Une sortie mouvementée

Une fois que les filles furent endormies, je me glissai hors de mon lit et descendis silencieusement les marches de pierre froide. Je traversai la salle commune et passai le portrait de la Grosse Dame. Une fois loin de celle-ci, je m'approchai d'une fenêtre et sautai. Je savourai le vent dans mes cheveux, j'éclatai de rire durant ma chute et à moins de quatre mètres du sol, je me transformai en chouette effraie.

L'air s'engouffra dans mes ailes déployées et je m'envolai. Comme cette sensation m'avait manquée ! J'étais transportée de joie ! J'adorais faire des vols nocturnes en plus et j'en profitais un maximum. Je glissais dans l'obscurité avec facilité et je me sentais totalement libre. J'entendis un aboiement en bas et je repérai le gros chien noir que j'avais vu dans la journée, dont la silhouette se détachait dans la nuit. Il était suivi d'un cerf majestueux aux couleurs ambrées.

Un hurlement lugubre retentit et une forme sombre fila vers le chien, je frissonnai et me rapprochai. Je me perchai sur une branche haute d'un arbre à la lisière de la Forêt interdite tout près d'eux. Je les observais avec amusement, le cerf bramait avec force et se faisait poursuivre par les deux canidés. Je discernai un petit corps entre ses bois, ce devait être un rat. Le loup et le chien couraient et se battaient dans une franche camaraderie.

« Eh Patmol arrête avant qu'il ne t'arrive quelque chose ! »
« T'inquiète Queudver, je gère. »

Je sursautai, c'était quoi ça ? Je ne rêvais pas, ils avaient trouvé un moyen pour communiquer sous leurs formes animales ! Trop bien, vraiment ils sont super forts ces gars ! Si ça se trouve je peux moi aussi communiquer avec eux... J'essaierais peut-être si l'occasion se présente...

Le loup se figea soudain et renifla l'air autour de lui. Il tourna sa tête vers moi, j'étais sûre qu'il ne pouvait pas me voir mais il semblait sentir mon odeur. Il s'agita alors et gronda doucement comme s'il était inquiet.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda James.
« J'en sais rien mais il est nerveux tout d'un coup » répondit Peter d'un ton légèrement anxieux.

Lunard me fixa, j'étais mal à l'aise et je me tortillai sur ma branche mais je lui renvoyai son regard au cas où.

« Ne vous inquiétez pas c'est juste une chouette » dit Sirius qui s'était approché de mon arbre.

Je l'observais d'un air courroucé et à ce moment une voix familière venant du château retentit dans la nuit calme et froide.

- Eh ! Vous ! Les élèves ne sont pas autorisés à traîner la nuit dans le parc ! Rentrez dans vos dortoirs immédiatement !

Une chevelure rousse flamboya dans la lumière de la pleine lune et je vis Lily marcher à grands pas vers nous. Je poussai un grand cri silencieux et je ne fus pas la seule... James et Sirius se lancèrent à la poursuite du loup qui se précipitait vers elle.

Lunard gronda férocement, Lily s'arrêta net et je m'envolai. Le loup distançait sans problème les deux animagi et je n'arrivais pas à le rattraper. Je me changeai en faucon pour aller encore plus vite. Je réussis enfin à le dépasser, je plongeai en virant de bord et en me transformant en lynx. Je remarquai au passage que Lily était pétrifiée, qu'elle respirait à peine et que ses yeux étaient exorbités par la peur.

J'entendis les exclamations silencieuses des trois amis lorsque je fonçai droit sur le loup. Nous nous rencontrâmes dans un claquement de mâchoires et nous nous combattîmes férocement chacun voulant soumettre l'autre. Il me projeta quelques mètres plus loin et me rejoignis presque aussitôt. J'avais réussi à le déconcentrer de sa cible d'origine. Le cerf et le chien avaient retrouvé Lily et la poussaient vers le château. Elle se mit à courir vers l'école à leurs côtés tournant le dos à la scène qui l'avait figée.

Je pris la forme d'un énorme tigre pour me relancer dans la bataille mais il s'était déjà jeté sur moi à une vitesse telle que je n'eus pas le temps de réagir. Je feulai et mon poil se hérissa sur tout mon corps. Nous commençâmes à nous tourner autour dans une posture prédatrice. Les trois autres nous rejoignirent et tentèrent d'apaiser le loup mentalement sans trop de succès.

Il fonça droit sur moi, je voulus l'éviter et sa mâchoire se referma sur ma patte au lieu de ma gorge. Je rugis et l'envoyai voler, j'étais dans une rage folle, il fallait que je me calme parce que j'allais franchement le tuer cet idiot. Sirius et James avaient réussi à l'empêcher de revenir à la charge même si je l'attendais. Ils le calmèrent enfin en lui parlant. Je haletai et lui aussi nous étions tous deux fatigués du combat. Je respirai lentement et retrouvai ma sérénité d'origine. Lily était en sécurité c'était le plus important, une blessure à la patte ce n'était rien comparé à sa vie...

Ils vinrent vers moi, Lunard traînant derrière par honte, c'est déjà ça... Ils semblaient intrigués. Le chien essaya de m'aider à me relever mais j'étais trop lourde et je grognai de douleur. Je lui fis peur. Le cerf se pencha vers moi et me demanda :

« Ça va aller ? »
« Qui es-tu ? » ajouta Sirius.
« Merci pour tout » glissa Peter.

Je réussis à avoir l'air amusé. Tant pis pour mon secret je vais tout leur dire. Dumby ne sera pas au courant c'est tout. Il faut que je me concentre pour prendre une autre forme moins encombrante et surtout pour me soigner. J'ai cette faculté si je le veux quand je me métamorphose mais il faut de la concentration. Je saignais abondamment il fallait que je me dépêche. Mais d'abord il fallait que je leur réponde.

« Je vais bien merci. Je crois que vous me connaissez. Je ne suis pas ce que vous pensez c'est tout. »

Ils tressaillirent en entendant ma voix et me dévisagèrent avec étonnement, Lunard gémit.

« Mia ? » pensa timidement Peter.
« Pour vous servir » lançai-je.

J'eus l'impression que Sirius souriait mais c'était difficile à dire sous forme canine.

« Mia... » commença James.
« Deux minutes » le coupai-je.

Ma plaie me faisait vraiment mal et une petite mare de sang s'élargissait au niveau de ma patte, il fallait que je guérisse immédiatement. Je fermai les yeux, je sentais leurs regards peser sur moi. Je me transformais en coyote, cela me prit au moins cinq minutes mais ils attendirent sans rien dire. Je me relevai et m'étirai.

« C'est bon maintenant » dis-je.
« Mais tu es guérie ! » s'exclama James.
« Ouais, je vous expliquerai les détails plus tard, promis. »
« Hum, multinani hein ? » susurra Sirius en s'approchant de moi.
« Non tu as raison, métamorfaune » répondis-je.
« Cool ! Pourquoi tu n'as rien dit ? »
« Pourquoi ne m'avez-vous pas dit que vous étiez des animagi ? » répliquai-je.

Ils ne répondirent pas tout de suite. Le loup-garou suivait la conversation attentivement, comprenait-il ce qui se passait ?

« Tu nous as reconnus tout de suite, n'est-ce pas ? »
« On peut dire ça comme ça... »

Nous marchions tranquillement à la lisière de la Forêt Interdite et ils ne me lâchaient pas des yeux...

« Au fait je sais ce que vous êtes depuis que vous êtes entrés dans mon compartiment dans le Poudlard Express. » ajoutai-je.

J'entendis leurs exclamations muettes, Lunard gémit doucement.

« Comment ? » dit Peter.
« Même sous forme humaine j'ai des sens plus développés que la moyenne. J'ai senti votre odeur tout simplement, votre odeur humaine est mélangée à l'odeur de l'animal dont vous prenez la forme. » expliquai-je.
« Cela fait beaucoup à assimiler en une soirée ».
« Et bien sûr je sais que Remus est ce loup-garou » dis-je en le désignant du museau.
« Si tu sais pour nous c'est logique que tu saches pour lui » dit James.
« Ça ne t'effraie pas ? » demanda Sirius.
« Et toi ? » répondis-je.
« OK, on arrête les questions pour le moment. »
« C'est une bonne idée, profitons de la nuit pour s'amuser comme jamais ! » dis-je avec bonne humeur.

Je regardais le loup, son langage corporel indiquait son envie de partir mais il n'osait pas. Je grognai amicalement et il se tourna vers moi. Je fonçai vers la forêt et il me suivit, talonné par les trois autres. Il ne tarda pas à me rattraper.

Nous passâmes ainsi la nuit à nous amuser comme des petits fous et nous ramenâmes Lunard à la Cabane Hurlante en traînant les pieds.

OoooooooooO

Le soleil d'hiver caressait ma peau et illuminait la pièce poussiéreuse à travers les planches condamnant les fenêtres. Sur un lit à baldaquin aux draps déchirés et délavés étaient affalés un rat gris et un énorme chien noir au poil hirsute. Un jeune homme à la chevelure noisette sommeillait entre les pattes du chien. Ses traits détendus étaient doux et innocents, il semblait en paix. Je souris, ils étaient si mignons quand ils dormaient ! Limite je les préférais quand ils étaient dans cet état...

J'entendis un petit bruit venant de l'escalier et je me remis sur mes pattes en silence mais je ne m'inquiétais pas : le cerf était absent. Je m'étirai longuement. Je sentis une bonne odeur précéder James qui entra les bras chargés d'un plateau déjeuner gigantesque. Il y avait assez de victuailles pour nourrir une bonne dizaine de personnes.

J'agitai la queue de contentement, il ne me vit pas et déposa le tout sur une petite console en bois dans un coin de la pièce. Il se retourna et poussa un soupir amusé. Je me métamorphosai.

- Ils sont choux comme ça, non ? dis-je.

Il sursauta et me fixa comme un illuminé puis les événements de la nuit semblèrent lui revenir et il sourit.

- Oui et le plus drôle c'est de les réveiller parce qu'il faut être parti avant que Mme Pomfresh n'arrive. Regarde faire le pro.

Il sortit sa baguette et fit un geste de chef d'orchestre. Un énorme seau d'eau apparut. Je clignai des yeux comme une folle puis luttait pour ne pas rire. James leva sa baguette et le seau se renversa dans un grand bruit sur les trois formes étendues sur le lit.

- AAAAAAAARRRRRRRRRRRGGGGGGGGGGGGHHHHHHHHHHHHH !

Un cri étranglé retentit et les deux animagi se transformèrent brusquement. Ils regardèrent tous les trois autour d'eux d'un air déboussolé et ahuri et se fut plus fort que moi, j'éclatai de rire avec James. Remus parut surpris de me voir et tira une tête qui redoubla mon hilarité, Sirius et Peter se joignirent à nous. Nous nous calmâmes cependant rapidement.

Remus réussit à dire quelque chose d'inaudible même pour moi en me pointant du doigt. Ne lui a-t-on jamais dit que c'était malpoli ? Je haussais les sourcils.

- Pardon ?
- Qu'est-ce que tu fais là ? balbutia-t-il.

Les trois autres pouffèrent et je leur jetai un regard agacé.

- As-tu des souvenirs de tes nuits de transformation ?

Il parut choqué que je sache et me vrilla de ses prunelles interrogatives. J'agitai la main pour signifier « plus tard » et attendit la réponse.

- Un peu plus depuis que je suis avec les gars, répondit-il en hésitant.

Je hochai la tête et regardai les trois autres.

- D'accord, donc tu te souviens de toute la nuit dernière ?
- Presque, euh... il y avait une odeur bizarre...
- Sûrement la mienne...
- Euh... une élève...

Il lança un coup d'œil paniqué à ses amis.

- Ne t'inquiète pas, je ne t'aurais jamais laissé faire du mal à Lily, dit James.
- Lily ?!
- Ce n'est pas grave pour le moment, elle ne se doute de rien, dis-je.
- D'accord, sûre ? Il attendit le signe de tête affirmatif de Peter pour continuer. Je me suis battu contre un tigre ?!
- Oui...
- Et après il y avait un coyote...
- Exactement et il est resté avec vous jusqu'à la fin de la nuit ! m'exclamai-je.
- Attends tu veux dire que le coyote c'était...
- Moi, tu as tout compris, je suis aussi le tigre qui t'a empêché d'attaquer Lily et je suis l'odeur bizarre que tu as sentie.
- Mais alors tu n'es pas une multiani ?
- Non, c'est une métamorfaune ! Trop cool hein Lunard ? s'écria James.

Il ouvrit de grands yeux et me fixa. Je lui fis un clin d'œil.

- Je vous expliquerai plus tard en quasi-totalité mais pour le moment mon ventre ne cesse de me demander si je peux le remplir avec toute la nourriture qui se trouve sur ce plateau alors bon appétit !

Je pris une brioche moelleuse et mordit dedans. Les autres firent de même et nous partageâmes ce petit déjeuner en toute convivialité. Nous effaçâmes toute trace de notre passage et Remus resta dans la chambre pour attendre Mme Pomfresh.

Le trajet dans le tunnel se fit en silence, arrivé à la sortie, James déploya sa cape d'invisibilité sur nous. Le château était étrangement silencieux, nos pas résonnaient sur la pierre froide et je me sentais épiée. Nous montâmes l'escalier de marbre et la Grosse Dame nous ouvrit le passage en ronchonnant sur les élèves qui passaient la nuit hors du dortoir.

James replia sa cape et nous échangeâmes des sourires fatigués. Je montais dans mon dortoir et me glissai sous les couvertures sans prendre la peine de me changer.