Comment gagner un match façon Mia
Je stressais à cause du Quidditch... La boule dans mon ventre se noua, j'étais terrifiée. Les cris enthousiastes et les rires des élèves se rendant sur les gradins semblaient parvenir d'une autre planète. Non, pas d'un autre monde, merci bien...Tiens d'ailleurs, je pourrais retenter d'aller dans un des mondes parallèles à l'occasion, je suis courageuse, je suis à Gryffondor après tout !
- Kinks réveille-toi !
Une main passa dans mon champ de vision, me ramenant sur Terre, toute l'équipe me fixait. Je grimaçai.
- Désolée, je suis un peu trop stressée.
Ils me regardèrent avec des mines compatissantes. Tout le monde semblait à cran, même Potter avait perdu de sa superbe. Seul Black était détendu, il jouait nonchalamment avec sa batte dans un coin des vestiaires, frimeur. Enfin, se fut l'heure, Potter bégaya un discours d'encouragement et nous entrâmes sur le terrain nos balais sur l'épaule.
oooOoOooo
Le Vif d'or changea encore de direction et nous calquâmes notre trajectoire sur la sienne. J'entendais nos capes claquer dans le vent, mon adversaire tenta de me pousser mais je parais son attaque. La balle plongea vers le sol et nous le suivîmes côte à côte entamant une descente en piqué. Des exclamations retentirent dans la foule.
Toute ma concentration allait sur la minuscule balle qui filait devant moi en se rapprochant du sol à une vitesse folle. Je soupirai, il me faisait le même coup à chaque fois ! Qu'est-ce que je lui ai fait ? L'attrapeur des Serdaigle, un certain Smith, dévia en catastrophe. Je sentis plus que je n'entendis tout le stade retenir sa respiration, les autres joueurs s'étaient arrêtés de jouer et m'observaient.
Je tendis la main et me couchai sur mon balai. Mes doigts se refermèrent sur le métal froid au moment où j'effectuai un rétablissement rapide, trop tard. Je filai en rase motte, le dos frottant la terre. Mon balai m'échappa finalement et s'arrêta un peu plus loin.
Le silence persista pendant que je remettais mes esprits en place, les yeux fermés, allongée sur le sol. Le match avait duré plusieurs heures. J'entendis l'air siffler autour de moi et des bruits de pas précipités. C'est alors que je me redressais difficilement en brandissant mon poing d'où dépassaient deux petites ailes dorées. C'était comme si on avait brusquement allumé le son, des exclamations retentirent de partout mêlés aux soupirs de soulagement et aux cris de déception.
Mes yeux toujours fermés mais le sourire aux lèvres, je sentis que l'on me soulevait de terre, deux mains fermes me tenaient et j'ouvris enfin les paupières pour voir Potter debout devant moi, rayonnant de joie. L'équipe nous entoura et commença à hurler de triomphe en effectuant une étreinte collective.
Les supporters envahirent le terrain dans une gigantesque marée rouge et or. Des gens se pressaient de toute part autour de nous en criant des paroles inintelligibles. Je souriais toujours, béate mais Potter m'avait lâchée et je tanguais. Ce match avait été très éprouvant, autant pour les nerfs que physiquement. Je vis Lily et Carmen plus loin qui sautaient sur place. Je voulus les héler mais m'entendis à peine. J'essayais donc d'avancer mais je titubai et basculai en arrière. Je fus rattrapée à temps par quelqu'un, je ne pus déterminer qui sur le moment. Cette personne me maintenait fermement debout tandis que nous fendions la foule. Je tournais enfin la tête et vis Lupin me faire un clin d'œil. Il continua à m'entraîner à travers la cohue vers mes amies en évitant de me bousculer.
Nous arrivâmes enfin et il me relâcha. Je tâchai de rester droite mais les filles me sautèrent au cou me faisant tomber à la renverse.
- Mia, ça va?
- Ne nous fais plus jamais ça ! J'ai failli avoir une crise cardiaque !
- Dios moi ! Elle est toute blanche !
- Il faut l'amener à l'infirmerie !
- Comment veux-tu faire ? Elle est incapable de marcher !
Je les entendais parler au dessus de moi mais n'arrivais pas à les distinguer l'une de l'autre. Je voulus me relever mais n'en eut pas la force. Lupin m'aida, il me portait presque. Il commença à marcher vers la sortie du terrain, les filles ne le virent pas, trop occupées à discuter de mon cas passionnant.
- Qu'est-ce que tu fais ? gémis-je.
- Je t'emmène voir Mme Pomfresh.
- Je vais très bien !
- C'est ça, s'esclaffa-t-il, tu tiens à peine debout.
Mes protestations ne changèrent rien. Les cris du stade s'estompaient au fur et à mesure qu'on avançait remplacé par le bruit feutré de nos pas sur le tapis d'herbe humide. Il marchait à grands pas me traînant presque totalement. Il gravit les marches de pierre du château en soupirant, je ne devais pas être légère.
- Attends, dis-je.
Et je me transformai en hibou dans la foulée, il était au courant alors autant en profiter pour lui faciliter la tâche de me faire traverser toute l'école. Surpris, il trébucha et me regarda sans comprendre. J'étais exténuée mais je réussis à m'envoler pour me percher sur son épaule. Il dut comprendre le message car il continua son chemin.
- Tu devrais redevenir humaine pour aller à l'infirmerie, dit-il lorsque nous aperçûmes les portes de celle-ci.
Je poussais un hululement fatigué mais ne releva pas, il me déposa sur le sol. Une fois métamorphosée, je m'accrochais à son cou et nous entrâmes dans la pièce. L'infirmière se précipita vers nous.
- Cognards ? Chute ? Collision ? s'empressa-t-elle de demander.
- Descente en piqué de vingt mètres, dérapage sur le sol, répondit Lupin.
- Merlin ! Allongez-la ici. Voilà.
Je sentis que l'on me posait sur un matelas de plume.
- Je pense qu'elle est juste très fatiguée, c'était son premier match, ajouta-t-il.
- Bien sûr, le stress n'aide en rien, dit Mme Pomfresh.
Ses pas s'éloignèrent vers la gauche, j'entendis Lupin s'asseoir sur une chaise près de moi. Elle revint et me fit boire une potion, je sentis comme une décharge électrique en moi et j'eus un regain d'énergie qui me poussa à me redresser sur le lit, les yeux grands ouverts. Elle me mit un gobelet contenant une potion violette entre les mains et m'ordonna de la boire. Elle repartit ensuite vers son bureau, j'obéis et mes paupières se firent lourdes, je m'enfonçais dans le sommeil avec pour dernière vision les prunelles dorées de Lupin.
- Merci de l'avoir amenée ici, chuchota une voix douce à côté de moi.
- Tu aurais dû nous le dire Remus, on t'aurait aidé à la traîner dans tout le château, murmura une autre voix plus grave.
- Ne vous inquiétez pas, elle est légère comme une plume.
Je souris tout en écoutant le reste de la conversation qui continuait sur le même thème, j'identifiai à l'oreille toute l'équipe, Lupin, Pettigrow, Carmen et Lily.
- N'empêche que j'ai eu la peur de ma vie quand j'ai compris qu'elle n'allait pas dévier malgré toute les fois où elle l'a fait aux entraînements, là c'était différent.
- Tout le monde Christie, tout le monde a eu peur, signala Lucy.
- Elle est formidable ! La feinte Wronski pendant les sélections et ça pendant le match ! s'exclama Black.
- Elle n'a même pas eu le temps d'avoir peur. Elle avait un grand sourire aux lèvres, elle semblait en extase totale, terrifiant, ajouta Connor, l'un des poursuiveurs.
- Oui, mais je pense qu'elle voulait faire la feinte au début, donc elle avait confiance en elle et puis...
- Huuummm...
Le silence se fit autour de moi suite à mon grognement. J'ouvris les yeux et les vit tous penchés vers moi, une légère inquiétude sur le visage. Oui, même les Maraudeurs, sans commentaires. J'esquissais un petit sourire et ils soupirèrent de soulagement. Je m'assis en douceur et m'étirai.
- Salut la compagnie ! lançai-je à la cantonade.
- Ça va ? me demanda Lily.
- Je pète la forme ! Ça fait longtemps que vous êtes là ?
Ils me sourirent tous dans un parfait synchronisme.
- Toute l'équipe, Lily et moi on est là depuis une heure mais Potter, Black et Pettigrow vienne tout juste d'arriver, répondit Carmen.
- Ah, j'ai dormi une heure ?
- Oui !
Une voix retentit derrière les autres qui se retournèrent en grimaçant. Mme Pomfresh arrivait, elle me demanda si j'allais mieux. A ma réponse positive, elle me fit encore quelques tests puis fronça les sourcils et annonça du bout des lèvres que je pouvais m'en aller. Je sortis donc de l'infirmerie escortée par mes amis et mon équipe au grand complet.
- Il y a une fête dans la Salle Commune, c'est pour ça qu'on est arrivé après les autres, m'informa Black avec un clin d'œil appuyé.
- Oui, tous les Gryffondor voulaient célébrer notre victoire exceptionnelle qui a eu lieu grâce à notre attrapeuse tout aussi exceptionnelle, s'exclama Potter.
Je rougis et détournais les yeux, je vis Lily pincer les lèvres. J'éclatai de rire.
- Et j'imagine que vous êtes allés chercher de quoi faire une fête digne de ce nom. Boissons, nourriture et farces et attrapes entre autres choses n'est-ce pas?, dis-je en toute innocence.
Ils s'arrêtèrent net, interloqués. Pettigrow gobait les mouches. Puis ils éclatèrent tous trois de rire.
- Exactement ! Et dire que tu ne nous connais que depuis deux mois ! s'écria le blond.
Nous continuâmes notre chemin en plaisantant et en riant. Quand nous arrivâmes nous fûmes accueillis par des rugissements et des exclamations de triomphe. Tous les Gryffondor étaient rassemblés et hurlèrent de joie à notre entrée en un vacarme du tonnerre. Waouh ! Si je n'étais pas sourde demain se serait un miracle. Des mains multiples me tirèrent et serrèrent la mienne. Des félicitations retentissaient de toute part. Je souriais tellement que c'en était douloureux.
Je réussis enfin à échapper à la foule et me pris une Bièraubeurre. Je me délectai de cette fameuse boisson tout en regardant autour de moi. La fête battait son plein, Carmen et Lucy discutaient avec deux blonds près de la petite bibliothèque et Lily était aux abonnés absents.
J'aperçus les Maraudeurs sur les canapés devant la cheminée. Black et Potter étaient les points de mire comme d'habitude et semblaient raconter le match dans les moindres détails -gestes grandiloquents à l'appui- à toute une meute de groupies gloussantes. Pettigrow était en train de se goinfrer et Lupin, la tête appuyée sur la main, semblait s'ennuyer ferme et regardant d'un œil vitreux ses deux amis.
Je le hélai en agitant les bras, manquant de me recouvrir de boisson. Il me vit, sourit et me répondit. Il se leva et entreprit de me rejoindre. Je remarquai que Black s'était momentanément figé et le suivait des yeux en fronçant les sourcils. Ses craintes semblèrent se confirmer quand il vit son ami me saluer mais il reporta son attention sur les filles ralenties du cerveau en face de lui.
- Alors Mia la fête te plaît ? lança-t-il.
- Oui, c'est vraiment extra !
Il venait bien de m'appeler Mia ? Oui, je crois. Cool...
- Ça fait bizarre la première fête Gryffondor n'est-ce pas ?
- Exactement, je m'amuse comme une petite folle !
Il éclata de rire et nous continuâmes à parler avec animation. J'adorais discuter avec lui, c'était toujours tranquille et simple. La soirée continua tranquillement dans la même ambiance festive et décontractée.
Enfin le professeur McGonagall apparut échevelée et de très mauvaise humeur. Elle nous envoya au lit à grand renfort de grognements et de cris. Une fois dans le dortoir je vis que Lily était couchée. Nous l'imitâmes sans bruits. Je m'endormis le sourire aux lèvres décidément heureuse d'être ici.
