Castiel x Dean
Note: merci pour vos encouragements et j'espère que vous continuerez à suivre cette histoire avec plaisir.
Vos critiques et commentaires sont les bienvenus car ils me permettent d'avancer.
Yakusokuyumi : petite dédicace pour toi avec une introspection de Sam expliquant sa réaction face à la relation de Dean et Castiel
Iantocullen : la suite comme promis !
Barjy02 : oui oui, dans cette histoire j'insiste pas mal sur le côté posséssif de Sam et la peur qu'il a de perdre Dean (ça change de d'habitude…) d'où ses réactions assez tranchées. Dean s'est effectivement montré franc, quitte à blesser Castiel. Quant à savoir si Dean restera bien sage, je dirais que l'avenir nous le dira et que la réponse tu la liras dans quelques chapitres )
Bonne lecture et surtout bon noël!
Chapitre 8:
Castiel se sentait confus pour l'une des première fois de son existence. Son amour pour Dean le poussait à s'inquiéter pour lui avant tout autre chose et en cela il compromettait sa mission. Mais renoncer à Dean était comme renoncer à une partie de lui-même.
Thomas sentant le doute s'insinuer en Castiel ajouta :
- Mon ami, tu te dois de renoncer à cet amour impossible. Tu finirais par tuer ce qui te semble aujourd'hui si précieux. En tant que soldat du Seigneur, ta vie n'est faite que de combat et de violence est-ce ce que tu veux apporter à cet humain ? Si Dean est ta faiblesse, tes ennemis n'hésiteront pas à l'exploiter pour t'atteindre et tu seras la cause même de la mort de celui que tu chéris ! Castiel, pour ton bien, pour celui de cet être aimé, tu dois renoncer à lui.
Castiel baissa le regard terrassé d'une douleur insoutenable. Thomas était l'un de ses frères les plus sages et son expérience bien supérieure à la sienne. Ses paroles ne pouvaient qu'être mûrement réfléchies il avait toujours respecté Thomas et aujourd'hui ses paroles le déchiraient totalement. A peine venait-il d'obtenir la confiance et l'amour de Dean qu'il devait aussitôt y renoncer. S'il avait pu mourir de douleur, l'ange se serait consumé sur place. Malgré des battements de cils plus rapides, Castiel ne put résorber l'eau salée qui envahissait le bord de ses yeux. Etait-ce cela pleurer ? Dean allait-il aussi pleurer quand il devrait lui annoncer qu'il le laissait pour retourner au ciel ?
L'ange et l'humain se tenaient face à-face, au sommet du Mont Saint-Michel. Drôle d'endroit pour se dire adieu : choisir un lieu saint pour renoncer à l'être aimé au nom de Dieu… Le soleil couchant irritait l'œil de Dean et celui-ci fronçait les sourcils tant à cause de l'astre jaune qu'à cause de ce qu'il venait d'entendre.
- Tu… es en train de me dire que tu repars dans ton putain de paradis, en me laissant là comme un gros con parce que je te déconcentre, résuma le châtain à sa façon en tentant de maîtriser sa colère.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, dit maladroitement l'ange en sentant la situation lui échapper.
- Alors vas-y, redis moi ce qui te pousse à ma larguer comme une merde après m'avoir sauvé la peau et m'avoir baisé il y a deux jours à peine…
- Dean, si tu savais ce que j'éprouve… Je… renoncer à toi me déchire mais…
- Mais tu le fais quand même, hurla cette fois ci l'humain dont le cœur semblait exploser sous le chagrin. C'est… à cause… d'Abrasisse ? De ce qu'il m'a fait, voulu savoir Dean qui avait bien ressenti l'irritation de l'ange à chaque évocation de ces souvenirs.
- Non Dean ! Ne crois pas ça. Ce qu'il t'a fait m'emplit de haine mais contre lui et moi pour n'avoir su te protéger ! Ça n'a rien à voir !
- Alors quoi ? ? Pourquoi putain ?
Son monde s'écroulait. S'avouer son amour pour Castiel avait été un combat terrible mais c'était encore pire d'avoir baissé sa garde et laissé le brun atteindre son âme et son corps plus loin qu'aucun être n'était jamais allé. Il lui avait tout donné : sa confiance, son amour, sa… foi et aujourd'hui il se sentait trahi, abandonné. Après tout ce qu'ils avaient traversé, éprouvé…
Le regard de Dean trahissait ce que ses lèvres scellées et frémissantes ne laissaient sortir :
- Vas-tu m'abandonner toi aussi ? Vas-tu déserter alors que tu m'avais promis que plus jamais je ne serais seul ? M'aimes-tu si peu que tu renonces déjà à nous ? Ai-je fauté ? Suis-je… trop… faible ?
- Oh Dean, s'emporta Castiel en saisissant le visage de son amant d'une main et en l'embrassant rageusement.
Posant son front contre le châtain après le long baiser, Castiel entendit les battements de cœur de Dean s'accélérer. Il sentait toute la douleur de l'humain et ne pouvait dire un mot sans l'aggraver. Face à son propre chagrin il ressentait la nécessité d'écourter ces adieux cruels. Et pourtant c'était son choix. Pour Dieu. Pour le monde. S'il se sacrifiait, il savait qu'il sacrifiait aussi son protégé, son ami, son amant, son amour. Dieu avait exigé ce qu'il chérissait le plus et Castiel obéissait mais il eut la quasi-certitude en regardant les orbes verts envahis de déception, de douleur et de colère qu'il venait de détruire quelque chose à jamais en Dean. Devait-il réellement être la source de la destruction de l'ainé des Winchester ? Dieu pouvait-il tolérer qu'après tant d'épreuves et de douleurs Dean soit à nouveau accablé de tant de douleurs ? Quand connaîtrait-il la paix ? Il avait cru pouvoir la lui apporter. L'aimer et le protéger, lui réapprendre la confiance et l'amour et il ne faisait que l'enfoncer dans un gouffre de solitude plus profond.
- Ne me laisse pas, gémit Dean soudainement en agrippant désespérément l'ange.
Castiel fut bouleversé par cet élan et ses larmes soudaines. Il n'avait jamais vu son amant craquer face à lui : fierté oblige, Dean avait toujours cherché le contrôle et même en proie au chagrin, il ne s'était jamais « mis à nu » aussi directement. Il semblait si fragile dans ses bras qu'il aurait pu briser son corps d'une étreinte et pourtant ce redoutable chasseur était tout sauf vulnérable. Ses supérieurs avaient donc raison : leur amour tuerait Dean car elle le rendait plus vulnérable, accessible… Il serait la cause de la mort de son amant. Il repoussa alors cet être chéri et dit d'un ton qu'il voulait détaché.
- C'est ainsi Dean, je suis navré crois-moi mais c'est mieux ainsi. Tu auras des maîtresses beaucoup plus à même de… te satisfaire.
Castiel se devait d'être cruel, ainsi Dean passerait plus facilement à autre chose et la haine qu'il lui vouerait vaudrait mieux que le déchirement d'une séparation, aussi ajouta-t-il :
- Dean, tu m'as initié à l'amitié, à la chaleur d'un foyer et au sexe : tu as été mon ami, mon frère, mon amant et je ne saurais jamais te remercier assez. Mais si j'ai beaucoup appris, je ne pense pas que cette expérience doive se poursuivre… Je suis désormais un archange et toi… un humain…
- C'était des galops d'essais c'est ça ?!Avant de trouver le bon cheval ! Pardon étalon ! Espèce de co… connard, hoqueta Dean après avoir décroché une droite majestueuse à cet ange auquel il croyait tant. Et t'as attendu que je balance tout à Sam avant de t'en rendre compte ?
Il ne pouvait croire ce qu'il entendait : ces mots étaient une torture digne des enfers. Des hauts-le-cœur le prenaient ainsi qu'un déséquilibre. Il crut qu'il allait perdre pied face au regard d'un bleu glacial. Castiel déploya ses ailes désormais blanches, signe de son statut céleste supérieur et disparut dans un éclair de lumière tandis que l'ainé des Winchester s'écroulait à terre. Les deux mains au sol, il releva le buste et à genoux supplia la gorge nouée :
- Ne me laisse pas…
Mais l'ange ne revint pas. Dean se replia sur lui-même. Ses entrailles semblaient se déchirer et laisser place à un trou noir happant toutes ses espérances et ses souvenirs. Il pleura ainsi, à terre, comme un orphelin abandonné ne sachant plus quelle direction prendre. Quand il fut à court de larmes, il se sentit encore plus vide que jamais auparavant. Tel un automate, il se releva. Il devait assurer, pour Sam. Etre fort, chasser, veiller sur son cadet. Reprendre la routine sans laisser transparaître le gouffre au bord duquel il se trouvait.
Castiel apparut dans la chambre de Boby. Il savait que pour que Sam le supplie de cette manière l'affaire devait être grave s'il avait fait en sorte de ne plus pouvoir entendre Dean, l'ange n'avait pu s'empêcher de maintenir une légère écoute vers le cadet par… mesure de précaution… Cette chambre sentait la fièvre, la maladie le regard de Castiel se porta sur le lit qui était occupé.
- Sam, appela l'archange en rapprochant du corps qui s'agitait éperduement.
- C'est Dean, souffla Sam depuis la porte d'entrée.
Son état faisait peur : il respirait la fatigue et la peur. Le visage grave et la mâchoire crispée il regardait à présent le lit.
Castiel se retourna pour suivre le regard de Sam et s'approcha doucement du lit en proie à une crainte grandissante.
Sur le visage de Dean apparaissait un courant de veines vertes émanant de sa nuque. Il était trempé de sueur et malgré son état comateux, il s'agitait épuisant ainsi ses dernières forces. Castiel se posa près de l'humain et tenta en repoussant les draps d'atteindre le point d'émergence de l'infection démoniaque.
- Ne me touche pas. Putain arrête ça… Pi…pitié, gémit Dean, s'adressant à un ennemi illusoire.
- Chut, c'est moi Dean, Castiel. Il faut que je sache d'où ce mal vient.
Levant le tee-shirt l'ange localisa un nœud de veines noirâtres et proéminentes. Il s'en rappelait bien, c'était l'endroit même où il avait guéri une blessure profonde il n'y avait pas si longtemps. Lors de leur combat contre Abrasisse, l'hybride avait bien senti que cette partie du corps de l'ainé des Winchester était encore imprégnée de l'énergie de l'ange. Castiel ne pouvait oublier que ce fut avec un plaisir sadique qu'Abrasisse avait passé sa langue sur cette zone, la marquant à son tour de son empreinte. Comment oublier ces images immondes où Dean subissaient ces assauts de l'hybride dans un silence de mort pour lui… Pour ses ailes… Ironie du sort, Dean s'était sacrifié pour que l'ange puisse le quitter par la suite. Et aujourd'hui, alors que Castiel avait cru que sa séparation avec son amant lui permettrait de mieux lutter pour le protéger de toutes ces souffrances, celles-ci l'atteignaient de plein fouet. Abrasisse, même brûlant en enfe,r avait encore réussi à atteindre ce qu'il convoitait tant : Dean et à travers lui le cœur de Castiel. Il avait coupé tout lien avec l'humain car il craignait que celui-ci ne reprenne ses habitudes de séducteur et cherche du réconfort auprès de conquêtes féminines. Il ne pourrait accepter que d'autres ne lui apportent ce à quoi il se défendait de céder mais il lui était douloureux d'imaginer le plaisir de Dean, apporté par une autre que lui. Dans son amour, il s'était révélé pour la première fois jaloux voire possessif, sentiments qu'il ne connaissait que théoriquement auparavant. L'ange posa son front sur celui du malade soudain plus calme mais toujours brûlant de fièvre.
- Tu peux le soigner, n'est-ce pas ? s'enquit Sam affolé à la vue de la douleur de Castiel.
- Ce… n'est pas aussi simple, je le crains, dit enfin Castiel après avoir à nouveau regardé le visage de Dean. En devenant Archange, j'ai acquis un grand nombre de pouvoirs mais j'ai dû en contrepartie renoncer à certains dont… le pouvoir de guérison.
- Tu… tu ne vas rien faire !?
- Depuis combien de temps…
- Je… je sais pas trop, hésita Sam en se passant une main dans les cheveux. Il n'arrivait plus à raisonner et la panique le gagnait tandis qu'il réalisait que l'être dans lequel il plaçait ses derniers espoirs ne pouvait rien faire.
- Deux trois semaines je dirais…
- Et tu as attendu tout ce temps avant de m'appeler ?
- Attends mais tu me fais quoi là putain, s'emporta Sam. C'est toi qui l'as planté là, qui lui as fait croire je ne sais quoi ! Il était déjà dans un état lamentable avant que les premiers symptômes se pointent, par TA faute alors me jette pas la pierre. Tu sais ce que c'est le pire ? C'est que je me sens coupable au fond car comme un bon petit frère je l'ai écouté quand il m'a dit de pas faire appel à toi… Je… je l'ai cru quand il a dit qu'il était juste crevé… Puis à nouveau quand il m'a dit que c'était une putain de grippe…Et encore une fois quand il m'a dit que ça devait être qu'un petit démon de mes deux qu'on buterait fastoche à deux… Non, pas besoin de contacter Boby Sam, on va pas l'inquiéter pour des conneries non Sam cherche pas à joindre le putain d'emplumé, il a sa guerre à mener et pas le temps pour des conneries… Moi… Moi je l'ai écouté Castiel, tu m'entends ?! Parce que c'était plus simple ! Parce que j'avais peur que ça soit réel ! Parce que c'est Dean qui prend les décisions, tu piges ?
Sam n'arrivait plus à stopper l'avalanche de mots et de justifications qui sortaient de sa bouche. Trop de solitude, d'angoisses, de douleurs et de culpabilité contenues.
- Mais… y'a quelques jours, il s'est mis à vraiment délirer, il s'est écroulé d'un coup… La fièvre baisse pas alors que ces putains de trucs verts continuent de le bouffer progressivement… De temps en temps il convulse puis il semble se réveiller mais il commence de suite à gémir et à prier je sais pas quoi après, il retombe illico dans cet espèce d'état comateux. Putain, dis-moi qu'il va pas crever, Castiel ? Castiel ?! Putain, le regarde pas comme ça ! Dis-moi qu'il va pas crever, insista Sam au bord de la folie furieuse face au regard emplis de douleur de l'ange qui continuait silencieusement à observer Dean, caressant le visage trempé de sueur. Castiel semblait dans un autre monde qui n'appartenait qu'à lui et à Dean, ce que Sam ne pouvait accepter : comment osait-il l'exclure en ce moment ? Comment osait-il taire sa douleur ? Comment osait-il ne pas se battre pour son frère qui, lui, avait tout bravé pour aider l'ange ?
Castiel n'avait plus qu'une vague conscience des propos de Sam tout comme de sa présence. L'espace-temps lui semblait figé. Tout ce qui arrivait lui incombait. Il ne pouvait le sauver, mais comment accepter de le perdre définitivement ? Le contact avec la peau de Dean avait tout fait rejaillir, tout ce qu'il avait essayé d'occulter au nom de son Père. Les sourires, les confidences, le partage, le contact de leurs corps et leur découverte d'une jouissance partagée, la rencontre de l'âme de Dean… Des morceaux de souvenirs anciens parfois heureux mais souvent douloureux, remplis de responsabilité et de solitude… Des fragments de souvenirs plus récents avec son frère, son impala, ses combats mais aussi ses fous rires et… leur rencontre, à la fois inquiétante et rassurante dans l'esprit de l'humain. A présent il ressentait chaque parcelle de Dean et la douleur qui électrisait son corps par vagues continues. L'ainé des Winchester brûlait de l'intérieur où un poison croissait. Castiel aurait tout donné pour ne plus être spectateur de cette souffrance, pour l'arracher hors de ce corps. S'il avait pu l'endosser il n'aurait pas hésité comme seul un parent ou un amant est prêt à le faire pour l'être chéri.
Dean souleva faiblement ses paupières laissant entrevoir deux émeraudes brumeuses. Il essaya de lever une main vers ce visage qui lui semblait si familier mais qui fuyait sa main.
- Cas, essaya de murmurer Dean à travers une quinte de toux sanglante.
Le prénommé saisit cette main au vol et la serra à la briser :
- Je suis là.
- T'es en congé payé ?
- J'ai reçu… un appel me disant qu'on avait besoin de moi.
- J'avais dit à Sam…
- Ferme-la Dean, supplia l'ange s'accrochant toujours à la main faiblissante du châtain.
Un son plaintif sortit de la gorge de l'ainé des Winchester comme s'il cherchait à reprendre une respiration entravée par le poison.
- T'es toujours… aussi canon, furent les derniers murmures de Dean arpentant un faible sourire sur ses lèvres desséchées par la fièvre.
Aussitôt le châtain sombra à nouveau dans un coma envahi de cauchemars. Castiel laissa sa main droite caresser la joue fiévreuse et plongea dans les cauchemars de son amant.
Il se trouvait à présent dans les Enfers rougeoyants. Une puanteur exécrable arrivait à ses narines tandis qu'une chaleur étouffante l'empêchait de respirer pleinement. Catsiel aperçut immédiatement son amant couché contre une énorme pierre plate. Les hanches d'Abrasisse se mouvaient régulièrement et brutalement contre le corps nu de l'humain. Face à cette vision Castiel se mordit violement le poing droit afin de ne pas hurler. Il assistait à la concrétisation du pacte démoniaque alors que celui-ci n'avait pas eu réellement lieu. Il ne s'agissait là que d'une projection de l'esprit de Dean accablé par la fièvre. Si Castiel eut des hauts le cœur face à cette vision, la suite l'accabla d'un chagrin sans nom. Il vit les traits d'Abrasisse changer et entendit distinctement cet échange :
- Allons Dean, je sais que tu aimes ça. N'aie pas honte, accepte le, souffla le tortionnaire dans un coup de rein tout en griffant le torse de sa proie. Tu crois que ton ange va te sauver ? Mais mon pauvre Dean, je suis déjà là, continua le bourreau en empruntant les traits de l'amant de Dean.
Le gémissement de Dean ne fut plus celui de la douleur mais de la honte, de la tristesse le nouveau corps si semblable à celui de Castiel réussit à le faire jouir tandis que lui-même s'appropriait complétement le corps du châtain .
L'ange recula la tête lui tournait face à la scène à laquelle il avait assisté. Il était lui-même le tortionnaire de Dean dans ses cauchemars. Comment en avaient-ils pu en arriver là ? Comment Dean pouvait-il l'amalgamer à Abrasisse ? N'en supportant davantage, Castiel s'arracha aux cauchemars de Dean et se retrouva à nouveau dans la chambre où Sam veillait son frère. L'ange avait le cœur à vif et une envie de vomir le submergea alors que des flashs du châtain torturé lui revenaient en mémoire. Il n'était plus que haine et désespoir il se haïssait d'avoir péché par orgueil, privilégiant ses nouvelles responsabilités dues à son rang à son propre amant. Il haïssait Thomas, l'ange supérieur d'avoir su trouver les mots et profité de son orgueil pour le convaincre de quitter l'ainé des Winchester. Il haïssait Dean ne n'avoir su le retenir, de n'avoir su exprimer l'ampleur de sa détresse et d'imaginer que lui, son ange gardien, son amant, pourrait abuser de lui. Et par-dessus tout il haïssait ce démon qui lui avait pris ce qui lui était le plus précieux au monde, son amant et la confiance de ce dernier. Il avait à nouveau péché par orgueil en croyant avoir vaincu Abrasisse et sauvé Dean alors que celui-ci avait continué à la torturer, à le ronger de l'intérieur. A quoi lui servaient tous ses pouvoirs s'il ne pouvait pas même sauver ses amis, sa famille… Jetant un coup d'œil à Sam, il vit un visage défait, creusé par la peur et l'insomnie. Il voyait un frère perdre le dernier membre de sa famille mais aussi un homme perdre son ami, son coéquipier, son confident. Sam sans Dean n'était plus rien, qu'un champ dévasté, prés à sombrer à nouveau dans la folie démoniaque.
- Je vais tout arranger, Sam, ça va aller, promit l'ange en posant fermement sa main droite sur l'épaule de son ami.
L'état de fatigue et de détresse de Sam était tel qu'il ne put pas même répondre, laissant la pression de la main lui insuffler une chaleur réconfortante. Il sentait que Castiel lui transmettait un peu de son énergie, mais à quoi lui servirait-elle sans son frère ? Il était si abattu qu'il n'avait pas même la force de détester Castiel. S'il l'avait considéré comme responsable pendant un certain temps, il avait dépassé ce stade pour sombrer dans le désespoir. Il aurait tout donné pour que Dean ouvre ses yeux et balance une de ses blagues à la con, pour qu'il réclame un de ces immondes hamburgers ou encore pour qu'il le gonfle avec sa surprotection, pour qu'il l'engueule, pour qu'il beugle, pour qu'il jure, pour qu'il soit tout simplement Dean, vivant, entier, insupportable mais unique et au fond si altruiste.
- Je veux savoir… quand tu m'as sauvé, quand tu as pris en toi ma folie… Pourquoi l'as-tu fais ? Tu te sentais coupable ?!
- Je pense que tu connais déjà la réponse Sam. Je l'ai fait parce que tu étais mon ami et que je me sentais coupable mais aussi pour Dean… Je savais qu'il ne pourrait lutter sans toi à ses côtés.
- A…à quel point aimes-tu Dean ? Est… est-ce que tu couches avec lui, lâcha Sam sans véritablement saisir lui-même la teneur de ses propos.
- La réponse de Castiel tomba lourdement et fut suivie d'un silence pesant :
- Oui.
- Ah, finit par répondre Sam sont les oreilles vrombissait.
Son univers entier était chamboulé, Castiel avait confirmé : Dean son frère, cet homme viril, parfois macho s'envoyait un ange ?! Et pas n'importe quel ange : leur ami, leur protecteur, leur ange gardien. Alors Castiel était plus qu'un partenaire potentiel pouvant le remplacer comme Benny, feu le vampire ? Castiel, qui revenait toujours d'entre les morts et surmontait tous les obstacles prenait la place d'amant. Il avait… changé son frère, l'avait détourné des femmes, l'avait rendu pédé !? Dean qui n'avait jamais pu compter sur qui que ce soit faisait confiance à l'ange plus que lui encore, Sam le savait mais de nombreuses fois déjà Castiel avait failli : alors méritait-il l'amour de Dean ? Mais lui-même avait failli et trahi son frère : alors qui était-il pour juger Castiel ? Mais Sam ne pouvait s'empêcher de haïr ces images qui l'envahissaient après l'aveu du brun : ces images de sexe auquel l'ange et son frère s'adonnaient, oubliant leur mission et leurs amis. Qu'importe au fond que Dean aime un homme mais Castiel quand même !Un ange, leur ami ! Mais en même temps, si Dean lui en avait parlé c'est qu'il devait vraiment tenir à…ça…et Sam n'avait pu oublier le regard décu de Dean face à sa réaction au snack…Son frère avait toujours était là, l'acceptant sans le juger alors de quel droit jugerait-il sa « relation » avec l'ange. Au fond il réagissait comme son père aurait réagi, c'est-à-dire comme un con…Si Dean avait besoin de sa bénédiction, il ferait en sorte de la lui donner.
Thomas… Seul lui pourrait répondre à ses questions. Seul lui pourrait guérir Dean ou même demander à Dieu de le guérir ! Après tout n'était-ce pas l'un des plus proches anges de leur Père et ne portait pas-t-il une part de responsabilité dans ce cauchemar ? Oh oui, son frère allait l'aider à sauver Dean, de gré ou de force. Et Dean irait mieux, il ouvrirait ses yeux si verts et moqueurs, sortirait une de ses expressions que Castiel ne comprenait jamais et tout serait oublié. Qu'il était dur de ressentir des émotions et non plus de les entrevoir, de les percevoir chez les autres ! Juste retour de bâton, après tant d'absences de ressenti, il voyait bien depuis sa promotion que ses sentiments étaient exacerbés : colère, peine, culpabilité le rongeaient. Seul son amour pour l'ainé des Winchester demeurait le même, immuable, constant car il s'était construit avant de devenir archange, parce qu'il était le fruit de nombreuses épreuves traversées ensemble, d'expériences communes et de moments partagés sur plusieurs années. Castiel avait appris à ressentir auprès de Dean les Winchester avaient su lui apprendre à ne plus feindre mais à vivre, à assumer ses propres émotions, quelles qu'elles soient…
Thomas mit un certain temps à répondre à l'appel de son frère et ce ne fut qu'à la nuit tombée que Castiel se retrouva enfin face-à-face avec son ainé.
- Tu m'as appelé au sujet de Dean, devina sans mal Thomas.
- Il est en train de mourir…Abrasisse a dû l'infecter de je ne sais quelle façon. Tu dois intervenir !
- Castiel…Tu sais que je n'ai pas le droit de le faire et même si j'en avais l'autorisation, je ne le pourrais. Dean est rongé par le lien qui le lie à Abrasisse, ce n'est pas une blessure normal. Aucun ange ne pourrait la résorber totalement et Dean finirait par sombrer à nouveau dans la souffrance.
- Il ne peut pas mourir ! Il doit y avoir un moyen.
- Tu parles comme un humain Castiel. Tu es un archange, ta sagesse te dit que tu ne peux rien faire hormis le laisser partir.
- NON, hurla Castiel à l'encontre de son ainé en se dirigeant vers lui. C'est sur tes conseils que je l'ai abandonné, pour sa sécurité ! Tu es en partie responsable de ce qu'il vit aujourd'hui tout comme moi. Tu dois m'aider à le sauver.
- Thomas fixa ses yeux azur sur son frère comme pour mesurer sa détermination puis soupira :
- Le pacte scellé doit être défait, je ne vois que cette solution…
- Comment ?
- La fusion d'Abrasisse et de Dean n'a pu être achevé mais malgré tout, Abrasisse a bu son sang et mêlé ses sécrétions avec celles de ton protégé le cycle doit être achevé et assainit par un sang pur. Tu dois faire boire à Dean le sang d'Abrasisse puis ton sang. Pour ce qui est de tes sécrétions, je pense que ton protégé en a déjà largement profité…
- Le sang d'Abrasisse…
- Condamné à passer l'éternité dans une cage similaire à celle de Lucifer. Tu connais les risques et les difficultés pour y accéder sans dommage…
- Je dois le faire ! S'il meurt, commença l'ange dont la voix se brisa.
- Castiel, ton amour pour cet humain t'aveugle et te détourne de ta voie. Comment veux-tu protéger l'humanité si tout ton être se tourne uniquement vers cet homme ?
- Dean m'a ouvert les yeux au contraire, répliqua Castiel ressentant tout le manque de son amant. Il m'a appris à ne plus être spectateur parmi les humains mais à ressentir comme eux pour mieux les comprendre. Comment les protéger et les aider si l'on ne peut éprouver les mêmes peines, les joies et désirs qu'eux ? L'amour de Dean m'a rendu plus fort car il ne donne un but et l'espoir. Il est mon guide parmi les humains.
- Et quel guide, reprocha Thomas, qui pousse un ange à succomber à la luxure…
- Est-ce de la luxure que de se fondre dans une âme ? N'est-ce pas au contraire l'aboutissement total de l'amour que de s'abandonner à l'autre ?
- Tu as changé Castiel, qui pourrait départager la part d'ange de la part d'humain en toi…
Castiel baissa un instant la tête puis la releva et fixant un point à l'horizon dit avec détermination :
- Je vais sauver Dean et rien, rien, ne pourra plus me détourner de lui.
