Retour à l'envoyeur
Je sortis de la pièce et décidai de me promener un peu dans le château en profitant de cet endroit merveilleux un maximum. Un peu plus loin devant moi j'entendis soudain des éclats de voix. Je les reconnus et marchai plus vite dans leur direction.
-... de petit crétin dégénéré ! Le jour où je sortirai avec toi, les dragons cracheront de l'eau ! Alors tu ne vas pas commencer l'année comme ça parce que ça va mal aller pour toi ! vociféra une voix aiguë que j'identifiai comme celle de Lily.
-Mais Lily jolie... supplia un autre voix, Potter.
-Ne m'appelle pas comme ça, explosa-t-elle, ou je te jure qu'il t'en cuira !
Je les vis enfin au détour d'un couloir, Lily tremblait de rage, ses yeux lançant des éclairs vers un Potter recroquevillé sur lui-même comme un enfant pris en faute. Derrière eux, Lupin, Black et Pettigrow étaient pliés en deux, ils se mordaient le poing pour ne pas éclater de rire afin que Lily ne les entende pas. Je restai figée, proprement stupéfaite, j'avais totalement oublié ce « petit » problème mentionné par les livres.
-Mais Lily...
-Il n'y a pas de mais, et ne m'appelle pas Lily ! Pour toi c'est Evans ! cria-t-elle.
Je les regardai, éberluée, puis je rejoignis les autres garçons en pouffant discrètement. Peter ne réagit pas, ils avaient dû le mettre au courant de notre réconciliation, je chuchotai.
-Ils sont comme ça tout le temps ?
-Oui, et là encore t'as rien vu. Elle l'a pas encore giflé, répondit Lupin sur le même ton.
-Qu'est-ce qu'il lui a fait ?
-Oh, rien qu'un petit câlin tout mignon, gloussa Pettigrow tout bas.
-Pourquoi vous n'intervenez pas ? demandai-je.
-Tu veux rire ?! On tient à la vie nous ! Vaut mieux pas essayer, ça la mettrait encore plus en colère et crois-moi tu n'as pas envie qu'elle soit en colère contre toi, dit Black entre deux rires.
J'entendis soudain des pas précipités et vis McGonagall apparaître au coin du mur. Elle évalua du regard la situation et s'exclama, outrée :
-Miss Evans ! Qu'est-ce que c'est que ce tapage ? C'est totalement indigne d'une préfète comme vous !
Tout le monde sursauta sauf Lupin et moi, je me rendis compte que c'était plutôt agréable d'avoir quelqu'un qui avait quasiment les même facilités sensorielles que moi de temps en temps. Les battements du cœur de Lily firent une embardée lorsqu'elle se retourna pour voir la directrice de notre maison la regarder d'un air désapprobateur.
-Désolée professeur mais Potter devait comprendre qu'il lui serait mal avisé de m'embrasser sans mon accord.
Un éclat d'amusement traversa les yeux de l'adulte mais elle répondit avec sa sécheresse habituelle.
-Cela n'est pas une raison pour vous donner en spectacle ainsi, dix points de moins pour Gryffondor. Et maintenant partez tous, je ne veux plus vous voir dans les parages.
Lily partit d'un pas décidé et digne et je choisis de la laisser se calmer toute seule si bien que je me retrouvai (encore) avec les maraudeurs, à croire que le destin s'acharnait. Nous filâmes à l'opposé du professeur et de Lily.
-Dis Kinks, t'étais passée où ce matin ? me demanda Black d'un air décontracté.
Tous les autres se concentrèrent du coup sur la conversation, même Black était plus tendu qu'il ne le laissait paraître.
-Je me baladais dans le château et je suis allée faire un tour à Pré-au-Lard avec autorisation du directeur pour chercher des fournitures qui me manquaient, pourquoi ?
-Tu n'as pas été dans le château de la matinée, tu es allée à Pré-au-Lard dès la fin du petit-déjeuner ?
Comment il peut savoir ça lui ? A moins que... Non, ils n'ont pas déjà la carte de maraudeur... Ils ont juste dû me chercher un peu.
-Je suis revenue à l'instant et je suis bien partie après le petit-déjeuner, ça vous pose un problème ? répliquai-je, énervée par leur curiosité maladive.
J'accélérai le pas et ils me rattrapèrent.
-Non, c'est juste que ça nous intrigue, dit Potter.
-Oui, au cas où tu aurais oublié, on était dans ton compartiment et ton histoire de Beauxbâtons on y croit pas.
-C'est l'histoire de Dumbledore pas la mienne, répliquai-je.
-Qu'est-ce que tu viens faire à Poudlard ? demanda Lupin.
-Apprendre la magie, si vous vous souvenez de l'épisode du train alors permettez-moi de vous rappeler que je viens juste d'apprendre que je suis une sorcière.
-Et tu es déjà un multiani ? dit Pettigrow en fronçant les sourcils.
-Oui, c'est comme ça et j'y peux rien. Arrêtez avec vos soupçons à la noix, j'ai autre chose à faire que de vous écouter. Laissez-moi tout simplement tranquille s'il vous plaît ! J'ai quatre années de cours à rattraper, je dois lire une bonne vingtaine de livres, apprendre des sortilèges et plein d'autres choses alors vraiment, je vous en supplie, laissez-moi.
Ma tirade les avait laissés bouche bée. Lupin hocha la tête et ajouta :
-Excuse-nous d'être curieux Kinks mais tu es plutôt mystérieuse comme fille, tout ce qu'on sait de toi on l'a vu ou tu nous l'as dit et c'est bien peu.
-Vous ne pouvez pas vous en satisfaire ? Vous ne connaissez quand même pas toutes les filles sur le bout des doigts ? demandai-je, incrédule.
Je les vis échanger des regards et fixer d'un air entendu Black, c'était bizarre, ça ne m'étonnait pas...
-Eh bien, Sirius connaît quasiment toutes les filles comme ça.
-C'est pas vrai d'abord, fit le concerné, seulement les jolies, ajouta-t-il.
Il fit la moue et croisa les bras, faisant semblant de bouder et je soupirai d'exaspération en levant les yeux au ciel. Nous arrivâmes enfin à la Salle commune et je me dirigeai vers mon dortoir. Je pris un livre de métamorphose pour commencer à rattraper mes cours, ça me passionnait.
Quelques heures plus tard, j'avais fini de lire le livre et je descendis dans la Salle commune. Lily était là et sortit de son grimoire en m'entendant arriver. Elle me sourit et vint à ma rencontre en posant son livre sur le fauteuil où elle était assise.
-Tu vas manger ? demanda-t-elle et comme j'hochai la tête, elle continua. Je peux t'accompagner ? Lucy et Carmen m'ont abandonnée.
-Bien sûr.
Nous partîmes vers la Grande Salle d'un bon pas et nous nous assîmes à la table des Gryffondor. Je me servis un verre de jus de citrouille en fronçant le nez, il avait une drôle d'odeur... J'aperçus les Maraudeurs un peu plus loin qui se tordaient de rire et réalisai trop tard en ouvrant les yeux d'horreur qu'ils avaient sûrement mis quelque chose dans le pichet devant moi.
-Ne bois rien à ce pichet Lily ! m'exclamai-je précipitamment avant de me sentir changer de forme.
Je gloussai de surprise, les idiots, me transformer en poule... Ha, ha, ha, très drôle ! Il y eut d'ailleurs de grands éclats de rire dans toute la salle. Je me tournai vers les quatre garçons en gloussant encore mais cette fois, de colère. Je me concentrai en espérant que ma métamorphose réussisse et grognai.
Le silence se fit dans la salle. Je pariai qu'ils allaient croire à une mauvaise manipulation de potions. Je tournai la tête à droite et à gauche genre « oh, tiens, je suis une panthère maintenant » et regardai les quatre rigolos avec un air sadique et méchant. Tout le monde était pétrifié. Je bondis sur le sol et courus à grandes foulées vers ceux qui m'avaient fait cette mauvaise farce. Ils ne bougeaient pas d'un iota. Je les fixai avec un regard carnassier. Je m'arrêtai avec grâce et me tassai sur moi-même comme si j'allais leur sauter dessus. Je me sentais bien dans ce corps ! Si libre !
Avant de bondir sur la table devant eux, je balayai la Grande Salle des yeux, mettant au défi quiconque de m'en empêcher. Puis je sortis les griffes et m'élançai, faisant un bruit de tonnerre quand j'atterris sur le bois dur en rayant la surface polie. Je les fixai dans les yeux un à un afin qu'ils comprennent de ne pas recommencer ce genre de chose avec moi.
C'est à ce moment-là que le professeur McGonagall arriva dans la salle. Elle poussa un cri de surprise et s'exclama :
-Par Merlin ! Que se passe-t-il ici ? C'est une élève ? demanda-t-elle en me pointant du doigt.
Je ne fis pas attention à elle jusqu'à ce que d'un coup de baguette elle me ramène à ma forme normale. Je me retrouvai accroupie sur la table des Gryffondor avec un rictus mauvais étalé sur mes lèvres dirigé vers les quatre Maraudeurs.
-Miss Kinks, pouvez-vous m'expliquer ce qui se passe ?
-Ces idiots -pardonnez-moi l'emploi de ce mot professeur- ont cru bon de me faire avaler je ne sais quelle potion mal préparée dans le but de me transformer en poule. Pendant quelques secondes il y a eu le résultat escompté avant que je ne me change en panthère noire comme vous avez pu le voir, expliquai-je tranquillement en me glissant doucement sur mes pieds.
Lesdits garçons étaient bien trop choqués pour répliquer, sauf éventuellement Lupin. Je fis mon sourire le plus innocent et interceptai le regard amusé de Dumbledore. J'inclinai discrètement la tête dans sa direction pour le remercier de ne rien avoir dit aux professeurs quant à mon pouvoir.
-Ah, encore eux, dit-elle sèchement et je me réjouis de les voir déglutir. Messieurs, je crois que jamais des élèves ne firent autant perdre de points à leur maison le premier jour à l'école. J'enlève quinze point à Gryffondor pour chacun d'entre vous.
Il y eut une ovation aux trois autres tables tandis que des soupirs exaspérés et des regards agacés traversaient la nôtre. Lily leur lança un regard noir imitée par ses amies et je les rejoignis. Elle me sourit.
-J'imagine qu'ils avaient mis la potion dans le pichet, d'où ta demande de tout à l'heure n'est-ce pas ? dit-elle.
-Effectivement, je trouvais que le jus avait un goût bizarre et je me suis souvenue de leur vengeance prochaine. Pourtant on s'est réconciliés !
-C'est vrai ? s'exclama Carmen.
-Oui, j'ai su les prendre par les sentiments mais il semblerait que cela n'ait pas suffi.
Elles eurent des regards entendus.
-C'est pas plutôt que t'es assez jolie et que Black a des vues sur toi ? me demanda malicieusement Lucy.
-Certainement pas ! Et si c'est le cas, il peut toujours courir, répondis-je.
Elles rirent et je bougonnai dans ma barbe.
-En tout cas tu leur a bien donné le change, continua-t-elle.
-C'est bizarre d'ailleurs, ils ne se sont jamais trompés dans une potion farceuse, ajouta Carmen, mais après tout c'est le début de l'année, il ne faut pas trop en demander.
Elles avaient toutes un air songeur et je décidai de ne pas répondre. La conversation devenait dangereuse pour moi et elle s'arrêta donc là. Je terminai mon rosbif sans aucune autre interruption.
Je montai me coucher et rigolai silencieusement dans mon lit en repensant à la journée de fou que je venais de passer et aux visages ahuris des quatre garçons.
