné qu'il n'était pas marié...
-Bancroft: Ou bien c'est à cause de ce travail qu'il ne s'est jamais marié...
-David: C'est un point de vue aussi valable...
-Bancroft: Qu'est-ce que vous espérez trouver?
-Aaron: On ne le saura que lorsque l'on aura mis la main dessus...
Aaron s'approcha des dossiers et commença à les feuilleter.
-Aaron: Ce sont principalement des rapports de missions... Plus du travail administratif... Voyons un peu les tiroirs...
Aaron se plongea dans la fouille des tiroirs, tandis que son collègue s'attardait sur un carnet d'adresses situé près du téléphone. David feuilletait le carnet en question, à la recherche d'un quelconque nom suspect. Bancroft le questionna:
-Bancroft: Vous cherchez s'il avait des contacts douteux?
-David: Je pense que s'il en avait, il ne serait pas aussi maladroit pour les laisser dans ce carnet... Mais on ne sait jamais. On peut y déceler des informations intéressantes...
David tourna quelques pages, puis s'arrêta sur l'une d'entre elles. Il pouvait y lire trois inscriptions, disposées en trois lignes de quatre lettres chacune. Aaron, qui avait remarqué le nouvel intérêt de David, regarda la page à son tour. Il y lut à haute voix les inscriptions.
-Aaron: "AAGB", "DFTN", "KDEP"... (A Bancroft) Vous savez à quoi ces mentions correspondent?
-Bancroft: C'est la première fois que je les entends...
-David: C'est sûrement lié à une de ses missions...
Domicile de Timothy Carr, Williamsburg:
DANS LE DOMICILE de Timothy Carr, Ashley et Derek continuaient leur inspection, avec l'aide de Costas. A présent, les trois agents étudiaient la chambre. Les agents du FBI avaient mis des gants stériles pour la fouille. Ashley regardait le dressing vide et Derek les tiroirs de la commode. Costas restait immobile, sur le seuil de la chambre. Il commençait à émettre des doutes quant à la nécessité de la fouille minutieuse des agents du FBI et ne se priva pas de les partager à haute voix.
-Costas: Cela fait longtemps qu'on est là et vous n'avez rien trouvé... Ne le prenez pas mal, mais est-ce que tout ceci est nécessaire? On est peut-être en train de perdre du temps... Si ça se trouve, Carr avait retourné sa veste contre notre pays et a vendu des informations secrètes... Et des voleurs ont profité de son absence pour se servir mais sans rechercher les objets de valeur... Je vois mal comment la fouille de sa maison pourrait aider...
-Derek: Au contraire, nous apprenons beaucoup sur une personne rien qu'en étudiant la façon dont elle vivait, aussi bien habitudes quotidiennes qu'environnement géographique. Par exemple, ici, nous avons un homme qui menait une vie simple et solitaire. Il n'y avait aucune photo de famille ou de petite amie. Le mobilier est modeste, la décoration aussi. Cet appartement dégage l'image du célibataire endurci. Célibataire endurci qui préférait les activités intellectuelles, comme en témoignent les romans et encyclopédies usés qui signifient que Carr les a souvent manipulés, ainsi que le jeu d'échec que nous avons vu renversé sur le sol. Carr aimait la cuisine, d'où les livres de recettes. Il aimait aussi la musique classique et d'après les CDs qui jonchaient le sol, il avait une préférence pour Mozart. Il était un homme d'apparence tranquille. Maintenant, s'il avait été un traître, et s'il avait empoché de l'argent contre des secrets, il y a deux choix possibles: soit il a utilisé l'argent pour des dépenses personnelles et dans ce cas là, on aurait vu des objets qu'il n'aurait pas pu se payer avec le salaire que lui verse la CIA...
-Costas: Comme une Ferrari ou un Pissaro...
-Derek: Oui, comme une Ferrari ou un Pissaro... Mais je pense que Carr aurait été plus malin que cela... Il aurait caché l'argent et aurait attendu le bon moment pour l'utiliser à des fins personnelles sans attirer l'attention... Hypothèse que l'intérieur sobre de la maison nous pousse à retenir...
A ce moment, le téléphone de Derek sonna. C'était Garcia.
-Derek: Bonjour beauté! J'attendais que tu m'éclaires de tes doux rayons de soleil...
-Penelope: Oh oh, je suis une femme désirée...
-Derek: Tu sais que tu l'as toujours été...
-Penelope: Et j'adore quand cette phrase vient de toi, bel athlète...
-Derek, reprenant un ton plus sérieux: Allez, dis-moi ce que tu as avant qu'on croit qu'on fait du téléphone rose...
Costas souleva les sourcils, non habitué à ce genre de paroles dans une conversation téléphonique professionnelle. Seaver eut un léger sourire.
-Penelope: Et bien j'ai jeté un coup d'œil aux comptes de Carr. Rien de suspect. Il recevait sa paye chaque mois et ses dépenses étaient raisonnables... Je veux dire, du genre, pas d'achat de propriété dans un coin paradisiaque. Il est clean de ce côté là, pour l'instant...
-Derek: Merci, beauté... Attends, est-ce que tu peux voir s'il a effectué des déplacements suspects et s'il a appelé des numéros douteux cette année?
-Penelope: Il y a des possibilités pour qu'il soit... Enfin, tu sais?
-Derek: C'est ce qu'on doit vérifier.
-Penelope: Je m'y mets tout de suite, mon petit biscuit au miel... En attendant que l'agent de l'organisation dont on ne doit pas prononcer le nom vienne avec l'autorisation d'accès à leurs fichiers... Il a intérêt à être mignon...
-Derek: Cela pourrait être une femme, tu sais...
-Penelope: Morgan, je t'aime, tu sais, mais là, je vais te détester pour m'avoir cassée dans mes espoirs...
-Derek: Je te signale jeune fille que tu es avec Kevin...
-Penelope: Mon chou, je passe mes journées toute seule dans un bureau sans fenêtre sur l'extérieur... Une belle vue ne me ferait pas de mal... Et ce serait l'occasion de rattraper les deux zigotos de la même agence de la dernière fois... Pour conclure, je sais me contrôler, ce n'est pas comme si j'allais attaquer cet agent...
-Derek: Ah Garcia, ma vie ne serait plus pareille sans toi...
-Penelope: La mienne aussi sans toi... Un de ces jours, tu devrais rester avec moi au lieu d'aller sur le terrain...
Derek sourit.
-Derek: Tentatrice, va. Au revoir, Garcia.
Derek raccrocha. Il dit à Seaver et Costas:
-Derek: On peut éliminer la situation financière comme preuve d'une activité d'agent double...
-Ashley: Peut-être qu'il ne l'était pas... Parce que jusqu'à présent, rien dans cette maison n'indique le contraire...
-Costas: Vous n'avez pas encore terminé la chambre...
-Ashley: C'est vrai... En faisant l'hypothèse que Carr avait quelque chose à cacher dans cet appartement, où cela peut-il être?
-Derek: Dans un coin de la maison auquel personne n'aurait pensé... Une cachette dans un mur, à l'intérieur d'un objet auquel on ne ferait pas attention... On n'a pas encore tout fouillé, alors ne perdons pas espoir...
-Costas: Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, mais si ce quelque chose était ailleurs?
-Derek: Espérons dans ce cas que Carr a laissé un indice aussi maigre soit-il dans la maison... Voyons le lit…
Derek retourna dans la fouille et décida de jeter un coup d'œil au lit. Il souleva les oreillers, défit les draps et regarda le maigre espace séparant le haut du lit du mur. Ashley, quant à elle, se mit sur le sol et regarda sous le lit, avant de conclure:
-Ashley: Il n'y a rien sous le lit...
-Derek: Je n'ai rien, moi non plus... Je soulève le matelas.
La récompense de ces efforts d'exploration de la maison arriva enfin.
-Derek: Seaver, j'ai quelque chose sous le matelas.
Seaver se mit à côté de Derek et prit les deux enveloppes jaunes qui s'offraient à ses yeux. Derek reposa le matelas. Costas commenta la découverte.
-Costas: Finalement, on l'a eue, notre chance...
Seaver tendit une enveloppe à Derek et chacun l'ouvrit. Ashley retira des liasses de dollars Américains. Derek, des documents et une clé USB. Derek montra les documents à Costas qui donna la sentence:
-Costas: Ce sont des fichiers de la CIA... D'après ce que je vois, ce sont des positions sur lesquelles certains de nos agents sons basés... De tels renseignements peuvent se vendre pour une petite fortune...
-Ashley: Carr s'était lancé dans ce business... Mais il a du soit en demander trop, soit se dégonfler, et a fini dans les Appalaches à cause de ça...
Elle regarda les deux hommes. Tous auraient nettement préféré que la piste de la trahison ne soit pas confirmée.
