Chapitre 30 : La dernière pièce au puzzle
« Pourquoi tu te dépêches ? C'est le match de Poufsouffle contre Serpentard, on s'en fiche si on n'a pas de bonnes places, ça n'est pas notre équipe. »
Victoire stoppa tout mouvement pour parler. Du moins, elle essaya. Parce que tout ce qu'elle réussissait à faire présentement, c'était envoyer des miettes de petit pain à la figure de Lyra et celle-ci faisait la grimace. Elle s'arrêta donc une minute le temps d'avaler sa bouchée. Elle en avait peut-être mis un peu trop à la fois. Elle avait un petit pain, couvert de pâte à tartiner, dans chaque main, et un bol de lait devant elle pour tremper dans son chocolat plus tout à fait chaud.
« Je sais, mais Teddy voulait me faire passer de son côté, avec les Poufsouffle, pour qu'on soit ensemble. Il faut que je me dépêche pour arriver avant les autres ! »
« C'est pour ça que tu n'as pas mis ton écharpe… Pour ne pas te faire prendre comme Gryffondor. Enfin je crois que c'est grillée, tu ressembles trop à une Weasley, même sans les cheveux roux. » Commenta Leonore. « Sans compter que tout le monde ou presque te connaît. »
La petite fille grimaça. Elle se serait bien passée de cette réputation. Ça n'était vraiment pas drôle quand tout le monde pouvait colporter vos moindres faits et gestes parce qu'ils connaissaient votre nom. Surtout quand on rapportait que vous aviez été effrayée par une araignée pendant un cours de potions, renversant votre chaudron dans le même temps et écopant d'une retenue de deux heures pour la refaire. Ce qui lui était justement arrivé la semaine passée.
Depuis l'anniversaire de Teddy, elle n'avait pas eu une semaine à elle. Elle s'était sérieusement remise à ses cours, après avoir subi des remontrances de la part de plusieurs professeurs. Elle était en retard dans toutes les matières et ça faisait des semaines qu'elle n'avait pas suivi correctement un cours. Elle avait des excuses, et c'était ce qu'elle s'était souvent dit les mois passés mais les examens de fin d'année approchaient et il n'était pas question qu'elle redouble.
Non, ça n'était pas possible, ça n'arrivait jamais, des élèves qui redoublaient, n'est-ce pas ? Elle ne voulait en tout cas pas être la première à l'apprendre. Sans compter que ses parents allaient lui envoyer une beuglante comme il fallait et lui faire passer l'envie de recommencer pendant l'été. Ça allait être horrible, elle ne pourrait même pas aller au Terrier, si ça se trouve, elle resterait enfermée à travailler pendant que sa sœur se ficherait d'elle en disant qu'elles seraient dans la même classe et que c'était la grosse honte. Ou pire, sa mère déciderait de l'envoyer tout droit à Beauxbâtons pour la punir et la remettre dans le droit chemin. Non, vraiment, elle ne voulait pas redoubler.
Dès que cette menace avait fait son bout de chemin dans sa tête, elle avait paniqué et s'était mise à travailler. Elle avait emprunté ses parchemins à Lyra pour écrire les derniers cours d'Histoire de la magie qu'elle avouait ne pas avoir assez attentivement suivi. Elle avait ressorti ses parchemins dans toutes les matières, pour les classer, par ordre chronologie et tant qu'à faire par matière, depuis qu'elle avait retrouvé la potion d'enflure chez les aiguilles à tricoter. Et elle potassait, tous les jours, après les cours. Elle passait des heures entières à la bibliothèque pour réviser plus tranquillement. Là au moins, on ne pouvait pas trop lui parler.
Alors ce match de Quidditch, c'était l'accalmie dans ses révisions. C'était sa petite journée de liberté. Et elle comptait bien la passer avec Teddy. En plus, aujourd'hui, c'était son anniversaire. Les filles le lui avaient souhaité en se réveillant, dans le dortoir, et elles s'étaient même cotisées pour lui acheter un livre de botanique, sachant qu'elle adorait les plantes. C'était la mère de l'une d'entre elles qui l'avait envoyé, de ce que la petite fille avait compris. Elle avait été attendrie par le geste des amies.
Ses parents lui avaient envoyé des bonbons ainsi qu'une nouvelle tenue qui lui allait à ravir. Sa mère choisissait toujours des vêtements parfaitement à sa taille. Et son père donnait son avis pour que ça ne soit pas trop froufroutant, sachant qu'elle détestait ça mais que sa mère l'oubliait parfois, rêvant que sa fille soit plus féminine. Louis lui avait envoyé un dessin de toute leur famille autour d'un gâteau d'anniversaire sur lequel il avait essayé de dessiner le bon nombre de bougies, même si c'était assez approximatif.
Elle enfourna rapidement la fin de son petit pain dans sa bouche avant de le faire passer par une grande rasade de chocolat chaud. Mais pas trop chaud, sinon ça n'était pas bon. Pas non plus froid, sinon la poudre ne se mélangeait pas bien au lait. Elle préférait se le servir chaud puis le faire refroidir. Toute une technique. Elle se leva précipitamment et à l'instant où elle s'éloignait de la table, fut rejointe par Teddy.
« Alors, tu es prête ? » demanda-t-il, les yeux brillants, essoufflé.
« Oui oui, normalement c'est bon, j'ai mangé, je suis habillée, j'ai rien oublié de mettre, j'ai tout ! » fit-elle en vérifiant en même temps sa tenue.
« Non, je confirme, tu n'as pas oublié ton pantalon. » se moqua son cousin.
« T'es bête… »
« Tu m'aimes comme ça ! Allez, viens ! » Cria-t-il en courant déjà à travers le parc.
Elle se précipita à sa poursuite et il se laissa rattraper pour marcher finalement à vitesse normale. Ils seraient sans doute parmi les premiers à arriver au stade, les équipes mises à part, ça n'était pas non plus la peine de se fatiguer inutilement. Ils discutèrent de tout et de rien tout en marchant d'un bon pas. Teddy avait passé son bras autour de l'épaule de la petite fille, protecteur. Victoire devait avouer qu'elle aimait bien ça, c'était assez rassurant. Enfin quand il ne se mettait pas en tête de la défendre tout le temps quand elle pouvait le faire seule, bien sûr.
Une fois arrivés au stade, ils se dirigèrent vers les tribunes réservées aux élèves de Poufsouffle. Teddy se mit en position de combat, baguette sortie comme s'il tenait une de ces armes moldues pour surveiller les alentours et lui envoyer des signaux incompréhensibles pour qu'elle se faufile à l'entrée des escaliers. La petite fille lui obéit. Après quoi, il s'introduit également dans la structure de bois avant de remettre en place le tissu.
« C'était quoi ça ? » demanda-t-elle, perplexe.
« Oh un truc que je voulais essayer. J'ai vu ça dans un film moldu, avec Oncle Harry. C'est très populaire chez eux. »
« C'était un peu bête, j'ai trouvé… »
« C'était pour te faire rire. Tu n'es jamais contente toi alors ! » S'exclama-t-il.
Victoire rougit. Elle avait peut-être fait une remarque de trop, là. Après tout, il avait fait ça pour la faire rire, il faisait toujours l'imbécile pour la faire rire, d'ailleurs, et le rembarrer n'était peut-être pas sa meilleure idée. Elle s'approcha pour le remercier, et posa un baiser sur sa joue au passage, pour se faire pardonner.
« Je suis désolée. C'était très gentil comme intention… »
« Ah ben quand même ! » Rétorqua-t-il avec un sourire en coin. « Je te signale quand même que nous prenons de gros risques à nous introduire dans… dans… »
« La gueule du blaireau ? » Pouffa Victoire.
« Exactement ! Et pas de moqueries s'il te plaît si tu te crois maligne avec ton lion à deux noises ! »
« Ben c'est tout de même un petit peu plus classe… » Glissa la petite fille en enfonçant le clou.
« Mouais. Mais ce n'est pas aussi fidèle. Fi. »
Ils montèrent rapidement les marches de l'escalier pour atteindre enfin les gradins. On ne se rendait pas forcément compte mais c'était drôlement haut, et Victoire souffla un bon coup en arrivant, épuisée. Elle s'affala sur un banc. Ils avaient rapidement décidé de s'installer au premier rang, pour mieux voir, d'autant plus que la petite fille n'était pas très grande pour son âge. Ils restèrent assis là un moment, attendant que leur cœur cesse de battre la chamade, dans un silence complice. Soudain, Victoire brisa ce silence :
« Ça ne te fait pas bizarre de… aujourd'hui ? »
« De regarder un match de Quidditch ? De fêter ton anniversaire ? De m'amuser alors que c'est l'anniversaire de mort de mes parents ? Si, bien sûr. Ça me fait bizarre chaque année. Mais la vie continue, n'est-ce pas ? Je ne peux pas arrêter de vivre tous les 2 mai. » Répondit Teddy, avec un sourire triste.
« Je trouve ça courageux… »
« C'est surtout que je n'ai pas le choix. » haussa des épaules Teddy. « Et puis je ne la passe pas avec n'importe qui ! Tu me donnes le sourire, tu m'occupes à chaque fois, et tu fais attention à moi, à ce que je peux ressentir, à ne pas me blesser. Je préfère passer ma journée à me réjouir de ta naissance ! »
« C'est gentil de dire ça… »
« Eh mais dis donc, Teddy ! Tu es en… » S'exclama Spencer alors qu'il arrivait. « Avance… Et pas tout seul à ce que je vois. »
« J'avais promis à Victoire de passer la journée avec elle, pour son anniversaire. » expliqua succinctement Teddy.
« J'avais failli oublier, joyeux anniversaire, c'est vrai ! »
« Merci » répondit timidement la petite fille.
« Comme il y avait le match, on s'est dit qu'elle pouvait regarder avec nous. Ça ne dérange personne après tout, si ? »
« Oh je ne pense pas non, tant que tu n'encourages pas les Serpentards ! » répondit Spencer avec un clin d'œil.
« Uniquement les blaireaux ! » Jura-t-elle.
Juste derrière Spencer, le reste des élèves de la maison Poufsouffle arrivèrent. Plusieurs d'entre eux demandèrent à Victoire ce qu'elle faisait là, sous-entendant qu'ils la feraient bien déguerpir pour son insolence, avant d'être réduits au silence par le regard assassin du cousin de la petite fille. Celui-ci resta toujours auprès d'elle, même quand ses amis voulurent tester le fond de la tribune, pour voir si la position était meilleure. Maxime eut la bonne idée de murmurer qu'ils les laissaient entre amoureux et il eut droit lui aussi à un regard étincelant de la part de son ami. La petite fille se retint de laisser une claque partir. Ça n'était pas parce qu'elle était une fille qu'il fallait se croire tout permis, non plus !
Heureusement, le match commença, la distrayant des remarques. Madame Bibine fit son entrée sur le terrain pour accueillir les deux équipes. Les deux capitaines se serrèrent la main alors qu'elle lançait les balles. Tout de suite, les joueurs s'envolèrent et Jimmy Jordan entama ses commentaires. Aussi surexcité que d'habitude, il sautillait dans la tribune, manquant plusieurs fois de renverser le chapeau de la directrice de Poudlard. Il n'hésitait pas à encourager ouvertement l'équipe de sa maison, quitte à se prendre des coups de coude dans les côtes.
Les tribunes de Serdaigle et Gryffondor n'étaient pas aussi remplies que d'habitude. Les deux maisons devaient s'affronter dans un match fin mai, juste avant les examens. La plupart des élèves profitaient donc des week-ends précédents pour travailler et pouvoir assister au dernier match de l'année.
Victoire était bien contente de s'être installée chez les jaunes et noirs, au moins, il y avait une sacrée ambiance. Bon, elle avait peut-être entendu un certain nombre de gros mots quand les Serpentards faisaient une bonne action, à en faire rougir sa mère de colère si jamais elle les répétait. Mais c'était quand même très drôle. Et puis elle se prenait au jeu, à encourager une équipe qui n'était pas la sienne.
Soudain, un mouvement de foule attira son attention et la fit se retourner. Au loin, elle aperçut Leonore qui se précipitait vers elle, essayant de se frayer un passage parmi les élèves mécontents.
« Victoire ! Faut qu'on parle ! »
« Chut ! »
« Victoire ! »
« Mais elle va se taire oui, on n'entend plus les commentaires de Jimmy ! »
« Et qu'est-ce qu'elle fiche là, c'est une Gryffondor ! »
« Et l'autre aussi d'ailleurs. »
« Mais pourquoi elles font leur réunion maintenant ? Elles ne peuvent pas se parler après le match ! Il y en a qui aimeraient le regarder ! »
« Victoire ! Il faut vraiment que tu viennes voir ça ! » Cria encore Leonore, se fichant bien de ce qu'on pouvait dire d'elle.
Enfin, Spencer la prit en pitié. Assis dans les derniers rangs, il n'était pas très loin d'elle et attrapa le journal qu'elle brandissait pour le faire passer à la petite fille quelques rangées devant lui. Assez populaire malgré le fait qu'il ne soit qu'en troisième année, il n'avait pas de mal à faire passer le journal entre les mains de quelques filles pour le délivrer à Victoire. Celle-ci l'attrapa tant bien que mal et le parcourut des yeux. Le bruit ambiant se calma enfin et chacun se reconcentra sur le match.
« Qu'est-ce qu'elle veut te montrer de si important ? » Fit Teddy, se penchant par-dessus son épaule pour voir ce qui l'intriguait.
« Je ne sais pas encore. Il n'est pas ouvert au début, alors je suppose que c'est sur cette page que je dois trouver l'article intéressant… »
« Il doit être sacrément important pour qu'elle traverse le parc, monte les escaliers et se fasse huer sans rien dire par toute une maison. » commenta le jeune homme.
« Oh, regarde ! » S'exclama la blonde. « Attends, je te lis l'article. Il s'intitule : Revitalisation d'une corne de licorne. »
« En quoi ça nous intéresse ? »
« Ecoute la suite ! » rétorqua Victoire en parcourant des yeux l'article pour le lui résumer : « D'après l'article, des scientificomages auraient trouvé le moyen de revitaliser une corne de licorne, alors qu'elle était brisée en plusieurs morceaux et déjà utilisée. Ils ont réussi à lui rendre toutes ses propriétés ! Et ça n'est qu'un tout petit encart à la fin de la Gazette ! »
« Je croyais qu'on ne pouvait pas créer à partir de rien. Que c'était une des grandes règles de la magie. » Fronça des sourcils son cousin.
« C'est le cas. Et ils le précisent bien dans l'article. Ils n'ont pas retrouvé les propriétés à partir de rien mais à partir de minuscules particules de magie qu'il restait à l'intérieur de la corne. Elle avait été presque entièrement vidée mais quelques particules s'étaient accrochées à la racine de la corne. Ils s'en sont rendu compte et du coup, ils les ont manipulées pour les multiplier en quelque sorte. Apparemment, c'est un tout nouveau sortilège de leur invention, qui leur a pris plusieurs mois, et le premier exploit scientifique de ce genre. Ils n'ont même pas eu besoin de reconstituer la corne. »
« Et ça n'a pas fait la une des journaux ? Etrange, ça… »
« Oh tu sais, ils ne sont pas toujours très fins à la Gazette du Sorcier. Bon, sauf dans la rubrique sportive où tante Ginny est là pour rattraper le niveau. Regarde, ils ont mis l'élection des premières miss régionales comme couverture, comme si on ne se fichait pas de ce concours ! »
« Il faut avouer qu'il y a de jolies filles… »
« Teddy ! »
« Mais ça ne vaut pas la page de couverture, je suis bien d'accord avec toi ! » rajouta-t-il précipitamment.
« Il faut qu'on rejoigne Leonore. Elle doit nous attendre, et je crois que c'est urgent. »
« Attends, mais… et la fin du match ? Et notre journée tous les deux ? On ne sait même pas le lien entre cet article et notre problème ! » S'écria Teddy, avec une mine déçue.
« Mais bien sûr que si ! S'ils ont réussi pour cette corne, alors il y a un moyen de faire la même chose avec le… enfin tu sais quoi ! C'est important Teddy, c'est maintenant qu'il faut qu'on y aille. »
« Ça ne peut vraiment pas attendre ? »
« Tu fais comme tu veux, mais moi, j'y vais. Et puis on s'en fiche, tout le monde sait que vous allez gagner. »
Elle se leva de son banc pour l'enjamber et passer dans le rang derrière. Elle s'appuya sur un garçon en perdant un peu l'équilibre, et celui-ci l'aida à se dépatouiller. Elle le remercia avant de continuer son chemin à travers les rangées. Plusieurs élèves l'aidèrent, bon gré mal gré, las de la voir s'empêtrer dans ses couches de vêtements et pieds, pressés d'être tranquilles à regarder leur match. En se retournant, elle vit que Teddy la suivait, pas franchement ravi. Il bougonnait encore alors qu'ils rejoignaient Leonore qui les attendait à la sortie des tribunes.
« C'était vraiment si urgent que ça ? Pour nous faire rater le match ? »
« Oh ça va, ça n'était qu'un match de Quidditch ! Des types qui volent après une balle pour la mettre dans un cerceau. T'en verras d'autres l'année prochaine ! » S'exclama Leonore, excédée.
« Un simple match ? Une… balle ? » Faillit s'étrangler Teddy.
« Ça n'est pas parce que tu n'aimes pas trop ça que tu dois le montrer aux autres. » remarqua Victoire. « Moi j'aime bien aller les voir jouer. »
« Oui mais toi tu as ça dans le sang ! »
« Tellement que j'ai eu un mal fou à monter sur un balai les premières fois… Oncle Fred a dû se retourner dans sa tombe. Bon allez, dis-nous le plan. On fait quoi maintenant qu'on a vu cette coupure de presse ? »
« On cherche à faire pareil ? » suggéra la rousse.
« T'es sérieuse là ? Mais on ne peut pas ! Tu n'as pas bien lu là ! Ce sont de grands chercheurs sorciers qui travaillent dessus depuis des années qui ont trouvé comment faire, comment tu veux qu'on y arrive alors qu'on n'a pas du tout les connaissances ? » S'écria Teddy.
« Tu veux que toute la tribune entende, pour parler aussi fort ? » Remarqua Leonore.
« Dis donc tous les deux, vous n'avez pas fini de vous battre. Et il a raison, on ne peut pas faire ça. On n'a pas les connaissances. »
« On doit en parler. Je crois que c'est le moment. » Conclut Teddy.
