Chapitre 27 : Chasse au trésor

« Une guerre ? » s'exclama Leonore.

« On est mal, on est mal… je vous le dis, on est mal… » Se lamenta Marc.

« A force de le répéter, tu vas finir par nous en persuader ! »

« On fait quoi maintenant ? »

« Oui, Victoire, on fait quoi maintenant ? »

« Ne me regardez pas tous comme ça, je n'en sais pas plus que vous, on vient de tout vous dire ! » s'écria la concernée.

« Oui mais tu as une tête à être leader, et le caractère qui va avec. Alors pas le choix. Maintenant, tu nous trouves un plan bien Gryffondor et on s'en sort les doigts dans le nez ! »

« Ton optimisme fait peur, Teddy… »

« Déjà, il faudrait retrouver ce diadème, non ? On peut peut-être le réparer ? » Commença Scott.

« Il n'y a pas eu une histoire avec pendant la Guerre ? Ça n'est pas dans notre manuel d'histoire de la magie ? »

« S'il y a eu une histoire, Oncle Harry doit le savoir ! On devrait lui demander, non ? »

« Il ne risque pas de poser trop de questions ? » s'inquiéta Victoire.

« Tu n'as qu'à lui dire qu'on fait un exposé dessus. » suggéra timidement Lyra.

« On fait beaucoup d'exposés, je trouve, cette année… » Rit Duncan.

« Je me charge d'écrire la lettre. Après, il faut savoir aussi comment le réparer. »

« Ça doit bien se trouver dans un livre… »

« Encore la bibliothèque… » Marmonna Mary qui décidément ne s'y faisait pas. Elle n'aimait pas vraiment rester statique.

« Je ne me retape pas la réserve de nuit ! » s'indigna Teddy, apparemment traumatisé.

« On devrait bien trouver de la colle pour objets magiques très dangereux et maudits dans les livres normaux. » le rassura Leonore.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le groupe redescendit la tour d'astronomie, devenue quartier général tant elle était inhabitée en journée, pour vaquer à ses occupations. Qui comprenaient entre autres quelques cours et interrogations écrites de fin de trimestre.

« Ils veulent nous tuer » râla Mary.

« Qu'est-ce que tu as depuis quelques jours, toi ? Tu es bougonne en ce moment… »

« Oh pardon, excusez-moi… Je ne m'étais pas rendue compte. Pardon. » Murmura la petite fille.

« Toi, tu ne vas vraiment pas bien. Qu'est-ce qui se passe ? » Répondit Victoire en s'arrêtant devant elle, les poings sur les hanches, sourcils froncés.

Lyra et Leonore se placèrent autour d'elle également afin de l'empêcher de les fuir. Elle n'allait quand même pas garder son secret pour elle alors qu'il avait l'air de lui peser ! Elles n'étaient pas amies pour rien. On avait vu ce que ça avait fait à Victoire que de cacher ses secrets, et il n'était pas question que ça leur arrive de nouveau. Chacune disait tout aux autres maintenant, et on ne mentait pas ! Elles n'étaient pas amies uniquement pour rire, elles étaient aussi là pour se consoler mutuellement et se serrer les coudes. Elles n'avaient pas craché dans leurs mains parce que c'était quand même dégoûtant mais le cœur y était.

« Ce sont mes parents. Ma mère m'a envoyé une lettre il y a deux jours. Ils se sont disputés. Mon père lui reproche son côté trop bohème, un peu trop déjanté. C'est ce qu'il a toujours aimé chez elle, comme elle aimait son côté sérieux parce qu'il est à la Justice magique. Mais là apparemment, ça fait trop, et du coup, ma mère est triste parce que mon père n'en peut plus de ses excentricités. Elle m'a demandé si je savais quoi faire à sa place, si elle devait arrêter un peu pour lui faire plaisir ou continuer quitte à le perdre. Elle me demande ça, à moi ! Comme si je pouvais savoir ! D'un côté je fais du mal à mon père, de l'autre à ma mère. Comment je peux savoir ce qu'il faut faire ? »

« Tu ne peux pas. » affirma Victoire. « Mais t'en fais pas, ça va aller, tes parents vont se réconcilier, c'est juste une dispute comme ça, ça arrive parfois dans les couples, chez les adultes ! »

« Ça va s'arranger, tu verras. Ta mère a eu peur et elle a voulu t'en parler, mais ça ne veut pas dire pour autant que tes parents vont divorcer. »

« Oui, vous devez avoir raison, enfin j'espère, je n'ai pas envie moi, je ne saurais même pas qui choisir entre les deux, je les aime, mes parents ! »

« On sait va, t'en fais pas. Ça va bien se passer. Allez, pour te remonter le moral, une petite chasse aux infos à la bibliothèque après les cours ? » Proposa Leonore.

« Tu ne perds jamais le nord, toi ! »

« Jamais, des fois que je me perdrais ! » Rit la petite fille.

Elles repartirent en souriant vers la salle de potions. Pas question d'être en retard, ou elles finiraient sur un pilori. Ces derniers temps, le professeur Cauldroy était d'une humeur de scroutt à pétard avec une rage de mandibule.

« Mesdemoiselles, vous nous faîtes enfin l'honneur de venir. Nous ne vous espérions plus. » Susurra-t-il d'ailleurs alors qu'elles passaient les portes du cachot.

« Excusez-nous, professeur. » répondit doucement Mary avant qu'elles n'aillent toutes s'assoir en classe.

« Alors comme ça on n'est même pas capable d'arriver à l'heure en cours… » Grinça Cameron Keeler, juste derrière Victoire.

La jeune fille se retourna pour lui lancer un regard assassin sans prononcer un mot. Ça ne servait à rien de se faire remarquer pour des broutilles pareilles. Il n'en valait vraiment pas la peine. Elles s'attelèrent plutôt à leur potion et la jeune fille mit un point d'honneur à la réussir mieux que son voisin. Lui qui se pensait si fort que ça dans la matière allait voir de quel bois elle se chauffait.

Quand, après le cours de métamorphoses, la pause déjeuner arriva, les quatre jeunes filles se pressèrent pour aller déjeuner, quitte à passer pour des goinfres. Elles s'en fichaient bien, de toute façon, elles avaient toutes des kilos à prendre et n'étaient pas très attentives à leur apparence. Il fallait qu'elles déjeunent le plus vite possible pour aller ensuite à la bibliothèque, avant leur cours de Botanique.

Une fois arrivée sur place, Victoire s'installa directement à l'une des tables pour pouvoir écrire la lettre à son oncle Harry. Elle hésita sur quelques formulations, fit quelques ratures et manqua de grogner tout fort avant de se raviser sous le regard assassin de Madame Pince. Enfin, elle mit un point final et signa la missive.

« Ça me paraît bien comme ça. » chuchota-t-elle. « Tu veux bien me relire ? » ajouta-t-elle en tendant le parchemin à Lyra.

La petite brune relit la lettre avec attention et la lui rendit avec un signe affirmatif de la tête.

« C'est parfait. Tu vas l'envoyer ? Tu veux que je t'accompagne ? »

« Non, ça ira, mais il faudrait peut-être aider Mary et Leonore, je crois qu'elles ont du mal à s'en sortir… » Répondit Victoire en jetant un coup d'œil à leurs amies.

Mary était en train d'apporter une pile bien plus grosse que ce qu'elle ne pouvait porter jusqu'à leur table. Elle vacillait de droite à gauche et ses joues étaient rougies par l'effort.

« Je hais cette bibliothèque.» Soupira-t-elle. « Et je hais la poussière de ces vieux manuels ! » éternua-t-elle.

« Pas de chance, t'es condamnée à sept ans de prison. Ferme. » Rit Victoire avant de ramasser ses affaires. « Je vais à la volière ! »

« Chanceuse… »

Quelques jours plus tard, la réponse de l'oncle de Victoire arriva. Celui-ci était très surpris d'un tel exposé mais avait consenti à donner quelques informations pour compléter cet exposé sur les liens entre les fondateurs et la Guerre. Après tout, c'était un sujet intéressant, même s'il avouait qu'il n'aurait jamais su y répondre à leur place.

En quelques mots, l'auror leur donna des informations sur le rôle qu'avait joué le diadème pendant ses recherches. Celui-ci avait été un objet particulièrement important et avait renfermé une part du pouvoir de Voldemort, leur racontait-il, sans préciser plus que ça son propos. Il ne pouvait pas leur en dire trop à cause du secret posé sur cette affaire, précisait-il.

Tout ce qu'il pouvait révéler de cette anecdote, était que le diadème avait été brisé dans la Salle sur Demande, mais il ne savait pas où il avait pu passer. Aucunes recherches n'avaient ensuite été menées, le Ministère de la Magie considérait que le diadème était simplement encore perdu, comme il l'avait été toute son existence, et que ça n'était pas plus mal ainsi. Pour une fois qu'ils ne faisaient pas des recherches approfondies pour s'approprier les objets magiques.

Lorsqu'elle lut cette lettre devant ses amis, Victoire soupira de soulagement. Cela voulait dire que la couronne était encore à Poudlard et qu'ils pourraient peut-être la récupérer.

La Salle sur Demande était devenue un endroit très connu des élèves, après la Guerre. Les professeurs n'avaient pas pu cacher longtemps son existence. Tous les élèves présents à l'époque où elle avait été la plus connue était à présent parents ou oncles des enfants fréquentant l'école aujourd'hui. Il n'existait aucune règle la concernant, excepté l'obligation de ne pas y rester pendant des heures de cours ou après le couvre-feu.

Chaque nuit, le professeur et les préfets chargés du tour de garde passaient devant trois fois, avec dans l'idée de trouver des élèves qui pourraient s'y cacher. On racontait qu'une fois, ils avaient surpris une petite gamine de Serdaigle, Willow Hartley, en train de manger des chocolats avant de se faire vomir. La petite avait été emmenée à Sainte Mangouste pour boulimie et elle n'était pas revenue. Ses parents avaient préféré l'envoyer à BeauxBâtons, pour qu'elle ne subisse pas les effets des rumeurs qui avaient couru en son absence.

Des tours de recherche furent alors organisés. Chacun à leur tour, quand ils avaient un moment, les enfants allaient fouiller la salle des objets perdus. Ils ne l'avaient pas trouvée tout de suite, et au début, étaient tombés sur des cachettes plus extravagantes les unes que les autres. Avant un dîner, un soir où elle avait particulièrement faim, Mary était tombée sur une salle remplie de matériel de cuisine. Une autre fois, alors qu'il était fatigué après un cours de vol, Duncan était tombé sur une chambre avec un lit si confortable qu'il n'avait pu s'empêcher de le tester. Ni l'un ni l'autre n'avaient réussi à se concentrer suffisamment pour trouver la salle qu'ils recherchaient. Enfin, c'était Scott qui avait compris le premier ce qu'il fallait penser pour la trouver.

« Une salle avec beaucoup de cachettes et un tas d'objets perdus depuis des décennies. » avait-il affirmé.

Le stratagème avait à peu près fonctionné, et ils se retrouvaient à chercher au beau milieu d'un tas de bazar tout à fait hétéroclite. Une partie avait été détruite par le feudeymon lancé à l'époque de l'oncle de Victoire, mais d'autres objets les avaient remplacés, laissés par tous les élèves de passage à l'école de sorcellerie.

On y trouvait aussi bien de vieilles chaises que des mouchoirs en tissu brodé, des statues préservées par le feu grâce à leur température de combustion beaucoup plus élevée – c'était en tout cas ce qu'affirmait Teddy – et des vieux livres poussiéreux. Des vêtements, des mannequins de bois, des baguettes cassées et des manuels de cours. Des robes de bal et des plats vides que les elfes de maison des cuisines devaient encore chercher. Un cadre avec un petit garçon et sa mère qu'aucun ne connaissaient, et des photos tirés de vieux albums moldus, en noir et blanc.

Le bric-à-brac prenait toute la place et parfois, ils perdaient patience. Ils avaient délimité des carrés, dans les quelques allées qu'ils avaient trouvées. Ils en avaient aussi construit quelques autres en déplaçant des objets pour les ranger ailleurs. Chaque fois qu'ils passaient à la salle, ils fouillaient un carré avant de noter sur un bout de parchemin qu'il avait déjà été vérifié une fois.

S'ils ne trouvaient bientôt rien, ils allaient devoir tout vérifier une seconde fois en espérant que quelque chose leur avait échappé. A part des vieux cintres calcinés, ils n'avaient rien trouvé s'approchant des restes d'un diadème, pour l'instant.

C'était aussi comme ça qu'ils étaient tombés sur des bouteilles presque vides remplies d'un liquide ambré, d'ailleurs. Les garçons avaient voulu le tester et il s'avérait qu'il s'agissait d'un peu de xérès qui avait très mal vieilli. Ils avaient failli s'étouffer avec et avaient fini par tout recracher à grands cris. Ils n'étaient pas encore fait pour être alcooliques, avait ri Leonore.

Ils avaient continué leurs recherches en maugréant, plongés dans les débris brûlés, le bric-à-brac en tout genre et la poussière qui n'arrêtait pas de faire éternuer Mary. Bientôt, ils étaient arrivés aux trois quarts de la pièce et commençaient à douter de trouver quelque chose. L'oncle de Victoire s'était peut-être trompé. Peut-être le ministère avait-il fini par mettre la main sur l'objet. Peut-être qu'il n'en restait plus rien et alors ils n'auraient pas de solution. Sans compter que le temps allait finir par leur manquer.

On était déjà à la mi-mars. Ce qui signifiait qu'ils n'avaient plus que deux mois et demi avant que les cours ne se terminent. Et au milieu, il y avait encore la semaine de vacances de Pâques de la fin avril. Ils étaient fichus, si Marc osait dire, avec désespoir. Et les deux maisons à présent concurrentes n'arrêtaient toujours pas de s'écharper. La dernière en date était la course pour la Coupe des Quatre Maisons.

Bien sûr, chaque fin d'année, il s'agissait d'un challenge, et il était normal que toutes les maisons veuillent l'obtenir et s'efforcent d'avoir le plus de points possibles dans cet objectif. Mais était-ce vraiment une raison pour lancer des sortilèges de mutisme à ceux qui voulaient parler en cours pour les en empêcher et récolter les points de la question à leur place ? Etait-ce une raison pour bousculer innocemment les joueurs de Quidditch dans l'espoir qu'ils tombent malencontreusement sur une épaule ou se cassent une jambe dans les escaliers ?

Enfin, un vendredi après-midi, Victoire était arrivée avec un grand sourire en cours de sortilèges. C'était son tour de fouiller dans la salle, et ils avaient fini par y aller seul à chaque fois, pour pouvoir tourner plus souvent, épuisés d'y passer leurs journées quand ils avaient encore plein de devoirs, et que le soleil commençait à se faire haut dans le ciel.

Elle s'assit à côté de ses amis et commença à leur parler avec de grands gestes et un air de conspiratrice, de ses avancées :

« J'étais en train de fouiller le carré tout au fond, près de la fenêtre, vous savez, un peu sous les poutres, d'habitude il ne me dit rien parce qu'on dirait qu'on va se prendre un coup sur la tête à chaque fois mais là j'avais envie, je ne sais pas trop pourquoi… Enfin bref, j'étais en train de fouiller donc, de me dépêtrer d'une chaise à moitié paillée seulement, qui d'ailleurs était bien coriace, quand…j'ai relevé les yeux ! J'ai failli me la prendre, cette fichue poutre en pierre d'ailleurs, et puis ça doit faire bien mal… »

« Victoire. Accélère. » La coupa Leonore.

« Hum, oui, pardon. Je disais donc que j'ai relevé la tête et mes yeux sont tombés face à un machin bizarre. Il était tout tordu, et un peu noirci, alors je me suis dit qu'il avait dû prendre la suie du feudeymon, et qu'il devait dater de cette époque vu qu'il n'y a pas eu d'autre grand feu après, pas à ce qu'on sache en tout cas. Du coup, j'étais en train de me pencher pour examiner ce truc, quand je suis tombée ! Bon, d'où mon état, j'ai eu beau me lancer un sort de nettoyage, je suis sûre qu'il me reste de la poussière sur les vêtements et des trucs dans les cheveux, si ma mère me voyait… »

« Vicky ! »

« Eh ! Ne m'appelle pas comme ça ! Et ça va, je me dépêche… Je racontais juste. Bref, je me suis rapprochée autant que j'ai pu et j'ai essayé d'attraper le machin du bout des doigts. J'ai failli le faire tomber d'ailleurs, vous n'imaginez pas ma tête quand j'ai vu qu'il vacillait ! »

« Mesdemoiselles Weasley, Castle, Rosebury et Bird. Messieurs Llewellyn, Huggins et Steen. Nous sommes en classe. Et le cours va commencer. Sortez votre manuel des Sorts et Enchantements niveau 1, je vous prie. Page 79. Nous allons faire des révisions. » Les interrompit la voix flûtée du professeur.

Les adolescents maugréèrent avant d'ouvrir leur livre à la page indiquée. S'ils n'obtempéraient pas, ils allaient être renvoyés de cours et ça n'était peut-être pas la peine de tous passer chez la Directrice. Quelques minutes plus tard, alors que le professeur avait le dos tourné, expliquant à un élève un sortilège particulier, Victoire attira l'attention de ses amis en sifflant doucement.

« Ce que je voulais vous dire, c'est que je crois que j'ai trouvé le diadème ! Il est dans mon sac ! »