Comment le rat créa les chauve-souris
Le lendemain matin, je descendis tôt dans la Salle commune et restai spectatrice de la conversation entre Lupin et Lily. Je baillais à m'en décrocher la mâchoire toutes les dix minutes, mes yeux se fermaient et je luttais pour rester éveillée...
- Mia ! Mia, debout ! Il faut que tu descendes vite ! Allez, dépêche-toi !
Pourquoi mon rêve faisait-il crier Carmen aussi fort ? Pourquoi était-elle hystérique ? Pourquoi la Salle Commune était-elle bondée ? Je dors ou pas ?
- Allez la marmotte, debout, hurla Carmen à moins de deux centimètres de mon oreille.
Je poussai un cri de terreur et me propulsai hors de la portée de cette folle, en faisant une pirouette arrière. Durant le saut, j'eus le temps d'analyser toute la pièce et ne décelai aucun danger dans la salle soudain silencieuse et figée. Je me réceptionnai sur mes pieds et réalisai la situation, tout le monde me fixait avec effarement : ils avaient tous vu ma voltige. D'accord, pas de commentaires s'il-vous-plaît, c'est encore heureux que je ne me sois pas métamorphosée par inadvertance.
Je me raclai la gorge et m'avançai vers Carmen en feignant de ne pas remarquer le silence désagréablement épais qui nous entourait.
- Salut Carmen, qu'est-ce que tu disais? demandai-je ne prenant un ton faussement enjoué.
Elle sembla sortir de sa transe, ses yeux s'éclairèrent. Elle se redressa et me prit la main en m'entrainant vers le portrait de la Grosse Dame. Une fois que nous l'eûmes traversé en hâte, elle s'exclama :
- C'était quoi ça ? Tu sais que tout le monde va être au courant maintenant ? Mais qu'est-ce qui t'as pris ? Non, tu as raison, je ne veux pas savoir. Je te préviens quand même que ça va faire le tour du collège en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, mais après c'est ton problème, n'est-ce pas ? Enfin bon, je t'ai réveillée pour t'emmener dans la Grande Salle, il y a un truc qui devrait t'intéresser là-bas. Allez viens, suis-moi.
Elle marcha encore plus vite, nous courrions presque. Cette fille était impressionnante, je l'adorais encore plus en ce moment. Elle nous fit faire un sprint, si bien qu'en arrivant à la table des Gryffondor, je m'affalai en haletant sur le banc entre Lily et Lupin. Tiens, qu'est-ce qu'il fait là lui ? Oh, je crois que j'ai interrompu une discussion entre préfets, tant pis...
- Bonjour... Lily... Lupin..., articulai-je difficilement.
La rousse abandonna son air renfrogné quand elle vit dans quel état j'étais. Et me lança un regard compatissant en foudroyant Carmen assise à côté de Lucy, celle-ci haussa les épaules.
- Que t'est-il arrivé Kinks ? me demanda Lupin.
- Un réveil en fanfare... deux fois, dis-je avec un peu moins de difficulté en lançant un regard perçant à la rousse et à la brune, et un magnifique sprint jusqu'à la Grande Salle pour...
Je m'interrompis soudain et fixant le long paquet posé en travers de la table avec une lettre à mon nom.
- ... c'est quoi ça ?!
Carmen me jeta un regard exaspéré et très impatiente, le genre de regard qu'ont les enfants le jour de Noël avant d'ouvrir un cadeau.
- C'est la raison pour laquelle je voulais que tu descendes vite, Mia.
- On lui avait dit de te laisser dormir mais elle n'a rien voulu entendre, ajouta Lily.
- Je ne peux pas laisser un mystérieux paquet sous mon nez sans l'ouvrir alors autant qu'elle soit là ! expliqua Carmen.
Lucy leva les yeux au ciel au moment où James Potter et son acolyte de toujours, j'ai nommé Sirius Black, entraient dans la Grande Salle avec un grand fracas. Tout le monde se tourna vers eux mais un envol de chauves-souris fit diversion pendant qu'ils rejoignaient Lupin.
Ce dernier poussa un soupir de lassitude et je regardai la table des Serpentard qui était soudain vide. Je compris en un clin d'œil et éclatai de rire tout comme les autres élèves de l'école. Lupin esquissa un sourire en m'observant mais je n'y fis pas attention plus que ça. Je jetai un coup d'œil à Lily qui devenait de plus en plus rouge, son visage jurant avec ses cheveux et ses yeux verts, étincelants de fureur. Je ne sais pas comment elle faisait pour se mettre dans cet état à chaque fois que les Serpentard subissaient une blague, personnellement je ne les comptais plus et elles m'amusaient bien au final. Elle se leva d'un bond, attrapa au vol les cols des deux idiots et les traina dans le hall d'un pas décidé pendant que les chauves-souris commençaient à changer de couleur, passant par toute la palette de l'arc-en-ciel. Je regardais le spectacle avec des yeux émerveillés, c'était magnifique ! Halloween n'était que dans une semaine et les Maraudeurs commençaient déjà des blagues sur le thème, superbe ! Cela me remonta sensiblement le moral.
Nous entendions vaguement des éclats de voix à travers les portes en chêne, malgré le froissement d'ailes incessant. Les animaux semblaient avoir du mal à voler, les pauvres, ils n'avaient pas l'habitude ! Je reposai les yeux sur le paquet longiligne et ouvrit la lettre qui m'annonçait que mon compte (maintenant ré-ouvert) venait d'être allégé de 234 Gallions d'or. J'écarquillai les yeux puis me jetai sur le papier d'emballage. Lupin et les filles éclatèrent de rire devant mon excitation mais ils se turent d'un coup quand ils virent la boite en ébène vernis sur laquelle était marqué en peinture dorée « Nimbus 1996 ». Je poussai un rugissement de joie qui affola les chauves-souris autour de nous et j'eus un rire nerveux. Les autres ne semblaient pas en croire leurs yeux.
- C'est bien ce que je pense ? demanda Lucy en agitant sa main pour écarter une chauve-souris et en fixant d'un air éberlué l'inscription sur la boite.
- Je crois, gloussai-je soudain, joyeuse et confiante.
Lupin hocha la tête d'un air approbateur.
- Avec ça, Kinks, on va gagner la coupe. James va sauter au plafond quand il va le voir.
Je me tournai vers le hall où on entendait toujours les éclats de voix.
- Je ne crois pas qu'il soit disponible pour le moment, lançai-je avec un clin d'œil.
Il rit et je lui souris. Je remarquai qu'il y avait moins de chauves-souris autour de nous et je vis McGonagall et trois autres professeurs occupés à ramener à leur forme normale lesdits animaux. L'une d'entre elles, la plus grosse, passa sous mon nez. A ce moment-là, elle survolait la table de Gryffondor. Je la reconnus à l'odeur et éclatai de rire en sortant ma baguette magique. Si il y avait une matière où j'étais forte, c'était bien la Métamorphose, j'avais déjà récupéré mes quatre années dans cette matière ainsi qu'en DCFM, en Soins aux Créatures Magiques et en Sortilèges. Je pointai ma baguette vers la chauve-souris et prononçai le contre-sort alors qu'elle prenait une belle teinte magenta.
Severus Rogue s'étala sur la table de bois, il était rouge de colère et de honte. Il se redressa avec raideur et descendis de la table en se prenant les pieds dans sa cape, ce qui redoubla nos rires. Le vacarme avait attiré Lily qui était réapparue sur le seuil. Elle poussa un glapissement furieux et se retourna vers les deux rigolos mais ceux-ci en avaient profité pour s'échapper et nous rejoignaient en riant aux éclats.
Carmen gémit d'impatience en me fixant avec des yeux larmoyants, j'ouvris donc la boite et en sortis le balai afin de la faire taire. Potter et Black venaient d'arriver derrière nous et ils poussèrent de petits cris de surprise quand ils virent mon engin. Le capitaine poussa un rugissement triomphal.
- Waouh Kinks ! Avec ça, on va gagner, c'est sûr ! Les Serdaigle n'ont qu'à bien se tenir !
L'écriture dorée se reflétait sur ses lunettes rondes et il semblait dans un état de joie tel qu'il n'arrivait plus à trouver ses mots, chose très rare chez lui. A ce moment-là, un gros rat gris grimpa sur la jambe de Lupin. Carmen hurla et s'enfuit en courant, elle détestait les rongeurs en général. Je regardai l'animal attentivement et inspirai longuement, c'était Pettigrow. J'éclatai de rire quand je compris, c'était lui qui avait lancé le sort de chauve-souris en se glissant sous la table puis en se transformant. Ils sont vraiment extraordinaires ! Ils me regardaient bizarrement, rongeur compris et je les ignorai. Je rangeai mon balai dans la boite et m'en emparai.
Je sortis de la Grande Salle toute contente. Les Serdaigle étaient forts mais ils n'avaient pas le dernier balai sorti dans leur équipe, eux ! Les battements d'ailes et les bruits de chutes que j'entendais derrière moi renforçaient ma bonne humeur. Je ne stresserais plus jamais pour quelque chose d'aussi futile que le Quidditch, promis.
