Chapitre 4: Comme un oiseau

Il était à peine neuf heures quand une tête blonde émergea des tentures d'un rouge profond. Victoire venait tout juste de se réveiller. Elle éteignit la petite musique de son réveil magique, s'assit sur le bord de son lit et s'étira, tendant ses bras vers les deux piliers du côté droit du lit. Elle bailla. Elle aurait bien aimé se lever plus tard mais elle n'avait pas le choix.

Elle se leva enfin et en allant vers la salle de bain avec ses vêtements, elle en profita pour regarder si ses amies étaient réveillées. Aucun des rideaux n'étaient ouvert, aucun lit ne semblait refait après la nuit. Et les chaussons étaient à leur place, au pied de chaque lit. Visiblement, toutes dormaient à poings fermés. Elle s'habilla rapidement, se brossa délicatement les cheveux comme sa mère le lui avait appris. Si elle n'aimait pas ce côté vélane qui la faisait passer pour une idiote, elle n'avait pas réussi à se défaire de cette habitude. Ce temps lui permit de se réveiller tout à fait, autant que l'eau fraîche dont elle aspergea son visage en se débarbouillant. Elle en profita pour nettoyer d'un coup de baguette leur série de miroirs, sur lesquels s'étaient figées quelques gouttelettes d'eau. Pas besoin des elfes pour ça, elle pouvait très bien le faire. Ça la faisait réviser en même temps.

En voyant qu'à son retour les filles dormaient encore, elle se résolut à descendre seule pour prendre son petit-déjeuner. Elle s'assit à une table presque vide, neuf heures était loin d'être l'heure de pointe un samedi matin dans la Grande Salle. À l'autre bout de la table de sa maison, il y avait deux quatrième années qui parlaient de façon animée et plus loin, ça devait être des sixième années qui se préparaient pour la sortie à Pré-Au-Lard. Ce qu'elle aimerait déjà pouvoir y aller, les boutiques que tout le monde décrivait la faisaient rêver.

Soudain, la chouette de ses parents fit son apparition, comme si elle n'avait attendu que son arrivée pour venir. La chevêche déposa une lettre sur la table, juste devant la jeune fille. Elle ébouriffa quelque peu ses plumes, sans doute pour les remettre en place, et accepta à grands renforts de petits hululements les dons de la jeune fille qui lui donnait quelques miettes de son croissant avant qu'elle ne reparte. Une fois qu'elle fut hors de vue, la Gryffondor concentra son attention sur l'enveloppe. Elle la décacheta pour la lire.

Ma chérie,

Papa et moi espérons que tu vas bien et que tu te plais dans ton école. Je sais bien que ça fait un grand changement mais tu as eu le temps de t'habituer un peu, je veux le croire en tout cas. Ici, on ne s'est pas habitués à ton absence mais ça viendra aussi. Dominique est dans une bonne classe, elle apprend à bien écrire. Louis va bien aussi, il ne quitte toujours pas Dumbo, et on a failli avoir un drame quand il l'a perdu dans le jardin mais heureusement, ton père l'a retrouvé dans un fourré.

Nous t'embrassons ma chérie et pensons très fort à toi,

Tes parents qui t'aiment

Bien évidemment, c'était sa mère qui avait écrit. Et Victoire pouvait presque entendre les soupirs de son père derrière, se disant qu'elle pourrait griffonner quelque chose de plus encourageant que « je sais que ça fais un grand changement ». Elle était bien d'accord avec lui. Même si là tout de suite, elle aurait plutôt eu envie de demander à Louis de lui envoyer sa peluche pour qu'elle puisse la serrer contre elle le soir avant de s'endormir. Elle ne pouvait clairement pas emporter un doudou à Poudlard, elle était grande maintenant. Mais parfois, être grande, ça avait de sacrés inconvénients. Elle fourra la lettre dans sa poche, se faisant un post-it mental pour ne pas oublier d'y répondre.

Elle ne devait pas être en retard, elle avait rendez-vous. Pas un rendez-vous comme les grands, entre amoureux, non pas du tout. Elle avait juste rendez-vous avec Teddy pour remédier à un horrible problème. Trois semaines que cela perdurait déjà. Ça n'était plus possible, elle allait être la risée de la famille en rentrant. Non vraiment, il fallait faire quelque chose. La jeune fille se dirigea vers le terrain de Quidditch. Aucune équipe ne s'entraînait heureusement. Ils avaient vérifié. Teddy devait arriver avec la clé de la réserve à balais. Il avait dit qu'il demanderait son double au capitaine de l'équipe Poufsouffle qu'il connaissait, et que celui-ci accepterait forcément si c'était pour une raison aussi légitime.

Non vraiment, après trois semaines de cours, donc trois leçons de vol, Victoire ne savait toujours pas bien monter sur un balai quand c'était inné dans la famille. Elle ne supporterait pas bien longtemps cet affront. Même Mary avait réussi, malgré son vertige du début. Curieusement, elle était d'ailleurs plus à l'aise sur un vieux brossdur que sur un tabouret. Épatant. Lyra et Leonore n'avaient quant à elles eu aucun problème, si ce n'est que le balai de la rousse fut un peu récalcitrant au début. La jeune fille ne devait pas lui plaire. Et les injures qu'elle proférait au fur et à mesure de son énervement ne devaient pas arranger les choses. Enfin son balai s'était quand même levé quand elle l'avait traité de vieux tas de brindilles incapable de faire quoi que ce soit. Tout n'était pas perdu. Et oui, l'école avait encore ces antiquités déjà croulantes à l'époque de leurs parents.

Victoire quant à elle n'arrivait même pas à rester dessus plus de trois secondes, elle perdait l'équilibre et tombait aussitôt. Elle ne comprenait pas. Elle avait essayé, persisté, recommencé, encore et encore mais rien à faire, ça ne marchait pas. Quand les garçons avaient eu vent de cette histoire, Teddy avait tout de suite proposé de lui donner un cours pour l'aider. Qui sait, ça marcherait peut-être ?

Sauf que ça faisait déjà un quart d'heure qu'elle l'attendait et il ne faisait pas si chaud avec l'automne qui s'installait. D'autant qu'il avait promis d'être là. Elle se demandait bien ce qu'il fichait. Elle décida d'attendre encore, se frotta les mains l'un contre l'autre pour se réchauffer, sautillant légèrement en même temps. Elle souffla sur ses doigts et enfonça son cou dans sa robe de sport. Au bout de dix minutes supplémentaires, elle n'en pouvait plus et se fit une raison. Il ne viendrait pas. Elle n'en revenait pas. Jamais Teddy ne lui avait fait faux bond en onze ans d'amitié. Elle se demandait bien ce qui avait pu le retenir. Il avait intérêt à avoir une bonne excuse, s'il ne voulait pas se faire appeler cervelle de véracrasse pendant un petit moment, juste pour qu'il comprenne la leçon.

Alors qu'elle rentrait, lasse, vers le château, une main se posa brusquement sur son épaule. Elle sursauta. Ah non, pas encore ! Elle se dégagea et se retourna vers celui qui l'avait interpellée.

« Teddy ! Tu n'arrêteras donc jamais ? Est-ce que tu te rends compte que..Oh ! »

« Bonjour ! » fit un garçon, brun, les yeux bleus rieurs.

« Oh, pardon, je suis désolée, je croyais... je croyais que c'était quelqu'un d'autre qui m faisait une farce de mauvais goût. Je... Enfin... Bonjour ! Et accessoirement, qui es-tu ? » fit la jeune fille, tentant de reprendre contenance.

« Kay, Kay Heather. Je suis en deuxième année à Gryffondor. Et toi tu es Victoire Weasley c'est ça ? Je t'ai déjà vue dans la Salle Commune, et puis franchement, avec ta famille, tu es connue ici. » répondit-il en souriant.

« Euh... Enchantée, Kay. Et tu m'as arrêtée pour...? »

« Ah... oui, c'est vrai. Tu attendais sur le terrain de Quidditch n'est-ce pas ? Tu sais qu'il n'y a pas d'entraînement ce matin ? Moi je passais juste par là, j'aime bien aller me promener près du stade, ça me calme. Ça doit être mon côté poursuiveur. »

« Poursuiveur ? Tu fais partie de l'équipe ? »

« Oui, c'est ça. Je viens d'être recruté, mais tu ne vas pas t'en tirer comme ça, tu ne m'as pas répondu. »

« J'attendais quelqu'un, mais il n'est pas venu. Il m'a posé un niffleur. »

« Et ta tenue de sport, c'est pour quoi ? »

« Euh... J'ai... J'ai un petit problème d'équilibre sur un balai et mon cousin Teddy m'avait promis de m'aider. »

« Et bien je vais le faire moi ! Je n'ai rien de prévu de toute façon, allez, viens, on va chercher des balais, j'ai la clé ! C'est quand même embêtant quand on s'appelle Weasley d'avoir un tel souci. »

Ils se dirigèrent à grands pas vers la petite cabane. Kay avait juste oublié une chose, c'était qu'il était un peu plus grand que Victoire et qu'il marchait un peu vite pour elle, par conséquent. Ils prirent chacun un brossdur avant que le jeune homme ne ferme la porte en bois. Il la fit monter sur son balai, gardant les deux pieds au sol, et corrigea sa position par quelques gestes. Il lui demanda ensuite de faire comme d'habitude pour pouvoir voir son problème. Après quelques hésitations, elle obéit, et tomba quelques instants plus tard. Il n'y avait rien à faire, à chaque fois elle se plantait, elle ne comprenait même plus. Sa famille avait dû faire des misères à tant de balais que Merlin se vengeait sur elle. Kay se précipita vers elle pour l'aider à se relever, l'aidant à se dépoussiérer la robe.

Il lui fit faire ensuite quelques exercices simples au sol, pour améliorer son équilibre. Tenir sur une jambe. Soulever l'autre. Mettre les bras en l'air. Marcher sur une ligne droite. Petit à petit, elle prenait plus d'assurance sur son balai. Quand elle refit un essai, elle parvint à tomber plus tard que d'habitude. Ils recommencèrent encore et encore, enchaînant les exercices et les essais. Plus le temps passait, plus Victoire s'améliorait. Ce Kay tombé du ciel était vraiment un bon professeur. Et il arrivait à la détendre par quelques blagues. Elle se sentait en confiance. Plus d'une heure après avoir commencé, le deuxième année annonça qu'il fallait à présent arrêter. Elle était fatiguée et elle avait déjà beaucoup progressé pour une première séance. Ils remirent leurs balais dans la remise avant de partir en direction du château.

« Merci, de m'avoir aidée. C'était gentil. »

« Eh, je suis gentil, je suis un Gryffondor ! Et puis c'était normal, j'adore le Quidditch en plus. Si jamais tu veux encore une séance, tu me dis, ça sera avec plaisir. »

« D'accord. Merci, vraiment. »

Ils étaient arrivés dans le hall de l'école, et Kay se dirigeait déjà vers la Grande Salle, sans doute pour y retrouver des amis qui s'étaient levés plus tard. Victoire alla en direction de la tour Gryffondor. Il fallait qu'elle se change et qu'elle prenne une douche, elle avait quand même transpiré. Cependant, ce cours particulier lui avait fait du bien, et l'avait calmée. Elle longeait les couloirs en y repensant. Elle devait faire sa lettre à ses parents. Ne surtout pas oublier. Ne surtout pas mettre le pantalon qu'elle avait en-dessous sa robe à laver sans enlever auparavant le parchemin. Il allait finir en bouillie tout juste bonne pour Patou sinon. Les filles devaient être levée à présent, elles feraient leurs devoirs ensemble. Elles avaient un devoir de botanique à rendre. Le professeur Londubat avait beau être un ami de ses parents, il ne ménageait personne, même s'il restait toujours gentil. C'était un passionné, ça se voyait. Et tous les élèves l'appréciaient. Tout d'un coup, elle fut projetée contre le mur. Apparemment, toute à ses pensées, elle venait de se cogner contre un autre élève. Elle reprit ses esprits pour voir qui elle avait percuté.

« Teddy ! Qu'est-ce que tu fiches là ? »

« Ah Victoire, ben je te cherchais justement... »

« Figure-toi que j'étais au terrain de Quidditch, tu sais, là où tu devais être ce matin vers neuf heures... » fit-elle, très énervée.

« Oui, je sais bien, je suis vraiment désolé, j'ai eu... un empêchement. »

Ses cheveux virèrent au jaune canari. Il était donc vraiment gêné. Vraiment, il devrait apprendre à maîtriser ses pouvoirs, il était aussi transparent qu'un parchemin ouvert.

« Allez, va, ça n'est pas grave. Qu'est-ce qui t'a retenu ? Tu as intérêt à avoir une très bonne raison, Teddy Remus Lupin, pour m'avoir fait lever à une heure pareille un samedi et attendre dans le froid. » demanda-t-elle, curieuse.

« Ben... C'est... c'est Chloé. C'est... ma petite amie. Elle a débarqué à notre table au petit-déjeuner et elle voulait qu'on passe un moment tous les deux. Ça faisait longtemps que ça n'était pas arrivé. »

« Tu sors avec elle depuis quand ? Tu n'en as jamais parlé ! On est tes amis ou pas ? »

« Oui bien sûr. Enfin... les gars le savent, vu que je partage mon temps entre elle et eux, mais... je n'ai pas pensé à vous le dire, c'est tout. Ça fait deux semaines. Elle est à Serdaigle, en troisième année aussi. »

« J'y crois pas. Et tu ne me l'as même pas dit. Enfin, tant pis, j'espère juste que tu es heureux avec elle. On ne fait pas souffrir une fille, je suis peut-être pas une grande mais je sais au moins ça. » dit-elle d'un ton résolu.

« Mais si, tu es déjà grande, regarde, tu es à Poudlard. Ce n'est que pour les grands. Et ne t'en fais pas, elle me plaît vraiment, Chloé. Et dis, tu as fait quoi du coup ? » sourit-il.

« Oh, un deuxième année m'a aidée, je commence à mieux me débrouiller maintenant. Bon allez, je file, j'ai une douche à prendre. À plus tard ! »

Et la jeune fille partit en courant dans la direction qu'elle venait d'indiquer. Sans trop savoir pourquoi, le jeune Teddy éprouva comme un pincement au cœur. Ça lui pressait un peu la poitrine, comme un poids, à cet endroit précisément. Il ne savait pas pourquoi il n'avait pas voulu dire à Victoire qu'il avait une petite-amie. Parce qu'il ne l'ignorait pas, il avait consciencieusement évité le sujet. De même, il ne comprenait pas bien pourquoi la mention de cet autre jeune homme qui l'avait aidée à sa place lui faisait mal. Après tout, elle avait des amis, Lyra, Mary, Leonore. Et ça ne le gênait pas. Alors pourquoi là si ?

Sans doute parce que cette fois-ci, cet ami l'avait remplacé dans une tâche qui lui incombait. Voilà. C'était ça. Il avait juste peur qu'on lui pique sa place dans l'esprit de la jeune fille. Mais ça n'était pas possible, ils étaient amis depuis la naissance. Ils se connaissaient sur le bout de la baguette. Ils avaient grandi ensemble, ils avaient tout fait ensemble et même les deux premières années de Teddy à Poudlard n'avaient pas réussi à faire trembler leur amitié. Elle était bien trop forte, bien trop résistance pour ce grain de sable. Non, ça n'était pas possible. N'est-ce pas ?