Voyager ou comment être déstabilisée...

J'étais seule dans la salle sur demande, je réfléchissais à d'autres moyens pour éviter que les Maraudeurs ne se rendent compte de qui étaient Jack, Anatole et Rose. Déjà j'avais été plus que surprise de l'apparence que le directeur avait trouvé pour Anatole, bien sûr je m'étais doutée qu'il était dans l'obligation de le transformer mais je ne m'attendais pas à le voir blond, lui qui était à l'origine brun... À part ça je trouvais assez malin de les avoir mis à Gryffondor, si l'on oublie le fait que quatre garçons très curieux y étaient... Et par contre j'en voulais à Dumbledore d'avoir tout raconté me concernant à ces trois-là. Tout ça parce qu'il comptait sur moi pour les ramener chez eux !

Mais c'est vrai que je suis la mieux placée pour les transporter dans leur époque. Avec un peu d'entraînement, je devrais pouvoir les y amener avec moi... C'est d'ailleurs pour ça que je suis ici. La salle sur demande est l'endroit idéal pour essayer... ou pas... Non, je devais le faire... Je respirai bruyamment à plusieurs reprises, le stress montant petit à petit... La dernière fois que je l'ai fait j'ai découvert Harry Potter et tout ce qui va avec... Je tentais de me calmer en prenant des respirations profondes.

Je fermais les yeux, me concentrant sur me destination. Je me sentis aspirée, sensation familière et je retombais sur mes pieds. Sur une petite place dans un village enneigé. Des maisons serrées les unes aux autres longeaient la grand-rue, les gens se pressaient sur les trottoirs rendus glissants à force d'être piétinés. Personne ne sembla s'apercevoir que je venais de surgir de nulle part. Ils se pressaient de rentrer avant que le soleil ne se couche alors même que le ciel se teintait de couleurs orangées.

Je me glissai dans une petite ruelle plus sombre et me transformai en chat. Je sautai sur une poubelle et de là, parvins au toit. Ensuite je bondis de toit en toit jusqu'à atteindre un petit cottage isolé à la sortie du village. Je ne sais pas pourquoi mon instinct me conduisit jusqu'ici mais lorsque j'arrivai je trouvai deux jeunes d'environ treize ans, en pleine bataille de boules de neige, observés par un couple au regard bienveillant.

La femme avait les cheveux châtains et ondulés lui tombant jusqu'aux hanches. L'homme avait les cheveux roux et courts, il était grand et carré. Tous deux avaient des yeux marron où perçait une lueur d'inquiétude sous leur air amusé. Il se tenait droit avec les bras croisés tandis qu'elle se collait contre lui. Les deux petits rouquins qui se battaient dans le jardin ne semblaient s'apercevoir de rien et continuaient de se battre avec vivacité.

La sonnette de l'entrée retentit avec force. L'homme de retourna et invita à entrer en criant à demi. Sa voix était grave et un peu rauque. Un autre couple apparut, suivi d'un jeune homme aux cheveux blancs.

- Alors ? demanda l'homme roux.
- Rien Ron, désolé. La brigade de la police magique fait tout ce qu'elle peut mais c'est difficile à dire vu les circonstances de leur disparition...

Ainsi, le grand roux était Ron Weasley. De là je déduisis que celle qui se tenait à ses côtés était Hermione Granger, que le brun qui venait d'arriver était sans aucun doute Harry Potter et que la femme qu'il tenait par les épaules était Ginny Weasley. Quant au garçon qui les accompagnait, il devait avoir environ vingt ans et je ne savais pas qui c'était...

La petite rousse qui jouait dans la neige vit les nouveaux arrivants et elle courut vers eux en criant :
- Maman ! Papa ! Teddy ! Alors où sont James et Albus ?

Elle se jeta dans leurs bras quand ils lui dirent qu'ils n'en savaient rien. Le compagnon de jeux de la fille les salua puis repartit tête basse vers le fond du jardin. Ginny s'en aperçut et intima à sa fille de rester avec lui. Elle lui lança un regard penaud puis rejoignit son cousin qui devait être Hugo.

- Lily s'en veut, elle croit que si elle avait été avec eux, ils n'auraient pas disparus, expliqua Harry.

Hermione répondit quelque chose tellement bas que je ne l'entendis pas, je décidais donc de me rapprocher. Je descendis du toit et me glissai à pas de velours vers eux quand soudain sans que j'aie entendu quoi que ce soit je me retrouvais dans les bras de Teddy Lupin. Il me caressa doucement entre les oreilles et je me surpris à aimer ça. Il se rapprocha des adultes qui discutaient toujours. Je le sentais tendu comme s'il savait quelque chose.

- ... tu sais que j'ai de bons contacts avec la brigade mais...
- Pourquoi les Aurors ne s'en occupent pas ? coupa Ron.

Son meilleur ami lui lança un regard exaspéré.

- Tu sais déjà que ce genre d'événements concerne la brigade de la police magique. Je ne vais pas envoyer mes hommes sur cette enquête alors qu'il n'y a aucun rapport avec de la magie noire !
- Mais...
- Ron arrête de faire l'idiot ! s'exclama sa femme avec véhémence.
- J'ai trouvé Pattenrond, intervint Teddy, il n'avait pas disparu depuis un certain temps lui aussi ?

Les autres se tournèrent vers lui d'un même mouvement et Hermione tendit les bras vers moi et je m'y retrouvai sans avoir compris ce qui se passait. Ils pensaient que j'étais son chat ? C'était n'importe quoi ! Elle me grattouilla sous le cou et je me laissais faire tant que je pouvais entendre ce qu'ils disaient.

- Vous savez que j'ai retrouvé le vieux livre d'Histoire de la Magie de Sirius dans les affaires de James après leur disparition.

Teddy se dandina d'un pied sur l'autre comme s'il était gêné.

- Euh... J'ai peut-être une idée d'où ils pourraient être, lança-t-il.

Tous les regards se tournèrent vers lui avec une lueur d'espoir. Harry fit un pas vers lui.

- Pourquoi ne nous l'as-tu pas dit avant ?
- Euh... J'avais peur de ta réaction... Tu nous as toujours conseillé de ne jamais faire confiance aux inscriptions dans un ancien livre de cours alors...

Hermione jeta un regard étrange à Harry et celui-ci pâlit plus que de raison.

- Tu insinues qu'ils auraient...
- Au début des vacances tu as prêté le vieux manuel de Sirius à James pour l'aider dans ses révisions mais en le feuilletant, il est tombé sur quelques formules magiques écrites à la main et sur une énigmatique formule qui disait : « Pour faire comme M. » Alors il a demandé de l'aide à Albus, qui en a demandé à Rose qui m'en a demandé pour résoudre cette phrase. Finalement, j'ai découvert que le sortilège était écrit en encre invisible mais je leur ai conseillé de ne pas l'utiliser tant que nous ne savions pas qui était ''M.'' mais de toute évidence ils ne m'ont pas écouté. Cependant je ne sais pas si leur disparition a un rapport avec cette phrase.

Les quatre adultes étaient bouche bée et Teddy était rouge de honte. Je sautai des bras d'Hermione et leur lançai un dernier regard avant de m'enfuir. Ainsi c'était ça qu'ils avaient fait pour se retrouver dans mon époque. Sirius aurait inventé un sort permettant de voyager dans le passé... Comment ? Ce gars était un génie pas possible... à moins qu'il ait été aidé par les Maraudeurs. Ce devait être ça...

Je me réfugiai dans la ruelle sombre de tout à l'heure et redevint humaine. Deux mains froides m'immobilisèrent avant que j'ai eu le temps de dire ou de faire quoi que ce soit. Elles me traînèrent un peu plus dans l'ombre et me lâchèrent. Je me retournai vivement, prête à attaquer ou me défendre mais je restais paralysée de stupeur.

Sous mes yeux se tenait... moi... Plus vieille peut-être, son visage était plus mûr que le mien, ses cheveux étaient attachés en une queue de cheval qui tombait sur son épaule. Elle était plus grande que moi et dégageait une espèce d'aura bizarre mais dans l'ensemble, c'était moi, mon visage, mes yeux, mes cheveux... Tout !

Elle posa un doigt sur ses lèvres fines puis m'intima de la suivre avec un geste ample et gracieux. J'avais l'impression qu'elle m'évaluait avec ses yeux verts si prenants. Elle me tourna le dos et marcha dans l'ombre, je la suivis de loin pas encore très sûre de ce qui m'arrivait. Elle m'emmena dans un petit bois qui touchait au village jusqu'à une petite clairière protégée de la neige. Elle s'installa au milieu de celle-ci, sur une petite pierre blanche et je restai plantée là à l'observer.

- Bonjour, dit-elle enfin. Je suis désolée de t'avoir fait peur mais il fallait que je te parle.

Sa voix était douce et mélodieuse mais je décelais une certaine maturité comme si elle avait vécu des choses terribles. Quelle idiote, bien sûr qu'elle avait vécu des choses terribles ! Si elle était moi alors elle avait vu ses amis mourir, et plein d'autres choses comme ça !

- Je sais ce que tu penses Mia, me dit-elle, je sais que ça doit te paraître étrange de me rencontrer. Mais c'est très pratique ce pouvoir que tu as... que nous avons puisque je savais que tu viendrais et tu devais te douter que j'existais quelque part à cette époque, n'est-ce pas ?

Je hochai la tête, encore incapable de parler.

- Tu ne raconteras rien de notre rencontre à personne s'il-te-plaît, puisque cela brise les règles les plus élémentaires de la magie concernant les voyages temporels. Je n'étais pas sensée te rencontrer.

Je hochai la tête de nouveau. Elle sourit, amusée.

- Je te dois des réponses, par exemple : pourquoi es-tu entrée dans ce train, le Poudlard Express ? Sans t'en rendre compte qui plus est !

J'écarquillai les yeux, mais qu'est-ce que... ?

- C'est moi, je t'ai guidée jusque là, je savais ce qui arriverait à partir de là. Je suis aussi le hiboux qui t'as indiqué la fenêtre du bureau de Dumbledore et plein d'autres choses comme ça, je t'ai guidée du mieux que j'ai pu vers ce monde qui est le tien mais il y a des choses que je n'ai pu empêcher...

Son visage s'assombrit.

- J'aurais bien aimé faire en sorte que Rose, Albus et James ne viennent pas à ton époque, que les Maraudeurs ne meurent pas et bien d'autres choses, mais agir dans l'ombre empêche certaines choses de se produire... Malheureusement... Considère-moi comme une sorte d'ange gardien venu du futur, ajouta-t-elle en retrouvant son sourire, et viens me voir dès que tu peux, bien que cela risque d'être difficile...

- D'accord, murmurai- je.

Elle se leva et s'approcha de moi avec ce sourire énigmatique si déstabilisant.

- Je sais que tu connais les grandes lignes de ce qui va se passer et le fait que tu ne connaisses pas le détail est très bien.
- Je ne... commençai- je mais elle me coupa.
- Je ne te dirai qu'une dernière petite chose et après tu pourras rentrer chez toi et faire ce que tu as à faire. Le destin n'est pas une chose que l'on peut modifier mais une chose que l'on accepte telle qu'elle est.

Elle disparut à l'instant où elle finit de parler. Son apparition si surprenante et ses paroles énigmatiques me firent douter un instant que ce que j'avais vu était vrai mais l'odeur toujours omniprésente dans la clairière et mes connaissances démentaient la version « ce n'est qu'un rêve ». Je me remis lentement de cette rencontre pendant que le l'obscurité s'installait de plus en plus. Je fermai enfin les yeux et retournai à Poudlard, à mon époque.

Lorsque j'ouvris les yeux j'étais dans la salle sur demande. Je tanguai un peu et tombai dans l'un des fauteuils qui s'y trouvaient. Je restai là le temps de remettre mes idées dans l'ordre.