Chapitre 10: La guerre est déclarée

Le week-end s'était passé sans plus d'anicroche que cette carte étrange que, semblait-il, toutes les filles de Gryffondor en première année avaient reçue. En allant en cours de potions le lundi matin, les filles entendirent dans la Grande Salle des Serdaigle parler elles aussi d'une invitation qu'elle avaient reçue. Apparemment, toutes les maisons s'y mettaient. Leonore ruminait dans ses boucles rousses depuis le début de la matinée, à cause de cette lettre. Ça ne lui plaisait pas du tout. Elle toucha à peine à son assiette au déjeuner.

« Mais tu vas nous dire enfin pourquoi ça te tient tant à coeur ? » s'énerva Victoire.

« Ah, euh, quoi ? »

« Ne fais pas semblant, tu marmonnes depuis tout à l'heure, on l'a bien vu, ces lettres te tracassent. » ajouta Lyra.

« Ben oui, pas vous ? Ça va être un bazar pas possible dans l'école, tout le monde va vouloir changer de maison, rien ne sera plus décidé au hasard mais suivant les envies de chacun... »

« Et alors ? » demanda Marc, innocemment, « Finalement, comme ça, on serait tous à l'aise dans notre maison, on se sentirait tous à notre place en étant là où on l'a voulu. C'est pas plus mal, si ? »

« D'autant que le choixpeau est un peu moisi, c'est normal qu'il se trompe de temps en temps. » ajouta Scott.

« Non mais vous ne comprenez rien ! Réfléchissez deux minutes, si tout le monde va là où il en a envie, les maisons seront déséquilibrées, et pire encore, elles ne correspondront plus à rien. Parce qu'elles en seront composées que de gens voulant y être, pas de gens qui devraient y être par leur caractère. » s'enflamma Leonore.

« Oh, j'ai compris... » fit Lyra, « tu penses que les gens vont aller là où ils rêveraient d'être sans se préoccuper de ce qu'ils sont vraiment... »

« Alors que le choixpeau fait cette distinction, oui ! »

« C'est vrai que moi j'ai été envoyée à Gryffondor alors que j'avais demandé Poufsouffle... »

« Tu voulais aller à Poufsouffle ? » demanda Marc interloqué.

« Qui voulait aller dans notre honorable maison ? » fit une voix.

« Oh Teddy, c'est toi, c'est Victoire qui en parlait... » répondit Mary.

« Alors comme ça, ma petite Vicky veut suivre son cousin chéri dans sa maison ? » fit-il amusé.

La jeune fille pensa que parfois, elle aimerait que son amie se taise un peu.

« Oh mais ça va, je ne voulais pas te vexer, Vicky... »

« Il dit ça mais en fait, il aurait été ravi que tu sois dans la même maison que lui. » glissa Spencer, qui s'était matérialisé, comme par magie dirait-elle si elle n'était pas dans une école du même nom, à ses côtés.

« Bref, oui, je voulais aller à Poufsouffle, mais je n'y suis pas. Le choixpeau en a décidé autrement. »

« Vous étiez venus pour quoi ? » fit en changeant habilement de sujet Lyra.

« Oh, j'étais juste venu pour savoir si Victoire avait eu la nouvelle, pour Halloween... »

« Quelle nouvelle ? »

« Ah tu ne savais pas ? On va chez Tante Hermione... »

« Ah oui, ça. Oui, j'étais au courant, elle m'a prévenue par une lettre. Mais, on a un peu le temps tu sais ? »

« Oui, oui, bien sûr... »

« Ne me dis pas que je te manquais déjà ? » fit-elle goguenarde.

Il rougit avant de la traiter d'imbécile.

« C'est exactement ça ! » rit Spencer. « S'il n'était pas ton cousin, on pourrait presque penser qu'il est amoureux... »

« Euh... Teddy n'est pas vraiment mon cousin... » fit Victoire d'une petite voix.

« Oui mais bon, vous vous considérez comme tel, ça revient au même. »

« C'est pas ton cousin ? » demanda Mary.

« Ben non, c'est le filleul de mon oncle, juste... même si on se considère comme cousins. »

« Bref ! » intervint enfin le jeune homme, les cheveux complètement blonds de gêne, « Victoire est comme ma cousine, voire ma sœur, et j'ai déjà Chloé. J'avais juste envie de la voir un peu, c'est tout, on va pas en faire toute une tarte à la citrouille, sinon, je viendrais plus et puis voilà... » bougonna-t-il.

Les Gryffondors se levèrent de leur table, rejoignant ainsi les deux Poufsouffles, et allèrent en cours de botanique.

Le lendemain, l'effervescence était à son comble dans la maison rouge et or. Il semblait qu'on ne pouvait pas avoir un moment de calme dans la tour. Même en cours, certains élèves se faisaient prendre par les professeurs à discuter. Vingt points avaient déjà été perdus en cours de sortilèges et deux élèves avaient frôlé la retenue début d'après-midi, en métamorphose, tant le professeur McGonagall avait été énervée de leur comportement. Elle avait failli piquer une crise de nerfs tant ses élèves étaient dissipés. Même les garçons s'y mettaient, se demandant s'ils allaient récupérer des jolies filles ou pas, qui partiraient. Certain faisaient même des paris, de quelques mornilles seulement, heureusement. Mais tout de même. Victoire en avait même disputé un qui tenait absolument à ce qu'elle signe pour rester dans leur maison. L'idiot.

Au soir, elles descendirent toutes du dortoir où elles s'étaient réfugiées pour faire leurs devoirs et rejoignirent les quelques autres élèves dans la Salle Commune. Les filles de septième année avaient dégagé une partie de la pièce pour que puissent s'assoir sur des coussins toutes les élèves convoquées.

Étaient présentes toutes les élèves de première année donc, mais aussi quelques septième années venues sans doute épauler leur préfète. C'était d'ailleurs l'une d'elles qui avait porté leur carte aux filles le samedi précédent. Le préfet était là lui aussi, à la gauche de la jeune fille. Victoire se souvenait de lui, il les avait guidé le premier jour et avait paru plutôt sympa. Il frappa dans ses mains:

« Mesdemoiselles, un peu d'attention s'il vous plaît. Écoutez donc ce que notre très chère préfète a à vous dire. » fit-il.

« Merci Tim. » répondit-il en lui jetant un regard semi-agacé, « Bien, certaines d'entre vous sont allées la semaine dernière à une réunion organisée par la maison Serpentard. Et se sont vues proposer la possibilité de devenir une vert et argent.

Comme vous le savez, le choixpeau a déjà décidé de votre répartition, et si certaines d'entre vous auraient peut-être voulu aller ailleurs, ça n'est pas légitime. » dit-elle en regardant Judith.

« Vous ne pouvez pas changer de maison comme ça. J'en ai parlé à Madame McGonagall, qui est comme vous les savez tous notre directrice de maison mais aussi la directrice de Poudlard et ça n'était jamais arrivé dans l'histoire de l'école. C'est la première fois que des élèves osent faire ça... »

« Et vous comprenez toutes que ça va ficher un bazar du diable dans toute l'école ! » la coupa Tim. « Et vous ne serez plus dans la maison qui vous correspond mais celle à laquelle vous voudriez appartenir, ce qui est totalement différent. Est-ce que tu sais pourquoi elles font ça, d'ailleurs ? Pourquoi cette année ? » demanda-t-il en se retournant à la préfète.

« Oui, tu sais, c'est à cause de l'erreur...Elle est chez eux cette année... » fit-elle en chuchotant.

« Quelle erreur ? » demanda alors Leonore. « Une de nos amies a été appelée comme ça une fois, ça a un rapport ? »

« Qui est votre amie ? » demanda une septième année.

« Harper Minder, elle est à Serpentard en première année. » répondit Victoire.

« C'est elle ? » demanda la fille aux autres de son année.

« Oui, oui, c'est elle... » dit la préfète.

« Oui, je me souviens l'avoir vue avec elles pendant que je leur donnais la lettre. » dit la septième année qui les avait en effet informées de cette réunion.

« Tu sais, une petite brune, assez timide... » fit la préfète à Tim qui ne semblait toujours pas voir de qui il s'agissait.

« Ah, elle ? Ah d'accord... Ben je comprends mieux alors, leur réaction... »

« Mais qu'est-ce qu'elle a, notre amie ? » demanda Mary.

Les quatre filles s'étaient toutes regroupées ensemble, gigotant sur leurs coussins, se serrant les unes contre les autres, autant pour avoir chaud que par peur de la réponse.

« Elle est l'erreur de cette année. » expliqua la préfète.

« Le choixpeau vieillit de plus en plus et s'il est un objet magique, il peut faire des erreurs, notamment sur des personnes qu'il est difficile de placer. Chaque année, un ou une élève est mal placé. On n'y peut rien et c'est comme ça depuis des années. Je crois que ça a dû commencer après l'époque de vos parents.

Et il paraît que cette année, l'élève mal placé est Harper. En tout cas, c'est ce que Serpentard semble penser, mais nous ne sommes jamais sûrs de rien tant que nous ne connaissons pas tous les élèves. Ça faisait très longtemps que ça n'était pas arrivé à Serpentard et la dernière fois, ça s'était... assez mal passé on va dire. Mais jamais on n'a fait de changement de maison, malgré cette erreur. J'imagine que les verts n'ont pas voulu accepter une nouvelle fois un membre qui ne devrait pas être là. »

« C'est vrai qu'Harper ne correspond pas du tout à leurs critères, mais comment savoir si c'est elle ? Ils la mettent à l'écart mais si ça se trouve, ça n'est pas elle ! » s'insurgea Leonore. « Mes parents étaient à Serpentard, pourtant, je suis à Gryffondor, ça ne veut donc rien dire... »

« Oui mais ton caractère correspond à celui de ta maison. Tu es à ta place ici, même si ça n'est pas celle qu'on aurait pu penser. Une erreur n'a pas le caractère de sa maison. » répondit doucement la préfète.

« Ou pas, au début du moins. » lança une voix.

Une fille s'avança. Elle portait l'uniforme des rouge et or comme tout le monde, ses cheveux bruns longs étaient relevés en une queue de cheval et elle avait un air doux sur le visage, accentué par ses yeux vert clair. Rien ne la distinguait des autres élèves à première vue.

« Il y a sept ans, quand s'est faite notre répartition, on a vu que j'étais l'erreur de l'année. D'après mon caractère, je devais plutôt aller à Poufsouffle, je n'étais pas courageuse comme un Gryffondor, mais par contre, j'étais une personne de confiance, travailleuse. Pourtant, le choixpeau m'avait envoyée dans cette maison, et celle-ci m'a accueillie sans problème. Je m'y suis faite et maintenant, je mets au défi quiconque parmi mes camarades de dire que je ne suis pas devenue une vraie Gryffondor. » fit-elle en regardant, amusée, les autres septième années.

« On s'en passera Hazel, on s'en passera ! » rit Tim.

« Tout ça pour dire que même s'il y a une erreur et qu'elle est apparemment chez Serpentard cette année, rien ne justifie cette méthode qu'ils ont employée. Ça va dépeupler les autres maisons si plusieurs jeune filles prennent la couleur des vert et argent et ça serait injuste aussi envers ceux qui auraient voulu être dans les maisons Serdaigle, Poufsouffle et Gryffondor et qui n'y sont pas. Et puis ça serait contraire au principe de la répartition.

Donc nous vous encourageons toutes à rester dans avec nous, vous êtes toutes très bien ici. Et nous allons sans doute organiser une action avec Serdaigle, qui semble avoir le même problème que nous, pour sensibiliser tout le monde, notamment les garçons qui ne sont que vaguement au courant de l'affaire, et souder les maisons. »

« Pourquoi pas Poufsouffle ? » demanda une des filles qui traînaient parfois avec Judith.

« Parce que, d'après nos informations, aucune Poufsouffle a été dévoyée par les Serpentard, tout simplement. » répondit calmement Tim.

« La réunion est terminée, pour celles qui voudraient partir dîner notamment, vous avez encore le temps. »

Ça tombait plutôt bien, le ventre de Mary commençait à gargouiller de façon peu discrète et la plupart des élèves s'étaient mises à bavarder dans leur coin, décortiquant les nouvelles qu'elles venaient de recevoir.

« Comment ça se fait, à votre avis, que Poufsouffle n'ait pas été demandé ? » chuchota Lyra.

« Tu sais, je crois que tu peux parler à voix haute. » fit Victoire en souriant. « Et je ne sais pas, c'est très bizarre. »

« On n'a qu'à demander, ils doivent savoir, eux, les préfets ! » proposa Leonore.

Et comme un seul troll, elle alla à leur rencontre, tirant la manche du préfet pour attirer son attention. Il se retourna surpris, la regarda de toute sa hauteur. Sans vraiment le vouloir d'ailleurs, parce qu'il avait un sourire bienveillant sur le visage, mais il était, comment dire, légèrement plus grand que la rousse.

« Oui, qu'y a-t-il ? Leonore Castle, c'est ça ? »

« C'est ça oui. Comment vous...tu sais ? Non, oublie. Je voulais plutôt savoir... comment ça se fait qu'aucune fille de Poufsouffle n'ait été demandée ? On en avait vue une à la réunion et elle s'est faite jeter comme si elle avait été atteinte d'éclabouille. »

« Je sais pour ton nom parce que je m'intéresse à tous les nouveaux entrant, c'est mon rôle de préfet, je vous connais tous. Et en fait... aucune ne s'est vue offerte ce choix parce que les Serpentard considèrent les Poufsouffle comme des moins que rien... Et je ne suis même pas sûr qu'ils apprécieraient que quelqu'un de leur maison soit ami avec un jaune et noir. »

« C'est triste, mais c'est la vérité, l'entente entre maisons n'est pas tout à fait parfaite... » rajouta la préfète.

« Tu surveilles ce que je dis, Jill ? Tu as peur que je te trompe ? » fit Tim, en riant.

« Espèce de scroutt. Et on ne sort pas ensemble, imprime-le toi dans ta cervelle de véracrasse. » dit-elle, agacée en le tapant sur la tête.

« Aïe, brute épaisse ! »

Leonore préféra s'éloigner et laisser ce pseudo couple se chamailler tranquillement.

« Dîtes, vous croyez qu'on sera comme ça, plus tard ? »

« J'espère pas Lyra, j'espère pas ! »

« Euh... Victoire, je crois que tu es un peu optimiste, on sera sans doute pires... » fit la rousse.

« Oui ben en tout cas, on n'est pas encore comme ça, et moi j'ai faim ! On y va ? » rétorqua, très sérieuse, Mary.

Et c'est sur ce mot de la fin, ou plutôt de la faim que les filles descendirent à la Grande Salle pour dîner. Là encore, tout le monde à leur table parlait de la réunion, les garçons se faisaient expliquer l'affaire par les filles qu'ils trouvaient à leurs côtés, celles-ci étaient pour la plupart convaincues à présent de leur légitimité dans la maison Gryffondor et ne voulaient plus en changer.

Le discours avait fait son petit effet, même si on comptait une ou deux irréductibles, notamment Judith qui clamait partout que c'était elle l'erreur et qu'elle voulait aller à Serpentard. Duncan eut la fausse maladresse de lui verser un pichet de jus de citrouille sur le chemisier, ce qui la fit taire pendant un moment, le temps de tout éponger avant de partir se changer.

« À votre avis, ça sera quoi l'action dont parlaient les préfets ? » demanda Victoire, qui elle-même n'était plus tellement sûre de vouloir essayer cette semaine en vert et argent. Plus sûre du tout...

« Oh, on va bientôt savoir, je pense... »

« Comment tu sais ça ? »

« Parce que les préfets se parlent à toute vitesse et que je ne suis pas certaine que ça soit des mots d'amour, vu ce qu'ils se disaient tout à l'heure... » sourit Leonore.

« Si jamais les Poufsouffle savent ce que vous ont dit les préfets, n'empêche, je ne suis pas sûr qu'ils restent calmes... » lança Marc. « J'espère qu'Harper va bien en tout cas. »

« Ne t'en fais pas, on va se charger de les prévenir, et Harper peut venir avec nous autant qu'on veut, on n'est pas sectaires ici ! » fit la rousse.

« Elle est très sympa, oui ! » renchérit Lyra.

La fin de soirée se passa plus au calme, l'effervescence s'était apaisée. Une seule question restait sur toutes les lèvres, liée à la loyauté qui émergeait en chacun: qu'allaient encore concocter les préfets pour sauver l'honneur des Gryffondors ?