Chapitre 28 : Panique à bord

Il faisait beau ce samedi-là et les enfants s'étaient réunis autour du lac pour discuter et profiter pleinement du soleil qui les baignait. Les autres élèves étaient également disséminés dans le par cet il restait sans doute peu de monde au château. Malgré la montagne de devoirs qui annonçait l'approche – toute relative d'après certains – des examens de fin d'année, chacun préférait réviser allongé dans l'herbe, un peu perturbé par ses voisins, qu'enfermé à la bibliothèque ou dans sa Salle Commune.

Scott recopiait consciencieusement un devoir d'histoire de la magie sur lequel il avait renversé de l'encre la première fois. Victoire relisait un cours de potions, allongée sur le ventre, car elle était en retard dans cette matière et si elle continuait, elle allait pouvoir expérimenter le Troll, ce qui n'allait sans doute pas plaire à ses parents. Lyra tâchait de se concentrer sur un exposé de métamorphoses qu'elle avait à faire pour le lundi suivant.

Les autres enfants étaient occupés à d'autres activités beaucoup plus agréables. Mary arrachait machinalement quelques touffes d'herbe alors qu'elle tâchait de trouver une position confortable sur la pelouse, pour dormir. Duncan jouait à la bataille explosive avec Marc, et d'après les cris d'indignation de ce dernier, il était en train de gagner.

« Tu triches, je suis sûr que tu triches ! »

« Ce n'est quand même pas de ma faute si tu es mauvais ! »

« Montre donc tes manches, tu caches des cartes dedans ! »

« Il ne peut pas, elles sont trop amples, elles tomberaient. » fit remarquer Leonore, sortant la tête de son roman moldu.

Elle l'avait emprunté à Lyra quelques jours auparavant et le dévorait. Elle lui avait d'ores et déjà demandé si elle pouvait lui en rapporter d'autres après les prochaines vacances. Elle ne pouvait décemment pas en demander à ses parents. Son père lui rirait au nez en se demandant ce qui la prenait. Il ne tenait pas les moldus en grande estime et avait déjà assez mal accepté que sa fille ne soit pas à Serpentard, comme le reste de leur famille.

« Il les a peut-être collées avec un sort ? Maintenues par des outils moldus sinon ? Ils ont des trucs pour faire tenir les choses, comme de la glue mais avec un morceau de papier qui colle ! » Répondit Marc, de mauvaise foi.

« Ça s'appelle du scotch, espèce de scroutt. Je t'en offrirai un jour. Et je t'assure que je n'ai rien dans mes manches. Tu n'as qu'à pas être aussi nul, c'est tout. »

Au même moment, Victoire releva la tête de son cours de potions. Elle avait encore à peu près les trois quarts de ses parchemins à réviser. C'était presque décourageant. Elle n'allait jamais réussir à tout apprendre d'ici les examens dans quelques mois à peine. Elle savait bien qu'elle avait encore du temps devant elle mais elle avait pris tellement de retard au cours de l'année.

Le professeur Cauldroy était assez antipathique et elle n'avait jamais vraiment réussi à s'intéresser à ses cours. Surtout pas en sachant qu'il était aussi intransigeant. Et elle devait avouer qu'avec tout ce qui s'était passé à l'école, elle avait totalement oublié de travailler. Les examens allaient être une vraie torture.

Pour le moment, ça n'était pas ce qui avait retenu son attention. Elle avait poussé au loin son parchemin sur la potion d'amnésie, soudainement plus si cruciale.

« Offrir ? Offrir ! Oh la la, je suis une idiote complète. Je suis mal ! » Paniqua-t-elle soudainement.

« Pourquoi ? » demanda Mary, curieuse, se redressant à son tour.

« J'ai failli oublier l'anniversaire de Teddy ! Il ne va jamais me le pardonner, je n'oublie jamais d'habitude. Il faut que je lui trouve un cadeau… »

« Mais comment veux-tu faire ? Tu vas demander à tes parents de t'envoyer quelque chose pour lui ? Ou demander à Spencer ? Je crois qu'il y a une sortie à Pré-Au-Lard prévue la semaine prochaine ou celle d'après… » Demanda Duncan.

« Non. Je dois faire ça moi-même, sinon ça n'est pas pareil. Ça n'est plus un cadeau personnel. Il me reste quinze jours, je devrais m'en sortir quand même ! »

« Je suis sûre que tu peux trouver quelque chose à faire d'ici là, avec tout ce qu'i l'école. Tu as plein de matériel dans la Salle sur Demande en plus, non ? »

« Oui, mais seulement ce qui a été un jour mis, ou qui vient de quelque part. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ça mais il me semble que le professeur McGonagall a dit au début de l'année que je ne peux rien invoquer qui n'existe pas. Je ne peux pas faire apparaître quelque chose. Ça fait partie des grandes lois de la magie. »

« Je ne m'en souviens pas… » Fronça des sourcils Lyra en regardant alternativement son amie et l'ensemble de son cours, étalé à côté d'elle pour l'aider dans sa rédaction.

« Je l'ai peut-être lu dans un livre alors… En tout cas, ça veut dire qu'il va falloir que je transforme quelque chose, ou que je le fabrique à partir de ce que j'ai déjà sous la main. » Réfléchit Victoire. « Il faut absolument que je trouve quelque chose qui lui plaira… » Ajouta-t-elle en martyrisant le premier parchemin sous sa main.

« Ne t'en fais pas, tu vas trouver. Il n'y a pas de raisons. Et arrête de torturer cette pauvre feuille, tu ne vas plus pouvoir la lire après. » La rassura Leonore.

La petite fille se remit doucement au travail, avec cependant moins de conviction qu'auparavant. Maintenant qu'elle avait ce délai en tête, elle n'allait pas réussir à penser sérieusement à autre chose. Les années passées, ils étaient plus jeunes et s'enthousiasmaient pour une fleur ou un dessin. Combien de fois en avait-elle envoyé un à Teddy par hibou ?

Une année, elle avait demandé à Mamie Molly de l'aider à tricoter une écharpe pour celui-ci. Ça avait été une catastrophe, elle s'était complètement empêtrée dans ses fils et ça ne ressemblait à rien. Pourtant, il l'avait portée un certain temps et l'avait même complimentée. Ça avait été gentil de sa part.

Cette fois, il faudrait trouver autre chose. Cette idée tourna plusieurs fois dans sa tête dans les jours qui suivirent. Elle n'était plus aussi attentive que ça en cours, et passait parfois plusieurs minutes plongée dans ses pensées sans qu'on réussisse à l'en décrocher. Ils n'avaient de toute façon toujours pas trouvé comment réparer le diadème et pourtant, ils avaient essayé tout ce qu'ils pouvaient.

Elle réfléchissait à chaque instant à ce qu'elle pouvait bien inventer pour son anniversaire. Ou plutôt, elle se lamentait de ne pas trouver. Elle avait passé bien plus de temps à se dire qu'elle n'allait rien trouver de bien plutôt qu'à chercher. Elle allait se planter, et Teddy serait super déçu. Il penserait qu'il ne comptait plus pour elle, qu'elle se fichait de lui maintenant qu'elle était à Poudlard et avait des amies de son âge. Il finirait par lui faire une scène, ça gâcherait son anniversaire, ses cheveux deviendraient aussi bruns que ceux de son père, comme quand ils étaient tristes, et ils ne se parleraient plus.

Bon, elle exagérait peut-être un tout petit peu. Mais l'idée était là. Et ça la paralysait. Elle avait tellement peur de se tromper. Elle l'aimait tellement. Il n'était pas question de le perdre, elle ne saurait pas faire sa vie sans lui. Et elle était peut-être encore une enfant, peut-être innocente à dire ça, et oui, un jour, il tomberait amoureux et ne s'intéresserait plus tant que ça à elle, comme c'était déjà arrivé, mais ça n'était pas important. Elle serait toujours là s'il voulait en parler.

Ils étaient liés comme les deux doigts de la main, comme le bois d'une baguette à la main de son sorcier, depuis qu'ils se connaissaient. Elle n'imaginait pas sa vie sans lui, c'était comme si on lui enlevait toute une paire de souvenirs, comme si on lui interdisait d'employer certains mots qui avaient des significations particulières à leurs yeux. C'était comme si on lui jetait un sort d'oubli.

« Arrête. » Lui intima Leonore.

« Quoi ? J'ai encore fait du bruit sans m'en rendre compte ? Désolée ! » S'excusa Victoire, sortant de ses pensées.

« Arrête de te torturer le cerveau. Ça n'est pas en imaginant les pires scénarios possibles que tu vas avoir une idée. »

« Je sais mais mon imagination est paralysée ! » gémit la petite fille.

« Pense à ce qu'il aime. Tu devineras forcément. » Professa son amie.

Le samedi matin suivant, après une semaine passée à se lamenter puis à gémir avant enfin de réfléchir plus sérieusement, Victoire se leva de bonne humeur. Elle venait d'avoir un trait de génie. Le problème était maintenant de le réaliser. Et pour ça, elle allait avoir besoin d'entraînement.

Elle s'habilla rapidement, brossa ses cheveux aussi vite qu'elle put, avant de descendre les escaliers en courant. Dans la Salle Commune, son passage éclair réveilla un septième année qui avait apparemment passé la nuit à réviser et s'était endormi le nez sur son livre. Il se réveilla en sursautant, les lunettes de travers, la remerciant sans qu'elle comprenne pourquoi.

La jeune fille sortit enfin de la tour par le passage de la Grosse Dame, qui grogna de se voir réveillée de si bon matin, pour se précipiter dans la Grande Salle. Elle alla directement à la table des Gryffondors, à laquelle n'était assis que peu de monde.

Quelques troisième années trempaient mollement leurs tartines dans du lait, un cinquième année mangeait avec son livre sur les genoux et enfin, elle vit la personne qu'elle cherchait. Elle traversa les dalles, ses chaussures claquant sur la pierre, pour se planter en face de Timothy Benson, sixième année de son état, préfet de Gryffondor.

« J'ai besoin de toi. » lui annonça-t-elle de but en blanc.

« Euh, maintenant, là, tout de suite ? » bafouilla-t-il, surpris.

« C'est qui cette gamine ? » demanda, curieux, un de ses amis, un blond aux cheveux coupés en brosse.

« Elle s'appelle Victoire Weasley, c'est une première année. »

« J'aurais pu répondre toute seule. » grimaça la jeune fille. « Bon, tu veux bien m'aider oui ou non ? »

« Je suppose que tu ne me lâcheras pas tant que tu n'auras pas ce que tu veux, n'est-ce pas ? » soupira-t-il.

« C'est ça, oui. »

« Alors je t'écoute. »

« Je veux que tu me dises comment on s'introduit dans les cuisines des elfes de maison. »

« Qu'est-ce qui te fait croire que je le sais ? »

« Ce n'est pas parce que je suis en première année que je suis stupide. Les caisses de nourriture et de boissons n'arrivent pas toutes seules à la Salle Commune après les matchs. Je veux savoir. »

« Mais pourquoi tu veux savoir ça ? Tu mijotes quoi encore comme bêtise ? » Demanda-t-il, inquiet.

« Ça ne te regarde pas. »

« Comme tu veux. Mais tu ne sauras pas alors. Tu peux comprendre qu'en tant que préfet prenant son rôle au sérieux, je ne peux pas t'encourager dans tes bêtises si tu ne me dis rien. »

« Toi, sérieux ? Je me demande même comment McGonagall a pu te choisir comme préfet ! » Pouffa son ami.

« Tu m'aides pas là, Alex, ferme-la donc. » claqua Timothy. « Alors, j'attends. J'ai toute la matinée devant moi, tu sais. Mais toi, tu m'as l'air pressée. » La nargua-t-il.

« Bon d'accord. Mais tu ne te moques pas ? »

« Est-ce que c'est mon genre ? » demanda-t-il doucement.

« Je… je voudrais faire un gâteau pour l'anniversaire de mon cousin, Teddy. Et j'ai besoin de m'entraîner dans les cuisines, avec les elfes, parce que je ne suis pas sûre d'y arriver du premier coup… » Murmura-t-elle en regardant ses pieds.

« Qu'elle est mignonne ! » s'exclama le dénommé Alex.

Elle le fusilla du regard.

« Il suffit de chatouiller la poire que tu verras sur un tableau représentant une coupe de fruits, aux sous-sols. Et tu diras aux elfes que tu viens de ma part, ils t'accepteront bien et voudront même t'aider. » Lui confia le préfet, avec un sourire attendri.

« Super, merci ! » Fit-elle, un sourire jusqu'aux oreilles, en l'embrassant sur la joue avant de partir en courant, piochant un petit pain au lait dans une panière.

Le préfet se toucha la joue, ébahi. Elle était vraiment étonnante, cette gamine, ou il n'y avait que lui pour le remarquer ?

« Je crois que t'as une touche, mon vieux. » Se marra son ami.

« Oh ça va, toi hein ! Sombre imbécile… » Grommela-t-il avant de retourner à ses tartines.

Pendant ce temps, la petite fille sortit de la Grande Salle comme elle était venue, en courant, manquant presque de se casser la figure quand un Gryffondor s'empêtra dans le banc pour en sortir et manqua de lui tomber dessus. Elle maugréa pour la forme, rattrapant son petit pain qui avait volé, le fourrant dans sa bouche pour éviter qu'un tel incident se reproduise, et reprit son chemin.

Dans le Hall, elle croisa Rusard, qui sortait de son dernier tour de garde et allait apparemment faire un tour dehors.

« Mademoiselle Weasley, j'espère que vous ne préparez pas un mauvais coup, pour être debout de si bonne heure. Je vous ai à l'œil. Je serais ravi d'ajouter votre fiche à toutes celles de votre famille. » Susurra-t-il.

« Promis, cette fois-ci, je n'ai rien fait ! » cria-t-elle en partant.

Elle entendait encore le vieux concierge maugréer des insanités sur les siens quand elle descendit les marches qui menaient aux sous-sols. Décidemment, celui-là était vraiment grincheux, il fallait qu'il se trouve une occupation. Les bavboules, par exemple, ça ne demandait pas de magie ça, et ça le calmerait peut-être. Elle aurait dû le brancher avec Timothy tiens !

Elle dévala les marches, et se mit à scruter tous les pans de mur. On disait que l'entrée des cuisines était par ici, ainsi que celles des Poufsouffles. Les Serpentards étaient aussi aux sous-sols mais à l'opposé du château, à côté des cachots de potions. Ce côté-ci avait l'air nettement mieux entretenu. Elle observa chaque tableau du mur. Et Merlin savait qu'il y en avait ! C'était dingue le nombre de tableaux qu'on avait mis ici, on se croirait presque dans une exposition.

Enfin, elle vit une coupe de fruits peinte, avec une grosse poire au milieu. Elle y était.