Chapitre 23 : Retour animé
L'heure de la rentrée avait sonné depuis quelques jours et les élèves étaient revenus presque aussi fatigués qu'ils étaient partis. Bien entendu, aucun des plus jeunes n'aurait avoué que c'était parce qu'ils avaient utilisé chaque minute de leur précieux temps pour jouer avec les cadeaux qu'ils avaient reçus à Noël avant de les quitter pour quelques mois, les laissant chez eux tandis qu'ils reprenaient, traînant des pieds, le chemin de l'école.
Poudlard n'avait pas changé pendant leur absence. Le professeur Cauldroy était revenu avec une écharpe rose et verte dont personne n'avait songé à se moquer et qui devait être le cadeau d'une fiancée qu'on lui prêtait. La directrice avait drapé ses épaules d'un châle écossais durant les dîners et dans les couloirs, fidèle à ses origines et devenue un peu frileuse. Hagrid avait troqué son manteau rapiécé contre un neuf, en cuir marron garanti contre tous types d'accidents de chez Madame Guipure. Victoire avait entendu dire qu'il s'agissait d'un cadeau de la part d'Oncle Harry, Oncle Ron et Tante Hermione. Le précédent avait fait son temps et il avait fallu s'y prendre bien à l'avance pour construire un pareil modèle, aux mesures… démesurées.
Début janvier eut lieu, entre deux cours de botanique ou de sortilèges, entre un devoir de métamorphose et un exposé de potions, la suite de la coupe des quatre maisons. Cette fois-ci, le match opposait Serpentard et Gryffondor. La petite troupe s'était donc naturellement dirigée vers le stade, armée de ses étendards, banderoles confectionnées à la va-vite dans une inspiration subite, écharpes aux couleurs de la maison rouge et or.
Pour l'occasion, même Teddy et ses amis avaient emprunté une banderole Gryffondor à Victoire pour pouvoir soutenir l'équipe. Ça n'était pas parce qu'on ne jouait pas qu'on n'était pas intéressé, se justifièrent-ils. Sans compter que l'avance de Gryffondor n'était pas encore trop importante sur Poufsouffle alors que si Serpentard gagnait, ils creusaient encore plus l'écart et les jaunes et noir étaient sûrs de ne pas finir vainqueurs, à moins d'un miracle.
Soudain, la voix de Jimmy Jordan retentit dans tout le stade et fit cesser les chamailleries que déclencha cette affirmation :
« Bonjour à tous et à toutes, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, gentes dames et gent damoiseaux, sorciers de toutes contrées ! » commença-t-il « Aïe, mais vous êtes folles ? Non, pardon, vous n'êtes pas folle madame la Directrice ! Mais ça fait mal… » sursauta-t-il en se frottant la nuque.
L'ensemble des gradins n'avait pu manquer la tape magistrale qu'il venait de se prendre derrière la tête pour avancer plus vite et arrêter de faire le pitre.
« Bref, allons droit au but, puisque c'est ce que veut madame notre Directrice hautement appréciée et à laquelle nous devons tout, misérables étudiants stupides et mécréants que nous sommes » continua-t-il en se tortillant sur sa tribune pour éviter les possibles coups, le regard rieur.
« Nous sommes ici pour voir le match de Serpentard contre Gryffondor et après les vacances et les cerveaux de goule ramollie que vous avez rapportés, un petit rappel du classement s'impose ! En première position, nous avons Serpentard, suivi de peu, à quarante points d'écart par Serdaigle, en troisième position, ce sont les Gryffondors, qui sont au coude à coude avec Poufsouffle ! Autrement dit, Poufsouffle comme Serdaigle ont intérêt à ce que Gryffondor gagne pour que Serpentard ne prenne pas trop d'avance ! A vos banderoles, le match va débuter au coup de sifflet de notre chère et tendre Madame Bibine ! Moi aussi je vous aime très chère. » conclut-il en lui envoyant un baiser de la main, se récoltant au passage un regard noir.
Le professeur de vol siffla alors un coup et lança le souaffle ainsi que les autres balles. Le jeu pouvait commencer. Jimmy n'arrêtait pas de commenter toutes les prises et il y en avait ! Son petit discours d'entrée avait galvanisé les Gryffondors qui ne supportaient pas d'être seulement à la troisième place et comptaient bien l'emporter, et de beaucoup. D'autant que les gradins s'étaient ralliés à l'avis du commentateur et exceptés les Serpentards qui supportaient leur équipe, toutes les autres tribunes s'étaient parées des couleurs rouge et or pour l'occasion.
Lyra ayant apporté une paire de jumelles moldues demandée à ses parents, les enfants se les passèrent pour regarder à tour de rôle le match de plus près. Quand ce fut le tour de Marc, celui-ci s'exclama :
« Oh ! Harper est toute seule ! Je savais qu'elle aurait dû venir avec nous ! Elle n'a pas l'air de s'amuser là-bas, les autres n'ont pas l'air de lui parler. Je vais la chercher ! »
Il lança presque les jumelles à Victoire avant de profiter de sa petite taille pour se faufiler vers les escaliers de leur tribune. Poussant des coudes, il se fit huer par tous ceux qui regardaient attentivement le match. Scott eut beau esquisser un geste pour l'accompagner, il renonça vite avec la mine patibulaire de certains des bousculés. Il ne valait peut-être mieux pas recommencer.
« Je rêve ou il a un faible pour cette fille ? » demanda Victoire.
« Marc ? Avec Harper ? Non, ils sont juste amis non ? » répondit Scott, innocent.
« Oui enfin il a l'air quand même très proche d'elle, non ? » renchérit Leonore.
« Si ça se trouve, il est amoureux. » ajouta Lyra avec un sourire tendre.
« Amoureux ? Marc ? De son appareil photo alors ! Pas d'une fille, berk ! » s'exclama Duncan.
« Un jour, tu trouveras ça carrément moins berk. Regarde mon cousin Teddy, il avait plutôt l'air d'apprécier les bisous... Et tes parents, ils t'ont fait comment à ton avis ? »
« Ben ouais mais faire des bébés c'est pour les grands, pas pour nous ! »
« Et moi je préfère pas savoir les détails de ma naissance ! »
« C'est vrai, c'est dégueu quand même… »
« Pfff, vous les garçons, vous êtes vraiment des bébés… » soupirèrent en chœur les filles.
« Montre les jumelles Victoire, qu'on regarde ce qu'il fait ! Il va bien finir par arriver là ! » demanda Leonore.
« Attends, je regarde. Oh ben oui, il y est, il essaie de se faufiler dans les rangs. Cet imbécile a oublié d'enlever son écharpe Gryffondor, tu m'étonnes qu'il se fasse bousculer ! » rit la petite fille avant de lui passer lesdites jumelles.
Le jeune garçon était en effet en train de se faire tout petit pour passer entre les groupes d'amis qui se démenaient pour soutenir leur équipe qui avait d'ailleurs le souaffle entre les mains. Les supporters avaient bien à faire pour rivaliser avec ceux qui soutenaient les rouges et or, trois fois plus nombreux. Leonore décrivait avec un amusement évident son avancée, jusqu'à ce qu'il atteigne enfin la petite Harper, évidemment à l'autre bout de l'escalier, coincée sur un petit bout de banc.
« Bon, ils commencent à discuter, j'imagine qu'il veut la convaincre de venir. J'espère juste qu'il n'aura pas la folie de rester là-bas, il va se faire lyncher le pauvre, pendant un match pareil. Je n'arrive pas à lire sur ses lèvres. Que peut-on voir d'autre d'un peu plus intéressant… »
« Oh, regardez ! » s'exclama Mary, en montrant du doigt deux rangées devant eux. « Plus discrètement ! » ajouta-t-elle en direction des garçons.
« Mais… ce n'est pas le préfet là de dos ? » demanda Mary.
« Si si, c'est lui… Et apparemment, il est vraiment intéressé par la préfète ! » rit Victoire.
En effet, entre les élèves dispersés sur le banc, les enfants distinguaient la main du préfet Timothy Benson qui essayait de se poser sur celle de sa voisine, Jill. Celle-ci n'avait l'air qu'à moitié d'accord et tentait de retirer doucement sa main à chaque fois. Le jeune homme ne perdait pas patience et continuait de tenter sa chance. Les petites filles observèrent ce spectacle pendant quelques minutes, amusées. Les garçons, peu intéressés par les mamours des septièmes années s'étaient reconcentrés sur le match et commentaient à vive voix.
« Je suis sûre que Gryffondor va gagner, c'est obligé, regarde les supporters qu'on a ! »
« Ça ne fait pas tout, on a bien perdu les matchs précédents, on n'est que troisième, ce n'est pas terrible. »
« Sans compter que les poursuiveurs de Serpentard ont l'air en forme aujourd'hui, ils n'arrêtent pas de nous reprendre la main. » ajouta un garçon à côté d'eux. « Kay et les autres vont avoir un sacré boulot pour marquer des points. »
« Tu connais Kay ? » se retourna soudain Victoire.
« Bien sûr, c'est un de mes amis ! Je m'appelle Zac, Zac Bussby. Je suis en deuxième année avec lui. Et toi, tu ne serais pas la fille à laquelle il a donné des cours au début de l'année ? Il m'a parlé de toi… »
« Si, c'est moi, je m'appelle Victoire. » rougit la petite fille.
« Il m'a dit que tu avais eu des ennuis à cause de lui, il était dans tous ses états. »
« Oh ce n'est rien, ce n'est pas grave. » répondit-il rapidement, jetant un regard inquiet derrière elle.
Le jeune garçon suivit son regard et tomba sur les deuxièmes années qui avaient coincé la petite fille dans les couloirs de Poudlard, quelques mois auparavant.
« Oh. Je vois. Ashley est une vraie peste, ne l'écoute pas surtout. Elle est persuadée que Kay est amoureux d'elle et qu'il va lui déclarer sa flamme. Je crois qu'elle peut espérer longtemps… » rit-il.
« Je crois que le match va se terminer, regardez ! » détourna Leonore, montrant du doigt le terrain.
En effet, les attrapeurs des deux équipes semblaient au coude à coude à la poursuite du vif d'or que les spectateurs apercevaient à peine. Lyra avait récupéré ses jumelles et tentait de commenter maladroitement leur avancée, aidée sans le vouloir par Jimmy qui avait repris ses commentaires endiablés.
« Jones et Forest sont à la recherche du vif d'or qui arrêtera le match, Forest tente de semer son adversaire, qui le rattrape et le bouscule un peu pour le faire dévier, et… ça marche ! Forest traverse les gradins, attention ne soyez pas dans les escaliers ou vous risquez de finir sur son balai ! Mesdemoiselles, c'est le moment de tenter votre chance, l'attrapeur des Serpentards a, paraît-il je ne suis pas intéressé, un certain charme ! Jones prend l'avantage, il tend la main, se rapprocherait-il du vif tant espéré ou bluffe-t-il pour effrayer son adversaire ? Les batteurs de Gryffondor se rangent autour de lui, on dirait qu'ils sentent que Jones va être bousculé. Forest reprend de l'altitude, il arrive à la hauteur de Jones, on dirait, mais oui, on dirait qu'il se redresse sur son balai, une figure qu'on n'avait pas vu depuis longtemps au Quidditch et qui rappellera à certains professeurs le célèbre Harry Potter dans ses débuts ! Mais… mais, ça ne paiera pas ! Jones vient de refermer la main sur le vif et sa descente triomphante en chandelle ne laisse aucun doute, Gryffondor a gagné, avec cent points d'avance sur Serpentard ! Quel final magistral mes amis ! Et tout dans le fair-play, bravo messieurs ! Et mesdames, veuillez m'excuser mademoiselle » ajouta-t-il précipitamment alors qu'une poursuiveuse rouge et or passait devant lui. « Faudra courir plus vite la prochaine fois, Forest ! »
Une fois ces quelques mots finaux prononcés, les filles profitèrent de l'agitation de toutes les tribunes pour rejoindre rapidement les escaliers. Si elles ne se dépêchaient pas, elles ne sortiraient jamais et elles avaient beau ne pas être agoraphobes, ça ne serait pas forcément agréable de se retrouver coincés entre des élèves en sueur et des poteaux de bois plein d'échardes.
Une fois sorties des tentures, elles traversèrent le terrain quand elles entendirent une dispute.
« Espèce de chouette mouillée ! Vous serez toujours incapables de nous battre de toute façon ! Vous êtes trop lâches pour ça ! »
« Ah oui ? Je ne parierais pas ma baguette là-dessus à ta place ! Serpentard est quand même en tête du classement, devant Serdaigle il me semble ! »
« Un coup de chance, juste parce que les autres n'ont pas été fichus de battre des imbéciles comme vos joueurs ! Regarde là, Forest avait de la bouse de dragon dans les yeux ou quoi, pour pas voir le vif ? »
Victoire et Leonore se précipitèrent vers les voix, derrière un des nombreux buissons qui parsemaient le parc de l'école. Là elles trouvèrent sans surprise deux élèves à la limite de se battre. Elles s'approchèrent plus doucement.
« Tu crois qu'il faut qu'on les sépare avant qu'ils ne s'étripent ou après ? » chuchota Victoire.
« Quels idiots de se prendre le chaudron pour des trucs pareils… » murmura l'intéressée, rageuse, serrant les poings.
« J'en déduis que oui… Bon. Quand faut y aller, faut y aller… » s'avança la blonde, se dirigeant vers les deux futurs combattants. « Un jour, faudra me dire pourquoi on se mêle de ce qui ne nous regarde pas… Ou pourquoi on est curieuses au point de se précipiter vers les ennuis… »
Elle mit sa baguette dans son passant de ceinture, prête au cas où à la dégainer. Résolument mais calmement, elle se plaça entre les deux élèves, les mains dans les poches, comme tranquille.
« Qu'est-ce que tu fiches là toi ? Tu ne vois pas que tu gênes ? Va donc jouer avec tes poupées ! » la houspilla le Serdaigle.
Victoire le détailla du regard, impassible et résolue. Il était plus grand qu'elle, de deux têtes au moins, pourtant, ses traits étaient encore ceux d'un enfant, il ne devait pas avoir plus de treize ans. Et il se permettait de la traiter de môme. Alors qu'il se battait comme un chiffonnier pour un truc idiot. Leonore se glissa auprès d'elle, silencieusement.
« Et t'as amené ta copine en plus ? Vous voulez vraiment vous faire mal et avoir bobo ? » ricana-t-il.
« Arrête, elles n'ont rien fait. Laisse-les en dehors de tout ça. Les filles, si j'étais vous je partirais, vous risquez de vous prendre un coup, vous n'êtes pas au bon endroit. » dit plus doucement le Serpentard, un peu calmé par cette intervention.
« Tu as l'air plus intelligent que l'abruti en face. Tu devrais laisser tomber avant de te faire punir. » dit calmement Leonore.
« Ça n'est pas parce que tout le monde pense que les Serpentards sont des idiots que nous le sommes. Et ça n'est pas parce qu'on dit que nous sommes lâches que je ne vais pas lui faire ravaler ses paroles blessantes. »
« Si j'étais vous, Mr. Steadworthy, j'éviterai. » intervint une voix flutée. « Mr Fuller sera puni en conséquences de ses paroles. Quant à vous, mesdemoiselles, je donne dix points à Gryffondor pour votre courage. Heureusement tout de même que vos amies se sont inquiétées de votre départ précipité et m'ont averti. Le courage de votre maison est légendaire mais il est bon de ne pas trop en user, n'est-ce pas ? » ajouta-t-il en souriant.
Elles acquiescèrent et s'écartèrent.
« Bien. Messieurs, je crois que vous allez devoir me suivre dans mon bureau. Allez, vous me sembliez plus énergiques il y a quelques minutes. » intima le Professeur.
« On a eu peur pour vous, vous avez filé comme des furies ! » commenta Mary alors qu'elles retournaient au château au milieu de la foule des élèves qui avait fini par arriver.
« Ils auraient pu vous faire mal ! » ajouta Lyra.
« Ben c'est vrai que je n'étais pas très fière… » confia Victoire « mais on n'allait quand même pas les laisser faire, c'était idiot comme combat, ça n'aurait mené à rien. Et comme personne n'avait l'air de vouloir prendre le strangulot par les cornes… »
« En tout cas ça ne s'est vraiment pas arrangé entre Serdaigle et Serpentard… Je ne sais pas si ça ne concerne que ces deux-là ou tout le monde mais quand je regardais avec les jumelles de Lyra, je trouvais que les Serdaigles avaient l'air vachement agressifs pendant le match. Et ce n'était même pas eux qui jouaient… » remarqua Leonore.
« Vous pensez que c'est normal ? » s'inquiéta Lyra.
« Sincèrement ? Non. C'est tout sauf normal. Comme si tu disais qu'entre Marc et Harper il n'y avait rien et que c'était une relation normale. » répondit Victoire en désignant de la tête leurs amis, quelque peu en avant.
« Et les garçons qui disent qu'il ne se passe rien du tout entre eux… On cherche peut-être les histoires parce qu'on est des filles mais là quand même, il y a triton sous roche… » sourit Leonore.
« Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu'ils risquent de se faire charrier un de ces jours ! » conclut Mary alors qu'elles passaient la porte du Hall d'entrée.
