Avertissement : Davantage de trucs médicaux, et Sherlock étant lui-même dans l'ensemble.

Note de l'Auteur : Je n'avais pas l'intention de faire une mise à jour à nouveau aussi vite, mais, eh bien, c'est écrit, alors pourquoi pas ? Note rapide que non, je ne suis pas docteur, mais oui je fais de mon mieux pour faire des recherches. Et oui, je pense que les pratiques médicales de John sont un peu déformées en ce qui concerne Sherlock, probablement pas pur désespoir et une envie de gagner la coopération de Sherlock.

Comme toujours, un énorme merci pour votre soutien. Si vous appréciez, alors bien sûr faites-le-moi savoir et dites-le à vos amis ! ;)

B xxx

Note de la Traductrice : Merci pour tous vos suivis de fics, vos visites et vos reviews !


To Light Another's Path : Chapitre Cinq

Le temps passait étrangement, se coagulant en nœuds de minutes sans fin seulement pour se précipiter et ensuite glisser entre ses doigts. La dernière chose dont Sherlock se souvenait était l'araignée sur le plafond, la pointe rapide d'une aiguille et John humide de la douche. Maintenant, des heures semblaient être passées à côté de lui. Les meubles dans le salon avaient bougé légèrement : un fauteuil était plus près de lui qu'il ne l'avait été, et la lumière du jour entrant par les fenêtres avait la qualité sans enthousiasme de la fin d'après-midi et des cieux nuageux. Les nuits se rapprochaient rapidement, mais l'esprit de Sherlock luttait pour deviner l'heure, et il jeta un coup d'œil à l'horloge sur la télévision, en ayant l'impression de tricher.

Quatre heures et demi de l'après-midi. Il avait dormi plus dans les dernières vingt-quatre heures que durant la semaine passée, pourtant son corps semblait encore être en plomb, lourd et douloureux tandis que son estomac se serrait autour du nœud irritable de la nausée. Des picotements couraient le long de sa gorge comme du fil barbelé, et s'il n'était pas sûr du contraire il aurait cru qu'il n'avait pas pris de bain depuis une semaine.

Merveilleux, non seulement il avait passé l'essentiel de la nuit et de la matinée à la merci de son système digestif grincheux, mais il se rappelait distinctement avoir pensé qu'enfoncer son nez dans la nuque de John était une bonne idée. Il semblait que l'instinct naturel de son corps, une fois libre des contraintes de son esprit, était de chercher du confort tactile. Pire, il avait été très orienté vers John. Sherlock pouvait prétendre autant qu'il voulait que c'était une simple affaire de contact humain basique, mais il était terriblement conscient qu'il aurait probablement encore choisi John dans une file pour son festival de blottissement.

Embarrassant à l'extrême.

Sherlock grogna, pressa la pulpe des doigts de sa main gauche contre son œil et souhaita avoir la puissance cérébrale de penser à des vitesses plus rapides que celle d'un mollusque, mais tout ce qui bougeait dans sa tête avait ralenti jusqu'à la mélasse : pratiquement inutile. Il ne pouvait même pas penser à une bonne excuse pour avoir rompu ses règles normales de tactilité minimale pour atteindre John. Seule la vérité persistait, inqualifiable de manière irritante. Il avait voulu le faire, et dans son état compromis, il n'était pas parvenu à résister à l'impulsion comme il l'avait fait tant de fois auparavant. Il serait chanceux si John n'emballait pas ses affaires et ne cherchait pas déjà un nouvel appartement.

"De retour parmi les vivants ?"

Sherlock fronça les sourcils, retira sa main et cligna des yeux troubles vers John. Il était appuyé contre le dos du sofa, habillé d'une monstruosité de pull beige qui ne faisait absolument rien pour son teint. Pourtant son expression n'était pas de jugement ou de méfiance, juste de la tendresse et une bonne dose de pitié. "Tu as été inconscient pendant la plus grande partie de la journée. Tu ne t'es même pas réveillé quand Mycroft te parlait."

John était encore là, l'air aussi calme et amical que d'habitude. Il n'y avait rien pour suggérer qu'il était ne serait-ce qu'un tout petit peu perturbé, et Sherlock sentit un bref moment de soulagement léger comme une plume avant que les paroles de John ne soient comprises.

Beurk, Mycroft. Con fouineur.

"Manquer mon frère n'est pas une perte." Sherlock fronça le nez, jeta un coup d'œil au fauteuil. Oui, maintenant qu'il y regardait de plus près il avait l'air un peu écrasé, sans doute parce que le postérieur toujours en expansion de son frère s'était assis dessus. "Que voulait-il ?"

"Je pense qu'il s'assurait juste que tu ne souffrais pas trop. Tu sais, s'occuper de toi, comme le font les frères." John souleva un sourcil, le coin de sa bouche se soulevant en un sourire lorsque Sherlock se renfrogna. "Pas besoin de bouder. Au moins tu n'as pas eu à l'écouter."

"Dommage, vraiment." Sherlock soupira, fronçant les sourcils vers le plafond pendant un moment.

"Oh, pourquoi ?"

"J'avais les moyens, la motivation et une excuse parfaitement valable de vomir sur ses chaussures, et je l'ai manquée."

Le rire de John était ridiculement parfait. Il n'avait rien d'artistique, rien de faux ou de fabriqué. C'était un gloussement naturel d'hilarité, un qui fit sourire faiblement Sherlock malgré son malaise.

"Peut-être qu'il reviendra et te fera plaisir, encore que quelqu'un aurait quand même à nettoyer le tapis."

"Vrai. Ça ne sera pas très juste pour toi, car je peux garantir que Mycroft ne le ferait jamais. J'ai vomi sur un tapis dans sa maison de ville, une fois. Cher. Perse. Hideux. Il en a acheté un neuf plutôt que de le frotter."

John secoua la tête d'incrédulité, fit le tour du sofa et se percha aux côtés de Sherlock. Sa main était sèche et fraîche lorsqu'il la pressa sur le front de Sherlock, s'attardant un moment avant de tomber à sa mâchoire et de palper sous l'os. "J'vérifie les glandes enflées," dit-il comme moyen d'explication. "Mycroft a été assez gentil pour te rappeler, pendant que j'étais à portée de voix, de lorsque tu avais huit ans et que tu es tombé dans le lac."

Sherlock fit la grimace, se rappelant de l'incident précis. Il s'était bien débrouillé, vraiment, pour avoir passé tant d'années sans une autre maladie sérieuse depuis lors. Les conséquences de la drogue ne comptaient pas, puisqu'elles étaient essentiellement sa faute. "Infection de la poitrine. Tu es inquiet que la grippe puisse se compliquer ?"

"C'est une inquiétude valable," murmura John. "Une pneumonie et une pleurésie sont plus qu'une vilaine toux, et ce genre de chose contractée dans l'enfance peut revenir te hanter parfois."

"C'était il y a plus de vingt ans," signala Sherlock, sa voix devenant légèrement rauque alors que les doigts de John s'attardaient sur son pouls un peu trop longtemps.

"Tu n'en as eu aucune depuis ?" demanda John, fronçant les sourcils de doute. "Pas même quand tu te droguais ?"

"Peut-être. Probablement." Sherlock ferma les yeux, ne serait-ce que pour occulter l'air affligé que John prenait quand il s'attardait sur le passé de Sherlock. Il se rappelait encore de cette fausse descente de drogues de Lestrade la première nuit où John avait emménagé, et l'incrédulité vigoureuse de John que Sherlock ait jamais fait quelque chose de chimiquement récréatif.

Dans un sens abstrait, il voyait pourquoi John avait eu du mal à le comprendre. En théorie, les gens intelligents ne s'enfonçaient pas dans la consommation de substances. C'était une chose stupide et désespérée à faire, et peut-être que les autres ne pouvaient pas voir comment Sherlock Holmes pouvait un jour correspondre à l'une ou l'autre de ces catégories.

Pourtant John n'avait jamais posé de questions, et donc Sherlock n'avait pas offert de réponses. Le sujet persistait entre eux, tacite et nébuleux sauf de faibles allusions.

"Honnêtement, je ne me rappelle pas vraiment si j'étais malade ou non," dit-il finalement, se renfrognant alors que le thermomètre faisait une réapparition. John semblait obsédé par le contrôle de sa fièvre, bien que le manque général d'hallucinations suggérât qu'elle avait décliné quelque peu. "Est-ce vraiment nécessaire ?"

"Oui. Tu n'as pas eu une autre dose de quoi que ce soit pour la baisser, mais tu n'as manifesté aucun des signes de la fièvre qui baisse non plus. Te sens-tu encore tremblant ?"

"Un peu. Surtout quand je bouge."

John hocha la tête pour lui-même, vérifia l'affichage avec un soupir avant de le ranger. "Toujours élevée, mais mieux que ça l'était. Je suppose que tu ne vois rien d'étrange. Tu sembles certainement plus lucide que ce matin. La moitié de ce que tu disais n'avait pas de sens, et ce que je comprenais était essentiellement à propos de l'araignée."

Sherlock hocha la tête pour lui-même. Son souvenir de cette partie était étonnamment clair. "Elle était gigantesque. Étrange. Pourquoi une araignée ?"

"Dieu seul le sait. La plupart des gens sont terrifiés par leurs hallucinations. Tout au contraire, tu semblais fasciné." John se mit sur ses pieds, se dirigea vers la cuisine et fouilla dans le frigo pendant un moment, en faisant assez de bruit pour que Sherlock sente nécessaire d'élever la voix pour être entendu.

"La plupart des gens sont conscients à un certain niveau que leurs hallucinations sont peu probablement réelles. Leur peur est souvent provoquée davantage par l'incertitude de la réalité que par les images qu'ils voient à proprement parler."

"Rien à craindre sauf la peur elle-même ?" demanda John, se retournant avec une bouteille odieusement orange à la main. Le couvercle était enlevé, et elle avait une paille flexible penchant de travers contre le bord.

"Quelque chose comme ça." Sherlock allait agiter la main d'un air dédaigneux, mais avorta le geste quand son poignet ne coopéra pas particulièrement. "Qu'est-ce que c'est ?"

"De la Lucozade. Une boisson énergétique sans caféine, mais une bonne quantité de sucre et quelques électrolytes. Sirote-la très lentement."

"Est-ce vraiment sage ?" demanda Sherlock. "L'expérience avec l'eau ne s'est pas très bien passée, si tu te rappelles."

"Oui, je me souviens merci. Je me tenais juste là." John passa la bouteille avant de lui tendre l'objet dans son autre main. "C'était aussi la dernière chose que tu as eu à boire. Tu te déshydrates, et nous devons te faire absorber des fluides. Grignote ça."

Sherlock regarda le demi-biscuit avec un froncement de sourcils. "Je préfère à la crème anglaise." Bien qu'en fait, pas à cet instant. A cet instant son estomac avait l'impression d'être en grève particulièrement mutinée et se mâchait lui-même à la place.

"Le gingembre est un antiémétique naturel. Ça pourrait aider à calmer ton estomac. Je veux essayer ça avant de commencer à droguer ton corps pour que tu acceptes de la nourriture." Le visage de John était une image de détermination, comme s'il pensait que la chair et les os de Sherlock seraient d'une certaine manière plus faciles à contraindre à la soumission que l'homme lui-même. Normalement, il n'était pas si flagrant dans son inquiétude. Les blessures étaient souvent accueillies avec une mesure égale d'inquiétude et de cris à propos de risques inacceptables. Clairement John était plus enclin à la sympathie si le mal n'était pas auto-infligé ou acquis dans la poursuite de quelque chose d'imprudent.

Intéressant, mais pas entièrement inattendu.

"Traites-tu toujours tes patients avec la grippe comme ça ?" Il fit un geste vers le sac médical, indiquant bien plus que l'attirail général à l'intérieur. "Des injections et ainsi de suite ?"

"Non, mais normalement mes patients ont de meilleures habitudes alimentaires que toi et sont plus tolérants d'une approche du style "attendre que ça passe"." Il fit un geste vers le biscuit à nouveau, donna un petit coup contre le maudit seau pour le rapprocher avec son pied. "Essaie de le manger, si tu peux."

De mauvaise grâce, Sherlock fit comme on lui intimait, grignotant le biscuit à peine plus d'une miette à la fois. Le goût n'était pas entièrement déplorable, et les morceaux de racine de gingembre enlevèrent le goût confiné et plat de sa bouche. L'orange de la boisson faisait un contraste intéressant, et bien que son estomac grognât de manière menaçante, il ne sentit pas une envie irrésistible d'utiliser à nouveau le seau. Manger et boire tout en étant essentiellement allongé était éprouvant, mais pas impossible, bien que la simple coordination requise fusse plus épuisante que d'habitude.

John le regardait attentivement, ses bras croisés et son menton baissé un peu. C'était définitivement sa pose de "docteur observateur", plutôt que celle de "soldat agressif", et Sherlock pensa entendre un soupir de soulagement alors qu'il consommait le reste du biscuit et posait la bouteille sur la table basse. Elle était encore quasiment pleine, mais il ne voulait pas risquer de boire trop avant d'être sûr qu'il ne le rendrait pas encore : une idée que John semblait approuver.

"Tu le garderas probablement mieux si tu ne te lèves pas," suggéra-t-il, levant les yeux alors que quelqu'un frappait à la porte. "Reste là, s'il te plaît ?"

"Où irais-je d'autre ?" demanda Sherlock, levant la voix alors que John passait la porte. Il ne savait que trop bien qu'il était prisonnier de la faiblesse de son corps. Des efforts pour bouger n'étaient pas nécessaires pour qu'il réalise à quel point ses membres étaient totalement récalcitrants, et les maux qui grondaient toujours du haut en bas de son dos et faisaient des nids dans sa région lombaire suggéraient qu'être allongé sur le sofa était la limite de son endurance.

Normalement, il aimait paresser. Ça l'aidait à penser, rendre son moyen de transport immobile sauf pour le simple jaillissement du souffle et du sang dans ses veines, mais maintenant sa chair était trop bruyante et exigeante, inondant la lucidité de son esprit avec des besoins et des douleurs sans importance. Un déplacement de son bras provoqua une autre vague de frissons, et il tira sur la couette, essaya de trouver un endroit plus confortable sur le canapé et ferma les yeux alors que le bruit sourd de plus d'une paire de pieds résonnait sur les marches.

"Vous avez raison, il a bien l'air patraque." Lestrade n'avait pas l'air particulièrement compatissant à l'oreille, et Sherlock souffla une expiration par le nez avant d'ouvrir un œil et d'essayer de le foudroyer du regard. Ça ne fonctionna pas. Il l'aurait su même sans le reniflement de rire venant du Détective Inspecteur. "Je n'ai presque pas cru John quand il a dit que vous aviez la grippe."

"Malheureusement, il a raison," répondit Sherlock, satisfait de voir un petit peu de pitié émerger à sa voix râpeuse. "Pourquoi êtes-vous là ?"

"Ah." Maintenant Lestrade jetait un coup d'œil à John, et une conversation muette qui impliquait un regard foudroyant et un haussement d'épaule prit place. "Il ne vous l'a pas dit alors ?"

"Dit quoi ?" Sherlock soupira, détestant son esprit en mélasse. Il avait l'impression de manquer quelque chose d'important, et l'expression sur le visage John suggérait qu'il n'apprécierait pas.

"Avant que vous ne lui disiez," commença-t-il, levant une main pour que Lestrade endigue ses paroles avant de foudroyer Sherlock du regard, "tu dois me promettre que tu ne vas pas essayer de te lever pour te lancer par la porte ou quoi que ce soit de tout aussi ridicule."

"Et pourquoi ferais-je ça ?" demanda Sherlock, soulevant un sourcil et laissant sa voix traîner sur les mots. Son comportement fit se déplacer John pour bloquer la porte, avec l'air d'avoir entièrement l'intention de tacler Sherlock au sol s'il n'avait ne serait-ce qu'une crispation.

L'idée avait de l'attrait, mais Sherlock avait trop mal pour la tester. De plus, ça pourrait donner un anévrisme à Lestrade. Son regard allait déjà entre eux deux, quelque chose de suspicieusement suffisant inclinant ses lèvres. Finalement, il agita le dossier qui avait été serré sous son bras. L'éclair de papier kraft attira l'œil de Sherlock, et son froncement de sourcils s'approfondit lorsque Lestrade le tendit à John.

"L'amant que vous nous aviez dit de rechercher hier soir est réapparu dans la Tamise. Plaie au couteau au torse, droit dans le cœur." Lestrade haussa les épaules. "S'il a assassiné Mlle Lattimer, alors quelqu'un d'autre l'a eu aussi. Vous ne pouvez pas sortir regarder quoi que ce soit, mais nous ne parvenons à rien qu'à des impasses. Quand vous serez d'attaque, regardez le dossier et textez-moi si vous voyez quoi que ce soit qui pourrait nous donner des réponses."

"Si Anderson a pris les photos, ce sera inutile. Peut-être que si je pouvais voir le corps..."

"Si vous apparaissez à la morgue, on a dit à Molly de vous enfermer dans une des salles à l'étage," dit Lestrade, sa position détendue changeant en quelque chose de plus provoquant. Ses bras étaient croisés sur son torse, et ce froncement de sourcils qui signifiait qu'il allait être têtu avait pris place sur son front. "Et Sherlock, si vous vous montrez à une de mes scènes de crime cette semaine, je vous balancerai direct dans ma voiture et vous ramènerai ici, gyrophares et tout. Compris ?"

"Oh, pour l'amour de Dieu."

"Compris," dit John rapidement, forçant les insultes à mourir dans la gorge de Sherlock alors qu'il posait le dossier sur la table de la cuisine, bien en dehors de la portée de Sherlock. "Merci, Greg. J'apprécie."

"C'est vous qui devez vivre avec lui quand il grimpe aux murs," murmura Lestrade avec un haussement d'épaules. "Si vous avez besoin d'un coup de main, faites-le moi savoir. Nous pouvons le menotter à quelque chose pour son propre bien si nécessaire."

Sherlock fit un son concis et irrité dans sa gorge et se retourna pour pouvoir les ignorer tous les deux. Malheureusement, le mouvement envoya les douleurs endormies le transpercer à nouveau, le laissant boudeur et misérable alors que John disait au revoir à Lestrade. Être malade en soit semblait bien pâle à côté de l'irritation d'être traité comme un enfant. C'était comme être à l'hôpital, où des personnes inutiles en blouses blanches rôdaient autour de lui et essayaient de lui dire ce qu'il pouvait ou ne pouvait pas faire. S'il n'était pas si las il leur prouverait à tous deux qu'ils avaient tort, Lestrade et John.

Comme si ça le retiendrait vraiment pendant une semaine. Il irait bien demain matin, et ensuite il montrerait à la police apparemment incompétente exactement comment ils devraient s'y prendre pour attraper un meurtrier. Honnêtement, sans lui est-ce que Scotland Yard résoudrait une seule affaire ?

Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, il plissa les yeux vers le dossier, écoutant le son lointain de John parlant encore à Lestrade à la porte. Un rapide coup d'œil au sol calcula l'espace intermédiaire comme seulement d'environ sept pas de bonne longueur. Est-ce que ça le dépassait vraiment ? Est-ce que ce stupide virus l'avait vraiment amené aussi bas ?

Prudemment, il leva la tête, lutta pour se redresser et attendit lorsque son estomac se serra, puis se calma. Bien. Très bien. Maintenant il devait juste obtenir que ses jambes coopèrent.

Enroulant la couette étroitement autour de lui-même, il redressa lentement son poids, gardant une main appuyée sur le sofa alors qu'il se rapprochait petit à petit de sa cible. Les maux dans ses muscles se liguèrent contre lui quelque peu, et une douleur à la tête jusqu'ici inaperçue commença à marteler ses tempes, mais il persévéra. C'était comme il l'avait dit à John hier. Le pouvoir de l'esprit.

Sauf que ses genoux tremblaient fortement maintenant, et le bruit sourd dans son crâne atteignait des niveaux menaçants. Il était à mi-chemin de la table mais d'une certaine manière, poursuivre ou reculer semblaient tous deux tout aussi impossibles. Cela lui donnait envie de jurer, mais même ce niveau de virulence le dépassait. A la place il s'affaissa dans le fauteuil de John, essayant de donner l'air que cela avait été sa destination prévue depuis le début. Il remonta ses pieds sous lui sans vraiment y penser, se voûtant en une boule aussi petite qu'il le pouvait lorsqu'une autre voix – féminine, trop jeune pour Mme Hudson, ressemblait à l'assistante flagorneuse de Mycroft à l'oreille – rejoignait la conversation en bas, ses paroles inaudibles mais son ton rapide et professionnel.

Il y eut un brouhaha général d'adieux avant que les pas de John ne remontent les escaliers, mesurés et fermes. De cet angle, Sherlock était parfaitement situé pour voir le flash d'irritation/inquiétude qui traversa le visage de John quand il remarqua que le sofa était vide, et la vitesse à laquelle l'expression s'évanouit en quelque chose de légèrement suffisant quand il vit que Sherlock n'avait pas été loin.

"Tu as essayé de te lever chercher le dossier, n'est-ce pas ?" Quand Sherlock ne répondit pas, John roula des yeux, ses doigts se resserrant autour d'une épaisse enveloppe à soufflets. L'écriture de Mycroft était sur le devant, et Sherlock se renfrogna. Qu'est-ce que son frère essayait de faire maintenant ?

"Je vais te proposer un marché," dit John, ses yeux prenant un air calculateur. "Si tu bois toute la lucozade, la gardes et es encore réveillé d'ici sept heures, je te laisserai regarder le dossier. Ok ?"

Un autre coup d'œil à l'horloge fut suffisant pour suggérer que c'était une gageure. Les quelques pas trébuchants qu'il avait réussi à faire avaient laissé Sherlock épuisé, et même maintenant ses yeux voulaient se fermer. Malgré tout, si John allait le défier comme ça alors qui était-il pour reculer ? Sherlock tendit une main impérieuse pour la bouteille, ses doigts se resserrant maladroitement autour du plastique bon marché alors que John la lui tendait avant que Sherlock ne laisse ses yeux fixer ostensiblement l'enveloppe à nouveau.

"Qu'est-ce que c'est ?"

John jeta un coup d'œil vers le bas, ses épaules se déplaçant en un haussement alors qu'il faisait le tour pour allumer les lampes, faisant fuir le crépuscule les envahissant sans discontinuer. "Anthea l'a déposé. Elle a dit que ça pourrait être utile."

"Ça signifie simplement que Mycroft veut interférer. Donne-la." Sherlock fronça les sourcils quand John secoua la tête, tournant l'enveloppe pour que Sherlock puisse lire l'écriture cursive soigneuse sur le devant.

"Elle a mon nom dessus," répondit John avec désinvolture, ouvrant l'enveloppe en faisant une fente avec un doigt et soulevant en partie un dossier épais de ses confins. "J'suppose que ça signifie que c'est pour moi." Avant même qu'il n'ait terminé la phrase, l'irritation affectueuse avait disparu de son visage, remplacée à la place par quelque chose d'entièrement plus sérieux. Ses yeux bleus étaient devenus un peu tirés, un signe sûr que le tempérament de John se rapprochait de la surface, et ses lèvres se baissèrent aux coins. "Bon sang."

"Quoi ?"

John fit une grimace que Sherlock ne comprit pas et replaça les papiers dans l'enveloppe. "Ton dossier médical." Il ne prit pas la peine de s'expliquer davantage alors qu'il l'entassait un peu brutalement sur une des étagères.

Sherlock ferma les yeux en un lent clignement. Normalement il serait ravi d'avoir eu raison au sujet de Mycroft, mais vraiment, s'il ne connaissait pas les motivations de son frère depuis le temps alors il était une honte à la profession qu'il avait lui-même créée. Mycroft était manipulateur à l'extrême. C'était sa qualité essentielle, sa fondation. Tout autre émotion et traits de personnalité étaient transitoires en comparaison.

"Tu ne vas pas le lire ?"

John le regarda, une main appuyée sur le dos d'une des chaises de la cuisine alors qu'il secouait la tête. "Pourquoi diable le ferais-je ?"

Question piège, ou était-ce une de ces choses 'attentionnées' qui lui passait au-dessus de la tête parfois ? "Parce que tu es mon docteur ?"

"Je suis ton ami, Sherlock." John passa une main dans ses cheveux, son regard retourna rapidement vers le dossier avant de s'éloigner en glissant. "S'il y a quoi que ce soit là-dedans que j'ai besoin de savoir, alors je te fais confiance pour me le dire."

Sherlock cligna des yeux, fronçant légèrement les sourcils alors qu'il examinait le visage de John. Il pouvait dire tant de chose sur lui, du Tesco où il était passé ce matin au nombre de tasses de thé qu'il avait consommé – cinq, ainsi que des haricots blancs à la sauce tomate sur toast pour le déjeuner – mais ça ne l'aidait en rien à comprendre la manière dont John croyait en lui si implicitement. John avait des preuves quotidiennes que Sherlock était impoli, caustique, arrogant et manipulateur, et pourtant il semblait encore le voir sous son meilleur jour malgré toutes les preuves du contraire.

Il ouvrit la bouche pour le dire, pour défier, mettre en doute et pousser John pour voir jusqu'où il plierait ou s'il se briserait simplement, mais ce qui sortit à la place fut : "Merci."

Le mot sembla planer dans l'air entre eux, les surprenant tous les deux, et Sherlock fronça les sourcils alors qu'il fixait la bouteille dans sa poigne. "Je ne pense pas que je pourrais être si confiant si la situation était inversée."

"C'est parce que tu es pathologiquement curieux avec un pauvre self-control," signala John, une partie de la tension reflua de ses épaules lorsqu'il se redressa. "Je ne veux pas lire quelque chose sur ta vie dans un stupide dossier, Sherlock. Je ne veux pas en entendre parler par Mycroft non plus. Si je dois découvrir quoi que ce soit, alors je préférerais l'obtenir directement de toi."

"Une source peu fiable," murmura Sherlock, en regardant John hausser les épaules alors qu'il retournait à la cuisine et allumait la bouilloire.

"Peut-être, mais tu es le seul que je croirais vraiment." Il eut l'air brièvement inconfortable avant de lever le menton, se penchant en arrière contre la surface de travail de la cuisine. "Lestrade te regarde comme un frère capricieux, ton véritable frère te traite comme un enfant vaurien, et tous les autres t'utilisent pour ton cerveau. Je ne –" John secoua la tête, se déplaçant avec agitation. "Je ne te vois pas de la même façon qu'eux. J'aime à penser que je te connais mieux que ça. J'pourrais me tromper bien sûr."

Sherlock frotta son doigt d'avant en arrière sur la paille, sentant le plastique lisse et la soudaine interruption de la charnière concertina qui la faisait plier. "Ce qu'ils voient n'est pas une invention, John. Je ne suis pas une personne différente avec toi."

"Si tu l'es. Avec moi, tu n'essaies pas d'être plus ou moins que ce que tu es exactement." John devenait à nouveau agité, égrenant les choses sur ses doigts alors qu'il faisait les cent pas sur une ligne étroite devant la bouilloire. "Tu ne fais pas d'arrogance supplémentaire. Tu ne fais pas semblant d'être humain, mais plus que tout tu n'essaies pas d'être quoi que ce soit d'autre que toi-même avec moi. C'est pour ça que j'ai confiance en toi, Sherlock, et c'est pour ça que je ne lirai pas ton maudit dossier médical." Il pointa un doigt en direction de l'enveloppe, maintenant nichée parmi leurs livres comme un loup déguisé en brebis.

Sherlock fit une pause, sa tête s'inclina sur le côté alors qu'il regardait John – si ordinaire et pourtant tellement plus – bouger avec agitation dans la cuisine, infusant du thé comme s'il l'avait offensé personnellement. Le rythme rapide de la cuillère à thé contre la surface était agité, et il renversa du lait par pure maladresse. Il était inquiet de quelque chose. Inquiet d'en avoir trop dit, peut-être ?

Ça n'irait pas du tout. John décontenancé était une vue que Sherlock détestait presque autant que John saignant ou portant ce air de détresse éteint et lourd qu'il avait parfois, normalement quand il parlait à sa sœur.

"J'avais tort." Les mots semblaient clairement étrangers sur ses lèvres. Contrairement à la croyance populaire, il pouvait en fait admettre quand il avait commis une erreur. Cela arrivait juste tellement rarement que c'était presque inutile. Au regard vif et surpris de John, il pressa ses lèvres l'une contre l'autre, choisissant ses mots avec soin. "Je t'ai souvent critiqué de ne pas observer quoi que ce soit d'importance. Je pense, à ce qu'il apparaît, que nous regardions simplement des choses différentes."

C'était comme si une lumière était apparue derrière les yeux de John, chaude et ravie au compliment simple et subtile. Sherlock n'avait pas besoin d'en dire plus, n'avait pas besoin d'ajouter Je regardais des scènes de crime et tu m'observais, parce que même si John n'entendait pas les mots inexprimés, il comprenait le message.

"Tiens." John ramassa le dossier que Lestrade avait laissé, le passant à Sherlock.

"Mais il n'est pas sept heures."

"Encouragement," répondit John. "Parce que ça, ce que tu viens de dire ? C'était bien."

Sherlock renifla, ouvrit le dossier et le tira près de son visage pour que John ne puisse pas voir le sourire que le compliment avait fait naître sur les lèvres de Sherlock. Encouragement en effet. Le dossier n'était pas autant une récompense que le sourire lumineux et sincère de John, bien que Sherlock préférerait serrer Anderson dans ses bras qu'exprimer ce fait tout haut.

En parlant d'Anderson, les marques de l'idiot étaient partout sur les papiers. Photographies avec mauvais angle de vue, suppositions flagrantes... odieux. Comment cet homme gardait son travail était un des vrais mystères du monde, et Sherlock pouvait presque sentir son cerveau grincer de frustration. Il remarqua à peine John commencer à cuisiner quelque chose, trottinant dans la cuisine en un silence de compagnie agréable alors que Sherlock essayait de se concentrer sur les données devant lui.

"Pouah ! Impossible." Il traîna ses mains sur ses yeux, souhaitant pouvoir fourrer ses doigts dans son crâne et secouer son cerveau dans son activité normale et étincelante. Jusque là même ses déductions étaient des choses vaines et évidentes, et sa concentration ne cessait de se déplacer alors qu'il était distrait par des tangentes insignifiantes.

"Si tu vas perdre ton calme, je vais te l'enlever," dit John, puis il fit un geste avec une fourchette vers une des casseroles. "C'est juste des pâtes rudimentaires avec un peu de sauce. Tu penses que tu pourras supporter une cuillerée ?"

"Non. Même l'odeur c'est trop." Sherlock déplaça ses doigts vers ses tempes et entendit faiblement John mettre le ventilateur en route pour éclaircir l'air. "J'aimerais être un cerveau dans un bocal. Tellement plus facile."

"Pas aussi séduisant, cependant."

Sherlock redressa brusquement la tête et fixa John par-dessus le dossier du fauteuil. Il remuait toujours la casserole, apparemment oublieux de ce qu'il venait d'exprimer, ses yeux distants et pensifs.

"Ça et je devrais te porter partout, et comment dirais-tu aux gens tes déductions ? A moins que tu ne sois un cerveau télépathique dans un bocal ?" John lui jeta un rapide coup d'œil, l'air interrogateur, et Sherlock disciplina rapidement ses traits en quelque chose d'indifférent.

"Un synthétiseur de voix câblé à mon lobe pariétal. La technologie n'en est pas encore tout à fait capable, mais elle y arrive. Le maintien de vie ne serait pas trop complexe, et l'avancement permanent de la miniaturisation aiderait la portabilité."

Peut-être qu'il interprétait trop le commentaire 'séduisant'. Est-ce que ça signifiait que John pensait qu'il était attirant maintenant ? Ou était-ce juste un commentaire général sur l'esthétique relative de la matière grise ?

"Mon Dieu, Sherlock. Non, juste non. Je ne vais pas te laisser te retirer de ta tête pour vivre une existence à peine physique à flotter dans du fluide. Tu t'ennuierais."

"Mais je ne tomberais jamais malade, ce qui est l'intérêt."

Qu'en était-il de la partie 'Pas aussi' ? Est-ce que ça signifiait que John penserait qu'il serait encore relativement attirant en tant que simplement un cerveau, juste moins qu'il ne l'était maintenant ?

"Ton bocal pourrait être brisé. Alors qu'est-ce que tu ferais ?" John remplit son assiette et saisit une fourchette avant d'agiter la main d'un air dédaigneux. "Non, ça suffit. Je ne veux pas en parler, surtout pas quand je mange. Pose ce dossier et bois le reste de ta lucozade."

John saisit la télécommande de la télé, l'alluma sur quelque chose de juvénile et s'assit sur le sofa. Le manque de coussin au dos, qui étaient encore sur le sol, signifiait qu'il ne se détendit pas. A la place il posa ses coudes sur ses genoux, la lumière criarde de la télévision projetant de faibles lueurs de surbrillance sur son visage alors qu'il était rapidement absorbé.

Sherlock fit à moitié comme on lui disait, tenant le dossier en équilibre sur le pli maladroit de ses genoux alors qu'il buvait à petites gorgées par la paille. Il essaya de garder les yeux sur les papiers, mais ils ne cessaient de s'égarer d'eux-mêmes, se soulevant pour s'établir sur les lignes du profil de John.

L'attraction était une chose si subjective, entièrement ouverte à l'interprétation personnelle et elle portait un vaste poids incompréhensible dans une société supposément civilisée. Personne n'était immunisé contre son attrait, pas même lui, bien qu'il essayât de rester au-dessus de ça. Les implications étaient embrouillées au mieux et désastreuses au pire, mais ça ne signifiait pas qu'il était aveugle aux mérites relatifs de ceux autour de lui.

Une des premières choses qu'il avait remarquées à propos de John Watson était la tromperie. Cet homme – déterminé, mortel, dangereux – cachait tout ça délibérément derrière une facette de pulls doux et d'inquiétude de docteur. Il prenait soin de faire oublier soigneusement à tout le monde qu'il était un tueur entraîné. Il se concentrait sur la partie guérisseuse de son personnage quand il sortait à des rendez-vous et parmi la police. Il laissait les gens voir ce qu'il voulait qu'ils voient.

Bien sûr, Sherlock ne fonctionnait pas comme ça. Afghanistan ou Irak ? Une des premières choses qu'il avait sue était que John avait tué autant d'hommes qu'il en avait sauvés. John n'avait jamais pu cacher ce qu'il était vraiment à Sherlock, et il n'avait jamais essayé. Il n'avait jamais menti et essayé d'être quelque chose qu'il n'était pas pour Sherlock, et comme John semblait l'avoir observé plus tôt, il apparaissait que Sherlock avait inconsciemment rendue la pareille.

Ils se voyaient mutuellement comme ils étaient et oui, Sherlock devait l'admettre, c'était attirant de connaître les profondeurs de John. Esthétiquement, il était agréable, petit mais fort, il y avait une puissance enviable dans ce corps compact. Sherlock en avait reçu une bonne vue, si ce n'est quelque peu brumeuse ce matin : de l'eau s'accrochant à la peau et les ombres brunes des poils, des muscles commençant juste à s'adoucir légèrement à cause d'un style de vie différent que le désert avait à offrir et quelques biscuits de trop. Un esprit intelligent, oui, mais pas aiguisé.

Non, c'était autant qui John était que de quoi il avait l'air qui le rendait attirant. La somme de ses parties s'ajoutaient en cette chose inattendue, exquise et indéchiffrable, et Sherlock avait des moments de fascination complètement embarrassants. Tout comme maintenant.

Il cligna des yeux, les baissa et les détourna, reconnaissant que John ne l'ait pas remarqué à le regarder fixement. Les doigts de Sherlock picotaient avec le souvenir d'avoir touché le réseau chaud de la cicatrice de John ce matin, comme si ses nerfs avaient développé une capacité eidétique, se rappelant chaud, fort, lisse comme s'ils étaient aussi importants que air, sang, vie.

John Watson, un élément essentiel sans le savoir de l'existence de Sherlock Holmes.

Ce devrait être terrifiant, bien plus que des araignées géantes, plus que Moriarty, même. Pourtant Sherlock se retrouva à apprécier la prise de conscience inexprimée. C'était, après tout, un autre accroissement de compréhension. Des données avec lesquelles son esprit pouvait danser.

"Tu ne peux pas t'endormir là. Ton dos ne te le pardonnera jamais."

Sherlock ouvrit les yeux, pas même conscient qu'il les avait fermés alors que son esprit tournait en cercle vers l'intérieur. La bouteille vide de lucozade était encore serrée dans une main, et le dossier commençait à glisser sur le côté le long du revêtement de la couette. John était accroupi près de lui, tout en yeux calmes et sérieux et en symétrie légèrement irrégulière.

"Tu frissonnes." signala John et il lui enleva la bouteille et la remplaça par une tranche de pain grillé. Bizarre, Sherlock ne l'avait même pas entendu se lever pour la faire. "Je t'ai donné une dose plutôt lourde de paracétamol intraveineux ce matin, mais il s'est probablement estompé il y a un moment. J'aurais dû te donner quelque chose plus tôt, désolé." John inclina la tête, ses yeux se plissant alors qu'il examinait le visage de Sherlock. "Tu vas aller bien ?"

"C'est bon," murmura Sherlock, ses lèvres se contractant. "Tout va." Il cligna des yeux vers l'assiette dans ses mains. "Est-ce que tu t'attends à ce que je mange ça ?"

"Juste quelques bouchées, puisque tu as réussi avec le biscuit. Ensuite tu pourras prendre quelques comprimés et dormir."

Le pain grillé était râpeux et quelconque dans sa bouche, couvrant sa langue d'une garnison de miettes sans attirer beaucoup de réaction de ses papilles gustatives ou de son estomac. Les pilules descendirent à peu près de la même façon, aidées par une petite projection d'eau claire et fraîche. Sherlock était rassuré, mais John avait toujours l'air sceptique lorsqu'il aida Sherlock sur le sofa, l'installa avec aisance et mit la couette jusqu'à son menton.

"Tu ne vas pas être en forme pour des scènes de crime pendant un moment. Tu le sais, n'est-ce pas ?"

"Un rétablissement rapide n'est pas inédit," murmura Sherlock, un frisson délicat qui n'avait rien à voir avec la fièvre glissant le long de son bras alors que les doigts de John effleuraient le dos de sa main. "Peut-être demain ?"

"Non, Sherlock." Il y eut un bruissement d'un tissu, et il ouvrit les yeux pour se retrouver à fixer directement ceux de John. La connexion envoya un choc le long de sa colonne vertébrale, douloureusement évocateur de ces moments après une poursuite où ils croisaient le regard de l'autre et que quelque chose s'enroulait entre eux comme un nœud gordien.

Il entendit le souffle de John murmurer entre ses lèvres sur l'inspiration, et les mots suivants furent bredouillés alors que John détournait le regard. "Je – Je sais que tu te sens mieux qu'hier, mais la grippe peut s'intensifier et diminuer progressivement plus d'une fois avant d'être correctement partie. Un jour ou deux ne vont pas suffire. Tu le sais."

Sherlock soupira, ses épaules se contractèrent lorsqu'un autre frisson plus fort coula sur lui. La virologie n'était pas vraiment son domaine, à moins d'être en rapport avec une scène de crime. Sauf que c'était justement ce qu'était son corps maintenant : des cellules mortes et mourantes, assassinées par un autre organisme et les indices laissés écrits en fibres musculaires et en sang martelant et maladif. Pour une fois, il devrait suivre les déductions de John et lui permettre de résoudre le crime sans aide.

"Tu vas rester ?" demanda-t-il, trop exténué maintenant pour exprimer plus de mots. Il espérait que John comprendrait qu'il voulait dire plus que juste pour ce moment. Il voulait dire hier, demain et toujours au-delà, dans le futur indéterminé de John, Sherlock et Baker Street.

Et les mots lui parvinrent, s'enroulèrent autour de lui alors que le sommeil l'attirait dans sa paume avide, la dernière ancre vers le monde réel qu'il connaîtrait pendant des jours à venir.

"Je ne vais nulle part, Sherlock."