Le dortoir
Evans nous fit traverser le Hall à bonne allure. Tous les petits semblaient en plein rêve et regardaient autour d'eux avec attention. J'avoue que ce château est impressionnant. La préfète nous guida à travers nombre de passages, traversant des tapisseries et ouvrant des portes cachées.
Elle me jetait fréquemment des regards intrigués et, ne semblant plus y tenir, me dit :
- Tu sais, je n'ai jamais vu la bande à Potter adresser si rapidement la parole à une nouvelle arrivante, aussi jolie soit-elle.
- Ah...
- Tu les connaissais déjà ?
- Euh... pas vraiment... mais on a été dans le même compartiment durant le trajet et... euh... enfin voilà quoi...
Et voilà que ma timidité reprenait le dessus ! Je suis vraiment lunatique, c'est horrible. Durant le repas, je ne sais pas ce qui m'a pris en plus j'aimais bien les maraudeurs, ils sont drôlement sympathiques ! Mais bien sûr ma susceptibilité a pris les dessus ! Quelle idiote je suis ! Je détournai les yeux.
- J'ai beau ne pas les aimer, je trouve que tu y as été un peu fort. Pas que ça ne leur fasse pas du bien mais c'est la première fois que je vois une fille les fusiller du regard au lieu de les regarder mièvrement depuis que je suis ici. A part moi-même peu t-être... Et en plus ils semblent avoir peur de toi, pourquoi ? me demanda-t-elle.
Je l'ignorais, je ne voulais pas lui répondre. Elle attendit un peu mais laissa tomber. Je sentais sa curiosité à côté de moi grandir petit à petit mais je resterais catégorique, elle ne saura rien, il y a déjà quatre personnes de trop au courant !
Les première année derrière nous chuchotaient avec excitation. Enfin nous arrivâmes devant un grand tableau sur lequel était représentée une grosse dame toute de rose vêtue et portant un chapeau pointu surplombé de fruits sur ses cheveux bouclés. Elle avait un visage joufflu et sympathique, les joues rouges et des yeux marron chocolat.
- Mot de passe ? demanda-t-elle avec une certaine grâce.
- Garouhof, répondit la préfète avec assurance.
Tiens ! Lupin a dû adorer ce mot de passe ! pensais-je ironiquement. Le tableau s'ouvrit sur un passage étroit conduisant à la salle commune des Gryffondor. Les couleurs de la maison y régnaient en maître. Elle était pleine de fauteuils moelleux, plusieurs petites tables étaient disséminées dans toute la pièce. Les Maraudeurs étaient déjà installés sur les fauteuils les plus près de la cheminée où brûlait un feu vif et riaient à je ne sais quelle plaisanterie. Quand ils nous aperçurent, j'eus le droit à deux regards noirs et des sourires machiavéliques. Gloups, il faut que je fasse attention moi. Ils se retournèrent et recommencèrent à discuter comme si de rien n'était.
Evans expliqua aux petits où étaient leurs dortoirs puis les laissa à leur joie de la découverte. Elle revint vers moi et me fit signe de la suivre. Elle s'engouffra dans un escalier en colimaçon et nous montâmes jusqu'en haut. Là, on voyait une porte en bois sombre qu'elle ouvrit sans hésitation. Elle avança dans la pièce et s'exclama :
- Les filles, non ! Laissez ce hibou tranquille !
Les deux adolescentes que j'avais déjà vues avec la préfète au festin se précipitèrent vers leur lit et lui firent des yeux innocents. Evans récupéra la lettre, caressa la tête du hibou avec tendresse et celui-ci partit sans se faire prier.
- Désolée Lily mais on ne connaît pas ce hibou. C'était de la curiosité rien d'autre, je te le jure.
La sorcière rangea sa lettre dans sa table de chevet et se retourna en soupirant, les mains sur les hanches. Pendant ce temps, je m'étais faufilée discrètement vers le lit où était posé mon sac. Je profitai que la rousse rouspète ses amies pour me changer et défaire mon sac. Je mis mes vêtements dans la petite commode mise à ma disposition et un des objets auxquels je tenais le plus tomba sur le sol avec un petit tintement métallique. Je me baissai rapidement et ramassai la bague en argent. Le bruit avait attiré l'attention des trois autres filles, deux d'entre elles ne savaient pas que j'étais là, ou du moins ne m'avaient-elles pas remarquée. Cela expliqua le petit cri surpris qu'elles poussèrent en me regardant avec des yeux écarquillés.
- Oh ! On ne t'avait pas vue ! s'exclama la petite blonde avec ses yeux noirs ronds comme deux billes de billard.
Sans blague ?
- Oui, désolée. On t'accueille vraiment mal, excuse-nous s'il-te-plaît, ajouta celle du lit de droite avec un petit accent espagnol en secouant la tête comme une folle, ses longs cheveux marron chocolats volant autour d'elle en fouettant ses épaules menues.
- Ne vous inquiétez pas, je comprends que vous aviez assez à faire avec la tigresse rousse qui vous sert de préfète, m'esclaffai-je.
Je les vis esquisser un petit rictus moqueur tandis que ladite rousse me fusillait du regard malgré le petit sourire amusé qu'elle affichait.
- Au fait, moi c'est Lucy Blane, me dit la blonde.
- Et mi c'est Carmen Imyes, dit l'autre en levant le doigt avec timidité.
Comme si je ne l'avais pas vue !
- Enchantée, je crois que je n'ai pas à me présenter...
- Non effectivement, gloussa Lucy.
Je leur souris et retournai à mes affaires. Je rangeai ma superbe bague sertie d'un rubis et de petites pierres de Lune dans mon sac après l'avoir enfilée sur ma chaine argentée afin qu'elle ne tombe pas encore une fois. Je la mettrai demain. Comment ça se faisait que je possède un tel bijou alors que je n'avais pas un sou en poche ? C'est simple, d'aussi loin que je m'en souvienne, je l'ai toujours portée autour du cou. Ce devait être un cadeau de mes parents. Je pourrais la mettre à mon doigt maintenant mais j'ai gardé l'habitude de la porter en pendentif.
Les trois amies continuaient à discuter en me jetant des regards en coin assez fréquents. Je feignis de ne pas les voir et me glissai dans les couvertures.
Alors que le sommeil me gagnait, je me demandai comment se passerait la journée du lendemain. Et dire qu'i peine 24 heures, j'étais en train de dormir sur une branche de chêne dans Hyde Parc !
