Chapitre 5: Catastrophe sur catastrophe ?
« Non mais tu te rends compte ? Il nous l'a pas dit ! Il a oublié. Tu parles, il n'a pas voulu, oui. Mais pourquoi ? Tu sais, toi ? » fit une voix rageuse.
« Victoire, ça fait à peu près cinquante fois que tu me poses la question et qu'on a la même conversation depuis une semaine. Et tu l'as tenue à chacune d'entre nous. Et arrête de martyriser cette plante ! » soupira Leonore.
« Tu vas réussir à la tuer la pauvre, et on va perdre des points par la même occasion ! Ça serait bête, pour une fois que le cours n'est pas difficile à suivre. » rajouta Mary.
« Et puis, on t'a déjà dit que ça devait être parce qu'il avait peur de te faire du mal et de te mettre en colère... » renchérit Lyra.
« Et quand on voit ta réaction, on se dit qu'il n'a pas eu tort ! » sourit Leonore.
Victoire reposa violemment le pot de la pauvre plante sur le sol dallé. Celle-ci avait bien souffert. Elle avait perdu quelques feuilles dans la bataille et faisait grise mine. La jeune fille jeta son sécateur à côté ainsi que ses gants en peau de dragon, pas tellement nécessaires pour ce genre de plante inoffensive. Mais autant d'y habituer dès maintenant. Si elle ne les mettait pas dès à présent, nul doute qu'elle oublierait par la suite quand elle se retrouverait face à une mandragore ou une autre plante tout aussi dangereuse. Elle se passa les mains sur le visage, tentant de défroisser ses traits et de se calmer un petit peu. Elle inspira. Expira. Encore. Encore une fois.
Les filles avaient raison. Ça fait maintenant plus d'une semaine que Teddy lui avait annoncé qu'il sortait avec cette Chloé et Victoire ne décolérait pas. Mais pas pour les raisons que l'on croyait. Ceux qui la pensaient amoureuse de lui se trompaient bien. Mais alors complètement. Teddy était son cousin. On ne tombait pas amoureuse de son cousin, déjà. Et puis même, ils avaient été élevés ensemble, c'était plus son frère qu'autre chose. Et on n'embrassait sûrement pas son frère.
Non, ce qui l'agaçait vraiment, c'était qu'il n'avait pas pris la peine de le lui dire. Il craignait quoi ? Qu'elle saute à la gorge de sa Serdaigle ? Comme si c'était son genre. Elle n'était pas jalouse, pas du tout même. Alors finalement, il avait obtenu ce qu'il voulait. Elle était énervée contre lui. Elle ne lui avait pas adressé la parole de la semaine, en représailles. Parce qu'il ne lui avait pas fait confiance. Il ne lui avait pas dit. Il avait eu deux semaines pour le lui dire. Tout le monde le savait sauf elle. Et les filles, mais quand même. Deux semaines.
D'autant plus qu'elle était très contente pour lui. Vraiment. Teddy était super et Chloé avait l'air sympa, elle l'avait vue dans la Grande Salle, riant avec ses amies Serdaigle et jetant des regards rougissants à Teddy. Elle avait l'air de lui convenir parfaitement. Elle était très jolie en plus. Blonde, les yeux bleus. Parfaitement son genre. Enfin, à ce que Victoire supposait, il ne parlait jamais trop filles avec elle. Sans doute parce qu'elle en était une. Et qu'elle était encore petite. Elle ne pouvait pas encore comprendre toutes ces histoires d'amoureux, c'était un peu trop compliqué pour elle, et ça ne l'intéressait pas vraiment en plus. Pourtant, elle aurait pu se réjouir pour lui, montrer toute sa joie, au lieu de grogner comme maintenant.
« Vous allez bien Mademoiselle Weasley-Delacour ? Si vous avez finit d'écharper cette plante, vous pourriez essayer de vous concentrer sur celle-ci, d'accord ? Je vous demande juste de la rempoter, rien de plus, je vous ai montré, ça n'est pas difficile. Vous êtes un peu rouge, ça va ? » demanda une voix douce.
Victoire sursauta. Pour un peu, elle en aurait oublié qu'elle était en cours. Et ça n'était pas parce que le professeur Londubat était un ami de la famille qu'il fallait faire n'importe quoi. La jeune fille savait très bien que même s'il était très gentil et en particulier avec elle, si elle faisait mal les choses, elle ferait quand même perdre des points à sa maison.
« Oui oui, ça va très bien. J'ai juste un peu chaud. Mais je m'y remets tout de suite Professeur. » répondit-elle en remettait rapidement ses gants.
« Ça va pas ou quoi, tu veux nous faire perdre des points Weasley, tu as vu ton travail, à peine digne d'un Poufsouffle ! » lança une fille juste devant elle, se retournant pour lui parler, une fois que le professeur était parti.
Il avait dû secourir un élève, de la maison jaune et noir justement, qui s'était évidemment coupé avec le sécateur. Ça devait arriver. Le garçon se tenait le doigt, une grimace de douleur sur le visage tandis que sa binôme criait, effrayée par la vue du sang. Le professeur jeta un petit sortilège sur la blessure pour enlever la douleur avant de demander à l'élève d'aller à l'infirmerie pour avoir un pansement et du désinfectant.
« Il y va seul, Monsieur ? » demanda une voix, cachée par les arbuste de la serre.
« Bien sûr, ça n'est que superficiel, ne vous en faîtes pas. Il en verra d'autres. Il n'y a pas mort de sorcier. Allez, au travail. »
Il recommença son petit tour dans la serre, surveillant les élèves, corrigeant ceux qui s'y prenaient mal. Victoire ne put répondre à cette pimbêche de Judith. Elle n'en connaissait pas la raison, mais cette fille n'avait pas l'air de l'aimer. Ça faisait déjà trois ou quatre fois qu'elle lui lançait une pique comme ça, de manière non justifiée. La jeune fille se demandait bien pourquoi. Elle ne cherchait pas à aller plus loin et l'avait déjà classée dans les personnes qu'elle n'aimait pas.
Surtout avec sa remarque sur les Poufsouffles. S'il y avait bien une personne à qui il ne fallait pas dire ça, c'était elle. Et pas seulement parce que Teddy y avait été envoyé. Victoire croyait dur comme fer en l'égalité des maisons. Poufsouffle était une maison aussi respectable que les autres. Elle était la maison des gens loyaux, travailleurs, en qui on pouvait avoir confiance. Sûrement pas la maison des faibles.
Elle continua de rempoter avec vigueur, mettant de la terre un peu partout, y compris sur sa robe. Ce qui la fit bien entendu jurer. Enfin, le cours se termina.
« Heureusement que le cours est fini, tu aurais réussi à t'en mettre jusque dans les cheveux ! » rit Leonore, en enlevant précautionneusement ses gants.
Lyra et Mary rirent à sa suite. Il fallait avouer que la situation était comique, et en s'observant à travers le carreau de la serre, Victoire rit de bon cœur avec elles. Dans sa frustration, elle avait réussi à s'étaler de la terre sur toute la robe, quand ça n'était pas une tâche de vert par-ci par-là, sans doute à cause d'une feuille écrasée contre elle, ou d'une branche qu'elle avait cassée. Elle avait même les cheveux complètement ébouriffés. Elle ressemblait ni plus ni moins à un épouvantail. Elle tenta de se frotter un peu mais ne fit qu'aggraver son cas. Les filles durent se mettre à plusieurs pour l'aider, elle s'y prenait comme un manche à brossdur.
Une fois leurs affaires ramassées et Victoire nettoyée, les jeunes Gryffondor sortirent de la serre aux côtés de Poufsouffles avec qui elles partageaient le cours. Elles marchaient vers le château pour goûter enfin à ce repos bien mérité avant le cours de métamorphose qui suivait. Soudain, Marc Steen les rattrapa, ses cheveux de paille se soulevant au rythme de son pas rapide. Quand il arriva à leur hauteur, il se pencha, les mains sur les genoux, pour reprendre son souffle. Il n'en avait visiblement pas beaucoup.
« Je.. Je voulais... juste.. te dire.. Victoire... qu'on était avec toi, et que nous non plus on n'aimait pas les remarques de Judith. Enfin, je dis nous, parce que je suis sûre qu'Harper est d'accord avec moi. Tu sais, Harper Minder, la fille qui m'a aidé en potions, elle est à Serpentard, mais elle est très gentille... »
La jeune fille ne sut que répondre. Elle était touchée, c'était certain, et contente de s'être faite d'autres amis, mais elle n'avait pas l'habitude d'être prise comme une sorte de leader. Ce rôle ne lui allait pas. Ce fut Lyra qui la sauva de sa voix calme et douce:
« Merci Marc, c'est très gentil. Tu vas mieux depuis... la dernière fois, en potions ? »
« Oh oui, merci, les furoncles sont partis presque tout de suite. Madame Pomfresh m'avait fait boire une potion et ça a marché tout de suite. Comme par magie... » dit-il avant de se rendre compte de sa gaffe et d'en rire avec les filles.
« Encore heureux, dans une école de magie ! Contente de voir que tu vas mieux en tout cas ! » parvint à articuler Leonore, en s'essuyant une larme qui perlait au coin de son œil.
Ils continuèrent d'avancer tout en discutant. Marc s'avérait très gentil et drôle, sans même le faire exprès. Il avait un humour facile, naturel. Même si le pauvre avouait manquer un peu de chance. Ce sur quoi Mary s'exclama qu'ils étaient deux !
Une fois les grandes portes passées, ils se firent houspillées par Rusard qui ne tenait pas à nettoyer tous les couloirs à la suite de leurs cochonneries. Décidément, il y avait des choses qui ne changeaient pas à Poudlard, et le vieux concierge semblait faire partie du décor. Ce qui n'était pas pour arranger les affaires de tous les élèves qui avaient entendu parler de lui, dans des termes loin d'être élogieux, par leurs parents et le reste de leur famille. Il s'agitait encore malgré son âge et s'il n'était plus accompagné de Miss Teigne qui avait dû succomber entre temps, morte à la tâche, il gardait toute sa verve. Les jeunes adolescents durent essuyer consciencieusement leurs pieds à l'entrée du hall avant de pouvoir continuer à marcher dans le château. À croire qu'il y aurait bientôt un contrôle de semelles à l'entrée.
En effet, l'automne commençait à s'installer et il pleuvait de plus en plus souvent. Le parc était presque devenu un champ de boue et le chemin vers les serres n'était pas en meilleur état bien qu'un minimum protégé par des dalles. Il y avait toujours des petits malins pour étaler de la boue sur les pierres et faire glisser les autres. Typiquement le genre de blague qu'aurait fait son oncle George à l'époque, se dit Victoire. Une sorte de patinoire géante qui faisait hurler le vieux concierge.
La pause était terminée, ils filèrent en cours de métamorphose. Ces cours étaient cette fois-ci commun aux Gryffondors et aux Serpentards. Si Marc était content de retrouver Harper, Victoire n'était pas tellement ravie de s'asseoir non loin de ce Keeler de malheur. Bien entendu, ils n'étaient pas obligés de mélanger les deux maisons. Ce qui était plutôt une bonne chose si on ne voulait pas que le cours finisse en pugilat.
Malgré les années, malgré la Guerre, les ressentiments étaient toujours là. On ne parlait plus de Voldemort. On ne parlait plus de Mangemort. Mais on parlait encore de trahison. On parlait encore de magie noire. On parlait encore de malédiction. Des efforts avaient pourtant été faits. Victoire le savait, ses oncles et tantes Hermione, Ron, Ginny et Harry y avaient participé activement. Ils avaient milité avec plus ou moins de conviction pour l'honneur des Serpentard. Son oncle Harry avait témoigné à plusieurs procès. Parfois, ça n'avait rien changé. Mais ça montrait au moins ce que celui qu'on appelait encore aujourd'hui le Sauveur pensait.
Certains avaient même voulu fermer cette maison, arguant que plus personne ne voudrait y aller après un tel scandale, et qu'on éviterait ainsi bien des problèmes. Et Victoire avait entendu dire qu'en effet, la première année, pas un seul élève entrant à Poudlard n'avait été envoyé à Serpentard. Du jamais vu dans l'histoire de l'école. Et pourtant, c'était arrivé. Depuis, la maison reprenait chaque année des élèves en plus, elle augmentait sa cote de popularité. Les mentalités changeaient. Tout doucement. Mais elles changeaient.
Restaient les rancunes. Restaient les souvenirs. Et cette génération née juste après la Guerre en avait été imprégnée. Petit à petit, ça disparaîtrait. Il fallait du temps. Beaucoup de temps. Poudlard était une vieille école. Elle surmonterait cette cris comme tant d'autres auparavant. Celle-ci était juste un peu plus rude.
Ce discours qu'elle entendait souvent dans sa famille, la jeune fille ne le comprenait pas encore très bien. On lui avait répété toute son enfance de ne mépriser aucune des maisons. On lui en avait expliqué la raison. Elle l'avait compris. Elle avait retenu la leçon. Mais quand quelqu'un vous horripile, peut-on vraiment ne pas étiqueter sa maison par la même occasion ? Ce n'était pas facile. Et elle était consciente de ne pas y être encore parvenue. Même ses oncles laissaient parfois échapper des remarque désagréables sur les Serpentards. Elle avait le temps. Elle était encore jeune. Et comme lui disait souvent son père:
« Quand tu seras grande, tu comprendras. »
Elle n'était pas encore grande. Un jour, elle comprendrait. Pas maintenant. Pour l'instant, elle pouvait se contenter de détester ce Keeler qui se pavanait comme un phénix quand elle, aurait dit qu'il s'approchait plus du scroutt à pétard.
« Mademoiselle Weasley-Delacour, quand vous aurez fini de rêver pendant mon cours, vous pourrez peut-être répondre à ma question ? »
Oups. Les ennuis. Deux fois en une journée. Ça faisait beaucoup. Elle regarda Mary assise à côté d'elle, désespérée. Celle-ci tenta bien de lui souffler la réponse mais en se penchant, elle renversa son encrier sur son parchemin et se précipita pour tout essuyer avant que les dégâts ne soient trop importants. Un ricanement se fit entendre à leur droite.
« Monsieur Keeler, puisque ceci semble beaucoup vous amuser, vous ne verrez sans doute pas d'inconvénient à faire votre devoir avec Mademoiselle Weasley-Delacour, n'est-ce pas ? » rétorqua le professeur, plongeant son regard dans celui du jeune homme, d'un ton qui n'admettait aucune réplique.
Celui-ci ne pipa pas mot. Personne ne résistait à la sorcière. On la savait redoutable. Il se contenta d'un regard mauvais envers la jeune fille qui soupirait déjà. Encore une tuile.
Le cours continua sans plus de répliques. Heureusement, il passa vite, car très intéressant et les jeunes filles ne virent pas le temps filer. Quand la cloche sonna enfin, elles sortirent de cours rapidement, se précipitèrent vers la Grande Salle pour déjeuner.
« On dirait qu'on ne mange pas tous les jours à sa faim chez les Weasley. C'est aussi pauvre qu'avant ? » lança ce foutu Keeler.
Victoire se retourna d'un coup, pour lui répondre. Mais les filles furent plus rapides et l'entraînèrent ailleurs.
« Il n'en vaut pas la peine. » lui assura Leonore.
« Quand je pense que je vais avoir à le supporter pour le devoir. Je vais jamais y arriver sans l'étrangler... » gémit la jeune blonde.
« Qui est-ce que tu ne vas pas pouvoir supporter ? » demanda une voix grave, mais rieuse. « Qu'as-tu encore fait ? »
Kay venait d'apparaître devant elle. Apparemment, il sortait du couloir à leur gauche.
« Oh rien, une broutille. Tu vas bien ? Les filles, c'est Kay, vous savez, je vous en ai parlé... »
« Ah, tu parles de moi maintenant ? » sourit le jeune homme. « Enchanté mesdemoiselles. Et oui, je vais bien, merci. »
Les filles en question lui rendirent avec joie son sourire. Il y avait quelque chose dans ses yeux et son visage qui le rendait sympathique. On avait envie de lui faire confiance. De l'avoir comme ami.
« Dîtes les filles, vous n'avez pas cours cet après-midi, je me trompe ? Vous voulez venir nous voir à l'entraînement de Quidditch, histoire de voir comment ça se passe ? Maintenant que Victoire sait tenir sur un balai... » rajouta-t-il malicieusement.
« Euh... Moi j'ai des devoirs à faire, j'ai perdu le dernier devoir de défense contre les forces du mal et on doit le rendre demain. Faut que je recommence tout. » dit piteusement Mary.
« Mais nous on peut ! » dit Leonore. « Pas vrai les filles ? »
« Euh... Oui, on peut, oui... » répondit Lyra.
« Eh bien voilà ! Rendez-vous à 14h sur le terrain ! Enfin, dans les gradins pour vous. Et couvre-vous, il ne fait pas chaud. »
« Oui grand frère. » rétorqua Victoire en lui tirant la langue.
Et il fila sans doute pour rejoindre son équipe, aussi vite qu'il était venu, tandis que les filles descendaient enfin les escaliers les menant à la Grande Salle. Elle arrivèrent enfin et commencèrent à s'installer à leur table.
« Alors Weasley ? On traîne avec des deuxièmes années ? Tu fais de la lèche pour entrer dans l'équipe l'année prochaine ? T'en fais pas, ils te prendront, ils prennent les plus nuls pour être sûrs de perdre. Ah, et je t'attends à 17h à la bibliothèque pour notre devoir. Plus vite ça sera fait, mieux ça sera. Ne sois pas en retard. Et n'oublie pas ta cervelle de véracrasse dans les gradins, des fois qu'on en ait besoin. »
Cette fois, c'était décidé. Elle allait tuer ce Keeler avant la fin de l'année. Elle bouillonnait déjà. Non mais qu'avait-il contre elle ? Elle ne lui avait rien fait. Non. Vraiment. Elle ne comprenait pas. Mais il payerait ses insultes un jour. Elle se rassit à sa table violemment, se rendant enfin compte qu'elle s'était levée à ses mots. Elle fit se soulever au passage l'assiette de Lyra juste à côté d'elle. Et s'éclaboussa de jus de viande. Non. Vraiment. Sa journée ne pouvait pas être pire. Et dire que ça n'était pas fini.
