Avertissements : Davantage de trucs médicaux et Sherlock qui est lui-même dans ce chapitre.
Note de l'Auteur : Une rapide addition parce que j'avais à la fois le temps et la motivation. Brillant ! Merci à tous pour votre fabulosité continue. Comme toujours ce n'est bêta que par moi, alors me faire savoir toute bizarrerie serait très apprécié !
Bxxx
Note de la Traductrice : Merci à tous pour vos visites, vos souscriptions et vos messages chaleureux, je ne m'attendais pas à un accueil aussi enthousiaste ! (Pour les plus pressés, vous pouvez aller faire un petit tour sur mon compte AO3 que vous pouvez trouver dans mon profil...)
To Light Another's Path : Chapitre Trois
L'odeur âcre du chlore emplissait son nez, écœurante à l'arrière de sa gorge et brûlant sa langue. Le métal lisse, se réchauffant avec la sueur de sa main, se déplaça sur sa paume, mais le canon ne trembla jamais, pointant sans hésitation la veste abandonnée en Semtex. Des lumières fluorescentes tressaillaient et vacillaient, tambourinant leur propre pulsation malade et subconsciente tandis que les yeux sombres de Moriarty le fixaient : des trous noirs incessants dans le puits de la folie.
Des semblables qui s'appelaient.
Sherlock pouvait le sentir en lui – cette même ombre qui répondait. Elle se tordait dans son estomac, s'écoulant le long de ses veines, s'étendant et s'étirant jusqu'à ce qu'elle remplisse sa bouche d'encre. L'évasement blanc de sa paume sur la gâchette commença à se teinter de gris, puis à s'assombrir, des verts et bleus contusionnés glissant ensemble pour devenir la nuit la plus noire. Ce n'était pas la couleur naturelle de la peau née de la génétique ou de l'exposition au soleil. C'était comme si quelqu'un avait rempli ses contours de poix.
Elle colla ses cils et scella ses lèvres, bloquant son nez et étouffant ses poumons. Pourtant il respirait toujours, une chose vivante et haineuse. Disparu était le froid calcul et le baume apaisant de la déduction. A la place il y avait des flammes brûlant dans son estomac et s'élevant dans sa gorge comme de la bile. La fureur rugissait à travers lui, détruisant la dernière enveloppe d'humanité qui lui restait et le déversant de plus belle dans une métamorphose mortelle.
Nous aurions pu mettre le feu au monde, toi et moi.
Un recrutement. Cela avait été l'intention de Moriarty tout du long. Sherlock avait attiré son attention aussi sûrement que ces crimes, magnifiquement construits, douloureusement exécutés, avaient occupé l'esprit de Sherlock. Mais clairement il ne savait rien. Malgré toute sa folie, Moriarty voyait le monde comme un plateau d'échecs; le contraste atroce du noir et du blanc, du bon et du mauvais. Oh, il savait qu'il y avait ceux qui pouvaient être influencés et retournés, changeant leurs couleurs aussi vite qu'un clignement d'œil avec le bon encouragement, mais il avait mal compris ce qu'était Sherlock.
Une créature d'ombre et de crépuscule. Des nuances de gris. Ni jour ni nuit mais crépusculaire.
S'il souhaitait réduire le monde en cendres il le ferait. Un rictus tordit les lèvres collées de Sherlock, ses yeux s'étrécissant dans le liquide noir et fluide de son visage. L'audace de croire qu'il avait besoin d'aide, de se tenir là et de penser qu'il était tout comme les autres. Dépendent, ciblé, normal sous tout le reste.
Non, Moriarty ne comprenait pas. Sous la folie il cherchait toujours la structure d'une société – de coopération et de subordonnés et de personnes à plier à la volonté de quelqu'un. Des visages différents, des noms différents mais il construisait la structure autour de lui-même malgré tout.
Sherlock vivait à l'extérieur de tout ça, puisant dans ces connaissances ce dont il avait besoin et ensuite les rejetant. Il n'était motivé par rien au-delà de son propre désir implacable de démêler le puzzle du monde. Il n'avait aucun besoin de Moriarty; c'était du divertissement, rien d'autre. Il travaillait seul.
Je réduirai ton cœur en un tas de cendres !
Une brusque inspiration d'air fit mal à ses côtes. Le monde perdit son centre sombre et morne alors que son regard dansait sur John, et le fracas de ses propres pensées répugnantes prit un ton différent : une peur violente et passionnée par-dessus la base de la colère.
Oh, John. Pas seul après tout.
Il y avait toujours quelque chose qu'il ratait.
Une lumière de sniper dansait sur eux deux, inébranlable, et John observait sans peur. Il voyait tout ce qu'était Sherlock, toutes les ténèbres qu'il pouvait être. Il savait que la moralité et la compassion venaient en pathétique deuxième position face à trouver les réponses, mais il l'acceptait quand même. Il se tenait aux côtés de Sherlock – tous deux contre le monde parfois. Moriarty l'avait vu avant Sherlock, cette dévotion, et maintenant il était trop tard.
Sa faiblesse exposée.
Les coups de feu retentirent dans la salle de la piscine alors même que Sherlock pressait la gâchette du Browning. La noirceur s'égouttant comme de la peinture de la peau nue de sa main alors que la balle glissait dans l'air et que les explosifs transformaient la scène en enfer.
Sherlock mit le feu au monde, et goutte à goutte, la piscine devint rouge de sang alors que les yeux morts de John regardaient.
Ses muscles le redressèrent brusquement, outrepassant la douleur perçante des maux de son corps alors qu'il s'agitait contre le fardeau de la couette. Le salon inoffensif dansa devant sa vision alors que son cœur – battant, respirant, pas brûlé du tout – essayait de se frayer un chemin hors de ses côtes pour atterrir sur ses genoux. Sa gorge semblait râpeuse et à vif, hurlement peut-être ? Et sa tête avait entamé un tout nouveau rythme d'inconfort.
Farouchement, il pressa les paumes de ses mains tremblantes contre ses yeux, faisant entrer de force une inspiration après l'autre alors qu'il combattait la poussée d'adrénaline qui parcourait son système sanguin. Il ne rêvait pas souvent. Il ne s'en donnait normalement pas l'occasion. Le sommeil était une perte de temps, et un esprit intelligent ne manquait pas d'imagination. Son existence-même lui donnait plein d'horreurs avec lesquelles peindre les voiles du sommeil, et donc il travaillait normalement jusqu'à tomber dans une fugue d'épuisement complet, permettant à son esprit d'éviter le désordre indigne de l'imagerie subconsciente.
"Tout va bien, Sherlock."
La voix venait de près de lui, douce et lourde dans l'obscurité de la nuit. John. Toujours John. Des mains chaudes sur ses épaules, s'élevant et retombant avec sa respiration nauséeuse et irrégulière. Un autre corps, plus petit et plus compact, perché à l'extrême bord des coussins du sofa comme s'il n'était pas sûr de devoir être aussi proche, mais était désespéré d'offrir du réconfort malgré tout.
Il s'affaissa un peu en avant, son front reposant sur l'épaule de John alors qu'il tremblait à travers la vague retombante de peur et était laissé comme une chose morte sur le rivage de la mer d'horreur : faible et perdu.
Une main douce toucha l'arrière de sa tête avec hésitation, une ancre parfaite pour ce qui était réel et ce qui ne l'était pas, pendant que son cerveau tournait comme une toupie autour de l'étrangeté bizarre du rêve : pas des faits du tout, mais une fiction alambiquée inventée des abysses sous les fondations de son palais mental. La piscine était réelle, ainsi que Moriarty. Un fait que John dirait être malheureux, mais que l'honnêteté brutale de Sherlock lui permettait seulement de qualifier "d'intéressant".
Pourtant il n'y avait eu aucune noirceur de poix, pas de monde brûlant, pas de sang dans la piscine. Ils s'étaient échappés vivants et essentiellement indemnes.
Le souvenir des yeux aveugles de John passa à nouveau à travers son esprit, doublé du sang des blessures par balles que les snipers avaient provoquées sur ce corps puissant, et l'estomac de Sherlock fit un roulement menaçant. Peut-être qu'il fit un genre de bruit. Soit ça ou John avait un sixième sens doctoresque qui lui disait quand du vomi était imminent, parce que tout d'un coup Sherlock avait un seau, et il semblait que son estomac entier essayait de se retourner.
Une sueur moite et inconfortable s'écoula sur son visage alors que les haut-le-cœurs secs continuaient. Son corps essaya de se replier sur lui-même alors que sa colonne vertébrale grinçait et que ses muscles se contractaient brusquement. Le simple effort impliqué était épuisant, et Sherlock n'était pas sûr s'il devait être reconnaissant pour la main sèche repoussant les cheveux de son front ou ne pas apprécier le contact. Il détestait être malade : la faiblesse, la confusion. Ça n'aidait en rien son image calme et composée quand son moyen de transport prenait un contrôle aussi évident sur son être.
"Mieux ?" demanda John avec espoir quand Sherlock s'apaisa enfin, retirant le seau (essentiellement vide sauf pour un mélange visqueux de salive et des taches de bile) et reposant avec précaution son corps tremblant dans l'étreinte du sofa.
"Pire," réussit à dire Sherlock alors que ses dents commençaient à nouveau à claquer. La nausée était maintenant un solide poids constant sous ses côtes, et ses intestins faisaient des bruits clairement mécontents. La dernière fois que c'était arrivé était il y avait trois ans après un événement d'une malheureuse contamination croisée entre du curry et des expériences mal scellées dans le réfrigérateur, et Sherlock fit la grimace lorsqu'il se rendit compte qu'un voyage à la salle de bains était inévitable.
John le sentit clairement aussi, parce qu'il se leva et offrit sa main à Sherlock, le releva, saisit le seau, et l'aida à travers l'appartement jusqu'à la porte de la salle de bains. "Mets une serviette sur tes épaules, et une autre sur tes genoux," donna-t-il comme instruction, dégageant un sens pratique médical par tous ses pores. "Tu pourrais être là-dedans un moment, et tu veux te sentir au chaud."
L'expression involontaire de dégoût et de supplice sur son visage devait être amusante, parce que Sherlock entrevit un sourire compatissant avant qu'il ne fasse ce qu'on lui avait dit, grognant sa confirmation alors que John ajoutait, "Crie simplement si tu as besoin de moi. Si je n'entends rien de ta part d'ici quinze minutes, je présumerai que tu t'es évanoui sur les toilettes et j'enfoncerai la porte."
Les pensées de Sherlock firent vaguement un cercle autour de l'affront et de l'inconfort alors qu'il répondait aux exigences intransigeantes de la nature. La biologie : c'était entièrement mal pensé. Simplement davantage de preuve, s'il en avait besoin, qu'un design intelligent n'avait rien à faire avec quoi que ce soit. Si les corps avaient des schémas, ils seraient gracieux, posés et par-dessus tout dignes. Une bonne partie de son travail dépendait des fluides désordonnés que les criminels laissaient derrière eux : du sang et du sperme, de la salive et, dans une affaire unique, des larmes. Sûrement, s'ils avaient été créés par quelque chose capable de pensée consciente et d'esthétique, alors le corps humain ne répandrait pas autant de lui-même partout ?
Vaguement, il était conscient de la déconnexion légèrement aléatoire de ses pensées. Elles ne se tissaient pas en la tapisserie à laquelle il était habitué, mais avaient tendance à faire ricochet, sauter et s'éterniser dans des endroits inhabituels. Bien sûr : Déclin dans les facultés mentales pendant que le corps était forcé à ré-allouer les ressources pour résister au virus. Peut-être que ça expliquait le rêve, et le fait que maintenant, presque un quart d'heure après être entré à nouveau dans le monde éveillé, il ressentait toujours quelque chose de semblable à de la détresse pour tout ça. Il n'était pas tellement dérangé par la sombre image de lui, s'étouffant presque dans la noirceur de son propre potentiel, mais par son acceptation par John, comme s'il ne s'attendait pas à mieux.
Il frissonna, enroulant la serviette sèche plus près autour de ses épaules alors qu'il fixait d'un air découragé le sol de la salle de bains. C'était la seule pièce de la maison (sauf peut-être la chambre de John) qui demeurait parfaitement propre. Pas d'expérience sur la moisissure, rien de perturbant ne s'éternisait dans le lavabo. John traitait la salle de bains un peu comme une salle d'opération, et maintenant qu'il y pensait, c'était toujours là-dedans que John les pansait tous deux après une poursuite qui avait mal tourné. En cet instant, le blanc des carreaux lui faisait mal aux yeux, et la brillance des robinets ne cessait de se troubler du net au flou. Il estima qu'il avait seulement une poignée de minutes avant qu'il ne soit incapable de retourner au sofa par ses propres moyens, et il suspectait que John était sérieux au sujet de sa menace d'enfoncer la porte.
Finissant ce qu'il faisait, il tira la chausse d'eau avant de bouger jusqu'au lavabo, frottant ses mains et se voûtant inconfortablement alors que son estomac vide se contractait. De l'eau chaude sur son visage enleva la sueur écœurante qui marquait sa peau, mais le mouvement pour se pencher en avant apporta une vague presque écrasante de vertige. Il se retrouva à se cramponner à la porcelaine, un autre haut-le-cœur vain échappant à sa gorge alors que la pièce valsait autour de lui.
Complètement misérable.
Il voulait se brosser les dents, mais la simple pensée de la menthe provoquait un serrement fort de nausée, et il se contenta de se rincer avec précaution la bouche avec de l'eau avant d'ouvrir la porte de la salle de bains et de retourner en boitillant dans l'appartement principal.
John leva les yeux de là où il était assis sur le sol à lire un livre, pas loin de la porte de la salle de bains. Sherlock avait l'habitude d'être regardé par John, souvent d'une manière qui disait "Quoi ?", et occasionnellement de cette manière qui disait "J'aimerais que tu te comportes aussi humainement que je sais que tu l'es", mais c'était différent. C'était, en fait, un peu comme rencontrer l'œil de son propre reflet, ce qu'il essayait de ne pas faire trop souvent. Les déductions de soi-même étaient particulièrement désagréables quand soutenues par la connaissance de soi.
Maintenant, il observait Sherlock d'une manière patiente et ferme qui était clairement troublante, et Sherlock réalisa tardivement qu'il se cramponnait à la serviette autour de ses épaules comme si c'était une des couvertures anti-choc que les urgentistes dérangés insistaient toujours pour lui donner.
Sauf que, contrairement à Sherlock, John ne ressentait pas le besoin d'exprimer ce qu'il avait remarqué. A la place, il se mit sur pieds, ses articulations faisant un bruit sec avant de pousser doucement Sherlock en direction du salon. Ses cheveux blonds cendreux rebiquaient à l'arrière, et Sherlock réalisa lentement que John était habillé pour le lit : un bas de survêtement et un simple t-shirt. Un coup d'œil rapide montra qu'il avait dormi sur le sol du salon, et Sherlock fronça les sourcils, en partie de contrariété à son propre aveuglement de ne pas l'avoir vu plus tôt, et un peu de confusion.
"Il y a deux lits vides dans l'appartement," signala-t-il, l'enrouement persistant dans sa gorge rendant sa voix plus profonde d'une bonne demi-octave que d'habitude. "Pourquoi est-ce qu'aucun de nous ne les utilise ?"
"Eh bien, ton lit était couvert de bric-à-brac, donc le sofa était mieux pour toi, et j'ai pensé que ce serait une bonne idée si j'étais tout près, plutôt qu'à l'étage. Je n'aurais pas entendu ton cauchemar de là-haut."
Un rougissement embarrassé passa faiblement sur le visage de Sherlock, mais il était trop fatigué pour se donner la peine de le réprimer. Son instinct était de s'affaler sur le sofa dans sa manière habituellement dramatique, mais son corps l'avertit qu'une telle négligence ne serait pas accueillie avec bienveillance. A la place il se baissa doucement jusqu'à ce qu'il puisse s'allonger, essentiellement confortable, sur le meuble familier.
"Tu veux en parler ?" demanda John alors qu'il tendait encore la main vers le thermomètre, prenant l'affichage avec un froncement de sourcils avant de vérifier les yeux de Sherlock.
"Moriarty. Piscine." offrit Sherlock, souhaitant que tout fasse moins mal et que son crâne semble rempli de matière grise et blanche utile, plutôt que de la ouate qui semblait avoir été entassée à l'intérieur pendant qu'il dormait. "Un peu pas bien."
Cela lui attira un autre regard; un qui disait que John était entièrement conscient que les mots de Sherlock l'envoyaient balader, mais que le sujet n'était pas tant abandonné que reporté. C'était fascinant à quel point un visage humain pouvait être expressif, et encore plus intrigant était combien celui de John était facile à comprendre. Était-ce simplement né de la familiarité ? S'il passait plus de temps avec Lestrade, ou Anderson, seraient-ils aussi transparents pour lui ?
La pensée de passer plus que les quelques moments nécessaires en présence d'Anderson était trop odieuse à considérer, et Sherlock abandonna la méthodologie plutôt brouillée qui avait commencé à éclore dans son cerveau. Non, c'était une expérience dont il pouvait se passer.
"Bon. Ta température est encore remontée. On dirait que les antidouleurs se sont estompés. Je t'en donnerais bien d'autres, mais je suspecte que tu ne feras que les expulser dans quelques minutes." Il chercha autour de lui le seau, réalisant clairement que Sherlock l'avait laissé dans la salle de bains. Il continua à parler alors qu'il allait le récupérer. "Essaie de te rendormir. Tu pourrais en garder davantage dans la matinée."
Sherlock cligna des yeux vers la salon, illuminé par une des lampes et les braises rougeâtres du feu. Il y avait le chauffage central, bien sûr, mais John s'inquiétait toujours de la facture. De plus, il y avait quelque chose d'agréablement hypnotique à regarder la lueur carmin dans l'âtre. C'était assez pour le distraire de la nausée dans son estomac et de la simplicité inquiétante de ses pensées.
Tirant la couette jusqu'à son menton, Sherlock se rendit compte que ce n'était pas la sienne. Ce coton n'avait clairement jamais vu l'Égypte de sa vie, et elle avait l'air un peu irrégulière et effilochée dans un coin. Sa propre literie de haute qualité et rarement utilisée était actuellement un cocon ouvert en deux sur le sol, jetée sur le côté par John. Pourtant même sans cette symétrie évidente, il aurait su qui possédait la couette qui le tenait actuellement au chaud par l'odeur : du thé, du shampoing bon marché, une faible trace d'antiseptique et l'odeur vaguement exotique que John émettait clairement entièrement par lui-même – celle qui faisait penser à Sherlock à une main ferme et l'invasion de l'Asie.
C'était – bien.
La conscience s'écoula dans son esprit comme de l'eau de mer chaude, agréable et relaxante, et il cligna lentement des yeux alors que John replaçait le seau propre près de sa tête. L'anse cliqueta sur le matériau plastique de sa fabrication, ressemblant à une cloche carillonnante dans la paix de l'appartement, et il regarda John ne pas tenir en place, actif et alerte à tout juste trois heures du matin passées.
"Je ne voulais pas te réveiller," gronda Sherlock, sentant l'intérieur de sa gorge racler comme s'il avalait du verre.
"Tu préférerais traverser ça tout seul, n'est-ce pas ?" C'était une question rhétorique, une sans mordant et seulement une touche d'exaspération de la part de John. "Je ne suis pas très utile en tant que docteur si je ne prends pas soin de toi quand tu es malade."
"Pourquoi le fais-tu ?" Trop ambigu. John avait l'air perplexe. "T'exposer à la vile maladie d'autres personnes dans l'espoir de les soulager ?"
Beaucoup de raisons, supposa Sherlock, allant de l'impuissance en tant qu'adolescent quand mis face à la maladie familiale et l'addiction au simple besoin presque pathologique que John avait de s'occuper des gens, mais ce serait intéressant de voir si John avait ce niveau de connaissance de soi. "Protecteur" était pratiquement écrit sur son ADN. C'était certainement évident dans ses choix de carrière : soldat et docteur.
"C'était la seule chose qui avait un sens."
Sherlock souleva un sourcil, en tout cas, il pensa qu'il le fit. Les muscles de son visage étaient étrangement récalcitrants, donc peut-être que l'expression ne fut pas aussi réussie qu'il l'espérait.
"Tous les autres boulots auxquels je pouvais penser étaient comme porter un manteau qui n'allait pas. Docteur fonctionnait, et une fois que j'étais là ça avait du sens d'aller dans l'armée. Je gère mieux les blessures que la maladie."
"Les traumatismes. Des situations à stress élevé. Correspond à ton addiction à l'adrénaline et ton besoin du danger. Tu as fait l'essentiel de ta formation aux urgences."
Ce n'était pas une question, mais John hocha la tête quand même en rangeant son sac médical et le mettant de côté avant de s'asseoir sur le sol avec son dos contre le canapé. "La chirurgie faisait probablement l'affaire aussi," dit-il pensivement, comme s'il remarquait seulement ce fait fondamental à propos de lui-même. Vraiment est-ce que tout le monde passait sa vie ignorant à ce point non seulement de leur environnement, mais de qui ils étaient en tant qu'êtres humains ?
A l'évidence, pensa Sherlock, ou il n'aurait plus de travail.
"Tout de même, ça ne signifie pas que je ne peux pas m'occuper de toi quand tu attrapes quelque chose," signala John. "Je sais de quoi je parle quand je te dis que plus tu auras de repos, plus vite tu récupéreras. Essaie de dormir un peu plus."
Il tendit la main vers le livre à ses côtés, le tenant ouvert sur ses genoux et retournant à la dernière page qu'il avait lue. Le coin de la page était plié pour marquer sa place : sauvage.
Pourtant c'était une des nombreuses habitudes inélégantes au sujet de John que Sherlock trouvait intéressantes. De minuscules nuances qui transformaient un entier simple en une énigme sans fin. Il sentait qu'il pourrait passer sa vie entière dans l'étude de John Hamish Watson et en atteindre la fin sans entièrement comprendre l'homme devant lui. John pensait qu'il était incroyable.
Il pensait que John était fascinant.
Sherlock ne pouvait pas se rappeler la dernière fois qu'il avait pensé cela de quiconque, même Moriarty.
Il se déplaça sur le sofa, les draps du lit envoyant une vague fraîche de l'odeur de John dans son nez, et Sherlock jeta un coup d'œil à l'arrière de la tête de John. Il était très proche, et il y avait au moins deux endroits que Sherlock pouvait trouver qui sentiraient plus fortement de John à proximité immédiate – ses cheveux et le creux sous sa mâchoire.
C'était tentant d'y enfouir son nez, dans toute la chaleur et la John-ittude de tout ça, mais John l'avait sermonné sur l'espace personnel seulement la semaine dernière. Peut-être qu'il pourrait blâmer la maladie ? Il voulait seulement la classifier, après tout, la démonter et la comprendre, mais non, il ne vaudrait mieux pas. John pourrait se mettre en pétard et le laisser s'occuper de lui-même, et Sherlock doutait en être capable.
A la place il se contenta de se déplacer davantage sous la couette et de changer l'angle de sa tête pour pouvoir lire par-dessus l'épaule de John : quelque chose de banal sur les Illuminati. Une ânerie de théorie de conspiration.
"Arrête." Il y eut un souffle de rire dans la voix de John, un amusement mal dissimulé, et Sherlock réalisa qu'il était observé du coin de l'œil de John. "Je préférerais que tu ne me dises pas comment ça va finir avant que le premier chapitre ne soit fini. Tu ne m'as pas laissé finir un livre depuis que j'ai emménagé."
"Faux. Il y avait celui avec le sorcier hautement invraisemblable et le turban."
"Harry Potter, et c'est censé être invraisemblable, Sherlock, c'est de la magie. De plus, tu as eu une affaire, tu m'as traîné à moitié de l'autre côté de Londres, tu es presque tombé dans la Tamise et, quand nous sommes rentrés, quelque chose l'avait tout trempé et collé les pages ensemble."
"Tu aurais dû regarder avant de le poser." Il ferma les yeux, un faible sourire étirant ses lèvres alors qu'il écoutait John tourner la page. Malgré ses maux et douleurs, il était plutôt confortable. Encore pas tout à fait assez au chaud, mais tant qu'il ne bougeait pas, la gêne dans ses membres ne se réveillait pas, laissant juste une douleur de bas niveau : tolérable. Le sevrage avait été bien pire.
Après un moment, il se rendit compte que John n'avait pas tourné à nouveau la page. Il savait que John n'était pas un lecteur rapide, mais ça ne devrait pas lui prendre aussi longtemps pour faire son chemin à travers le langage plutôt générique trouvé dans la plupart des fictions traditionnelles. S'était-il arrêté ? Posé le livre et Sherlock n'avait pas remarqué ? Était-il retourné dans son nid étrange des couvertures de Sherlock sur le sol ?
En entrouvrant un œil, il réalisa que ce n'était pas le cas. Le livre était encore ouvert sur les genoux de John, des doigts forts et fermes reposant sur le papier, mais ces yeux bleus étaient braqués à la place sur Sherlock, le regardant comme si John craignait qu'il disparaisse quelque part s'il détournait le regard. Il voulait dire à John que tout allait bien, qu'il n'était pas sur le point de s'évaporer ou de s'évanouir, mais la ouate dans son crâne avait épaissi, et l'effort pur et simple d'enchaîner les mots était trop.
Tout ce qu'il put faire fut de permettre à ses cils de retomber, le protégeant du monde alors que les ténèbres recouvraient sa tête une fois de plus. Il dormit, satisfait de savoir que John était à ses côtés : un gardien solitaire contre la nuit veloutine.
Malheureusement, la faction de John était inutile quand il s'agissait de quelque chose pour le défendre des hordes déchaînées du virus. Il se réveilla pour voir une araignée massive au plafond. Pas bouleversant, exactement, mais un spécimen bien au-delà la courbe moyenne de sa taille normale. Elle était environ de la taille d'une Mini de 2008, le regardait avec huit yeux et une fascination avide.
John dit qu'elle n'était pas vraiment là. Le délire. Des hallucinations. Son cerveau qui s'emmêlait les pinceaux alors que la fièvre montait plus haut. Il parlait, bien sûr, mais ça semblait inquiéter John davantage. Peut-être qu'il ne s'exprimait pas aussi clairement que d'habitude ? Il essaya encore d'avaler du paracétamol, mais son estomac ne l'entendait pas de cette oreille. Les deux tablettes furent brutalement rejetées en cinq minutes, laissant John fouiller dans son sac médical pour une seringue.
"Reste immobile, d'accord ?" demanda-t-il. "Me comprends-tu, Sherlock ?"
Oui, bien sûr. Était-ce vraiment si dur à croire ?
Clairement ça l'était, parce que les lèvres de John devinrent serrées comme une fermeture éclair alors qu'il appliquait le garrot, trouva une veine avec une aisance compétente et pressa une petite dose de quelque chose dans le système sanguin de Sherlock. Bonne idée. Contourner entièrement la pagaille inutile du système digestif réticent. John semblait prendre ça comme une sorte de défaite inquiétante. Il y avait des ombres sous ses yeux, de la fatigue dans les lignes de son visage. Le sommeil n'était clairement pas arrivé.
"Est-ce que l'araignée est toujours là ?"
Sherlock se demanda s'il devrait mentir. Après tout, elle ne faisait de mal à personne. Elle était juste accrochée au plafond, heureuse, remuant ses trichobothries alors qu'elle inspectait le monde sous elle.
Clairement il prit trop longtemps à essayer de se décider, parce que la main de John reposa sur son front, son expression pincée et tendue alors qu'il recommandait à Sherlock de fermer à nouveau les yeux. "Ça ira mieux bientôt. Juste – détends-toi simplement, Sherlock. J'aurais dû savoir que la grippe battrait ton cerveau brillant à plates coutures."
Sherlock cligna des yeux, ses mains s'emmêlant dans le t-shirt de John alors qu'il l'attirait plus près, ignorant les questions troublées et les yeux agrandis alors qu'il installait son nez dans le creux de la nuque de John.
Une main ferme et l'invasion de l'Asie. Il n'avait jamais su que ça pouvait sentir comme un foyer.
A la semaine prochaine, les loulous ! ;)
