Chapitre 19 : Rencontre avec le garde-chasse…
Plusieurs jours étaient passés depuis leur dernière bataille de neige. Ils avaient voulu recommencer le week-end suivant mais celle-ci avait fondu et ils ne trouvèrent, après le passage des élèves les deux jours précédents, que de la bouillasse marron, savant mélange entre la boue du parc et les flocons restants.
Depuis, la neige était peu tombée, et ils n'avaient pas tellement eu l'occasion d'aller jouer dehors. En effet, la fin du mois de décembre approchait à grands pas, et avec elles, quelques examens qui pleuvaient sur les pauvres élèves, qui ne voyaient décidemment pas la fin de cette année. On était déjà à la mi-décembre, et les élèves parlaient déjà tous des vacances qui n'allaient pas tarder à poindre leur nez.
Tous rentraient dans leur famille, à Noël, c'était une évidence chez les premières années. Ceux qui n'étaient pas rentrés durant les vacances de la Toussaint étaient encore plus impatients. Trois mois sans voir ses parents, c'était long, surtout quand on avait onze ans. Les discussions allaient bon train à propos des cadeaux qu'on allait recevoir, ou qu'en tout cas, on avait demandés. Teddy et Victoire pariaient déjà sur un pull de la part de Mamie Molly, à leur initiale, comme chaque année.
La vieille femme avait eu beau voir le nombre de commandes augmenter chaque année, avec toutes les naissances dans la famille, elle n'avait pas abandonné, et continuait de tricoter ses pulls amoureusement. Les deux enfants avaient compté que si elle en faisait même pour les plus petits de leurs cousins, il y en aurait treize pour les petits-enfants, et douze pour leurs parents.
Sans compter celui qu'elle tricotait toujours pour Papi Arthur, qui les portait inlassablement chaque hiver, jurant tous ses grands merlins que c'était les meilleurs pulls du monde, quand tous savaient qu'ils grattaient horriblement. Tante Ginny avait un jour dit que c'était pour être assuré d'avoir une place dans son lit, mais les deux cousins n'avaient pas très bien compris ce qu'elle entendait par là. Après tout, leur grand-père avait bien un lit, où voulait-il dormir sinon ?
Ce matin-là, ils étaient en train de petit déjeuner tranquillement dans la Grande Salle, profitant d'avoir enfin une accalmie dans leurs devoirs. Ils allaient pouvoir faire quelque chose d'un peu plus amusant qu'un parchemin sur les propriétés d'ils ne savaient quelle plante. Scott et Marc se chamaillèrent pour le dernier petit pain au lait dans la corbeille quand un nouveau apparut comme pour les faire taire, sous leur regard encore ébahi. Il y avait des choses auxquelles on s'habituait, quand on côtoyait tous les jours la magie, mais parfois, elle vous sautait aux yeux d'une façon surprenante. Duncan profita de leur souffle coupé pour prendre la confiture de mûre qu'ils comptaient tartiner dessus, et s'amusa de leur réaction.
« Bon, que fait-on aujourd'hui ? » demanda sérieusement Victoire, déjà prête à se lever de son banc.
« Je ne sais pas moi… On petit-déjeune, déjà… » fit Marc, la bouche encore à moitié pleine de son croissant, alors qu'il allait déjà porter son bol de chocolat chaud à ses lèvres.
« Oui, mais après. C'est vrai, on a du temps, autant en profiter ! On ne va pas rester là sans rien faire toute la journée, si ? » insista la petite fille.
« Tu ne tiens jamais en place, toi, n'est-ce pas ? » rit doucement Lyra.
« Elle ? Jamais ! » intervint alors une voix de garçon.
« Teddy ! Tu m'as encore fait peur ! Ça devient une manie chez toi, d'arriver par surprise ? » dit la petite fille, en se retournant, les poings sur les hanches.
« Tu sais bien que j'adore te faire peur. » répondit le jeune garçon en lui tirant la langue, ses cheveux virant au rouge vif.
« Fais attention, on va te prendre pour un Gryffondor, avec cette couleur. » lui fit remarquer Leonore, moqueuse.
« Ah ça, jamais ! Pas question ! » fit-il d'un air faussement horrifié.
« Ça ne répond pas à ma question… » remarqua Victoire. « Vous comptez faire quoi aujourd'hui ? »
« Et si on allait voir Hagrid ? » proposa soudain le Poufsouffle.
« Le garde-chasse ? Pour quoi faire ? » demanda Marc.
« Hagrid n'est pas que le garde-chasse de Poudlard, c'est aussi un ami de nos oncles et tantes. Oncle Harry dit qu'il a toujours une bonne histoire à raconter, et il m'a dit que je devrais aller le voir, un de ces jours, que ça lui ferait plaisir… » expliqua Teddy. « Je n'ai pas encore eu le temps d'y aller, cette année, entre Chloé et… »
Sa voix mourut sur cette dernière évocation.
« D'accord. » répondit rapidement Victoire, comprenant qu'il était temps d'intervenir. « Moi ça me va, Papa dit souvent qu'il est gentil, même si Maman le prend un peu pour un gros benêt. Je veux bien aller le voir. Ça nous fera une promenade au moins. »
« Qui d'autre nous accompagne ? » demanda Teddy, le bras gauche passé affectueusement sur l'épaule de sa cousine, la serrant contre lui.
« Je veux bien ! » répondit Leonore, enthousiaste. « Par contre, je crois que je vais être la seule, les autres n'ont pas l'air très motivés… De toute façon, sa cabane n'est pas grande, si ? »
« Non, pas tellement, j'avais l'habitude d'y aller avec Spencer et Neal, et c'était bien syffisant niveau nombre de personnes. »
« Ils ne veulent pas venir, on ne leur pique pas la place ? » demanda Victoire, relevant la tête vers son cousin, un peu intimidée.
« Bien sûr que non, ne t'en fais pas ! Ils viendront une autre fois, ils connaissent bien Hagrid aussi de toute façon, ils n'ont pas besoin de moi pour y aller. Neal s'est découvert une passion pour les histoires de créatures magiques, il y va souvent juste pour en entendre encore quelques-unes. Et Spencer, écoute, je crois qu'il venait surtout pour me faire plaisir, on ne peut pas dire que la cuisine d'Hagrid soit fameuse… » rit le jeune homme.
« On y va alors ? Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas venir ? » dit Victoire en s'adressant au reste du groupe.
Ceux-ci bafouillèrent quelques explications, allant des devoirs inexistants à terminer à une indigestion de croissants, en passant par des activités autres, le manque de place, la longueur du trajet et autres excuses farfelues censées ne pas la blesser. Les trois enfants se dirigèrent donc seuls vers la Grande Porte, afin de sortir dans le parc. Dans la cour, ils ne virent personne, à part la Directrice qu'ils croisèrent alors qu'ils allaient prendre le chemin de la Forêt Interdite.
« Bonjour Monsieur Lupin. Mademoiselle Weasley, Mademoiselle Castle. Vous allez bien ? »
« Très bien, Madame la Directrice. » répondit rapidement Victoire.
« Je ne sais pas où vous allez mais faîtes attention, les chemins sont un peu givrés, je crains quelques plaques de verglas. »
« Nous allons à la cabane d'Hagrid, le garde-chasse. » répondit Leonore.
« Vous y emmenez votre cousine, Monsieur Lupin ? C'est une bonne idée. J'ai l'impression de revoir un autre trio qui avait à peu près votre âge quand ils ont commencé leurs…bêtises. Ce doit être familial… » dit-elle en s'éloignant sans attendre de réponse.
« Un autre trio ? » demanda la rousse, se tournant vers ses amis.
« Sans doute nos oncles et tantes, ils ont fait un certain nombre de bêtises, même si Tante Hermione fait les gros yeux à chaque fois qu'Oncle Harry veut m'en parler. Je crois qu'elle a peur que je prenne le même chemin. » fit Teddy en haussant des épaules.
« Je ne vois vraiment pas pourquoi… » fit Leonore, moqueuse. « Ce n'est pas comme si vous n'étiez pas deux terreurs… »
« Eh ! Je n'ai jamais rien fait moi ! » s'écria Teddy.
« Oui, mais je sens que depuis que Victoire est arrivée à Poudlard, ça te démange, et tu ne vas sans doute pas tarder à faire des bêtises… Et puis pour les années précédentes, tu peux bien raconter ce que tu veux puisqu'on n'était pas là. »
« Avoue que tu t'amuses bien avec nous ! » rétorqua Victoire avec un grand sourire.
« Oui, c'est vrai, avant, je n'avais jamais pensé qu'on puisse casser un nez avec une citrouille. »
« Oh ça va hein ! J'aurais pu faire pire, et elle l'avait mérité. A propos, tu as eu des nouvelles de Chloé ? » demanda plus doucement la petite fille à son cousin.
« Non, enfin, on se croise dans les couloirs mais c'est tout. Je crois que comme on se fréquente encore plus, elle est d'autant plus réconfortée dans l'opinion qu'elle avait de moi… »
« Elle est bête. » commenta la petite fille, un peu naïvement.
« Ouais, sans doute. Allez, venez, il ne faudrait pas que la pluie nous tombe dessus, le ciel est orageux quand même. » détourna Teddy.
Il prit chacune des filles par la main et ils avancèrent sur le chemin de la cabane. Ils n'avaient pas oublié les mises en garde de leur directrice, et ça aurait été vraiment bête de faire un tour par l'infirmerie, pour une fois qu'ils avaient un peu de temps devant eux.
Ils arrivèrent enfin à leur destination. Malgré les années et les tempêtes qu'elle avait dû essuyer, la cabane du garde-chasse était restée la même. Mélange de pierres et de bois, elle avait tenu face au poids du temps. Elle n'avait pas été agrandie et les enfants se demandaient toujours comment un homme de la taille et de la corpulence d'Hagrid pouvait y vivre sans faire s'écrouler les murs.
Ils s'avancèrent sur le perron et le jeune garçon frappa contre la lourde porte en bois. Ils se reculèrent un peu, de peur que la porte ne s'ouvre dans le mauvais sens et ne les fasse tomber. Pourtant, ce fut un silence qui les accueillit. Teddy toqua plus fort, mais ils durent se rendre à l'évidence. Le garde-chasse n'était pas chez lui.
Ils s'apprêtaient à repartir quand ils virent une forme sombre sortir de la forêt. Les deux petites filles eurent un mouvement de recul, apeurées. La forme s'approcha d'eux et ils purent enfin reconnaître le garde-chasse. Enfin, reconnaître n'était pas tout à fait le terme.
Les deux Gryffondors ne l'avaient vu qu'une seule fois, lorsqu'ils les avaient conduites à Poudlard pour leur premier jour. S'il était un proche ami de la famille Weasley, il ne pouvait guère quitter ses fonctions, et encore moins quand on savait qu'il n'avait pas le droit de pratiquer la magie. Elles se fièrent plus à sa taille et à sa corpulence, pour comprendre que c'était lui. Un demi-géant, quand même, ça ne passait pas inaperçu. Elles auraient été au courant s'il y en avait un autre dans l'école.
« Alors, les enfants, qu'est-ce que vous faîtes là ? » demanda-t-il.
« On était venus vous voir, Hagrid, mais on ne voudrait pas déranger… » commença Teddy.
« Mais non, bien sûr que non, vous ne dérangez pas, je faisais juste une ronde dans la Forêt, pour vérifier que tout allait bien. » dit-il en levant légèrement son bras armé d'une arbalète, pour confirmer ses propos.
Il sortit une énorme clé d'une des poches de son manteau, avant de la tourner dans la serrure et d'ouvrir la porte.
« Entrez, entrez ! » les pressa-t-il alors qu'il posait son armement dans un coin. « Je dois avoir quelques gâteaux quelque part par là… » ajouta-t-il en farfouillant au milieu de ses pots en terre cuite.
Les trois enfants entrèrent alors, un peu intimidés, surtout les jeunes filles qui n'avaient jamais vu l'intérieur de la cabane. Ils y virent un lit gigantesque, pouvant contenir au moins quatre ou cinq d'entre eux, et bien plus long que la moyenne, une cheminée dans laquelle brûlaient encore quelques bûches tandis que d'autres attendaient, dans un panier d'osier, d'être utilisées. Il y avait une grande table, quelques chaises, qui paraissaient gigantesques aussi, et robustes, ce qui pouvait être compréhensible, étant donné le poids de leur propriétaire. Une gazinière en fonte au fond de la pièce, avec un évier et un court plan de travail formaient la cuisine. Au plafond, elles virent, attachées à des poutres, des bottes d'ail ou d'oignons, ainsi qu'une espèce de paille dont ils n'arrivaient pas à déterminer la provenance.
« C'est quoi, ça ? » demanda Victoire en les désignant.
« C'est du crin de licorne. Certaines s'accrochent parfois à des arbres et en laissent, entremêlés dans les branches. C'est très pratique. On s'en sert aussi dans les potions, j'en donne de temps en temps au professeur Cauldroy. Et vous en avez dans vos baguettes, pour certains. Ils ont de grandes propriétés magiques. »
« Vous avez un chien ? » demanda Leonore, en désignant un panier inoccupé.
« Oh, non, enfin, plus maintenant. Crockdur est mort il y a quelques années, mais je n'ai pas eu le cœur à jeter son panier. C'était un grand danois noir. Le chien le plus trouillard que j'ai jamais vu. Mais on en avait vécu, des choses, tous les deux. Il m'accompagnait partout. »
« Comment est-il mort ? » demanda Teddy. « Vous ne m'aviez jamais raconté cette histoire. »
« Tu ne me l'as jamais demandé. Cet idiot est mort d'une crise cardiaque. Je vous dis, c'était un trouillard comme pas possible. Un jour, il a eu tellement peur que son cœur a lâché. Pauvre bête. » renifla Hagrid. « Allez, venez donc manger mes gâteaux, vous allez me dire s'ils sont bons ! Je crois que cette fois-ci j'ai réussi la recette. »
Il posa une assiette un peu ébréchée dans laquelle gisaient quelques-uns de ces petits gâteaux secs. Très secs. Trop, se rendit compte Leonore en croquant dedans. Elle tenta tant bien que mal de finir sa bouchée, sans s'étouffer et sans critiquer. Elle lança un regard à ses amis et vit qu'ils étaient dans la même situation, bataillant pour ne pas s'y casser les dents et ne pas paraître impolis. On leur avait toujours appris à remercier même quand ça n'était pas bon, et à ne pas critiquer la cuisine d'autrui. Conseils de bonnes manières qu'ils appliquèrent à la lettre, priant pour que leurs nez ne s'allongent pas. Ils firent d'ailleurs de même pour le thé qu'il leur concocta, à partir d'un mélange qu'il fabriquait lui-même, leur annonça-t-il fièrement.
« Votre famille l'adoraient, en particulier Hermione, je me souviens qu'elle en reprenait toujours. » dit-il avec un grand sourire.
En avalant le breuvage, ils comprirent que la tante des deux cousins avait dû faire comme eux et rester polie pour ne pas lui avouer combien ce thé était immonde. Décidemment, Rubeus Hagrid ne savait vraiment pas faire la cuisine. Leonore se promit que la prochaine fois, elle ferait elle-même des gâteaux sur sa gazinière, au lieu de le laisser faire. Il devait remplacer la farine par du plâtre, ça n'était pas possible. Elle voyait d'ailleurs Victoire écrasant le sien sur la table, en une nuée de miettes, afin d'en faire disparaître le plus possible.
Pendant qu'elle se faisait ces réflexions, Teddy entretenait une discussion banale avec le garde-chasse, parlant du mauvais temps, de la nouvelle saison de Quidditch qui commençait, de ses cours, et plus particulièrement de celui de soin aux créatures magiques qu'Hagrid regrettait de ne plus enseigner. Il lui assura que leur professeur, Madame Critter, était très compétente même si elle devait sans doute l'être bien moins que lui. Enfin, Leonore reprit le fil de la conversation et posa une question qui lui brûlait les lèvres :
« Dîtes, Hagrid, vous savez pourquoi les maisons ne s'entendent pas mieux, après tout ce qui s'est passé ? Et pourquoi on parle de toutes ces erreurs de répartition ? »
