Chapitre 17 : Contes de famille
Quelques semaines plus tard, Victoire n'avait toujours pas compris pourquoi Leonore était aussi attachée à cette entente entre les maisons. Bien sûr, elle aussi trouvait ça important, ça la touchait aussi beaucoup, surtout en ayant des amis dans plusieurs maisons. Mais son amie en faisait beaucoup quand même, elle y était viscéralement attachée. Et la petite fille n'était pas sûre que cela soit uniquement à cause de son envoi à Gryffondor alors que sa famille venait de Serpentard.
Elle n'avait cependant pas réussi à en tirer quoi que ce soit, son amie se contentait d'explications vagues à chaque fois qu'elles en parlaient. Elle n'avait donc pas insisté. Son amie lui dirait quand elle en aurait envie, si jamais il y avait quelque chose à raconter. Après tout, elles avaient bien le temps, et Leonore ne savait pas forcément tout non plus sur elle, c'était normal d'avoir des secrets. Un jeudi après-midi pourtant, une question de Marc la surprit :
« Dis, Victoire, tu nous avais bien dit que Teddy était ton cousin non ? » lui demanda-t-il en se tournant vers elle, alors qu'ils s'étaient tous installés dans la Grande Salle pour faire des jeux.
« Euh, oui, pourquoi ? »
« Ben tu n'as pas dit un jour qu'il ne l'était pas vraiment ? »
« Si si, enfin… C'est mon cousin, mais ce n'est pas le fils de Oncle Harry, c'est tout ! » dit la petite fille, un peu mal à l'aise.
« Ben alors vous n'êtes pas vraiment cousins, si ? » insista le garçon, impatient de dénouer enfin ce mystère à ses yeux.
« Bon, écoute, la demi-portion, Vicky, c'est ma cousine, point barre. Et mes parents sont morts pendant la Guerre. » s'énerva Teddy, ses cheveux fonçant jusqu'à devenir aile de corbeau.
« Je suis désolé, je ne voulais pas vous énerver… » murmura le blond d'une toute petite voix, bien penaud.
« C'est rien va, Teddy est un peu à cran sur cette histoire. » fit Spencer, pour lui expliquer, tandis que son ami emmenait sa cousine hors de la Grande Salle.
« Pourquoi tu m'emmènes ? » demanda la petite fille à son cousin, alors qu'il l'entraînait dans les couloirs en la prenant par la main. « Et où surtout ? »
« Ben apparemment, Bill et Fleur ne t'ont pas raconté notre histoire, alors je me dis que tu as le droit de savoir… maintenant que tu n'es plus un bébé. » dit-il en lui souriant doucement.
« Idiot ! » lui lança-t-elle avec un sourire. Pour une fois qu'on ne la prenait plus pour un bébé, ça faisait du bien.
« Et c'est où que tu vas m'expliquer alors ? » insista-t-elle.
« Sois un peu patiente, tu verras bien ! » rit-il. « Tu es bien la fille de ton père toi alors ! Comment ça se passe, au fait, tes cours ? Tu as besoin d'aide dans une matière ? Parce que si oui, il ne faut pas hésiter à me demander, d'accord ? »
La petite fille rosit. C'était vraiment gentil de sa part de le lui proposer. Elle bafouilla un remerciement, comme à chaque fois qu'il la prenait de court avec des mots aussi gentils, et le rassura. Elle arrivait à peu près à suivre en cours, et elles s'entraidaient, avec ses amies, ce qui lui permettait de ne pas rester sans comprendre quelque chose. Mais c'était gentil, en tout cas, ça la touchait.
Parfois, elle se disait que le jeune garçon était un peu son grand frère. Il était son cousin, son ami surtout, mais parfois il prenait des airs de grand frère, à vouloir la protéger contre ceux qui pourraient lui faire du mal, à lui dire qu'elle pouvait lui demander de l'aide, à s'inquiéter autant pour elle. Et elle aimait bien ça. Il y avait toujours quelqu'un sur qui elle pouvait compter, comme ça. Ça faisait du bien, de savoir qu'elle était en sécurité. Qu'elle avait un filet pour la protéger si jamais elle tombait. Un appui constant.
Elle se contenta de serrer plus fort la main qui la tenait, les yeux à terre tant elle était gênée, espérant faire passer dans ce petit geste tout ce qu'elle ressentait. Quand elle osa enfin relever la tête pour savoir où il l'emmenait, il tourna son regard vers elle et la couva du regard. Il avait compris.
Ils montèrent quelques escaliers, faillirent se perdre à cause des brusques changements d'humeurs de ceux-ci, qui les emmenaient un peu n'importe où, et arrivèrent enfin dans un couloir, vide d'ailleurs. Quelques armures le bordaient d'un côté, des fenêtres de l'autre, donnant sur le parc. La petite fille se demandait bien pourquoi son cousin l'emmenait à cet endroit.
« On est où ? » demanda-t-elle enfin, sortant de son mutisme.
« Tu n'es jamais venue dans cette partie du château ? » dit-il en fronçant les sourcils.
« Euh, je t'avoue que je ne sais pas trop, je me perds parfois, et puis les couloirs se ressemblent tous ici… »
« Oui, mais pas celui-ci. Il a quelque chose de particulier. Viens voir. »
Il la tenait encore par la main mais se décala pour se retrouver dans son dos, enleva sa main de la sienne et lui couvrit les yeux. Il lui demanda d'avancer encore un peu, la guidant pour qu'elle ne tombe pas. Enfin, ils s'arrêtèrent.
« J'ai découvert cet endroit par hasard, un jour, en me promenant dans le château. Depuis je passe souvent par là pour aller en cours, ou juste pour regarder un peu. On est dans le couloir du cinquième étage de l'aile Est. J'ai demandé à Oncle Harry son histoire, pour savoir ce que c'était. Tu peux ouvrir les yeux, à présent, Victoire. » dit Teddy en enlevant les mains de ses yeux.
Là, elle découvrit comme une mare. En plein milieu d'un couloir. Mais qui avait bien pu faire ça ? C'était même un marécage, en fait. On voyait des plantes aquatiques dont elle ne connaissait pas le nom, des poissons et même une grenouille qui coassait sur une feuille de nénuphar. Il y avait quelques feuilles d'arbre, qui avaient dû se déposer un jour où quelqu'un avait ouvert une fenêtre près des arbres du parc. L'endroit était assez grand, tout de même, et prenait une bonne partie du couloir.
Soudain, elle remarqua une petite plaque dorée. Elle était vissée sur le mur, bien au centre, afin d'être visible. Elle pouvait y lire que ce marécage portatif avait été créé par Fred et George Weasley, élèves de Poudlard, héros de la Guerre et facétieux invétérés. Elle se retourna vers Teddy, les sourcils froncés, interrogative.
« C'est Oncle George et son frère qui ont créé ce marécage ? Et pourquoi on dit portatif ? »
« Quand ils étaient en sixième année, ils ont créé tout un tas d'objets magiques, avec pour but de les commercialiser aux élèves de l'école et d'ailleurs même. Tu sais, le magasin de farces et attrapes d'Oncle George, c'est à cette époque qu'il a été créé. Et bien ce marécage fait partie de leurs inventions. Ils l'ont laissé là sans laisser d'instructions pour le faire disparaître. Oncle Harry m'a raconté qu'avant, il prenait toute la place du couloir, et que le vieux Rusard devait emmener les élèves en barque, d'un bout à l'autre du couloir. » sourit Teddy.
« Ah oui, ça devait bien lui plaire ça tiens ! Je le vois mal faire passeur. Mais dis, il est plus petit là, alors c'est bien qu'ils ont réussi à le faire disparaître un peu, non ? »
« C'est le professeur Flitwick qui l'a fait en partie disparaître. Il en a laissé un petit carré, en leur honneur, et parce que c'était quand même une sacrée invention. »
« Pourquoi m'as-tu emmenée là ? » demanda-t-elle, un air sérieux sur le visage.
« Pour te raconter notre histoire. Il n'y avait pas de meilleur endroit pour ça, tu ne trouves pas ? »
La blonde ne répondit rien. Ils s'assirent contre un mur, en face du petit carré de marécage. Celui-ci était protégé par une cordelette, sans doute pour qu'on ne tombe pas dedans, et qu'on ne l'abîme pas. Ils restèrent silencieux un moment, savourant le calme de l'endroit. Il n'y avait que la grenouille pour coasser encore.
« Ce qu'a dit Marc n'est pas totalement faux. J'ai mis un certain temps à comprendre ce qu'il y avait de vrai et de faux, dans cette affirmation, à vrai dire. Tu dois bien te douter que ça n'est pas la première fois qu'on me pose la question. Rien qu'avec mon nom, les gens comprennent vite que je ne suis pas le fils d'Oncle Harry. » rit-il tout doucement. « D'autant que toute la presse sorcière est au courant quand Tante Ginny est enceinte. La pauvre, je crois qu'elle a été assaillie par les journalistes à chaque fois. »
« Oui, mais tu es mon cousin quand même, non ? »
« Techniquement, pas vraiment. En fait, c'est pour ça que je t'ai emmenée ici. Tu vois cette mare, elle a été faite par Oncle George et son frère quand ils sont partis de l'école, en sixième année. Ils n'ont pas fait de dernière année parce qu'ils voulaient aider les autres, pendant la Guerre. Eh bien mes parents aussi, ils ont aidé. Je suis né juste avant la fin de la Guerre. Mes parents n'y étaient pas vraiment préparés, mon père ne voyait pas comment faire un enfant dans ces conditions. Et je crois qu'il n'y était pas totalement prêt non plus. Ils m'ont laissé à grand-mère, pendant qu'ils allaient combattre. Et ils sont morts, tous les deux. Oncle Harry dit que sans eux, ils n'auraient sans doute pas gagné la Guerre. J'ai du mal à le croire, parce qu'il y avait beaucoup de gens pour la préparer, de leur côté, on en parle tellement, mais j'aime bien quand il dit ça. »
« Tu sais, papa parle parfois de la Guerre. Pas très souvent, je crois que ça l'a marqué, et pas que sur le visage. Mais il dit souvent que sans les volontés de tout le monde, ils n'y seraient pas parvenu. Il dit que si l'un d'entre eux les avait abandonné en plein milieu, ça leur aurait fait énormément de mal. Alors je crois qu'Oncle Harry a raison, quand il dit que tes parents étaient essentiels. » répondit lentement la petite fille.
« Merci, c'est gentil. Après la Guerre, quand mes parents sont morts, c'est grand-mère qui m'a élevé, mais plus tard, elle est devenu trop vieille pour le faire, alors c'est Oncle Harry qui s'est occupé de moi. Ils ont tout fait pour que j'aie l'impression d'être de la famille. Mais tu sais, Mamie Molly n'est pas vraiment ma grand-mère. Je ne suis pas un Potter. Et encore moins un Weasley. Vous êtes tous de la même famille, et j'ai souvent eu l'impression qu'on essayait de m'y intégrer, de faire comme si j'en faisais partie aussi, tout en sachant que ça n'est pas la vérité. On m'a souvent dit ça, quand je suis arrivé en première année. Si tu savais tout ce qu'on m'a dit. »
« Quoi ? »
« Que je ne méritais pas que le grand Harry Potter s'occupe de moi, par exemple. Qu'il avait dû avoir tellement pitié qu'il m'avait pris avec lui, mais que j'étais un poids pour lui. Et pour toute la famille. Que je devrais avoir honte de mes origines. Tu sais, il y a des gens qui me l'ont dit, même en sachant qui étaient mes parents. Surtout en le sachant. Mes parents n'étaient pas forcément les gens les plus recommandables, aux yeux du monde sorcier. Ils n'auraient même jamais dû se marier. Et on m'a souvent dit que je faisais la honte de ta famille, à en faire partie. »
« Mais on est de la même famille, Teddy. Et puis, papa m'a raconté une fois que les Sang-Pur ne nous ont jamais vraiment aimés, parce que la famille de papa n'était pas riche. Alors on n'est plus à une bizarrerie près. Regarde mes parents, ils sont un peu étranges aussi. » rit-elle.
« C'est vrai oui. » sourit-il. « Et Oncle Harry m'a dit quelque chose, cet été. En fait, je fais partie de votre famille. Je ne le savais pas mais Mamie Molly et Papi Arthur ont des cousins éloignés dans la famille des Black, la famille de ma mère. On est cousins très éloignés, toi et moi, d'après la généalogie. On a bien quelque chose en commun. » dit-il, avec un grand sourire.
« Tu sais, ce qui compte, ça n'est pas d'où tu viens, c'est la façon dont tu es élevé, par qui tu es élevé. Tu es élevé par mon oncle. C'est lui qui t'a appris plein de choses, c'est chez lui que tu as fait ton premier sort quand vous y étiez en vacances, tu me l'as toi-même raconté. C'est lui qui t'a offert des cadeaux à tous tes anniversaires, parce que tu étais son filleul, parce qu'il tenait à toi. Il ne remplacera pas ton père, mais il est ta famille. Donc tu es mon cousin. C'est aussi simple que ça. » déclara la petite fille, déterminée.
Le jeune homme eut un petit rire avant de lui ébouriffer les cheveux.
« Oui, tu as raison. »
« Merci de m'avoir parlé de tout ça, en tout cas. Maintenant je sais combien on est cousins. » répondit-elle avec un sourire.
« C'est normal. Tu avais le droit de savoir. Et puis je préfère que ça soit moi qui te l'apprennes plutôt que quelqu'un d'autre. Qui sait les horreurs qu'on pourrait te raconter… »
« Tu sais, quoi qu'on me dise sur toi, tu es mon cousin Teddy, et tu es mon ami. Ça ne changera pas. on pourra m'apprendre ce qu'on veut sur toi, ça ne changera rien à ça, à tous les moments qu'on a passés ensemble. Et ils ont bien plus d'importance que ce qu'on me racontera. »
« Dis donc, c'est moi ou tu deviens sage, toi ? Fais attention à ne pas grandir avant l'âge, je vais me sentir tout jeune moi ! Et puis, il faut profiter de notre jeunesse, comme dit Mamie Molly ! » rit-il.
Ils se levèrent, s'appuyant l'un à l'autre pour y parvenir, moulés par leur position inconfortable. Victoire faillit trébucher sur le pied du garçon, et celui-ci dut la rattraper avant qu'elle n'arrive au bord de la mare. Ça n'était pas le moment de tomber au beau milieu des nénuphars.
« Allons retrouver notre jeunesse, comme tu le dis si bien ! » proposa la petite fille avec un sourire.
Ils errèrent encore un peu dans le château, prenant les couloirs au hasard de leur chemin, se cachant parfois derrière une statue pour faire peur à l'autre. Teddy savait parfaitement quel chemin prendre pour rejoindre les autres qui avaient dû rester à la Grande Salle. Mais ce moment avec Victoire, il l'appréciait à sa juste valeur. Et il voulait le savourer jusqu'au bout.
Sa cousine était vraiment quelqu'un de génial. Parfois, il se demandait pourquoi elle avait eu autant de soucis en début d'année, même si ça semblait se calmer un peu. Comment pouvait-on ne pas l'aimer ? Elle qui arrivait à lui redonner le sourire en toutes circonstances. Elle était la seule à qui il parlait autant. Il n'avait pas cette proximité avec quiconque d'autre. Même avec Spencer.
Pourtant, leur amitié était forte, les deux garçons s'étaient rencontrés dans le train menant à Poudlard. Le jeune garçon sourit encore à s'en souvenir. Il s'était assis dans un compartiment vide, ne connaissant personne. Et quelques minutes plus tard, Spencer était arrivé, s'était assis sans même lui demander son avis et lui avait demandé pourquoi ses cheveux venaient de passer du bleu au brun instantanément. Il lui avait expliqué sa métamorphomagie. Ils avaient ri et passé leur temps à faire changer à peu près toutes les parties du corps de Teddy pendant le trajet. Sauf ses yeux, qui restaient marrons dorés. Ça, il n'était pas question qu'il le change.
Ah et il avait refusé de se transformer en fille, aussi. Il ne fallait pas pousser, les filles, c'était quand même un peu nul. Et vexant d'y ressembler. Bon, il y avait Victoire qui était cool. Mais elle, ça n'était pas pareil. C'était Victoire, songea-t-il en souriant alors qu'il la rattrapait à nouveau. Elle était en train de courir dans un couloir, riant aux éclats de le semer enfin.
