Chapitre 25 : Saint Valentin

On était déjà mi-février. Le 14 février plus précisément. Toute l'école était chamboulée. C'était la Saint Valentin. La fête des amoureux. Celle dont les petites filles se fichaient encore mais qui intéressait déjà leurs amis plus âgés. Teddy n'y avait pas pris part, il avait annoncé que cette année, il n'enverrait aucune carte ni aucun signal, les filles n'avaient qu'à se débrouiller sans lui. Sa cousine soupçonnait Chloé, sa dernière réelle petite-amie en date, d'y être pour quelque chose.

Depuis la rentrée de Noël, il avait semblé reprendre du poil de l'hippogriffe, pourtant, mais ça n'était pas suffisant. Lyra l'avait vu embrasser une fille dans un couloir, un soir, juste avant de se coucher. Elle était à Poufsouffle mais elle ressemblait énormément à Chloé. Les mêmes cheveux blonds foncé, les mêmes yeux bleus, un peu moins gracieuse pourtant. D'ailleurs, les filles ne l'avaient plus jamais revu avec.

Au déjeuner, une nuée de hiboux traversèrent la Grande Salle et tous n'étaient pas envoyés par les parents des jeunes enfants. Certains portaient de grosses cartes rose bonbon en forme de cœur bien visibles entre leurs serres, d'autres des petits paquets avec du ruban rouge autour, une fille de leur table avait même reçu une peluche en forme d'ourson.

« Regarde cette peste d'Ashley qui pavane avec les cartes qu'elle a reçues… » Grimaça Victoire.

« C'est fou, elle en a au moins cinq ou six, ils ne se rendent pas compte, tous, qu'elle est odieuse ? » demanda Mary, étonnée.

« Elle est peut-être impossible à vivre, mais elle est sacrément jolie. » commenta Duncan. « Eh ! Ne me regardez pas comme ça, je ne lui en ai pas envoyé ! Je justifiais juste le nombre de cartes… » Ajouta-t-il devant le regard scrutateur de ses amies.

« Vous avez envoyé des cartes à des filles, vous ? » demanda Leonore par curiosité.

« Pas moi. » nia le jeune garçon.

« Ni moi. C'est pour les grands, plutôt, là les filles, je les trouve surtout agaçantes. Enfin à part vous, hein, bien sûr. » Ajouta maladroitement Scott.

« Et toi, Marc ? »

« Hein ? Oh euh… » Bafouilla-t-il en regardant du côté des Serpentards. « J'en ai peut-être envoyé une.. »

« Et peut-être à Harper ? » glissa ironiquement Victoire.

« Mais… mais je l'aime bien ! Elle est gentille et elle ne se moque jamais de moi. Je voulais juste lui faire plaisir… »

« En tout cas, nous, on n'a rien reçu ! » fit Leonore en claquant de la langue et en regardant sur leur bout de table.

Un hibou Grand-Duc atterrit alors maladroitement ente les pichets de jus de citrouille et ceux de lait, mettant une serre dans la huche à pain. Il tendit une patte vers Victoire et s'impatienta alors qu'elle restait ébahie. Il finit par lui donner un coup de bec sur la main et elle consentit à le délester de son parchemin. Il s'envola dans un nuage de miettes et laissa quelques plumes dans la bataille avec le panier d'osier.

Une fois ce remue-ménage cessé, la petite fille prit délicatement le parchemin. Ce qui était étonnant n'était pas qu'elle en ait reçu un, après tout, ses parents ou le reste de sa famille aurait très bien pu lui envoyer une lettre, ils le faisaient souvent, chacun à tour de rôle, pour s'enquérir de leur « grande ». Non, ce qui était plus étrange, c'était qu'au lieu d'être cacheté comme les autres, comme on le faisait toujours, il était roulé dans un ruban rouge.

« Allez ! Ouvre-le vite ! » S'impatienta Leonore. « Si ça se trouve, toi aussi tu as reçu une carte de Saint Valentin ! »

« Mais non, ça doit être Teddy qui se fiche encore de moi. Qui veux-tu qui m'envoie une carte à part lui ? »

« Un amoureux secret ? » suggéra Mary, excitée.

« Pff, ça n'arrive que dans les films pour moldus que regarde ma tante ça. Ça doit être une farce. » Bougonna la jeune fille en mettant le pli dans sa poche sans même l'ouvrir.

Elle se leva rapidement de table, jetant un regard mauvais à celle des Poufsouffles et regagna leur dortoir pour y récupérer ses affaires de l'après-midi. On était vendredi et elle avait oublié ses affaires d'histoire de la magie. Il fallait qu'elle récupère aussi son manuel de sortilèges et dépose celui de Défense Contre les Forces du Mal qui pesait lourd dans son cartable. Leonore la rattrapa sur le chemin.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? Pourquoi tu ne veux pas ouvrir ta lettre ? Si ça se trouve, ça n'est pas une farce. Et pire, c'est peut-être même important. Imagine on te donne rendez-vous ce soir ! »

« Il n'y a aucune raison. Et puis ce soir, on a astronomie. C'est encore une farce et puis c'est tout. »

« Alors pourquoi tu n'as pas déchiré la lettre, au lieu de la mettre simplement dans ta poche comme si tu hésitais à la lire ? » argua la jeune fille.

« Parce que… parce que je ne voulais pas le faire devant tout le monde ! Et puis ça ne te regarde pas, ce ne sont que des bêtises tout ça, on cherche encore à se moquer de moi, je parie que c'est Teddy qui est derrière tout ça. »

« Et même si c'était le cas, qui te dit qu'il n'est pas sincère ? »

« C'est mon cousin ! Et puis regarde comme il bave encore devant Chloé et toutes celles qui lui ressemblent un peu. »

« Je crois que je n'ai pas besoin de te rappeler que vous n'êtes pas vraiment cousins. Et tu ressembles aussi à Chloé. »

« Oui ben justement, je n'ai pas du tout envie de faire partie du tableau de chasse ! Et puis c'est dégoûtant de toute façon, tout ce que les grands font. On cherche juste à se moquer de moi parce que c'est drôle de se ficher de Victoire Weasley. »

« Comme tu veux… » Murmura Leonore, vaincue.

Au dîner, c'est Jimmy et Teddy qui se disputèrent. En effet, le second avait appris que le premier était courtisé par Chloé.

« Mais je n'y peux rien ! C'est elle, qui me fait des avances ! »

« Oui enfin tu ne la repousses pas non plus ! » siffla Teddy, noir de colère.

« Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ! Cette fille me court après et tu admettras comme moi qu'elle est super jolie ! Tu veux que je lui dise 'non, désolé, je ne peux pas parce que t'es sorti avec mon pote' ? C'est du passé tout ça, faut grandir un peu ! »

« Jamais je t'aurais fait ça. Jamais. » murmura le jeune homme, blanc comme un linge, avant de s'enfuir en courant.

Victoire partit à sa poursuite après avoir jeté un regard accusateur à leur ami. Celui-ci aussi les épaules, perdu. La jeune blonde chercha son cousin dans plusieurs couloirs avant de le trouver adossé à la porte de la Salle Commune des Poufsouffles.

« Je voulais entrer mais je me suis dit que tu me chercherais peut-être… » haussa-t-il les épaules, avec un petit sourire triste.

« Et tu ne voulais pas rater une occasion de te faire consoler par ta chère cousine. » sourit Victoire en s'asseyant à côté de lui.

Deux élèves passèrent près d'eux et interrompirent la conversation. Une fois qu'ils eurent passé la porte du tableau, Teddy répondit.

« Ouais. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je suis devenu dingue, Jimmy doit m'en vouloir en plus… C'est cette lettre. Elle lui a envoyé une lettre où elle était super explicite, elle écrivait qu'elle le préférait largement à moi, qu'il était bien mieux que cet idiot de Lupin et qu'elle voulait sortir avec lui. Tu te rends compte… Je ne sais même pas ce que Jimmy pense de tout ça, je n'ai même pas pris le temps de lui demander. Si ça se trouve, il en a envie aussi. Je suis un peu nul, non ? »

« Non, tu n'es pas nul, tu es… »

« Imbécile ? Idiot ? Stupide ? » sourit le garçon.

« Pff, t'es bête… non tu es… encore amoureux ? » suggéra la petite fille. « Blessé ? »

« Ouais, sans doute. C'est idiot, ça fait longtemps en plus. Enfin je ne peux pas les empêcher non plus, mais ça va me faire tout drôle de la voir avec nous mais pas avec moi… »

« Bah tu verras bien comment ça va se passer ! Rien ne dit que Jimmy sortira avec. Il la trouvera peut-être bête comme ses pieds ! »

« Eh ! Dis pas ça, je ne la trouvais pas bête moi ! Quoique maintenant… à la réflexion… pour une Serdaigle, elle est quand même bien peste ! » plaisanta-t-il. « Bon et toi alors ? Pas d'amoureux en vue ? »

« Eh ! Je suis trop jeune pour ça. Puis les garçons sont un peu bêtas là… Si, j'ai reçu une carte, mais je suis sûre que c'était pour se moquer. »

« Tu l'as lue au moins ? Je peux voir ? » demanda le jeune homme avec intérêt.

« Bof, si tu veux. Je n'ai pas encore lu. Je ne sais pas si je le ferai. »

Elle sortit la lettre d'une poche de sa robe pour la lui tendre. Teddy défit délicatement le ruban qu'il lui rendit avant de lire le parchemin. Apparemment, il n'était pas très long puisqu'il ne mit pas longtemps.

« Alors ? » le questionna-t-elle, curieuse quand même.

Son cousin eut un temps d'arrêt. Il resta silencieux quelques instants avant de lui répondre d'une voix détachée :

« Tu as raison, ça doit être une plaisanterie. Et puis c'est très mal écrit. Tu devrais le jeter. » dit-il en le chiffonnant. « Je n'ai pas envie que tu lises ça. »

« C'est signé ? »

« Non, même pas. Il n'a même pas osé. » Maugréa-t-il.

« je le savais. J'avais bien fait de ne pas l'ouvrir en mangeant, ça aurait fait rire tout le monde. C'est idiot, de se moquer des gens comme ça. Surtout moi, j'ai rien fait à personne, si ? »

« Mais non tu n'as rien fait et laisse tomber, ce sont des imbéciles qui ne te connaissent pas. » la consola-t-il maladroitement.

Il ne semblait pas très à l'aise mais Victoire mit cette attitude sur le compte de leur situation. Il n'avait pas vraiment l'habitude de la consoler, elle était assez forte pour ne pas en avoir besoin, habituellement. Elle se dégagea de son étreinte et se releva rapidement.

« Bon, et si on se changeait les idées ? »

« Qu'est-ce que tu veux faire ? Ça va bientôt être le couvre-feu là… »

« Oui mais rien ne nous empêche d'aller à la bibliothèque en attendant, non ? Personne ne nous reprochera d'être studieux. »

« C'est ça, ta distraction ? Mettre le nez dans de vieux grimoires ? »

« Ce que tu peux être bête parfois, Teddy Lupin… C'est dans les livres qu'on trouvera la réponse ! »

« Je ne suis pas sûr qu'il y ait des bouquins pour apprendre à draguer et je ne suis pas sûre de vouloir lire la biographie de Célestina Moldubec. » grimaça-t-il.

« Je ne parlais pas de ça, mais du choixpeau ! »

« Tu ne lâches jamais l'affaire, n'est-ce pas ? A quoi ça sert, tout ça. De toute façon, même si on trouve ce qui se passe, qu'est-ce qu'on fera ? On le dira aux professeurs en espérant ne pas perdre trop de points et ça ne changera rien ? »

« Non, ils ne feront rien. Après tout, ils n'ont même pas remarqué que quelque chose de bizarre se passait. Non, on va voir ce que nous on peut faire ! »

« Mais à quoi ça t'avance, tout ça ? »

« Je n'ai pas envie qu'il y ait d'autres cas comme Harper, c'est tout. Poudlard devrait être nos meilleures années, ça n'est pas pour les gâcher en les passant dans la mauvaise maison. Et puis… je ne suis peut-être pas une Weasley pour rien ! » rit-elle. « C'est amusant de faire tout ça, et on découvre plein de choses. »

« Si tu le dis… » bougonna-t-il.

Ils continuèrent de se chamailler durant le trajet. Pour autant, quand ils arrivèrent à destination, ils se firent le plus discrets possible pour éviter que Madame Pince ne les mette à la porte. La dernière fois qu'ils avaient mené des recherches remontait à suffisamment longtemps pour qu'elle ne se souvienne pas d'eux comme de trublions. Les filles étaient venues dans les semaines précédentes pour faire leur part de travail.

Lyra et Mary n'avaient rien découvert de plus que ce qu'ils savaient déjà à propos de la Dame Grise, si ce n'était qu'on parlait d'un diadème perdu depuis des siècles mais qui ne les mènerait pas à grand-chose s'ils ne savaient pas à quoi il servait. Leonore s'était renseignée sur les champs de force magiques et avait appris qu'il y avait tout un tas de sorts qui protégeaient le château. Des sorts de dissimulation mais aussi des sorts anti-transplanage, des sorts qui empêchaient les créatures magiques d'entrer dans la forêt interdite si elles n'en faisaient pas déjà partie, des sorts pour préserver l'équilibre magique entre les espèces, des sorts pour protéger la tombe de l'ancien directeur et tout un tas d'autres encore dont elle n'avait pas fait la liste.

Certains existaient depuis le début et avaient été mis en place par les fondateurs eux-mêmes, alimentés ensuite par les directeurs qui suivirent, tandis que d'autres étaient beaucoup plus récents, fruits de la dernière Guerre et de ses conséquences. Ça en faisait beaucoup qui pouvaient influencer le choixpeau et aucun moyen de savoir lequel particulièrement avait un impact. Ils n'avaient a priori pas été malmenés ces dernières années.

Victoire en avait appris un peu plus en examinant le choixpeau dans le bureau de la directrice. En effet, le jour où elle avait été convoquée, elle avait profité de l'absence impromptue de celle-ci pour l'étudier sous toutes les coutures, si on pouvait faire le jeu de mots. Teddy était même entré dans le bureau, la faisant – encore – sursauter, pour lui dire que la voie était libre et qu'il faisait le guet.

Il avait demandé à des amis de troisième année de faire démarrer des pétards de Flibuste, sacrifiés pour la bonne cause, un peu partout dans le château. Comme ça, s'ils étaient pris, ils ne seraient pas reliés à la petite fille restée dans le bureau. Apparemment, ils avaient été partants dès le début pour tourner en sombral ce vieux Rusard. Qui avait dit que les Poufsouffles n'étaient pas courageux ?

La blonde en avait profité pour demander aux tableaux leur avis sur la question. Certains avaient tenu des propos totalement incohérents et elle s'était demandé s'ils n'avaient pas avalé trop de poussière ! D'autres l'avaient invectivée d'oser se comporter ainsi dans le bureau d'un directeur de l'école. Enfin, elle avait reconnu le professeur Dumbledore. Il lui avait souri derrière ses lunettes en demi-lune et avait dit mystérieusement que c'était à la bibliothèque, du côté de la réserve interdite aux élèves, que se trouvaient sans doute une partie de ses réponses. Elle y trouverait la véritable raison du lien entre la Dame Grise et ce qui se passait dans le château.

Et si elle creusait encore, elle trouverait peut-être quel champ il fallait rétablir. Il faudrait qu'elle trouve la salle qu'on ne trouvait que si on la cherchait. Là serait une partie de la clé de son mystère. Bien entendu, il ne fallait surtout pas qu'elle prenne les propos d'un pauvre vieillard encadré pour totalement lucides, avait-il conclu avec un clin d'œil.

Elle raconta tout ça à Teddy tout en marchant vers la bibliothèque. Elle lui annonça aussi qu'ils allaient sans doute y passer la nuit et qu'il ne fallait pas qu'il ait de rendez-vous galant.

« Mais pourquoi ?! »

« A ton avis, on entre comment dans la réserve, de jour, si elle est interdite ? »

« Je ne sais pas… »

« Ben justement ! On ne peut pas ! Alors on va se cacher en attendant la nuit. Madame Pince sera forcément partie se coucher, et on pourra y aller discrètement. Un petit Alohomora, un Lumos et quelques vieux bouquins poussiéreux, et on trouvera la solution ! C'est aussi simple que ça. »

« Pas de doute, t'es bien une Gryffondor pour avoir des plans aussi bancals… »

« T'as mieux ? Non ? Bon ben alors ? A moins que tu ne te dégonfles ? » Le défia-t-elle de son regard pétillant.

Morbleu, qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour ses beaux yeux, à celle-là… Elle était dingue. Sa cousine était dingue.