60. Enterrement

— J'te l'ai dit, je ne rentrerai pas maintenant ! cria Seamus, attirant l'attention de tout le monde dans le hall d'entrée sur sa mère et lui.

— Sois raisonnable ! protesta t-elle. Ton père et moi serions beaucoup plus rassurés si –

NON ! rugit Seamus, son corps tremblant violemment. J'reste pour l'enterrement, maman, et tu n'peux rien faire contre ça.

Mme Finnigan lança des regards nerveux autour d'elle, appréciant peu tous les regards qu'ils recevaient.

— D'accord, d'accord, dit-elle avec véhémence. Mais je reste aussi. J'vais essayer de trouver une chambre à Pré-au-Lard, mais ça n'va pas être facile, ça c'est sûr. Il y a des gens qui viennent de partout.

Seamus se détendit, soulagé.

— Merci, 'man.

Elle embrassa le haut de son crâne puis quitta le château. Seamus se dirigea vers les escaliers où Dean l'attendait. Ils retournèrent ensemble dans la Salle Commune. Il ne parlaient pas, mais en même temps ils n'en avaient pas besoin. Dean garda sa main dans le dos de Seamus pendant tout le chemin. Dean se disait que c'était pour que Seamus arrête de trembler, mais en réalité, Seamus était devenu son ancre depuis la mort de Dumbledore il avait le sentiment qu'il allait se noyer s'il ne touchait pas Seamus de quelque façon qui soit.

Ils se réveillèrent tous le lendemain matin pour ranger leurs affaires et mettre leurs robes de cérémonie en silence. Personne ne parlait beaucoup, l'atmosphère était douloureuse. Après que tout le monde ait avalé ce qu'il pouvait pendant le petit-déjeuner (c'est-à-dire pas grand chose), McGonagall se leva et leur dit de la suivre. Malgré que ce soit un magnifique jour d'été, aucun oiseau ne chantait et personne ne se sentait d'humeur à profiter du soleil.

Des centaures apparurent à la lisière de la forêt et les sirènes sortirent leurs têtes du lac. Des centaines de sorcières et de sorciers étaient là. Un petit homme parla de Dumbledore, mais Seamus et Dean n'écoutaient pas. Ils étaient assis et se tenaient par la main, leurs doigts entrelacés et leurs têtes baissées, pleurant silencieusement. Mme Finnigan était assise de l'autre côté de Seamus et lui tapotait occasionnellement le genou.

Après l'enterrement, Seamus et Dean, qui se tenaient toujours par la main, quittèrent la foule pour s'isoler un petit moment. Mme Finnigan les surveillait d'une distance respectable et ils disparurent à un coin du château.

— On dit que Poudlard va peut-être fermer, dit doucement Dean.

— Qu'est-ce que tu vas faire si c'est l'cas ? lui demanda Seamus.

— Je ne sais pas, répondit-il. Tout vient juste de devenir tellement plus dangereux pour moi, Seam. Tu le sais ça ?

Seamus hocha de la tête, mais refusa de rencontrer les yeux de Dean, préférant fixer leur mains liées.

— Si les choses... Si les choses empirent, il se peut que tu n'aies pas de nouvelles de moi pendant un moment, continua Dean. Je vais peut-être devoir disparaître pour garder ma famille en sécurité.

Seamus plissa des lèvres et serra la main de Dean. Il n'aimait pas entendre ça, même si c'était vrai. Dean était un Né-Moldu, et les Nés-Moldus allaient devenir la cible numéro une de Celui-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom. Il serra fortement ses paupières ensemble, comme s'il pouvait éloigner la douleur aussi longtemps qu'il ne pouvait pas la voir.

— Dean, je dois t'dire quelque chose, dit fermement Seamus, levant des yeux humides vers lui. S'il y avait bien quelque chose qu'il avait appris avec la mort de Dumbledore, c'était que demain n'était jamais une garantie. J'veux te le dire depuis un moment maintenant, mais je n'en ai jamais eu l'courage. J'ai b'soin de te l'dire maintenant, avant que... avant que quelque chose...

Dean le fixait avec une expression que Seamus ne pouvait pas lire. Il avala difficilement sa salive.

— S'il-te-plaît, ne me haïs pas pour ça, dit-il désespéramment. Dean... Dean, je –

— Non, ne le dis pas ! l'interrompit soudainement Dean, les yeux écarquillés et effrayés.

Seamus le fixa choqué.

Dean posa ses mains de chaque côté du visage de Seamus qui leva son visage vers Dean pour pouvoir le regarder profondément dans les yeux.

— Je sais, Seam, je sais, murmura t-il, une expression affectueuse au visage. Tu crois qu'après tout, après tout ce que l'on a traversé, que je ne... que je ne sais pas ou... ne ressens pas la même chose ? demanda t-il tristement.

Les yeux de Seamus se remplirent de larmes.

— Juste... ne le dis pas à voix haute, lui dit Dean. Pas encore. Donne moi quelque chose à attendre avec impatience pour quand tout ça sera fini, ok ?

Seamus hocha de la tête et quelques larmes coulèrent de ses yeux. Dean lâcha son visage, ses mains tombant mollement contre ses jambes.

— Ma mère m'attend, bredouilla Seamus d'un air hébété, prenant quelques pas tremblants en arrière. J'devrais y aller.

Dean acquiesça, son visage déformé par la tristesse, et Seamus se retourna pour partir. Dean tendit le bras vers lui et d'un mouvement fluide il agrippa le bras de Seamus, le tourna vers lui, plaça sa main à l'arrière de la tête de Seamus, et écrasa leurs lèvres ensemble. Seamus répondit furieusement à ce baiser, se pressant contre le corps de Dean et s'accrochant à ses épaules. Il caressa la lèvre inférieure de Dean de la langue et gagna accès à la bouche de son ami. Leurs langues dansèrent pendant un moment qui sembla durait une éternité, puis ils se séparèrent et trébuchèrent en arrière.

— Prends soin de toi, Seam, lui dit Dean après avoir pris une grande inspiration.

— 'Sûr, tant que tu me reviens, lui répondit Seamus, les yeux sombres.

Dean hocha de la tête avec douleur.

— 'Sûr.

Seamus s'éloigna de Dean, marchant difficilement comme si chaque pas qui l'éloignait de l'homme noir lui provoquait une agonie physique, ce qui pourrait bien être le cas étant donné que c'était aussi douloureux. Sa mère s'approcha de lui dès qu'elle le vit apparaître au coin et enroula son bras autour de ses épaules. Les larmes coulaient de ses yeux.

— C'est rien, bébé, c'est rien, lui dit-elle en l'entraînant vers le portail de l'école.

Mais il savait que ce n'était pas rien.