Chapitre 10 : Face au doute
La plaine s'étendait devant eux. Immense et vide. Délogée continuellement par le bruit du tonnerre et la pluie venant s'écraser sur son corps d'un vert grisonnant. L'hiver approchait, et avec lui, son lot d'intempéries glacées et de vents sans merci.
Les deux hommes avaient du mal à se frayer un chemin à travers tant de bourrasques. Mais au moins, leur calvaire allait bientôt cesser, enfin, pour l'un d'entre eux. Ils étaient arrivés à proximité du petit fort des mercenaires de Greil, presque indicible par ce temps. La monture sur laquelle ils étaient s'arrêta. Le plus jeune des deux mit pied à terre. Comme son compagnon de voyage, il était enveloppé dans une épaisse cape pour se protéger tant bien que mal. Malgré cela, son visage était parfaitement trempée et ses cheveux s'entortillaient comme du liseron sur un chêne.
« Tu devrais te dépêcher d'y aller. Ce n'est pas la peine de les faire plus attendre. Dit celui sur son cheval.
Soren prit quelques secondes avant de répondre. Peut-être était-ce la dernière fois qu'il s'adressait à l'épéiste ?
-Je te remercie de tout ce que tu as fait. Ha, et aussi pour m'avoir soigné.
-C'est ce que font les amis non ?
Le mage soupira doucement.
-Probablement.
-... Fais bien attention à toi. N'oublie pas ce que je t'ai dis à propos de Constel.
-Il n'y a pas à s'inquiéter. Ils ne savent pas à qui ils ont à faire.
Stefan s'esclaffa.
-Je crois qu'ils le savent maintenant. J'espère que tu deviendras fort, Soren. C'était un plaisir de t'avoir pour ami, enfin, le temps que cela a duré !
Le magicien le fixa un bref instant, de façon plus intense, ses yeux étaient pareil à un jus pourpre étalé sur un parchemin humide. De minuscule gouttelettes parsemaient ses cils, et ainsi, s'envolèrent quand il battit des paupières.
-Adieu Stefan.
Il lui tendit la main. Le guerrier observa sans bouger cet enfant étreint par le vent qu'il avait apprit à connaître.
Puis enfin, il ébouriffa les cheveux du garçon avec une étonnante tendresse.
-Reste en vie, Soren... Jusqu'à... notre prochaine rencontre... ?
A ces mots, il donna de l'allure à son cheval et disparut à travers le ciel et la terre entremêlés.
Le plus jeune resta un instant immobile, puis :
-Stefan ! Ne meurs pas Stefan ! Cria-t-il à travers les rafales. Il aurait aimé dire autre chose, sans doute. Mais que dire lors d'un adieu ? Y avait-il quelque chose qui vaille la peine d'être dit sans avoir des remords d'avoir trop parlé ou pas assez ?
Il regarda l'horizon pendant un instant, avec une curieuse sensation. Comme une sensation de... Non plutôt, comme s'il avait des fourmis dans tout le corps. Comme si plus aucune syllabe ne pourrait être lâchée d'entre ses lèvres.
Faisant le vide dans ses pensées, il s'approcha rapidement du bastion, ne désirant pas rester plus longtemps sous la pluie. Celle-ci effaçait alors sur son visage, les dernières traces de leurs adieux. Il s'avança vers la porte et se stoppa net alors que le doute s'emparait de lui.
De la lumière s'échappait de ce lieu chaleureux Pourtant, il ne s'y sentait pas toujours à sa place. Bien que sa famille s'y trouvât. Parfois, il repensait à la proposition de Stefan, de le rejoindre dans le désert parmi ses semblables. Et aussitôt après, le mage songeait à Ike et le sentiment de bien-être immense qu'il éprouvait en étant avec lui. Puis il se mit à penser à Mist et son baiser, Titania et sa gentillesse et aussi Oscar, à qui aucun mot n'était nécessaire pour cerner le problème de quelqu'un.
Ils étaient tous formidables, vraiment. Méritait-il autant d'attention ? Pouvait-il leur rendre tout ce qu'ils lui apportaient ?
Soren connaissait la solution. Il devait frapper à cette porte et rentrer dans- chez lui, parmi les siens. La vie était un long apprentissage et il le savait. Il n'allait pas fuir au loin parce que les autres, et même lui n'acceptaient pas ce qu'il était. Grâce à Ike, il changeait et changerait. Ainsi, le stratège n'aurait jamais plus besoin de se cacher, de mentir. C'était là sa place, avec les mercenaires. Rien ne pourrait le dissuader de partir. Il affronterait les obstacles et les surmonterait. Son bonheur était à portée de main.
La porte d'entrée tourna violemment sur ses gonds, le faisant surgir de ses pensées.
-Faites ce que vous voulez, mais je ne resterais pas là sans rien faire une minute de plus !
*Ike !* Cria Soren en son fort intérieur. En quelques secondes, ils furent face à face. L'épéiste se planta raide devant lui en le voyant, l'air aussi hagard que celui à qui on explique le triangle des armes.
-Soren...
-Bonjour Ike. Dit son ami, essayant de paraître le plus naturel possible. Hm..Désolé de vous avoir fait attendre Commandant, mais l'ennemi était plutôt coriace. Ajouta-il sur ton plus propice à l'humour. Le mage se sentit immédiatement beaucoup mieux, soulagé. Alors que pourtant, c'était Ike qui venait de le retrouver et non l'inverse. Mais pour lui c'était la même chose.
Le vent se calmait peu à peu et les nuages se dégageaient lentement. Il pleuvait toujours, mais le ciel semblait s'être largement défoulé pour le moment.
Le guerrier avança lentement dans la pluie apaisée, à travers les quelques rayons du soleil qui semblaient se distinguer. Il rejoignit Soren sans mot dire.
Le plus jeune n'aurait su décrire le regard que lui portait son ami. Il était à la fois intense et doux. Il avait un peu ce genre de regard flamboyant lorsqu'il était déterminé à faire quelque chose.
Comme lui, Ike n'était pas d'une nature très expressive, mais il n'allait tout de même pas rester là à rien dire ou faire non?
Soren eut à peine le temps de se poser la question que les mains puissantes du commandant emprisonnèrent doucement sa tête et ses lèvres touchèrent son front marqué.
La peau du stratège était froide et ses joues se teintait d'amarante, détonnant de façon stupéfiante avec son épiderme très pâle comme le sang sur la neige. Il ne savait pas trop pourquoi ce geste, mais la chaleur du bretteur était alors la bienvenue. Elle s'insinuait en lui tel le souffle de la vie, faisant tambouriner vigoureusement son cœur à l'intérieur de sa poitrine, comme si c'était la première fois.
Ce fût presque instinctivement qu'il étreignit le chef des mercenaires en laissant échapper son prénom. Il furent rapidement enlacés sous la pluie, à la fois frigorifiés et parcouru d'une chaleur intense.
-Nous devrions rentrer. Dit simplement Ike au bout de quelques minutes, s'écartant du mage, mais le tenant toujours du bout des bras. Il souriait toujours peu, comme à son habitude, peut-être plus embarrassé qu'il ne voulait le faire croire. Soren l'était lui, étrangement moins qu'il ne l'aurait cru. Peut-être parce que ce geste était venu si naturellement qu'il n'avait même pas pu être surpris. Bon un peu quand même. Et puis le commandant l'avait déjà embrassé de façon bien plus... Intime.
Il avait presque honte, comme s'il était dans l'un de ces romans à l'eau de rose ou de « famille » que lisait Mist (et qu'il avait feuilleter avec un intérêt parfaitement intellectuel et dans le seul but de se renseigner sur ce genre!).
Et en vérité... C'était bien l'une des choses qui était dix mille fois mieux dans la réalité que décrit dans un livre. C'était même très loin du compte !
-Ike. Je suis content de te voir. Admit sincèrement le mage.
L'épéiste dégagea une mèche humide collée sur son œil.
-Je t'ai beaucoup cherché.
Soren sentit de nouveau son organe vitale jouer du tambour. Ouïe, ça faisait mal.
-Je n'aurais jamais abandonné, j'aurais continué à t'attendre si tout ça n'était pas arrivé !
Etait-ce vraiment lui qui parlait ? Sur le moment il en doutât.
-J'allais pour te trouver, car je me faisais trop de soucis. Mais finalement, je me suis emporté pour rien, c'était idiot.
-... Moi, ça me fait plaisir. Avoua Soren en rougissant.
Ike sourit, beaucoup plus largement cette fois.
-Allez, on en parlera plus tard.
Après quoi ils rentrèrent dans le bastion. Ils arrivèrent au salon sous les cris de surprise et de soulagement des autres mercenaires.
Titania se leva la première pour aller enserrer le tacticien.
-Déesse Soren, nous nous sommes fait un sang d'encre ! J'étais morte d'inquiétude ! Je ne voulais pas vous perdre Mist et toi !
-Titania ? Fit Soren plutôt surprit. Il aperçut Mist juste derrière elle. La soigneuse l'observait les yeux embués de larmes.
-Oh Soren ! Je suis désolée pour tout ! Je ne te remercierais jamais assez. La cavalière s'écarta alors pour que la jeune fille puisse l'étreindre à son tour.
-On est content de te voir en un seul morceau ! Déclara Mia en lui donnant une petite tape dans le dos.
-Tenez, voici des serviettes. Proposa Oscar. Il tendant deux draps de laine aux garçons qui venaient de rentrer.
-Approchez-vous du feu ou vous allez prendre froid ! S'exclama Rolf. Ils obéirent sans protester. Seul Shinon ne semblait pas partager la bonne ambiance générale. Même Gatorie paraissait heureux de ce dénouement.
-Mist tu n'as rien à te reprocher je t'assure. Reprit Soren avec ferveur. Crois-moi.
-Merci Soren.
-Vraiment tu m'impressionnes, déclara Nephenie, tu es si courageux, Mist nous a expliqué avec quel flegme tu as prit les choses en main. Tu es un vrai héros.
-Oh... Merci... Marmonna le tacticien plutôt gêné. Mais je n'ai rien fais de très exceptionnel. Mist à été très courageuse elle aussi.
Mia lui donna un coup de coude.
-Allez soit pas si modeste va ! Se faire mousser ça fait du bien parfois ! Plaisanta-t-elle.
Les mercenaires ses mirent à rire de bon cœur, et Soren se laissa entraîner par la joie de retrouver ses proches. En cet instant, il les considérait comme tels et non plus comme « ceux qui l'avaient recueillis ».
-Tenez, buvez ça. Leur dit Oscar, tendant vers eux des coupes de vin chaud qu'ils burent avec empressement.
-Bon alors, qu'es-ce qui s'-
-Pas maintenant Mia, la coupa son capitaine avec douceur, je suppose que Soren doit être très fatigué et il n'a sûrement pas envie de parler des derniers événements maintenant. Elle tourna son visage en direction du concerné, l'interrogeant du regard.
-Heu… Oui c'est vrai. Mais je vais bien, je pense avoir connu plus éprouvant comme expérience.
-C'est sûr, confirma Rhys. Vous devriez aller vous changer avant de prendre froid.
-Tu as raison, concéda Ike en se dirigeant vers le couloir. Soren lui emboîta le pas, après avoir reposé son gobelet.
-Tu a vu?
-Comment? S'enquit le mage.
-Les autres, leur accueil, leurs propos… Tu restes toujours persuadés qu'ils ne t'aiment pas ? Questionna l'épéiste, un sourire en coin.
Soren soupira.
-Non bien sûr. Je crois que je tenais ces propos avant tout car, cela m'arrangeait finalement…
Ike sourit de nouveau.
-Ca fait du bien non?
-Quoi donc?
L'épéiste s'arrêta alors qu'ils venaient d'arriver à proximité de leur chambre.
-De se sentir aimer.
Le mage resta coi un moment et finit par acquiescer, l'air serein.
-Je passerais te voir si tu veux, ajouta-t-il plutôt discrètement.
-D'accord, à tout à l'heure.
Puis ils regagnèrent leurs appartements respectifs. Soren se changera rapidement pour ne pas attraper la mort et Ike prit juste une nouvelle tunique. Le mage frotta ses cheveux ruisselants avec un drap de laine et le commandant ébouriffa sa chevelure cobalt, projetant de minuscules gouttelettes autour de lui.
Il expira profondément, satisfait et s'assit sur son lit l'air pensif. Soren, allongée, regardait le plafond, noyé dans les méandres de son esprit qui ramenait à lui les derniers souvenirs de cette journée, tel les marées du temps. Devait-il dire la vérité à Ike au sujet de Stefan ? Quelque part, il était persuadé que le fils de Greil allait lui poser la question . Celui-ci se demandait comment convaincre le stratège de lui dire la vérité. Cependant, il ne voulait pas trop insisté, il ne servait à rien de se mettre en conflit avec son ami, alors qu'ils venaient à peine de se retrouver.
Tiens... N'aurait-il pas dû dire, plutôt : alors que les mercenaires venaient de le retrouver ? Pourquoi … Pourquoi ? Remarquez, ce n'était pas la seule chose, étrange, inhabituel qu'il s'était retrouvé à faire ou penser depuis quelques temps. Soren se souvenait des baiser maladroits, alors que l'épéiste réfléchissait à comment les justifier. Car oui, il se le devait. Il n'avait pas envie de se conduire de façon légère avec le mage, et que ce-dernier en ait l'impression. En réalité, il ne savait pas trop quelles raisons l'avaient poussés à agir...
N'avait-il pas eu déjà cette même réflexion ? Il se massa les tempes. Oui, il ne cherchait pas vraiment. Peut-être était-il temps pour lui de rassembler ses idées.
Au fond de lui, il savait. Il aimait beaucoup le mage. Leur relation allait au-delà d'un simple rapport de frère à frère ou même d'une profonde amitié. Il avait besoin de lui, voilà.
Les révélations qu'il se faisaient à lui même pour la première fois l'emplir d'une grande anxiété. La curiosité le gagna alors. Le tacticien éprouvait-il la même la même chose à son égard ? Quelque part, Ike se doutait bien qu'il en était de même pour lui. Il n'était pas si naïf. Cependant, cela n'était pas certain et il vaudrait mieux mettre tout au clair dés à présent... Et après ?
Est-ce qu'il se... Se promèneraient tous les deux main dans la main, bavardant de tout et de rien sur un ton mielleux ? Se retrouverait-il en cachette pour admirer le coucher du soleil, tête posée contre épaule ? Feraient-ils... Agiraient-ils comme le feraient un couple. Oui, un couple !
Feraient-ils l'amour ?
Le regard du mercenaire se perdit dans le vide alors qu'une étrange chaleur lui montait aux joues. Ha, il n'était peut-être pas nécessaire de se poser ce genre de question ! De plus, après ce qui c'était passé le soir du bal, il n'y avait très certainement pas de quoi rougir. Il est vrai par ailleurs, que le comportement du jeune homme avait été influencé par celui des nombreux couples.
Mais pourtant, il ne jugeait pas trop l'intérêt de la chose. Déjà car il fallait le dire, Soren était aussi un homme, et il n'avait jamais réfléchit quand à sa sexualité et tout le tralala. Il se souvint en avoir parler une de ces rares fois avec le plus jeune. Disons que, malgré son côté froid parfois même insensible, Soren disait de l'amour véritable, qu'il devait se trouver dans les hauteurs spirituelles de l'âme. Qu'une vraie relation ne pouvait uniquement se porter sur les rapports et le plaisir charnel.
A cette époque, Ike l'avait écouter tel un élève curieux et intéressé. Il ne s'intéressait pas tellement au sujet, mais la question était venue comme ça lorsque l'épéiste était tomber par mégarde sur une des romances de Mist dans la chambre du tacticien (qui les consultait par simple curiosité littéraire rappelons-le!).
Soren passerait certainement pour un doux idéaliste aux yeux de la plupart des gens, ou simplement pour un vieux garçon déçu par la vie. Sans doute parce qu'il avait beaucoup de mal à accorder seulement sa confiance à quelqu'un, à cause de son passé. Alors son cœur...
Mais qu'importe, il voulait y croire lui aussi. Il n'était pas du genre à aller courir les femmes. Peu d'entre elles avaient réussi à éveiller ses sens d'un simple regard pour qu'il eût envie de prolonger la chose. Bien qu'il eût grandi un peu à l'écart de tout ça, il se demandait si cela était normal ?
Avec Soren c'était... comment l'expliquer ? Il voulait être avec lui, pouvoir le toucher, lui parler... Puis... Voilà, il ne fallait pas chercher midi à quatorze heure ! Le reste viendrait de lui-même.
-Ike, tu viens manger ? Demanda Oscar derrière sa porte. Ike laissa là sa réflexion et se releva rapidement.
-Je viens tout de suite ! Il sortit de sa chambre, croisant Soren au passage qui lui adressa un mince sourire auquel il répondit.
Les mercenaires étaient déjà tous attablés. Les deux prirent chacun leur place, celle du stratège étant naturellement au côté du commandant, puis le paladin amena le plat : Une belle palette de porc aux fèves et poix accompagnée de son verjus. Les plus gourmands en salivaient d'avance. Boyd se resservit une fois et Ike trois.
-Fais gaffe boss, à la trentaine tu risque d'avoir du ventre ! Se moqua la bretteuse, coupant un tranche de pain.
-Surtout qu'il y a du dessert. Fit remarquer le cuisinier.
-Wow, qu'est-ce qu'on fête ? Demanda cyniquement Shinon.
-Ton licenciement sous peu ? Suggéra-t-elle du même ton. Nephenie et Mist ne purent s'empêcher de rire.
Gatorie se décida à intervenir. Il secoua rudement son meilleur ami par les épaules.
-Allez, fait pas ta chienne !*
-Tsss, c'est ça . L'archer détourna les yeux.
Rhys et Titania soupirèrent.
-Aufaite Gatorie, quand reprends-tu ton service auprès d'Astrid ? Questionna-t-elle.
-Incessamment sous peu. Mais je l'admets, vous commenciez à me manquer les amis !
-Toi aussi, confia Ike, d'ailleurs je dois te remercier d'être venu nous aider dans l'affaire de Malicorne.
-C'était un plaisir Ike ! S'exclama le garde du corps avec entrain.»
Tout le monde riait avec allégresse, mangeant avec appétit. Soren lui, mangeait peu mais goûtait à tout, même au vin aux herbes. Celui-dernier commençait à lui monter à la tête. Sans doute à cause de la fatigue accumulée. Car généralement, il tenait plutôt bien l'alcool.
A la fin du repas, les guerriers se dispersèrent pour prendre quelques braises dans le feu et aller réchauffer leur paillasse grâce aux quelques bassinoires en céramique qu'ils avaient la chance de posséder. Le tacticien sentit que l'épéiste posait sa main sur son dos.
«Je te laisse, je sais que tu vas prendre un thé généralement. Peux-tu venir me voir avant d'aller te coucher ?»
Soren hocha un peu fébrilement et resta debout contre sa chaise, regardant les mercenaires qui défilaient tout en le saluant. Ike sortit de la pièce. Le mage alla s'asseoir devant la cheminée le temps que « ça passe ». Il bâilla plusieurs fois et finit par se dire que ce n'était peut-être pas le bon soir pour discuter avec le jeune homme. Il n'avait pas envie de lui raconter tout ce qui s'était passé en long en large et en travers. De plus il ne savait pas encore s'il allait éluder quelques passages !
Éreinté, il finit par se lever pour aller rejoindre sa chambre. Il éteignit les torches du mess, les couloirs restant éclairés jusqu'à ce que les torches se consument entièrement, sauf en hiver. Une ombre se dessina au milieu du couloir qu'il emprunta. Soren plissa les yeux pour mieux voir. Il vit alors la silhouette d'un homme aux cheveux magenta apparaître à la lueur des feux.
«Shinon ? S'enquit doucement le stratège. L'archer avançait d'un pas gauche et nerveux. Dans sa main droite, une bouteille de vin presque vide. Le marqué soupira et décida de l'ignorer en passant devant lui sans le regarder.
-Toi...
-Va te coucher Shinon, tu es ivre.
Contre toute attente, le guerrier se délesta de la bouteille et lui saisit fermement l'avant-bras, le faisant se retourner en sa direction. Soren vit avec stupéfaction son visage plus sérieux et empli de fureur. Il semblait plutôt avoir les idées claires pour un ivrogne.
-Je me demande... vraiment pourquoi tu es revenu ? « Ooooh le pauvre Soren, le pauvre, j'espère qu'il va bien », dit-il d'une voix suraiguë, franchement tu m'écœures !
Il se cramponnait maintenant fermement au mage. Celui-ci ne pouvait que l'écouter, l'air gêné et énervé. Franchement, il n'avait pas besoin de ça. Shinon se pencha vers lui.
-Tu peux tous les avoir dans ta poches, Ike, Titania, Mist, et même cet abrutit de Boyd ! Mais pas moi tu entends ?!
La voix de l'archer était ferme mais pas assez forte pour alerter ses camarades qui dormaient un peu plus loin dans le fort.
-C'est bon tu as fini ?! Répliqua le garçon avec froideur. Lâche-moi maintenant et va cuver ton vin !
Shinon grinça des dents et le recula sans aucune délicatesse contre le mur. La tension devenait tellement palpable que le sage en venait à se demander si l'homme n'avait pas prévu de le tuer sur place.
-Hehe ! Tu sais quoi en plus ? J'tai vu d'en haut du fort en faisant ma ronde. T'était avec l'autre épéiste là hein ?
Soren écarquilla les yeux, pourtant l'haleine fortement alcoolisée du maître archer l'encourageait vivement à faire le contraire.
-Fais pas l'étonner hee-heee.. Hehehe !
-Qu'est-ce que tu as à rire bêtement ?
-Oh rien...rien.. J'espère que tu sais au moins que les rumeurs courent vite dans un camp. Alors c'est vrai, il paraît que la guerre renforce les liens entre hommes et tout ça...
Le visage de Soren devint livide, et tout aussi rapidement, se fit rouge de colère.
-... QUO- Une main sur sa bouche le coupa dans son exhortation, celle-ci risquant fortement d'ameuter tout le fort.
Shinon se mit à ricaner alors que le tacticien se débattait. L'archer n'y faisait pas attention mais il étouffait presque.
-Haa, alors c'était pas faux... On m'a raconté qu'il t'avait rejoint dans ta tente une fois... Ike le sait ça ? Tsss, il a vraiment recruter un vicieux!
Ce fut la goutte de trop pour Soren qui, les dents serrées, parvint à dégager sa tête puis il donna un coup de pied dans le genou du mercenaire. Shinon se recula dans un râle, permettant à l'officier de reprendre son souffle, une envie meurtrière parcourant son corps jusque dans le moindre de ses nerfs.
-... Espèce d'ordure... Comment ne peux-tu pas rougir de ton infamie ?... Tu peux bien te moquer de moi... Mais qui es-tu pour juger Stefan hein ? Puis...tu peux bien rapporter à Ike ce que tu veux, je n'en ai cure. Après tout, je fais ce que bon me semble.
Soren n'en pensait pas un mot, mais il se disait que si Shinon voyait que sa menace n'avait pas d'effet, il n'en ferait rien.
-Je te conseille de ne pas te trouver dans ma ligne de mire à partir de maintenant ! Menaça l'autre en le pointant d'un doigt vindicatif. Il cracha à ses pieds et s'éloigna.
Soren mit plusieurs secondes à se rasséréner, desserrant les poings afin de relâcher ses muscles. Grande Déesse, qu'avait-il bien pu lui faire ? Bien sûr il l'avait souvent contredis lors manœuvres militaires car l'archer était un impulsif. Il ne supportait pas non plus son ego surdimensionné, mais de la à ce qu'il le haïsse.
*Devrais-je en parler à Ike ?* Se demandait-il alors qu'il regagnait sa chambre. Il finit par expirer de dépits. Décidément il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas. Enfin, le magicien n'allait pas se laisser intimider.
Au détour d'un couloir, il croisa alors son meilleur ami qui se dirigeait sans doute vers le mess.
-Ike, mais pourquoi n'es-tu pas couché ?
L'épéiste ne répondit pas tout de suite. Il se mit presque instinctivement en face du stratège pour lui barrer la route. Il répondit :
-Suis-je obligé de répondre ?
-Bien... Le marqué regarda rapidement ailleurs. Tiens la torche, oui c'est bien ça ! Bon allez, il n'était pas un petit garçon ni un poltron !
-Ike, si tu veux que nous parlions, je préférerais que ce soit demain, je suis .. fatigué. Admit-il en le regardant d'un air qu'il voulut détaché. Il pensait encore à sa rixe avec Shinon et n'arrivait pas à ce concentrer sur ce que disait son ami.
Le bretteur afficha clairement sa déception, ne sachant malheureusement pas dissimulé ce genre d'émotion. Se massant fébrilement la nuque, il chercha ses mots. Soren le contempla avec empathie, oubliant à présent ses soucis afin ne pas en devenir un pour le commandant. Après un instant d'hésitation, il prit ses mains dans les siennes.
Ike se sentit devenir enfant.
-Ce n'est pas contre toi, je t'assure tu n'as rien fait. Moi aussi je voudrais te parler. Je ne te cache pas que j'ai peur de ce que je devrais dire car en vérité... Je n'en sais rien.
-Je voudrais te dire les mots juste. Avoua Ike à demi-mots, ses phalanges refermant doucement leur prise sur celle du plus jeune. Celui-ci allait répondre, une expression de pure étonnement se lisant sur son visage,alors que l'homme posait un genou à terre. Il ne savait pas trop pourquoi il faisait ça mais... Il le sentait. Le regard de Soren était si lourd qu'il se sentait ployer. Ses sentiments confus l'ébranlaient littéralement. Il voulait montrer qu'en ce moment, il lui faisait part d'une confession importante. Cependant il n'arrivait pas à lever la tête, luttant contre ses méchantes pensées qui remettait en doute toutes ses réflexions.
-Que pouvons-nous faire Soren ? Lâcha-t-il au milieu du silence. Le mage ne l'avait jamais vu aussi atteint à part lors du décès de son père, même si c'était différent. Il comprenait parfaitement ce que ressentait son ami.
-Je ne sais pas... Nous sommes bien ainsi mais...
-...J'ai agis de façon tellement inconsciente, repris Ike le front relevé, mais voilà... je ne pouvais plus nier que je t'appréciais au-delà des mots.
Soren se sentit a tel point toucher par ces paroles dont il ne croyait pas Ike capable, qu'il cru pleurer. Il porta une main à sa bouche, une seconde, puis des millier d'autres. Il pensait à... Non, il fallait qu'il parle.
-Je croyais, commença-t-il d'une voix faible, je... je croyais que je serais à jamais seul... Que personne ne pourrait m'aimer car je suis ce que je suis... Puis... Je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler quelqu'un de bien. Il versa une larme et ravala les suivantes.
-Soren-
Le mage lui fit signe de ne pas l'interrompre.
-Mais maintenant... maintenant je commence à aimer mon cœur... Depuis que tu y es installé.
Rien n'aurait pu décrire l'émotion qui traversa les deux amis d'enfance à ce moment précis.
Ils se retrouvèrent dans les bras l'un de l'autre. Tout était dis.
Ils se séparèrent lorsque la fatigue vint rappeler à Soren qu'elle était là. Alors ils se quittèrent en se souhaitant bonne nuit. Sans se poser de questions sur ce qui allait peut-être changer. Sans chercher à mettre un mot sur leurs sentiments. Soren, comblé comme il ne l'avait jamais été, le cœur léger, regagna discrètement sa chambre. Complètement oublié sont altercation avec Shinon !
Dans pièce, il remarqua sur son lit du courrier qui avait été déposé pour lui durant son « absence ». Il s'assit pour l'examiner, il n'en recevait pas souvent.
Il déplia le pli en le décachetant, sans prendre le temps d'examiner le nom du destinataire. Ce qu'il lu ne l'étonna qu'à moitié, seulement il ne savait dire si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle.
Les premières phrases disaient :
« A Sire Soren, exerçant le poste de stratège et secrétaire au sein des Mercenaires de Greil.
Suite à votre demande au deuxième trimestre et après examen de votre dossier de candidature.
Nous avons le plaisir de vous informer que vous êtes accepté dans notre prestigieux établissement de formation militaire spécialisée du Château des Forges. Selon votre souhait, vous aller intégrer la classe de rang supérieur destiné aux unités royales ou de types mercenaires. Vous aurez accès au cours de magie de classe A et S afin de concourir à l'examen d'Archimage. Vous pourrez également recevoir vos certificat en « stratégies et manœuvres guerrières » ainsi que « logistique militaire ». Les cours ayant déjà débutés, nous vous invitons à nous rejoindre après les pensions de Yule* . Merci de nous faire part rapidement de votre réponse.
Cordialement
Hélias Avital Rane Archimage de Ier ordre »
*j'avais envie de le mettre XD
*Une ancienne fête païenne nordique. Je me voyais mal mettre Noël XD!
SO... NON VOUS NE REVEZ PAS! J'ai bien repris cette fic. En vérité je me suis arrêté à un moment pour cause de soucis persos et puis car je sentais que j'allais partir en live et je ne voulais surtout pas. Je ne veux pas que ce soit une simple fic de pairing comme on en voit tant. Voilà. Maintenant, à vous de juger si je me suis améliorer selon vous. Je ne cherche pas d'excuse pour cette absence car je fais avant tout cette fic pour moi, même si je suis toujours étonnée qu'il y est du public. Bis o/
