Chapitre 18 : Les premières neiges

Quelques jours avaient passé depuis l'altercation entre Teddy et Marc, ainsi que les explications qui s'en étaient suivies. Le petit Gryffondor était venu le lendemain présenter ses excuses au cousin de Victoire ainsi qu'à celle-ci pour avoir posé cette question embarrassante pour eux. D'après ce qu'il avait bégayé, il ne s'était pas rendu compte que ce fût un sujet difficile pour eux. Spencer leur avait expliqué la susceptibilité de Teddy sur ce sujet, et les remarques qu'il avait dû essuyer au long de sa première année à Poudlard.

Il était tellement penaud qu'ils avaient cru qu'il allait s'enfoncer dans les dalles du château à force de se recroqueviller sur lui-même, déjà qu'il n'était pas grand. Les deux cousins n'étaient surtout même pas fâchés pour deux mornilles, Teddy lui avait mis une grande claque dans le dos, comme pour lui dire que c'était oublié, histoire qu'il se taise enfin et arrête de s'excuser. Le pauvre Marc en avait trébuché sur les pavés et s'était misérablement rattrapé sur Victoire qui n'avait rien demandé à personne. Spencer avait alors pris son air le plus strict et avait déclaré que si en plus il se mettait à bousculer la petite fille, il allait devoir s'excuser deux fois plus, que ça n'était pas possible d'être maladroit à ce point. Le garçon aux cheveux de paille l'avait regardé encore piteux et le Poufsouffle avait explosé de rire.

« Arrêtez donc de le chahuter, il ne va jamais plus vous croire, le pauvre ! » s'était exclamé Leonore en souriant.

« Mais… mais on le taquine ! »

« Pas de mais qui tienne ! » répondit-elle, narquoise.

« Fais attention, on dirait notre grand-mère ! Tu es sûre que tu n'es pas une Weasley toi, avec ta crinière ? » se moqua Teddy.

« Arrête donc avec mes cheveux toi ! Je suis bien contente de ne pas faire partie de ta famille de fous ! » répliqua-t-elle en tirant la langue. « Et puis je n'y peux rien si les Castle sont en majorité roux… »

« N'empêche que tu ressembles vraiment à Mamie Molly quand tu fais ça ! » rit Victoire.

« Ah non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi, espèce de… »

La petite fille avait été interrompue dans ses jurons par la sonnerie qui marquait la reprise de leurs cours. Les Gryffondors avaient alors rapidement rassemblé leurs affaires et s'étaient précipités vers leur cours de potions. Il n'était pas question d'être en retard dès le premier cours de la journée, et surtout pas à celui-là. Le professeur Cauldroy ne l'aurait pas toléré. Vraiment, quelle idée d'avoir mis ça le lundi matin et le vendredi matin, se lamentaient souvent les garçons. Pile les deux jours les plus durs de la semaine, juste après et juste avant le week-end.

Les jours suivants s'étaient passés à peu près sans encombre. Le week-end avait été consacré essentiellement à rédiger un parchemin pour leur devoir de Défense Contre les Forces du Mal, qui prenait tout de même un certain temps. Après avoir vu quelques fondements de la magie, et de la notion de forces du mal, qui était un peu vague à leurs yeux auparavant, le professeur Tempel leur avait demandé de décrire une situation dans laquelle ils pourraient dire qu'ils étaient face à des forces du mal, et de justifier pourquoi leur cours leur serait utile.

Après être sortis de cours le lundi soir, ils s'étaient tous déclarés soulagés de l'avoir terminé et d'avoir à peu près répondu correctement à la question. Eux au moins n'avaient pas parlé d'utiliser leur cours pour combattre une araignée, comme une des deux filles de Serpentard de leur cours. Ils avaient leur celui-ci en commun avec les verts et argents, et en sortant, Lyra avait entendu l'une d'elles dire à Judith qu'elle avait fait son devoir là-dessus.

Parfois, les jeunes Gryffondors se demandaient pourquoi leur camarade de dortoir traînait avec ces filles. Elles étaient vraiment bêtes comme leurs pieds, voire méchantes, s'indignait Victoire. Judith n'était pas très gentille non plus, fit remarquer Mary. Elle n'avait pas hésité à se moquer plusieurs fois de Victoire, et elle avait toujours voulu être une Serpentard, c'était peut-être pour ça qu'elle fricotait avec eux, nota Leonore. Elle n'avait pas obtenu raison, alors c'était peut-être sa façon de se rendre justice, même si elles ne comprenaient toujours pas pourquoi la petite fille tenait tant à changer de maison. D'autant que sa mère était une Gryffondor, s'étonna Victoire. Cela faisait déjà plusieurs fois qu'elles en parlaient et elles ne voyaient toujours pas la logique de cette décision. Leonore finissait toujours par conclure qu'on ne savait pas tout sur les gens, et qu'elle avait peut-être des raisons qu'elles ignoraient.

La jeune fille, qui partageait leur dortoir, semblait en effet assez mystérieuse. Elle ne leur parlait que très peu, et uniquement pour se moquer de la maladresse de Mary, des parents de Lyra ou de Victoire à qui elle reprochait à peu près tout et n'importe quoi. La seule qu'elle n'agressait pas était Leonore, sans qu'elles sachent pourquoi. Elle partait tôt le matin, se levant avant elles pour avoir la salle de bain et ne pas les côtoyer, à ce qu'elle leur crachait, et ne passait du temps dans le dortoir que quand elles n'y étaient pas. Il était même arrivé qu'elle entre, se rende compte que les filles bavardaient sur leurs lits ou jouaient à la bataille explosive, et qu'elle reparte aussitôt, mécontente de les y avoir trouvées. Elle ne cherchait vraiment pas à s'intégrer et les filles ne l'y avaient pas forcée non plus, lassées.

Le mercredi matin, c'est une jolie surprise qui attendit les élèves de Poudlard. On était arrivés en décembre. Et si certains avaient oublié le calendrier avec leurs devoirs qui s'enchaînaient aussi vite que des parties de bavboules pour d'autres, le temps, lui, ne l'avait pas négligé. Après plusieurs jours de pluie fine, les températures avaient suffisamment baissé pendant la nuit pour laisser un fin manteau neigeux dans le parc.

Pas suffisant cependant pour annuler le cours de vol de l'après-midi, regretta Victoire. La petite fille avait eu beau faire quelques progrès depuis ses cours avec Kay, dont elle gardait encore le souvenir cuisant pour ses fessiers et le reste de son corps par la suite, elle n'était pas encore très à l'aise. Le mercredi après-midi était un peu sa bête noire. Ils allèrent cependant bien plus joyeusement en cours, joie qui ne dura pas après être entrée dans la classe du professeur Binns. Même Leonore qui aimait bien l'histoire de la magie et avait commencé la lecture de L'histoire de Poudlard s'endormait pendant ce cours, c'était dire.

Les petites filles passèrent le cours à regarder la neige tomber par le carreau de la salle. Elles n'étaient d'ailleurs pas les seuls puisque des élèves avaient même le nez collé contre la vitre, formant des petits nuages de buée avec leur souffle, et cachant la vue aux autres qui râlaient. Personne n'était vraiment attentif au professeur, qui débitait son cours de la même voix monocorde, sans se soucier de ses élèves qui ne suivaient pas. Seuls quelques élèves suivaient au premier rang, des Serdaigles assidus, qui n'arrêtaient pas de gratter sur leurs parchemins.

« Dîtes, on devrait peut-être suivre aussi, non ? Ce n'est pas embêtant, de ne pas écouter Binns ? » demanda, inquiète, Lyra.

« Tu sais que tu nous fais le coup à chaque cours sans jamais finir par écrire ce qu'il dit ? » répondit Victoire, moqueuse.

« Oui, mais quand même, s'il y a un cours, c'est pour qu'on le suive, non ? Ça m'embête… »

« Ben suis-le si tu veux, on ne t'en empêche pas du tout. » fit doucement Mary. « On ne va pas dire que tu es ringarde ou trop sage parce que tu suis le cours, au contraire. Tu auras surtout bien du courage ! » rit-elle.

« Une vraie Gryffondor, parce que c'est une sacrée épreuve ! Moi je ne peux pas, il est trop soporifique, je ne comprends même pas pourquoi on l'a encore, même mes parents l'avaient à leur époque, ils auraient pu en changer, depuis… » ajouta Victoire.

« Ben c'est un fantôme, il ne peut même pas mourir, il l'est déjà ! Et puis tu te vois, le congédier ? Il est cloué au château, il ne peut pas en sortir, il va être très vexé. Il est fichu de revenir faire les cours parce qu'il aura oublié qu'il a été remplacé ! » rétorqua Leonore. « Et pour les cours, ne vous en faîtes, pas, j'ai regardé et tout est dans L'histoire de Poudlard, on n'aura qu'à en lire chacune des passages, et ensuite mettre en commun les informations, faire un rapport chacune de ce qu'on a lu, comme ça, on y passera moins de temps. »

Rassurée, Lyra acquiesça et elles recommencèrent à discuter comme si de rien n'était, presque comme si elles n'étaient pas en cours. Victoire se plaignait du cours de vol de l'après-midi, qu'elle ne sentait :

« Vraiment pas, les filles, ça va être horribles, je vais tomber ! » se lamenta-t-elle encore.

« Mais non, tu ne vas pas tomber, tu ne tombes presque plus d'abord. Et puis on sera là pour te rattraper ! »

« Leonore se débrouille très bien sur son balai, elle pourra te soutenir. » rajouta Mary.

« Exactement ! Je ne vais pas te laisser tomber, dans tous les sens du terme d'ailleurs. » répondit la jeune fille en souriant.

« Comment ça se fait, d'ailleurs, que tu sois si douée toi, alors que moi je n'y arrive pas et que toute ma famille en fait avant même de savoir marcher ? Ce n'est pas juste ! » geignit la blonde.

La rousse se lança alors dans quelques explications. Car il y avait bien une raison, dont elle n'avait pas parlé parce que ça ne lui était pas venu à l'esprit et qu'on ne lui avait pas demandé, tout simplement. Son grand frère était poursuiveur chez les Flèches d'Appleby, une des treize équipes de la Coupe de la Ligue de Quidditch d'Angleterre et d'Irlande. Une des meilleures équipes en compétition, malgré sa création plus tardive que celles des autres. Il y était rentré après avoir passé ses ASPICs à Poudlard, repéré lors de différents matchs.

Il était un des poursuiveurs de l'équipe de Serpentard, quelques années auparavant, un de ceux qui avaient marqué le plus de buts dans l'histoire de leur équipe. Il n'avait pas eu trop de mal à devenir professionnel, du coup. D'après sa sœur, il avait toujours été supporteur des Flèches, il avait donc naturellement choisi cette équipe quand on lui avait donné le choix. Il avait été d'autant bien accueilli qu'il avait ainsi délaissé les Frelons de Wimbourne, éternel ennemi de son équipe.

Quand il revenait parce qu'il avait des congés – York n'était pas tout près de chez eux, mais avec le transplanage, qu'il détestait, il venait assez souvent –, il entraînait sa sœur au champ attenant leur maison et ils jouaient une partie, à deux mais ça n'avait pas d'importance, ça leur faisait passer du temps ensemble et il adorait entraîner sa petite sœur. De douze ans son aîné, il ne la considérait pas comme un bébé, et avait estimé rapidement, dès ses six ou sept ans, qu'elle était capable de monter sur un vrai balai et de jouer avec lui à attraper un faux souaffle. Leurs parents lui faisaient à peu près confiance, et suivaient du regard leurs enfants se chamailler pour la balle, leur petite fille rire aux éclats, depuis le salon et sa grande baie vitrée. Voilà pourquoi elle savait tenir sur un balai depuis le début.

Ces quelques explications attirèrent l'attention du professeur, qui juste avant la sonnerie de fin de classe, tenta de les faire taire.

« Miss Evans, veuillez-vous taire s'il vous plaît. »

« Euuh, c'est Miss Castle, Professeur, il n'y a pas de Miss Evans ici… » répondit maladroitement la petite fille.

Le fantôme était déjà reparti dans ses explications, sans plus lui prêter attention.

« Evans, c'est le nom de la mère de mon Oncle Harry ! Il débloque, ce fantôme ! » s'exclama Victoire en rangeant ses affaires alors que la sonnerie retentissait enfin.

« Chuuut, il pourrait t'entendre ! » fit Lyra horrifiée.

« Oh ça va, il est sourd comme un pot et puis je ne parlais pas si fort. » rétorqua-t-elle, confuse.

« Non, mais un jour, tu réveilleras un dragon, à parler si fort ! » rit Leonore.

Elle continua de bougonner quelques minutes, alors qu'elles traversaient les couloirs pour aller déjeuner. Cependant, elle changea rapidement d'humeur en voyant par les carreaux du couloir que la neige continuait de tomber et que le parc se parait d'un manteau blanc de plus en plus épais. Elles prirent même le temps de s'arrêter à une fenêtre, pour constater que celui-ci était immaculé, aucun élève n'avait encore eu le temps de sortir, à part ceux qui venaient des serres, mais on ne les voyait pas, de ce côté-ci du château. Elles s'émerveillèrent un instant à regarder ce paysage magique avant que le ventre de l'une d'elles donne le signal de leur départ.

Après un déjeuner agité et bruyant, les Gryffondors de première année rejoignirent les Serpentard du même niveau pour leur cours de vol. Madame Bibine avait décidé, étant données les conditions météorologiques, qu'ils ne voleraient pas très haut, pour ne pas risquer de tomber dans un vent qui les emporteraient bien ailleurs que ce qu'il était prévu.

Chacun se disposa comme d'habitude près de son balai, et tous, ou presque, réussirent à le prendre en main du premier coup. A présent, chaque élève était suffisamment familier avec le vol pour y parvenir, les seuls qui avaient eu à appeler le leur deux fois avaient écopé de vieux – ou très vieux, d'après les élèves qui grognaient un peu de leur état – balais, qui avaient un peu la flemme de « se remuer les brindilles », comme le qualifia Leonore envers son propre balai.

Malgré ses craintes, le cours de vol passa rapidement, pour Victoire, qui se prit au jeu du lancer de balle que Madame Bibine leur avait imposé, pour tester leur dextérité et essayer de les faire tenir sur leur balai sans les mains. Marc avait eu un peu plus de mal et Scott, qui était le plus proche, avait dû le rattraper par la manche pour qu'il ne bascule pas la tête en bas. Les quelques flocons qui tombaient les obligeaient à faire d'autant plus attention à leurs trajectoires, mais le cours se termina dans la bonne humeur, et sans même une incartade entre les deux maisons.

Ayant un peu de temps pour le déjeuner et aucun devoir pour le lendemain – les professeurs de botanique et de métamorphose avaient eu pitié d'eux et de leurs mines désespérées –, ils en profitèrent pour traîner un peu dans le parc après avoir rangé leurs balais.

Soudain, Mary se baissa, ramassa un peu de neige entre ses gants de cuir et fit semblant de l'examiner attentivement. Sans prévenir, elle balança la boule de neige sur Leonore, avec un grand éclat de rire. Celle-ci se la prit dans les cheveux, et répliqua aussitôt en se baissant pour en ramasser à son tour. Mais plutôt que de viser son assaillante, elle trouva plus drôle de tirer sur Duncan. Qui lui-même ne s'en laissa pas compter et tira sur Victoire à ses côtés. Evidemment, la petite fille n'allait pas se laisser faire, on ne l'attaquait pas impunément, et surtout pas quand elle avait déjà fait des dizaines de batailles de boules de neige avec ses cousins et oncles et tantes. Elle tira la langue de concentration, et visa parfaitement dans la capuche de la cape de Marc, qui sursauta en sentant le froid mordre son cou. Bientôt, Lyra les rejoignit à son tour, visant dans le tas qu'ils venaient de former, ne sachant pas tellement qui elle avait visé.

Deux camps se formèrent alors. Bien sûr, Duncan était contre Leonore, qui l'avait entraîné dans la bataille. Mary ayant visé Leonore, elle se retrouva donc dans le camp de Duncan, qui prit aussi Victoire pour faire bonne mesure, écopant là d'une tireuse de choix. l'autre camp se forma donc de Leonore, qui s'était mis tous ses adversaires à dos en leur tirant ensuite dessus tour à tour, Marc qui comptait bien faire payer à Victoire le froid qu'il ressentait jusque sous son tee-shirt, Scott qui était resté tranquille et impassible jusque-là, et Lyra, qui amassait la neige autour d'eux, pour faire des petits monticules de boules de neige, prêtes à être lancées.

Les quolibets allaient bon train, les remarques fusaient. Duncan étant seul avec deux filles, on leur reprochait en riant sa mise en harem, leur inefficacité, et leur manque de bras. Leur motivation n'ayant pour égal que leur énergie, ils prirent cependant l'avantage par quelques tirs bien sentis de Victoire, qui ne ratait jamais sa cible. Elle bombardait à tout va, et surtout Leonore, comptant bien éliminer la jeune fille et rétablir l'équilibre. Scott s'était mis à aider Lyra à faire une barrière pour les protéger et bien vite, cela devint plus difficile de les atteindre.

Aucun n'avait dit son dernier mot. Aucun ne voulait abandonner. Ils riaient aux éclats, comme les enfants qu'ils étaient finalement, ce qu'on avait tendance à un peu trop oublier, entre les cours et leurs soucis quotidiens. Des enfants que la neige émerveillait encore.

Ils jouèrent ainsi pendant plusieurs heures, s'attirant les regards de tous les élèves et professeurs qui passaient par là, les premiers encourageant les uns ou les autres à grand cris, tandis que les seconds les regardaient en souriant, bienveillants. Enfin, il fut temps de rentrer, se sécher au feu que les elfes de maison avait allumés dans les cheminés, et de dîner à la Grande Salle. Tous étaient ravis d'avoir pu s'amuser autant, bien que fatigués, et ils étaient rentrés bras dessus bras dessous, leurs différences de camps oubliées.