Chapitre 6: Un, deux, trois rendez-vous...

Après être passée se changer, Victoire et ses amies se dirigèrent vers le terrain de Quidditch. Elle avait beau aller voir un simple entraînement, ça ne se faisait pas de venir avec une tâche de sauce sur l'uniforme, n'est-ce pas ? Et contrairement à ce que disait en pouffant légèrement Mary, ça n'avait rien à voir avec Kay. Rien du tout. De toute façon, il était en deuxième année. Donc bien plus vieux. Et puis bon, elle n'avait pas l'âge de penser aux garçons quand même ! Pour l'instant, ses idées dessus se résumaient à de vague bisous baveux que les couples devaient se faire, assez dégoûtant...

« Moi je persiste à dire qu'il en pince pour toi Victoire ! Je suis d'accord avec Mary et je la représente en son absence. » affirma Leonore.

En effet, la jeune fille venait de filer pour recopier son devoir tâché.

« Vous n'arrêtez donc jamais les filles ? Et vous disiez de moi avec Teddy et Chloé mais vous êtes impossibles là ! Je ne suis pas amoureuse de Kay, compris ? »

Et la conversation continua sur le même ton, plus ou moins badin. Non vraiment, il fallait arrêter de vouloir la caser avec tout le monde. Elle n'était qu'en première année ! Les garçons, c'était nul. Il n'y avait qu'à voir Teddy qui lui faisait toujours des blagues douteuses ou ce serpent de Keeler. Bon d'accord, il y avait peut-être Spencer pour relever le niveau, et Marc. Mais bon, quand même.

Quand elles arrivèrent au terrain, elle virent que les joueurs étaient déjà prêts à s'envoler sur leur balai. Elle s'avancèrent rapidement pour s'installer sur les gradins. Par ce temps, il n'y avait pas foule. Juste quelques autres filles de Gryffondor, sans doute des quatrième ou cinquième années, voire plus, elles avait l'air bien plus matures. Elles devaient être amies avec les joueurs, ou sortir avec.

Kay était d'après ce qu'on pouvait distinguer des visages, le plus jeune. Avec les nouveaux cours, la nouvelle vie à Poudlard, Teddy et ses amis, les filles ne s'étaient pas tellement intéressées aux sélections de cette année-là. De toute façon, ça ne les concernait pas encore. Et vue son agilité, Victoire n'était pas certaine de se présenter un jour. Après tout, elle ne serait pas la première Weasley à ne pas en faire partie. Oncles Bill et Percy non plus, d'après ses souvenirs, n'y étaient pas entrés. En même temps, elle ne voyait vraiment pas Oncle Percy sur un balai...

Elle reprit ses esprits quand elle vit une balle foncer droit sur elle. Le souaffle. Qu'elle évita en se jetant sur le côté droit, se prenant par la même occasion le bras de Leonore sur le visage. Elle n'aimait peut-être pas monter sur un balai, mais elle s'y connaissait niveau règles. On l'avait assez bassinée avec des récits de matchs pendant son enfance. Elle entreprit d'ailleurs d'expliquer tout ça à Lyra qui était née-moldue, n'y connaissait pas grand chose. Elle lui décrivit les différentes balles, le rôle de chacun de joueurs, leurs caractéristiques, et le déroulement d'un match. Du basique pour une Weasley.

Puis, elles se concentrèrent sur l'entraînement. Les joueurs avaient commencé par se faire des passes, avec le souaffle, tandis que les batteurs s'amusaient à se lancer des cognards et à les éviter par des pirouettes. Ensuite, ils firent une sorte de match, s'entraînant à aller le plus vite, le plus directement possible, vers les buts. Ils continuèrent ainsi pendant un certain temps, faisant parfois de grands signes de bras aux filles installées de l'autre côté des gradins.

Les jeunes Gryffondors, elles, commencèrent à avoir bien froid. Il faisait un temps de chien. Il avait plu la veille, l'humidité était encore là, avec une sorte de petite brume dont les filaments s'étiraient parfois tout autour du stade. Celui-ci commençait à ressembler à un îlot. Et pourtant, on n'était que fin septembre. Les filles se resserrèrent les unes contre les autres, se frottant les mains dans leurs gants. Elles comprenaient mieux pourquoi le jeune homme leur avait dit de se couvrir. Elles auraient attrapé la mort sans leur écharpe, leur bonnet et leurs gants. Lyra tapait du pied sur le sol, tentant de se réchauffer les orteils. Victoire et Leonore l'imitèrent bientôt, frigorifiées elles aussi. Est-ce que ça se faisait de partir maintenant ? Pas certain. Il faudrait attendre la fin de l'entraînement.

Qui ne tarda pas heureusement. Les joueurs descendaient vers la terre ferme. Ça devait être une sensation incroyable, être porté comme ça par les vents, les défier, s'arracher à eux pour avancer encore. Soudain, elles remarquèrent que Kay ne se dirigeait pas vers le sol comme les autres, mais vers elles. Étrange. Il passa devant elle, stabilisa son balai et demanda à la cantonade:

« L'une de vous veut faire un petit tour ? Pour vous récompenser d'être venues. »

« Oui, Victoire aimerait bien, avec son air béat de tout à l'heure en vous observant, je suis sûre qu'elle en rêvait ! » dit Leonore en la poussant en avant.

« Ah vraiment ? Très bien, alors monte à bord, et accroche-toi, princesse. »

La jeune fille en question s'avança, enfourcha le balai et posa ses mains sur les épaules du jeune homme. Celui-ci les déplaça pour les mettre autour de sa taille, lui intimant de le tenir fort pour ne pas glisser. Ça n'était pas un balai familial, il n'était normalement pas prévu pour ce genre d'utilisation. Victoire profita du fait qu'il regardait ailleurs pour lancer un regard noir aux filles qui restaient debout sur les gradins, un grand sourire innocent sur les lèvres. Bande de Serpentardes, se dit-elle.

Enfin, bon, elle ne pouvait pas dire qu'elle n'aimait pas être sur ce balai. Et non, ça n'était pas à cause de Kay. Mais il était gentil, il savait qu'elle n'était pas très à l'aise, alors il n'allait pas vite. Pourtant, il la faisait monter, monter, tant et si bien qu'elle crut qu'ils atteindraient les nuages, qu'elle pourrait toucher de ces doigts c'est moutons cotonneux. Elle aurait aimé. Cependant, ils s'arrêtèrent avant. Il stabilisa son balai et lui dit de regarder autour d'elle. C'était magnifique. Elle pouvait voir le parc entier, le château, le lac, la Forêt Interdite, le terrain aussi bien sûr, avec ses amies en tout petit. Elle se sentait grande. Elle se sentait unique. Elle aurait voulu rester là encore un peu mais il amorça une descente en chandelle.

Tout d'un coup, une bourrasque de vent, un peu plus grosse que les autres, les prit de court. Elle les emporta, et si Kay résistait le balai soutenait difficilement leurs deux poids face au vent. Pour une fois, le sorcier allait perdre sur le vent. Il la déposa précipitamment tout en haut des tribunes, la poussant hors du balai plus que la faisant descendre. Au moins, elle était en sécurité. Elle se releva, étant tombée pendant la manœuvre, les mains appuyées sur les bancs et tourna la tête pour voir où en était Kay.

Ce qu'elle vit la figea. Elle se redressa instantanément et se précipita sur le terrain, de même que les filles et les autres joueurs. Leur excursion n'avait duré que quelques minutes. Mais cela avait suffi pour que le poursuiveur tombe de son balai. Et se blesse gravement d'après le bras qu'il tenait. Un jeune homme, sans doute de septième année, qui portait le badge de capitaine cria à tout le monde de se pousser pour le laisser respirer et l'examiner.

« C'est grave ? » demanda une des autres filles présentes à l'entraînement.

« Ça va, il a juste le bras cassé. Il en verra d'autres. Il aura fait ses débuts dans l'équipe en beauté celui-là ! Allez, poussez-vous, il faut l'emmener à l'infirmerie. »

Il fit léviter le corps jusqu'aux porte du château. Tout ce petit monde suivait derrière. Les filles étaient un peu paniquées, surtout Victoire qui se sentait coupable, tandis que les membres de l'équipe, garçons comme filles, comparaient les blessures qu'ils avaient eues, se remémorant qui d'une clavicule cassée, qui d'un bras, qui d'une jambe, qui de l'autre. Une cloche sonna. Certains avaient des options le jeudi après-midi. Elle sonnait les dix-sept heures.

Mais... Victoire avait rendez-vous ! Et elle allait être en retard... Non seulement elle allait devoir supporter ce fichu Keeler, mais en plus, elle ne pouvait même pas accompagner Kay à l'infirmerie. La poisse. Elle obliqua donc vers la bibliothèque en courant. Heureusement, elle avait déjà fait quelques recherches sur le sujet, pour ne pas avoir à passer trop de temps sur ce devoir. Les propriétés du théorème de transfert. Tout un programme.

Elle vit au bout du couloir qu'elle emprunta des filles de Serpentard, des septième années vue leur apparence. Elle s'écarta pour les laisser passer, n'ayant pas le temps pour de nouveaux conflits. Surtout qu'elle ne pensait pas que tous les Serpentards soient mauvais, enfin, elle l'espérait. Mais celles-ci se dirigèrent vers elle. Elle se tassa un peu, rentrant les épaules dans son cou. Se faisant toute petite. Et marcha de plus en plus vite.

« Eh, attends ! Tu es Victoire Weasley-Delacour, n'est-ce pas ? Gryffondor de première année ? »

« Euh, oui, pourquoi ? »

« Tiens, voici ta lettre. Sois à l'heure au rendez-vous. » fit l'une d'elles, la chef sans doute en lui tendant l'enveloppe, avant qu'elles ne partent.

Victoire s'arrêta un instant. Elle observa le pli, normal en tout point. Qu'est-ce que ça pouvait bien cacher ? Et puis, quel rendez-vous ? Celui avec Keeler ? Par Merlin, Keeler ! Vite ! Elle allait vraiment être en retard là... Elle fourra la lettre dans son sac sans plus s'en préoccuper avant de filer encore plus vite.

Enfin, elle arriva, reprenant son souffle appuyée contre le chambranle de l'entrée. La bibliothécaire, Madame Pince, qui semblait aussi intemporelle que Rusard, la regarda méchamment. À peine un souffle et elle se faisait déjà allumer. Ça allait être joyeux. Victoire se faufila entre les rayons, furetant pour trouver enfin le Serpentard assis à une table, seul pour une fois, juste entouré de grimoires et de parchemins. Ça tombait bien, il allait déjà être difficile de survivre à un devoir avec lui, sans avoir à subir aussi ses amis. Elle s'installa donc à la table, déposant sa besace au pied de la chaise qu'elle tira.

« Enfin. C'est pas trop tôt. Un problème de balai peut-être ? » dit ironiquement le garçon, relevant la tête de ses notes.

La jeune fille se figea alors qu'elle sortait ses affaires.

« Comment es-tu au courant ? »

« Facile. Tout le monde le sait à présent. Ton petit-ami pleurniche tellement fort. Une vraie fillette. »

« Espèce de... » fit-elle en se relevant, lui attrapa le col à demi.

« Doucement Weasley, tu ne voudrais pas être expulsée de la bibliothèque, n'est-ce pas ? » sourit-il.

Elle le relâcha à contrecœur. Pas la peine de se faire avoir par ce scroutt.

« Alors, tes recherches ? Tu n'es pas arrivé les mains vides j'espère ? Tu as fait quoi ? Qu'on en finisse au plus vite. » se rattrapa-t-elle, parlant à voix basse mais sur un ton cassant.

Ils se mirent enfin au travail. Aucun d'eux n'était vraiment mauvais en métamorphose, ce qui leur permit de travailler efficacement et rapidement. Victoire avait déjà des boutons rien qu'à rester à côté de ce type, si en plus elle avait dû lui expliquer le cours, quelle horreur ! Ils fouillèrent dans quelques grimoires supplémentaires, mettant de côté ceux que le garçon avait sorti pour ses autres devoirs, et comparèrent ce qu'ils avaient trouvé.

Pour terminer, Victoire rédigea le parchemin final. D'abord parce que Keeler – dont elle avait appris entre temps qu'il s'appelait Cameron bien qu'elle ne comptait pas utiliser un jour son prénom – écrivait comme le scroutt qu'il était. Ensuite, parce qu'il n'était pas question qu'elle lui fasse confiance pour rendre le devoir, marquer leurs deux noms dessus et ne rien saboter. Ce garçon était suffisamment stupide pour avoir une mauvaise note rien que pour le plaisir de la pénaliser aussi. Elle se méfiait de lui comme de l'éclabouille. Elle garda donc le parchemin une fois paraphé de leurs deux noms et étrangement, Keeler ne fit aucune remarque sur ce fait. Il devait avoir compris.

Ils rangèrent les livres empruntés en silence et Victoire ramassa ses affaires tandis que son partenaire retournait à ses autres leçons. Avant qu'elle ne parte complètement – elle était déjà en train de se diriger vers la sortie –, il lui glissa une énième remarque. Qu'elle attendait bien sûr, tellement prévisible.

« Tu devrais aller voir ton Kay. Je suis sûr que ça lui fera plaisir. Enfin... moins que sa copine qui doit déjà y être. Ah oui, tu ne savais pas ? C'est qu'il est courtisé chez les Gryffons. Faut croire que toutes les filles ont le même mauvais goût. »

Elle ne se retourna pas. Elle continua sur sa lancée, zigzaguant entre les rayons, les tables, les élèves plantés çà et là, plongés dans un quelconque bouquin. Mais elle avait eu un coup au cœur. Comment savait-il tout ça, par Godric ? Il s'intéressait un peu trop à elle. Et puis, quel besoin avait-il de lui dire ça ? Elle n'était pas amoureuse de Kay. Pas du tout. Il était plus comme un ami, presque un grand frère. Un de plus, avec Teddy.

Arrivée à l'infirmerie, elle put vérifier les dires de Keeler. Sur un lit du fond, à droite, on pouvait apercevoir deux pieds qui dépassaient du rideau, et quelques gloussements. Elle se dirigea par là et trouva Kay installé plus ou moins confortablement, son bras gauche en écharpe, avec quatre filles autour de lui, deux de chaque côté du lit. Des groupies sans doute. Quand il la vit, le visage du jeune homme s'éclaira d'un sourire:

« Tu es venue. Lyra m'a dit que tu avais un devoir à faire avant mais que tu passerais sans doute. Je suis content. C'était un beau vol, hein ? On refera ça, un jour où il y aura moins de vent. Que je me casse pas encore la figure comme un troll. »

Les filles autour de lui rirent à ce semblant de blague. Victoire, elle, se sentait mal, c'était à cause d'elle qu'il était là.

« Le temps de visite est terminée pour vous jeunes filles, Mademoiselle Weasley-Delacour, vous pouvez rester encore un peu. » intervint l'assistante de Madame Pomfresh.

Celle-ci lui apprenait tout ce qu'elle devait savoir pour prendre sa place ensuite, dans un an ou deux, quand elle n'en pourrait plus. En réalité, elle avait beau dire, l'infirmière adorait son travail avec les élèves, même si elle voyait pas mal de cas. Dont toute une génération Weasley qui semblait bien avoir donné ses gênes à sa descendance. En ce moment, Victoire bénissait cette assistante.

Les jeunes filles partirent en boudant un peu mais promettant vivement à Kay de revenir le lendemain. Une fois seuls, la Gryffondor releva la tête qu'elle ne se souvenait pas avoir baissée. Il lui souriait toujours. Il paraissait heureux de la voir. Alors que c'était à cause d'elle qu'il était là.

« Je... je suis désolée, vraiment... pour... pour ton accident. » fit-elle, penaude.

« Oh, ce n'est vraiment pas de ta faute, ne t'en fais pas pour ça. Et puis tu vois, ça me fait venir un fan club, c'est plutôt agréable. Je devrais être d'attaque pour le prochain match qui plus est. Je n'aurais jamais pensé voir un jour Victoire Weasley contrite. Ça va ternir la réputation que tu t'es forgée depuis le début de l'année. » dit-il en riant.

« Quoi ? »

« Tu ne savais pas ? On te voit comme une vraie lionne. Faut pas t'approcher à ce qu'on dit... »

« Pfff... n'importe quoi, tout ça parce qu'ils n'ont pas l'habitude qu'une fille s'énerve... »

Un silence un peu gênant se fit. Ne voulant pas se trouver encore plus mal, Victoire prit rapidement la parole:

« Je vais y aller, les filles doivent m'attendre, il est l'heure de dîner. Et puis, je vais pas te fatiguer plus... Bonne soirée ! »

« Bonne soirée Victoire... »

Elle courut, encore une fois, rejoindre ses amies qui devaient être dans la Grande Salle. Elle les y trouva effectivement, en train de regarder une enveloppe qui lui avait tout l'air d'être banale. Elle s'assit à côté d'elle, une place restant en bout de banc et les interrogea du regard.

« C'est une lettre que Leonore a reçue. » commença Lyra.

« Et ça m'invite à une réunion, organisée par des septièmes années filles de Serpentard. »

« Mais nous, on n'en a pas reçu. Toi si ? » termina Mary.

« Oh ça ! Oui, j'ai eu ça aussi, les filles en question me l'ont donnée dans le couloir. » répondit-elle en sortant l'enveloppe, un peu froissée, de son sac.

« Elles m'ont envoyé un hibou de l'école i peine cinq minutes, moi. C'est bizarre... »

« Elle dit la même chose la tienne ? » demanda Lyra.

« Attends, j'ouvre... Alooors,

À Mademoiselle Victoire Weasley-Delacour,

Nous te convions à une petite réunion avec plusieurs autres jeunes filles. Tu sauras tout là-bas. Le rendez-vous est fixé mardi de la semaine prochaine, à 18h précises, devant l'escalier des cachots menant à la Salle Commune de Serpentard. En espérant te voir très vite,

Les filles de septième année de Serpentard. »

« Oui, j'ai eu pareil... Ce que je comprends pas, c'est comment elles décident qui l'a et qui ne l'a pas ? »

« Aucune idée... »