Chapitre 3: Premiers pas
Ça y est. Victoire y était. Elle n'avait plus le choix. Elle avait reçu son emploi du temps. Elle y était. Elle avait été plutôt bien accueillie contrairement à ce qu'elle pensait. Le soir de la répartition, c'était indéniable, la maison entière l'avait applaudie, comme les autres nouveaux élèves, et avec ce nom en plus à la bouche. Weasley. Tout le monde connaissait sa famille, son Oncle George et son magasin de farces et attrapes, son Oncle Ron et son rôle pendant la Guerre, son père et son rôle pendant la Guerre ainsi que ses blessures, sa mère et la coupe des Trois Sorciers à quatre. Elle était déjà un peu fichée. Mais elle s'en fichait bien, du moment qu'on la prenait comme elle était, et qu'on l'acceptait, elle était heureuse.
Puis, ils étaient montés dans leur tour, après quelques tumultes dans les escaliers. Un des élèves, avec comme des fétus de paille sur la tête à la place des cheveux, avait failli vomir partout, il était devenu tout vert à cause des mouvements. Très agréable comme voyage. Ils avaient passé le portrait de la Grosse Dame, avec sa robe vieux rose et son code. Enfin, ça allait, « bouse de dragon », ça serait facile à retenir, c'était l'injure favorite d'Oncle Charlie, allez donc savoir pourquoi ! Et là, elle se douta que leur tête aurait été à peindre. Elle-même, malgré les descriptions des différents Gryffondor de la famille et ce n'était pas peu dire qu'il y en avait un paquet, écarquilla les yeux. C'était beau, c'était magnifique. Et ça allait être chez elle comme le disait le préfet. Il avait plutôt l'air sympa d'ailleurs. Blagueur aussi, quand il demanda un appareil photo sorcier à la cantonade dans la Salle. Le sol était un vieux parquet, comme on en voit que dans les très vieilles bâtisses, recouvert de tapis moelleux aux couleurs de la maison. Il y avait quelques tables de travail ou de jeux sur le côté droit de la tour tandis que le côté gauche était consacré à un salon autour de la cheminée dont les cendres rougeoyaient, constitué de plusieurs fauteuils, rouge là encore, dans lesquels on devait mourir de se blottir. Enfin, ils prirent les escaliers, celui de gauche pour les garçons, celui de droite pour les filles, avec leur sort contre les intrusions masculines.
En arrivant, elle avait rencontré ses compagnes de dortoir. Elles avaient l'air très gentilles, et Victoire s'était dit qu'elle pourrait bien s'entendre avec elles. Il y avait d'abord Lyra, elle était brune avec des cheveux longs, et des yeux bruns aussi, plutôt douce. On se demandait presque pourquoi elle était à Gryffondor tant elle paraissait timide. Mais Victoire avait pensé que le premier jour, c'était bien normal. Elle avait apporté son chat, celui-ci avait un pelage noir presque bleu, et elle l'avait appelé Patou. Ensuite il y avait Mary, une jolie blonde un peu ronde, qui était un peu tête en l'air, elle avait déjà oublié chez elle ses plumes de rechange et son livre de potions. Heureusement, elle avait pu envoyer son hibou porter un message à ses parents pour qu'ils lui fassent un colis. Et enfin, il y avait Leonore, une jeune fille rousse, aux yeux verts pétillants, qui avait l'air toujours enjouée, et espiègle. Victoire s'était dit qu'elle devait être une Weasley cachée, avec cette couleur de cheveux. La jeune fille avait pris le lit du fond, à sa gauche se trouvait le lit de Mary et à sa droite celui de Lyra. Leonore s'était installée en face d'elle, près de la porte. Elles n'étaient que quatre dans le dortoir, ce qui était déjà pas mal apparemment. Chacun des lits était recouvert de brocard rouge foncé, ainsi que les tentures des baldaquins. Entre chacun de ces lits, il y avait une fenêtre depuis lesquelles on pouvait voir le parc ainsi que le lac. Et ô surprise, au milieu de la pièce, il y avait leurs valises, qu'elles avaient pu mettre au bout de leur lit.
Maintenant, on était le premier jour de cours. Le petit-déjeuner avait été avalé, un peu rapidement pour Victoire qui n'arrivait pas à manger grand chose tant elle était excitée. Maintenant, elle y croyait. Elle était une sorcière. Elle était à Poudlard. Elle était une Gryffondor. Leonore la poussa du coude.
« Hé, Victoire ! Tu rêves ! On va arriver en retard en cours si tu ne te lèves pas tout de suite. Dépêche-toi, on a potions ! »
Aussitôt le signal donné, toute la table se mit en branle. La jeune fille fut entraînée par ses amies, qui riaient en discutant de choses et d'autres, et notamment d'une nouvelle robe que Lyra avait vue dans une vitrine chez Madame Guipure. Elle avait voulu l'acheter tant elle était belle mais sa mère avait refusé, arguant que c'était trop cher et qu'elle attendrait de rapporter des points à sa maison. À ce moment-là, ses parents la récompenseraient en lui achetant la fameuse robe. Tout en descendant les escaliers vers les cachots, elle la décrivit à grands renforts de moulinets du bras et de signes dans l'air. Tant et si bien que son bras droit percuta un première année de Serpentard, qui lui-même discutait avec d'autres de Quidditch. Il se retourna brusquement pour fixer la petite brune, penaude et déjà rougissante.
« Tu peux peut-être faire attention, ou c'est trop demander à une sang-de-bourbe, Gryffondor par dessus tout ? »
Le sang de Victoire ne fit qu'un tour. Comment osait-il ce sale prétentieux ? Alors oui son amie avait des parents moldus, mais en quoi cela changeait-il quelque chose ? Elle ne comprenait pas. Elle se souvenait que son oncle Ron racontait toujours que Tante Hermione était elle aussi une née-moldue et que pourtant, jamais Poudlard n'avait connu meilleure élève depuis des décennies. Elle se rappelait encore l'étincelle qui brillait dans ces yeux à cette évocation, un mélange de fierté et d'amour. Alors là, la jeune fille ne comptait pas laisser passer ça. Mais elle fut devancée.
« Je ne compte pas me laisser intimider. Et apparemment, on ne voit pas la valeur d'une personne de la même manière. Laisse-moi te dire que tu es au degré zéro de mon échelle. »
Le garçon en resta bouche bée. Finalement, on comprenait pourquoi Lyra avait été envoyée à Gryffondor. Se mesurer à ce Serpentard qui faisait facilement deux têtes de plus qu'elle, ce grand brun si prétentieux, il fallait le faire. Elles dévalèrent plus rapidement le reste des escaliers pour ne pas être en retard à leur premier cours. D'autant plus que le professeur Cauldroy avait une drôle de réputation, on disait même que parfois, quand il s'énervait, le fantôme du professeur Rogue devait l'habiter. C'était dire... Alors qu'elles arrivaient près des cachots, les quatre jeunes filles se détendirent un peu, et commencèrent à rire de cette mésaventure, tout en félicitant Lyra de son courage. Que celle-ci ne s'expliquait même pas. Elle était redevenue en quelques minutes la petite fille de onze toute timide qui était arrivée au dortoir. Rouge de gêne. Comme si tout son courage s'était brusquement envolé.
Elles entrèrent dans la salle de classe et s'installèrent rapidement. Lyra et Mary se mirent côte à côte au troisième rang tandis que Victoire et Leonore prirent place au second, juste devant elles. Sur leur paillasse, il n'y avait qu'un chaudron en cuivre, un peu cabossé d'ailleurs, pour celui de Lyra et Mary. Déjà au premier cours, on pouvait voir l'animosité entre les Serpentards et les Gryffondors. Pourtant, après la Guerre, Victoire avait entendu dire que ces premiers avaient bénéficié de mesures de réhabilitation, pour éviter que Serpentard ne devienne encore une fois la maison maudite, associée à la magie noire. Mais le fait était que les différences ne s'effacent pas facilement. Et même après toutes ces années, les deux maisons se détestaient encore. Tous les rouge et or étaient installés du côté droit de la classe, près de la porte, tandis que les vert et argent était exclusivement du côté gauche, de l'autre côté de l'allée.
De toute façon, avec ce que cet imbécile, qui venait de s'asseoir au deuxième rang comme elles, avait dit, la jeune fille n'avait pas très envie de faire amie-ami avec les Serpentards. Ils n'avaient qu'à aller se faire cuire un œuf d'hippogriffe. Son père ne serait sans doute pas très content de son attitude mais s'il avait vu ce qui s'était passé, nul doute qu'il l'approuverait. De toute façon, il n'était pas là.
Un coup de coude la sortit de ses pensées, pour la deuxième fois de la journée. Elle allait finir par avoir un bleu si ça continuait. Elle regarda Leonore sans comprendre, presque prête à lui faire une remarque. Non mais quand même, ça n'était pas parce qu'elles s'étaient déclarées amies qu'elle pouvait la taper à tout bout de champ ! Quand la jeune rousse lui montra de ses yeux la porte du cachot, elle comprit. Il valait mieux ne pas avoir la tête dans les nuages. Elle articula un « merci » silencieux.
Drapé dans sa cape noire, ses cheveux bruns caressant sa mâchoire, l'air plutôt jeune, le professeur Caudlroy se tenait dans l'encadrement de porte. Petit à petit, tous les chuchotements s'apaisèrent. Et lui attendait, tranquillement appuyé contre le chambranle, patient, le sourire aux lèvres. Mais quelque chose dans son attitude nonchalante faisait dire aux jeunes filles que ça n'était pas un sourire tout à fait bienveillant. Enfin, il s'avança et atteignit le bureau.
« Bien, maintenant que tous vos caquètements de poules en chaleur sont terminés, nous allons peut-être pouvoir commencer le cours. Je suis le Professeur Cauldroy et je serai votre professeur de potions. Si je pourrais apprendre à certains à faire de grandes choses, d'autres n'arriveront pas à comprendre la musique de la potion et je ne pourrais rien pour eux. »
Il sonda du regard la salle, quand son regard sembla s'arrêter sur une tête en particulier. Toute la classe se retourna d'un seul mouvement.
« Monsieur Keeler, si mon cours ne vous intéresse pas, si vous ne le jugez pas utile, rien ne vous oblige à rester. Vous irez expliquer à la directrice Madame McGonagall votre choix. Sachez que j'ai beau être le directeur de la maison Serpentard, je n'hésiterais pas une seule seconde à lui enlever des points. Il n'y aura pas de favoritisme dans mon cours. Les potions sont un art délicat, je ne tolérerais aucune maladresse, toute serpentarde qu'elle soit. » ajouta-t-il en le fixant des yeux.
C'était cet idiot de Serpentard qui avait osé insulté Lyra. Rien que de le voir rembarré faisait bien plaisir aux filles. Il avait blêmi sensiblement aux mots du professeur.
« Bien, aujourd'hui, nous allons étudier une potion simple, pour soigner les furoncles. Les ingrédients vont s'afficher au tableau, vous pourrez aller les chercher ensuite dans la réserve qui se trouve juste à côté de mon bureau. »
Ce fut Leonore qui se leva dans leur groupe, tandis que Victoire recopiait la liste des ingrédients sur deux parchemins, un pour chacune. Elle recopia aussi les instructions qui apparaissaient les unes après les autres sur le tableau, sous la baguette du Professeur. Enfin, la jeune rousse revint, les bras chargés de limaces cornues cuites, de crochets de serpent écrasés, de feuilles d'ortie séchées, et d'épine de porc-épic. Elles allumèrent le feu sous leur chaudron et suivirent les instructions à la lettre. Un rang derrière, Lyra et Mary faisaient la même chose. Elles s'appliquèrent toutes les quatre et quand le professeur passa, rien ne filtra de ses lèvres. Par contre, il se précipita vers le chaudron du garçon qui avait failli vomir dans les escaliers la veille. Une épaisse fumée verte en sortait, et il semblait avoir des soucis de chaudron aussi.
« J'avais dit les épines de porc-épic après avoir sorti le chaudron du feu, Monsieur Steen. Pas avant. Et vous, Mademoiselle... »
« Harper Minder, Professeur. »
« Donc, Mademoiselle Minder, si vous pouviez ne pas rester là et allez accompagner votre camarade à l'infirmerie, ça nous arrangerait. Monsieur ici présent va bientôt être couvert de furoncles, si vous pouviez y arriver avant qu'il ne puisse plus marcher... Quant aux autres, retournez donc à votre travail. Le spectacle est fini » lança-t-il avant de nettoyer toute la paillasse d'un geste ample de la baguette. Ils purent distinguer avant qu'il ne disparaisse le chaudron qui avait été utilisé, il était troué.
Les jeunes filles se reconcentrèrent vite sur leur potion, de peur d'avoir les mêmes problèmes que le jeune garçon. Ça n'était pas le moment de se faire remarquer. Finalement, elles comprenaient mieux pourquoi des rumeurs couraient depuis le matin sur son caractère. Victoire était sûre que le Professeur Rogue devait être dans ce genre-là. Enfin, le cours fut fini, et chacun des groupes déposa sur le bureau une petite fiole de ce qu'il avait préparé. La potion de Lyra et Mary n'était pas exactement de la couleur demandée, mais elle s'en approchait vraiment, un peu plus que celle de Leonore et Victoire. Pourtant, Merlin savait que Lyra avait dû être vigilante face à la maladresse et aux oublis de son binôme.
Elles sortirent de cours, et filèrent à leur cours de métamorphose. Et ce fut le même ballet toute la journée, la course dans les couloirs pour arriver à l'heure et ne pas se tromper de salle. Plusieurs fois, des élèves étaient arrivés en retard à certains cours, s'étant retrouvés totalement au mauvais endroit. Une fois même, l'arrivée de l'un d'eux fut annoncée à grands cris par Peeves, qui semblait s'en donner à cœur joie.
Le soir enfin, elles purent souffler un peu. Elles s'installèrent à leur table dans la Grande Salle, pour profiter pleinement du dîner, maintenant que leur journée était finie.
« Et encore, Madame McGonagall nous a donné vingt centimètres de parchemin pour la semaine prochaine ! Je me demande ce que je vais bien pouvoir raconter sur la façon dont changer une allumette en aiguille... » se lamenta Mary.
« À ce propos, vous avez préféré quoi comme cours, vous ? » lança Leonore.
Pour Lyra, c'était les sortilèges du lendemain qui devraient lui plaire, mais elle avait aussi bien aimé la métamorphose, la trouvant impressionnante et fascinante. Mary aimait bien la botanique, au moins, dans cette matière, elle n'oubliait pas grand chose. Victoire aimait les potions malgré le prof, qui d'ailleurs ne semblait pas si horrible tant qu'on ne faisait pas de bêtises, et qui au moins était juste envers les maisons, attitude qui lui plaisait, surtout si c'était pour rembarrer cet affreux Keeler. Leonore, étonnamment, semblait attendre avec impatience l'histoire de la magie, mais admettait que la métamorphose lui avait plu.
« Alors les filles ? Ça va comme ça veut ? Ces premiers cours ? Pas trop dur ? »
Deux mains venaient de se poser brutalement sur la table, enlaçant Victoire de par leur position. Celle-ci se retourna violemment, reconnaissant tout de suite son propriétaire, hésitant entre la colère parce que Teddy l'avait fait sursauter pour la deuxième fois en deux jours, ou la joie qu'il vienne les voir. Elle n'hésita pas bien longtemps. Ce sourire en coin, un peu tordu, surmonté de ses yeux d'or et de ses cheveux encore rouge de fierté. Décidément, il avait souvent cette couleur de cheveux avec elle. Tout ça parce qu'il l'embêtait à chaque fois qu'il la voyait.
« Ça irait mieux si tu arrêtais de débarquer sans prévenir. D'autant que je peux voir que tu ne maîtrises toujours pas tes cheveux, petit sorcier de pacotille... » dit-elle malicieusement, lui tirant la langue.
« Essaie un peu d'en faire autant avec toi Vicky ! »
« Eh ! Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça ! »
« Bon, tu comptes me présenter tes amies ou quoi ? »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les amis de Teddy rejoignirent bientôt le petit groupe, voyant que le garçon semblait beaucoup s'amuser, et les présentations reprirent de plus belle. Les filles ayant fini leur dîner, ils s'en allèrent et partirent vers le parc pour discuter plus facilement, profitant de la nuit qui tombait encore assez tard en cette saison.
« Dîtes les filles, vous avez déjà eu vol ? Parce que ça va être mortel pour vous... » lança Jimmy avec un sourire qu'on aurait pu qualifier de serpentard s'il n'avait pas été un Poufsouffle.
« J'ai le vertiiiiige... » s'exclama Mary. Décidément, cette fille n'avait pas de chance...
