Quelque part, dans Langley:

Aaron Hotchner défonça la porte d'entrée du studio de James Anzoletti et investit en premier la demeure de l'informaticien. Spencer Reid apparut en second, suivi de Caroline Bancroft et Wilfried Costas. Les agents découvrirent un studio vide et s'éparpillèrent dans l'intérieur. Costas renifla puis affirma :

-Costas : On dirait que ce studio n'a pas été aéré depuis des semaines…

Sa coéquipière, qui se tenait près d'une commode et qui en observait la surface, ajouta :

-Bancroft : Il y a une couche de poussière, ici…

Aaron, qui venait d'ouvrir le réfrigérateur pour y constater à quel point l'intérieur était pauvre en aliments, conclut :

-Aaron : Ca fait un certain temps qu'il ne vit plus ici.

-Costas : Pourtant, il est venu au travail tous les jours… Jusqu'à la disparition de votre amie… Mais d'après ces collègues, il était nerveux depuis un moment…

-Bancroft : Qu'est-ce qu'un analyste de la cybercriminalité peut avoir en commun avec un membre du FBI ?

-Spencer : D'après Garcia, Jennifer Jareau n'a jamais travaillé avec la CIA… Le lien est certainement ailleurs… Tout ce qu'on sait, c'est qu'Anzoletti a consulté les dossiers retrouvés chez Carr, mais aussi les dossiers du personnel des archives et qu'il avait l'air intéressé par Angela Barston, la responsable… Qui est morte dans un accident de voiture le mois dernier.

-Costas : Pourquoi se compliquer la tâche alors qu'il pouvait pirater le système et accéder à tous les dossiers qu'il voulait ?

-Aaron : Parce que celui qui est derrière tout ça vise un dossier particulier et ne veut absolument pas qu'on sache de quoi il s'agit. Il a forcé Barston à en faire une copie. Comme elle dirigeait les archives, il était plus facile pour elle de s'y aventurer, consulter la version papier du dossier sans éveiller les soupçons. Ensuite, le suspect s'en est débarrassé. Anzoletti servait de diversion.

Domicile de Jennifer Jareau et Will Lamontagne, Washington, vendredi après-midi :

David étudiait trois calepins dans la cuisine quand Derek entra.

-Derek : Qu'est-ce que vous lisez, Rossi ?

-David : Je compare les carnets d'adresses de JJ, Carr et Anzoletti. Je me suis dit qu'ils pouvaient avoir un contact commun, vu qu'on n'a pas grand-chose… (David eut subitement une réaction) Morgan…

-Derek : Oui ?

-David : JJ a les coordonnées d'un certain Jonas Eigenberg… Le même nom que j'ai vu dans le carnet de Carr…

-Derek : J'appelle Hotch immédiatement !

L'agent s'empressa de sortir son portable.

Bureau de la CIA, Langley, dans le milieu d'après-midi :

Hotch et Liz McCaan avaient été reçus par Jonas Eigenberg dans son bureau. Hotch et McCaan lui avaient fait un résumé de la situation, motif de leur visite, en terminant sur son lien avec JJ et Carr. Eigenberg fut surpris par ces révélations.

-Eigenberg : … Suis-je en danger ?

-McCaan : Pour le moment, non, mais par prudence, nous vous fournirons une protection.

-Eigenberg : C'est bon à savoir… Cette histoire est… Incroyable… J'ai travaillé avec Timothy deux ou trois fois et nous avons gardé contact… Un type sympa… Ce qui lui est arrivé est affreux… JJ est une bonne amie… Mais ca fait longtemps que je ne les avais pas vus… Vous pensez que je pourrai détenir une quelconque information que les ravisseurs tiennent à avoir ?

-Aaron : Il se peut que ce soit le cas mais que vous n'en ayez pas encore réalisé l'importance… Est-ce qu'ils vous ont demandé un service, un renseignement, récemment ? Avez-vous travaillé tous les trois sur une même affaire ?

-Eigenberg : Non…

-Aaron : Est-ce que « AAGB », « DFTN » et « KDEP » vous disent quelque chose ?

A l'évocation de la dernière série de quatre lettres, Jonas eut une discrète réaction que seul Hotch démasqua. Eigenberg répondit avec une approche décontractée :

-Eigenberg : Jamais entendu parler de « KDEP », désolé…

-Aaron, suspicieux : Permettez-moi d'en douter.

-Eigenberg : Excusez-moi ?

-Aaron : Vous venez de dire que vous n'aviez jamais entendu parler de « KDEP », mais pas de « AAGB » ni de « DFTN ». Et vous avez eut une réaction quand j'ai prononcé « KDEP » mais pas les deux autres.

-McCaan : Il vaut mieux que vous parliez si vous êtes au courant de quelque chose… La sécurité nationale est peut-être en jeu ! Vous êtes de la CIA, vous devez comprendre !

-Aaron : La vie de votre amie Jennifer, qui est aussi mon amie, est en jeu ! Je ne quitterai pas cette pièce tant que vous n'aurez pas parlé ! Alors dites-moi qui ce qui se cache derrière « KDEP », et tout de suite !

Aaron mitraillait Jonas des yeux.

-Eigenberg : Je lui ai promis de garder le secret...

-Aaron : Elle risque de mourir !

Cette phrase décida Eigenberg à sortir de son silence, mais à vrai dire, avait-il le choix ?

-Eigenberg : D'accord. Vous avez raison. Je sais ce que « KDEP » signifie… D'ailleurs, cela concerne votre équipe, agent Hotchner…

Hotchner laissa tomber son regard de tueur pour prendre celui d'homme dans la plus grande confusion.

Quelque part dans Washington, peu de temps après:

JJ avait pleinement réalisé qu'elle était coincée dans cette salle. La seule chance de s'échapper était d'assommer le premier qui franchirait la porte d'entrée, de courir et trouver la sortie... Scénario qui n'avait aucune chance de se réaliser avec cette corde autour des pieds. La porte grinça. JJ concentra toute son attention sur l'homme qui allait entrer. L'homme qui s'avançait vers elle était grand, caucasien. Il avait la cinquantaine. Des cheveux gris très courts et une barbe de quelques jours. JJ se décomposa à la vitesse de la lumière tellement elle était choquée et effrayée. Non, ce n'était pas possible. Elle devait rêver. JJ balbutia:

-JJ : Ian… Doyle ?

JJ espérait avec tant de ferveur que l'homme qui se présentait devant elle lui déclinerait une autre identité, ce qui ne fut pas le cas, car elle était bel et bien en face d'Ian Doyle, ancien membre influent de l'IRA devenu terroriste.

-Doyle : Bonjour, agent Jareau. Oui, c'est bien moi.

Doyle fit un sourire. Jennifer dut admettre que Doyle était maître dans la façon de cacher le mal qui l'habitait par le sourire le plus doux et amical qui soit. D'ailleurs, son allure dégageait une apparente sympathie. Si JJ n'avait pas su son passé, elle l'aurait bien imaginé en mari et père de famille modèle. Un monsieur « tout le monde » avec la bonne humeur en plus. Malheureusement, Ian Doyle n'était rien de tout cela. Il était un homme dangereux et redoutable. Beaucoup de gens l'avaient appris à leurs dépens. JJ reprit courage et toisa Doyle. C'était la seule stratégie à adopter en cet instant.

-JJ : Que me voulez-vous ?

-Doyle : Je ne veux qu'une chose. Savoir où est Emily Prentiss.

Le sourire qu'avait affiché Doyle disparut subitement pour laisser la place à un regard menaçant. JJ saisit la gravité de sa situation. Doyle utiliserait tous les moyens nécessaires pour lui soutirer des informations, et JJ ne devait en aucun cas les lui donner. La question à présent était la suivante : combien de temps allait-elle résister ? Une deuxième question suivit : est-ce que la police et son équipe la retrouveraient avant qu'il ne soit trop tard ? JJ devait absolument essayer de gagner du temps, même si cette option serait incessamment sous peu inefficace. Comme réponse à Doyle, la jeune femme se contenta de le regarder avec défi en maintenant ses lèvres fermées, et en priant. En effet, elle avait réellement besoin d'un miracle...

... Quelques minutes plus tard, Doyle avait commencé à malmener JJ dans l'optique de lui faire cracher le morceau. L'ancien terroriste avait enlevé les liens qui emprisonnaient les chevilles de JJ, mais avait laissé les menottes. Il venait de la faire se lever et de la jeter avec violence sur le sol de cette pièce lugubre. JJ se retrouva étalée sur le ventre. Aussitôt après, Doyle lui asséna un coup de pied dans les côtes. JJ ne le sut pas, mais Doyle avait infligé ce traitement à Emily dans le passé. JJ eut le souffle coupé, mais réussit quand même à articuler :

-JJ : Je vous l'ai déjà dit. Emily Prentiss est morte.

Bien sûr, ce n'était que pur mensonge. Emily était bien en vie, quelque part dans le globe, mais JJ aurait été incapable de dire la localisation précise tout simplement parce qu'elle n'en avait aucune idée. Elle se rappelait avoir vu Emily pour la dernière fois à Paris, dans le septième arrondissement, sur la terrasse d'un café. Elle lui avait remis une enveloppe contenant trois passeports, symboles de la nouvelle vie d'Emily. Bien entendu, il était hors de question qu'elle révèle ce détail à Doyle. JJ vit Doyle ricaner, avant de dire :

-Doyle : N'essayez pas de gagner du temps, mademoiselle Jareau.

JJ se remit debout.

-JJ : Je n'essaye rien du tout. Prentiss est morte. Vous l'avez tuée. Vous ne vous en souvenez plus ?

-Doyle : Je me souviens de tous ceux dont j'ai ôté la vie. Cependant, Emily n'est pas morte. Je le sais. Et pourtant, j'y ai cru, après avoir vu vos amis effondrés et pleurer sa mort, en sortant de l'hôpital avec son cercueil. On ne peut feindre la douleur que l'on ressent à la perte d'un proche. Vos amis n'étaient pas au courant de la supercherie, sinon je ne vous aurai pas kidnappée. Il faut avoir un sacré culot pour cacher une telle chose à des amis... Je sais que vous n'êtes pas au courant de tous les détails de sa nouvelle vie. Mais je sais que vous l'avez vue. (Son ton se fit encore plus menaçant) Vous allez me dire l'endroit où vous l'avez vue quand vous lui avez remis son nouveau passeport.

-JJ : Vous avez trop d'imagination! Elle est morte !

Doyle asséna un coup au visage de JJ qui trébucha. Elle passa ses mains sur son nez et sa bouche pour s'apercevoir qu'elle saignait.

-Doyle: Vous parlerez. Tout le monde finit par cracher le morceau, un jour ou l'autre. Tout le monde finit par trahir quelqu'un. Croyez-moi.

JJ reçut un nouveau coup au visage de la main de son tortionnaire. Doyle ajouta :

-Doyle : J'ai attendu sept ans, puis presque deux. J'ai tout mon temps. Mais vous, non.

Doyle frappa à nouveau JJ avec son pied sur la poitrine. JJ se sentit propulsée vers l'arrière. Ensuite, Doyle prit JJ par la chemise et l'envoya valser contre le mur. JJ le heurta avec tant de fracas qu'elle en perdit connaissance et tomba sur le sol...