Chapitre 26 : Découverte cruciale
Un grincement de porte retentit dans la salle silencieuse. Il creva le calme de la pièce et Victoire sursauta, sa baguette brandie devant elle. Elle n'était sans doute pas bien forte mais elle arriverait peut-être à s'enfuir avant qu'on ne découvre qui elle était ? Elle n'avait aucune envie d'être renvoyée.
« Ça n'est que moi, désolé, elle m'a glissé des doigts. » murmura Teddy, dont elle découvrir le visage penaud à la lumière d'un lumos.
Quel imbécile. C'était bien un Poufsouffle tiens. Ça n'était pas possible d'être aussi maladroit. Et puis il la regardait avec son air de chien battu comme si elle l'avait déjà grondé. Comme si c'était son genre. Bon. D'accord. Elle avait peut-être un caractère explosif. Mais elle n'allait pas le gronder, ça allait faire du bruit et c'était tout ce qu'ils ne voulaient pas ! Il n'était pas question de se faire repérer par Rusard. Ils passeraient un sale quart d'heure et elle avait vu assez de bureaux comme ça. Déjà qu'on en avait oublié sa punition de la dernière fois.
Ça faisait plusieurs jours qu'ils préparaient leur plan.
Le soir où Victoire avait voulu voir la réserve, elle s'était rendu compte qu'elle avait cours d'astronomie, et elle ne pouvait pas le manquer. Elle y était donc allée, en demandant à Teddy de la rejoindre devant la bibliothèque après que tous les élèves concernés par le cours soient rentrés dans leur dortoir. Ils auraient pu se faufiler alors directement dans la bibliothèque et trouver les informations qu'elle voulait.
Malheureusement, ce soir-là, la porte était fermée, et un simple Alohomora comme l'avait appris Teddy en classe ne suffisait pas. Ils étaient rentrés dépités à leur dortoir et Victoire avait étudié avec attention le Livre des sorts et enchantements,niveau 1, qu'elle avait, mais la réponse n'était pas dedans.
Elle était alors allée de jour à la bibliothèque pour étudier celui de niveau 2 et avait enfin trouvé le sortilège. Apparemment, il était censé fonctionner sur toutes les serrures mais certaines possédaient des anti-sorts pour les en protéger. Madame Pince, la bibliothécaire, devait avoir tellement peur pour ses ouvrages qu'elle avait fait de même.
Ils avaient déjà essayé de se faire enfermer dedans en se cachant dans un rayon mais la vieille femme veillait au grain, et elle les avait déjà démasqués plusieurs fois. Ils avaient fait semblant de chercher des ouvrages particuliers, ce qui finalement était un peu le cas, et avaient pu paraître à peu près innocents. Du moins la première fois.
Au bout de la troisième fois, elle leur avait dit que si elle les trouvait encore là, elle allait voir la directrice. Pourtant, ils avaient essayé ensemble aussi bien que séparément mais elle devait avoir un radar à élèves, ça n'était pas possible. Et puis ils avaient essayé de trouver des sorts pour ouvrir quand même la porte de la bibliothèque, de ce fait, pour pouvoir y entrer, mais rien n'y avait fait. Soit on leur racontait des salades, soit Teddy allait avoir un Désolant à son prochaine cours de sortilèges et à tous ceux qui suivraient.
Petit à petit, le désespoir les gagnait. Ils devaient entrer dans cette fichue réserve. Par tous les moyens. Ils avaient vraiment besoin de trouver ce livre qui leur dirait tout. Plus ça allait, et plus les maisons se détestaient, Serdaigle et Serpentard n'avaient jamais arrêté leur guerre intestine, et l'ambiance devenait exécrable. Tout ou presque était devenu sujet à des disputes et à des discussions.
Ils avaient tout imaginé pourtant, ou presque. Et ça n'était vraiment que parce que les pétards du Capitaine Flibuste n'étaient pas très discrets qu'ils n'avaient pas essayé. De même, ils n'avaient pas osé demander à Madame Pince d'y accéder, sachant qu'il fallait un mot d'un professeur. Aucun ne voudrait le leur donner, ils n'étaient pas vraiment dans leurs bonnes grâces. Teddy disait que le professeur Londubat l'aimait bien, parce qu'il était dans sa maison, mais ça n'était pas la peine d'essayer. Il ne voudrait pas faire de favoritisme envers le filleul d'un de ses amis. Et de toute façon, ils ne savaient même pas quel livre chercher. Et sans mot signé, point de salut.
Enfin, Victoire avait trouvé une solution totalement farfelue mais qui fonctionnerait peut-être. Une épingle à cheveux qu'elle avait détachée de sa propre coiffure. Elle s'en servait pour maintenir ses cheveux blonds à peu près en place quand elle travaillait et si elle la tordait un peu, peut-être arriverait-elle à la faire rentrer dans la serrure ?
« On peut toujours essayer… » Soupira son cousin. « Je me demande encore pourquoi je fais des nuits blanches avec toi alors qu'on ne trouvera peut-être rien et que franchement, on n'est pas les mieux placés pour agir… »
« Parce que tu as envie de sauver le monde et que tu es un héros refoulé ? Parce que tu as envie de sauver Harper parce que tu l'aimes bien ? Parce que tu as envie de te marrer ? Parce que tu n'arrives pas à dormir la nuit ? Parce que je suis ta cousine préférée et que tu m'adores ? » Répondit Victoire alors qu'elle triturait la porte avec son épingle.
« Mouais, ça doit être ça. » maugréa-t-il. « Qu'est-ce que je ne ferais pas pour toi… »
« Attention, ta future copine va être jalouse. » rit-elle.
« Bah je n'en ai pas. Les filles sont nulles de toute façon. Elles sont fourbes, et égoïstes. » Grogna-t-il en se penchant vers elle pour voir si elle s'en sortait. « Sauf toi bien sûr ! » ajouta-t-il précipitamment.
« Il manquerait plus que ça ! » fit-elle en se redressant, les poings sur les hanches. « Allez, on entre, c'est ouvert. Les vieilles techniques moldues, ça a du bon. Personne n'y pense. »
Ils entrouvrirent alors la porte, vérifiant auparavant que personne ne pouvait les observer. Le quatrième étage était de toute façon généralement assez peu fréquenté. Heureusement d'ailleurs, remarqua Victoire, puisque Teddy n'avait pas monté une garde assidue, trop occupé à voir comment elle se débrouillait avec son bout de fil de fer. Il s'était bien moqué d'elle à dire qu'elle rêvait et voyait trop de films moldus mais ça avait fonctionné ! Madame Pince n'avait surtout pas pensé à ça.
« Il faut aller au fond, je crois. Viens, suis-moi. »
Le jeune homme grommela. Depuis quand c'était les filles qui menaient la danse ? Il était bonne poire mais quand même. Il avait un peu l'impression de se faire mener par le bout de la baguette là. C'était dingue ce que sa cousine pouvait être impressionnante quand elle était concentrée. Il ne l'avait encore jamais vu excitée à ce point. A croire qu'elle aimait les ennuis.
Et puis cette façon de l'entraîner dedans à chaque fois. Comme la fois où ils avaient été punis pour avoir renversé tous les pots en terre cuite de mamie Molly parce qu'ils avaient fait des passes avec le souaffle familial ! Encore une idée de Victoire, ça. Ou la fois où ils avaient fait un concours de lancer de gnomes et que l'un d'eux était tombé sur la chaise longue où la mère de la petite fille se dorait la pilule. Ce qu'ils avaient pu se faire gronder là encore.
Si jamais ils se faisaient prendre, il jurait de ne plus jamais se laisser entraîner dans ses bêtises. Elle avait le chic pour lui faire des sourires auxquels il ne résistait pas. Mais quelle calamité ! Il savait bien que même en se le promettant, il tomberait à nouveau dans le piège. Il lui cédait tout, à ce bout de petite fille haute comme trois pommes. C'était incroyable d'avoir autant d'idées de bêtises dans un seul corps. À croire qu'elle voulait qu'ils murent plus vite que prévu !
« Tu avances ou tu attends qu'il fasse jour ? »
« Et autoritaire, avec ça… »
« Qu'est-ce que tu as dit ? » chuchota-t-elle.
« Rien du tout, rien…On ferait mieux d'avancer, si on ne veut pas y passer la nuit. »
Ils se dirigèrent alors sur leur gauche, et après plusieurs rayons emplis de livres qui ne les intéressaient pas, trouvèrent enfin l'entrée de la réserve. Elle n'était délimitée que par un cordon, surveillée attentivement le jour par la bibliothécaire. Victoire passa dessous tandis que Teddy s'emmêla les jambes à essayer de passer au-dessus.
« Tu n'as personne à impressionner ici, tu sais, pas la peine de faire le grand. » lança la petite fille avant de s'orienter vers la première étagère.
« On cherche quoi ? » demanda-t-il, ignorant la remarque.
« Aucune idée. Quelque chose qui permette de comprendre en quoi tous ces trucs pas très très nets sont liés. Je ne sais pas lire dans les pensées moi, et l'ancien directeur n'a rien précisé ! »
« D'accord, ne t'énerve pas, on va bien finir par trouver. Elle n'est pas si grande que ça, cette réserve. A peine quelques milliers de livres… » Ironisa-t-il.
« Et on n'a qu'une nuit, je ne refais pas le coup de l'épingle à cheveux tous les soirs, moi. En plus, elle est fichue. »
« Bien une fille tiens… » Murmura-t-il avant d'ajouter plus fort « on devrait aller voir du côté des manuels d'histoire. C'est sans doute là qu'on trouvera les légendes sur la Dame Grise. Elle était la fille d'un des fondateurs, il y a bien un livre dessus quelque part… »
Ils cherchèrent pendant plusieurs minutes le rayon concerné, piochant au hasard un livre pour savoir s'ils y étaient.
« Attention, j'ai entendu dire qu'il y en avait qui mordaient, ou qui hurlaient… » Murmura Teddy. « Il faut pas tomber sur le mauvais, sinon on est fichus ! »
Enfin, ils trouvèrent le rayon des légendes de Poudlard et de son histoire. Ils empruntèrent quelques titres qui leur semblaient intéressants avant de se répartirent la pile de livres.
« Je me demande pourquoi c'est dans la réserve ça… L'histoire de Poudlard, quoi. Non seulement tout le monde s'en fiche, mais en plus ça n'est pas dangereux ! »
« Comme dans tout château, de nombreux passages secrets ont été construits autour de la bâtisse. Certains d'entre eux mènent directement à des cryptes sous le lac, aujourd'hui inondées, d'autres dans la Forêt Interdite, sur le territoire des centaures, et d'autres enfin au village sorcier à côté, prénommé aujourd'hui Pré-Au-Lard. » Lut Victoire.
« Oui, bon, peut-être qu'ils ne veulent pas qu'on s'enfuie ou qu'on se fasse piétiner par un centaure. Mais quand même. »
« Il y a sans doute des livres plus dangereux que ça, mais peut-être ne veulent-ils pas qu'on connaisse tous les secrets de l'école, imagine si quelqu'un trouvait une formule pour que les escaliers arrêtent de bouger ! »
« Ben ça serait bien, non ? Ça les empêcherait d'en faire qu'à leur tête et de nous mettre en retard. »
« Et si tu es coincé au milieu de l'un d'eux, donnant sur le vide, et qu'il ne veut plus bouger ? »
« Oui, bon, d'accord. Enfin je ne suis pas sûr qu'ils aient besoin de mettre tout ça dans la réserve ! »
« Elle est grande, autant la remplir. » haussa des épaules la petite fille.
« Remarque typiquement féminine. Fais gaffe cousine, tu vas devenir une vraie fille ! »
« Parce que je n'en suis pas déjà une ? » s'indigna-t-elle.
« Tu m'avais l'air moins peste avant… Oh ! Regarde, je crois que j'ai trouvé un truc. » S'exclama-t-il avant de regarder autour de lui, pas bien sûr de ne pas avoir crié tout fort pendant une mission top discrète.
« Quoi ? » demanda Victoire en s'approchant, toute indignation oubliée.
« Là, regarde. Helena Serdaigle, la fille de Rowena Serdaigle, une des fondatrices de l'école de magie de Poudlard, vola ce diadème magique à sa mère dans l'espoir qu'il la rende plus sage. Elle s'enfuit avec en Albanie semble-t-il, où son cadavre fut retrouvé après plusieurs semaines de recherches, celui d'un baron à ses côtés. La légende affirme que le diadème était encore entre ses mains, elle le serrait contre sa poitrine, comme un talisman contre l'homme qui la poursuivait et l'a tuée dans un accès de rage. »
« C'est tout ? Elle est morte avec le diadème perdu de Serdaigle entre les mains parce qu'elle l'avait volé, et c'est tout ce que le livre dit ? Ça ne nous avance pas beaucoup ça. On ne sait pas plus ce qui s'est passé. On sait juste qu'elle l'a volée, ce fichu diadème dont tout le monde parle. »
« Ça veut aussi dire qu'elle doit savoir où il se trouve. Si elle y tient tant, elle doit l'avoir surveillé pendant toutes ces années, non ? »
« Oui enfin, ça a quoi à voir avec notre problème ? »
« Rien, d'accord, c'est bon, je continue de chercher… » Bougonna le jeune homme.
Quelques minutes plus tard, ce fut Victoire qui chuchota pour l'appeler. Elle avait apparemment trouvé quelque chose et tournait vers lui un gros livre poussiéreux qui le fit tousser.
« J'espère que c'est intéressant, au moins, que tu ne me fasses pas venir pour rien alors que je m'étais bien installé… » La charia-t-il.
« Un sorcier du nom de Méritocratix Plumargentix affirme avoir vu Rowena Serdaigle lancer un sort sur le diadème qui la représentait.
En effet, certaines recherches scientificomagiques de l'époque – le diadème étant perdu depuis des siècles et ne réapparaissant jamais assez longtemps pour qu'on le prouve à nouveau – démontrent que celui-ci était enchanté.
Contrairement à ce que pensait sa fille, Helena, responsable de la perte du diadème, il ne contenait pas un sort de sagesse. Rowena Serdaigle se méfiait de Salazar Serpentard, qui comme le sait tout un chacun, nourrissait des intentions plus que douteuses à l'encontre des enfants sorciers nés moldus et non de sang pur. Elle avait lancé sur son diadème censé rester à Poudlard et représenter fièrement sa maison, un sortilège protégeant les élèves portant son emblème, de toute malversation.
Pendant des siècles, alors même que le diadème était perdu, ce charme continua de fonctionner, du moins c'est ce que l'on suppose puisque jamais il n'y eu de vif escarmouche entre les deux maisons. De même, on peut penser que si Helena Serdaigle elle-même fut protégée du baron qui la poursuivait jusqu'à sa mort tragique mais inévitable, c'est parce qu'elle portait avec elle l'objet magique.
Cependant, d'après ces mêmes études, le champ de force qui alimente le diadème et permet au sortilège de fonctionner bien après la mort de sa détentrice, est suffisamment fragile pour qu'un événement puisse causer son anéantissement et par là même, inverser le cours des choses.
Certains affirment que la perte définitive de ce charme pourrait relancer les disputes entre les élèves des deux maisons, rattrapant ainsi toutes celles qui ont été évitées. Des scientifiques habituellement classés dans la catégorie des catastrophistes affirment que cela pourrait déclencher une guerre au sein de l'école de magie Poudlard, alors même que la dispute qui opposa Salazar Serpentard au reste des fondateurs a pu l'éviter. »
« Je confirme, c'était intéressant… Il n'y a pas une formule pour inverser ça ? Parce que je suppose que tout ce qui se passe veut dire que le diadème a été cassé, non ? »
« J'ai regardé avant de t'appeler, il n'y a rien de plus d'écrit… Et c'était le dernier livre de ma pile. »
« Et maintenant, on fait quoi ? »
« Maintenant, on est mal… » Murmura la petite fille en refermant doucement l'ouvrage pour le remettre à sa place.
