Avertissement : Davantage de trucs médicaux (encore), et John qui s'inquiète beaucoup.

Note de l'Auteur : Comme toujours, un énorme merci pour votre soutien. Si vous aimez ça, alors bien sûr faites-le moi savoir et dites-le à vos amis ;-) c'est génial d'avoir toutes vos réponses !

B xxx


To Light Another's Path : Chapitre Six

John était assis dans le fauteuil, sa mâchoire se contracta alors qu'il serrait les poings sous son menton. Il essayait de ne pas trembler alors que les cris gémis de Sherlock s'accrochaient dans l'air de l'appartement : des cordes pincées de harpe de détresse. Il n'avait aucune idée de ce qui se passait dans cette tête – quelles images ce subconscient offrait à un corps ravagé par la fièvre – mais être assis là était presque plus qu'il ne pouvait en supporter.

Les périodes de lucidité de Sherlock avaient diminué durant les dernières quarante-huit heures, l'efficacité du médicament entravée par le virus faisant rage à travers son système. Le soir où Greg avait déposé le rapport de police avait été une accalmie temporaire, comme si la maladie massait simplement ses forces pour déchaîner le véritable niveau de sa vigueur sur le corps impuissant de Sherlock.

John ne pouvait pas faire d'injection à Sherlock, pas sans quelqu'un pour le maîtriser, et la réaction quand quiconque essayait de le plaquer était viscérale. John toucha la contusion sur sa mâchoire : le résultat de sa seule tentative malavisée. Ça n'avait pas été un coup de poing bien dirigé, définitivement pas fait consciemment, mais c'était choquant malgré tout. Dieu seul savait ce que Sherlock pensait qu'il lui arrivait, ou qui il croyait que John était, mais John se retrouva à souhaiter le banal des araignées géantes et des appareils liquéfiés. Au moins ceux-là n'avaient pas réduit Sherlock à quoi que ce soit de pareil.

"Tiens, mon cher." Mme Hudson lui tendit un mug de thé, son visage expressif plissé en sympathie alors que le souffle suivant de Sherlock s'accrochait sur une toux : pas un râle ou obstrué, pas encore, mais c'était un autre fardeau sur la pile des inquiétudes de John. "Il a l'air pire à l'oreille."

"L'essentiel est la fièvre," réussit à dire John, retirant un bref confort de ses connaissances. "Elle est remontée, et je ne peux rien lui faire prendre pour la faire descendre." Il souffla un faible rire railleur et pressa le talon de sa main contre un œil. "Quel docteur je suis. J'peux même pas l'aider avec la grippe."

"Ce sont des bêtises." fit Mme Hudson en désapprobation. "Tu as été là à toute heure, dormant à peine. Tu es un bon ami, John Watson, et un bon docteur. Sherlock ira mieux bientôt. Attends de voir."

John baissa vivement la tête, souhaitant que ses paroles le fassent se sentir mieux, mais la vérité était qu'il ne s'était jamais senti aussi inutile, ni si faible. Sherlock était un homme fort malgré son corps svelte, et quoi qu'il croie qu'il arrivait était suffisant pour que John jette un coup d'œil vers le dossier médical encore poussé dans la bibliothèque. Il pensait vraiment ce qu'il avait dit, il ne voulait pas le lire, mais en cet instant Sherlock était incapable de lui dire quoi que ce soit, et John commençait à suspecter qu'être entravé et traité avec des médicaments avait figuré dans le passé de Sherlock.

Un coup à la porte lui fit tourner brusquement la tête, un souffle de soulagement balbutiant sur ses lèvres. Mme Hudson se pressa en bas aussi vite que sa hanche le lui permettait, et même John put entendre la gratitude dans sa voix lorsqu'elle fit entrer Lestrade. John l'avait texté plus tôt, le suppliant presque de l'aider. Il avait initialement envisagé Mycroft, mais Sherlock détesterait savoir que son frère l'avait vu comme ça, et Greg était le meilleur deuxième choix.

Dès que le DI entra dans la pièce, son regard tomba sur Sherlock. Il n'y avait aucun signe d'humour dans cette expression maintenant, juste de l'inquiétude pure tempérée de détermination.

"Besoin que je le plaque ?" demanda-t-il, en retirant sa veste et remontant les manches de sa chemise.

"A vous entendre on dirait que vous l'avez déjà fait," répondit John, regardant Greg enlever sa cravate et défaire son col.

Greg haussa les épaules, son visage s'abaissant en une grimace, et John se demanda à quel point il avait aidé Sherlock dans le passé, avant que John ne le connaisse. "Il a eu un mauvais trip ou deux. A l'époque où je l'ai rencontré. C'est terrifiant à regarder. Ça fait mal de le voir comme ça."

"Je sais. Quelques heures est une chose, mais ça dure depuis trop longtemps. Nous devons faire baisser la fièvre. Son comportement s'ajustera lorsqu'elle descendra. Je l'aurais fait seul mais –" Il fit un geste de manière significative vers la contusion, souriant alors que Mme Hudson entrait avec un bol d'eau et quelques lourdes serviettes. "J'ai besoin de quelqu'un de fort pour le tenir immobile et essayer de le maintenir calme pendant que je travaille."

"Que faisons-nous d'abord ?" demanda Greg, se déplaçant pour se tenir près du canapé et mettant les mains sur ses hanches.

"Enlevez son t-shirt. Ignorez les frissons, nous pouvons baisser la chaleur plus vite qu'il ne peut la générer. Surtout quand il n'a pas mangé depuis plus de vingt-quatre heures." John se rapprocha, changeant le ton de sa voix en quelque chose de calme mais de ferme. "Sherlock, c'est John. Écoute, nous devons t'aider. J'ai besoin que tu restes immobile. Est-ce que tu comprends ?"

Il n'y eut pas de réponse. Sherlock n'ouvrit pas les yeux, continua simplement à murmurer quelque chose d'inintelligible, sa tête s'agitant sur le côté et exposant la longue colonne de sa gorge. Il était facile de voir l'éruption de chair de poule qui dansait sur lui alors que son corps montait la fièvre plus haut dans un effort désespéré d'éradiquer le virus, apparemment indifférent s'il se tuait lui-même dans le processus.

"Tu montes," exhorta John, essayant de ne pas reculer alors que Sherlock tremblait, devenant rigide alors que lui et Greg le redressaient et enlevaient le t-shirt maladroitement par-dessus sa tête, laissant le torse de Sherlock exposé et frissonnant dans l'air de l'appartement.

"Christ, il est brûlant." Greg fronça les sourcils, redescendant délicatement Sherlock alors que John tendait le bras vers une des serviettes, la trempait dans l'eau tiède et l'essorait avant de la mettre sur le torse nu de Sherlock.

La réponse fut instantanée. Le corps de Sherlock eut un sursaut comme si on lui avait tiré dessus, son souffle s'accrochant sur un cri déchirant. Ses yeux se serrèrent, toujours fermés, et Greg se pencha rapidement en avant et saisit ses poignets alors qu'il essayait de donner des coups.

"Sherlock, écoutez c'est moi. C'est Greg. Nous n'allons pas vous faire de mal. Nous ne –"

"Arrêtez. S'il vous plaît – s'il vous plaît arrêtez." Un fort frisson ravagea le corps de Sherlock, le faisant grogner alors que Greg levait les yeux et attirait l'œil de John. Il se déplaça légèrement pour que John puisse presser une autre serviette humide sur le front de Sherlock. L'eau trempa ses cheveux et des ruisselets s'écoulèrent sur ses tempes. "C'est froid . Ça fait mal !"

"Ce n'est pas froid, Sherlock, c'est juste une impression. Je te promets, d'accord ? Je te le promets." John savait qu'il avait l'air désespéré à l'oreille, implorant alors que Sherlock luttait contre le poids de Greg. Il chercha dans son sac le thermomètre, ajusta les réglages pour rendre l'affichage actif pendant plus longtemps avant de jeter un coup d'œil à Mme Hudson. "Pensez-vous pouvoir juste tenir sa tête immobile pour moi ?"

"Bien sûr." Elle s'avança, se pencha sur l'arrière du sofa et parla d'une voix douce et fredonnante. "Sherlock, mon cher. C'est juste moi. Reste immobile un moment, voilà un bon garçon."

"Je ne – Je ne." Il fit une expiration brusque, les tendons de sa nuque ressortant alors qu'il se tendait contre eux, mais John tint bon, regardant la température rester obstinément stable.

"Si je ne peux pas la faire descendre dans l'heure qui vient, je vais devoir appeler une ambulance," murmura-t-il, retroussant ses lèvres serrées alors que la lutte de Sherlock devenait faible, ses respirations sortant en sons tendus de panique. "Mon Dieu, Sherlock. Allez."

Les minutes s'écoulaient, tous trois figés en un étrange tableau avec Sherlock insensible et tremblant entre eux. L'eau filait sur sa peau, s'amassant sur le cuir du canapé alors que chaque respiration s'agitait entre ses lèvres : trop rapides et rauques. Les doigts de Mme Hudson frottaient doucement, sa prise ne bougeant pas pour le tenir immobile alors qu'elle murmurait des sottises apaisantes, mais John n'était même pas sûr que Sherlock l'entende.

"Sherlock ?" La question de Greg fit lever les yeux de John du thermomètre, et il remarqua que ces yeux s'étaient ouverts brusquement, vitreux et étourdis. "Sherlock, est-ce que vous me comprenez ?"

Prudemment, John bougea sa main devant le visage de Sherlock, à environ un doigt de ses cils pour bloquer la lumière, regardant ces pupilles se dilater. "Les réflexes," murmura-t-il. "Il n'est pas alerte."

"A cause de la fièvre ?" demanda Greg, il fit la grimace quand John hocha la tête. "C'est horrifiant, putain. Est-ce qu'il va un peu mieux ?"

John secoua la tête, retira le thermomètre et retira les serviettes du corps de Sherlock. "Nous allons le mettre dans la douche. Il va détester ça, mais c'est le mieux pour lui maintenant."

"Il va se noyer !" protesta Lestrade, lâchant un grognement alors que John redressait Sherlock.

"Non. Je vais y entrer avec lui et m'en assurer. Donnez-moi un coup de main, voulez-vous ? Mme Hudson, pouvez-vous mettre la douche en marche ? Suffisamment chaude pour qu'elle donne l'impression de la même température que votre peau."

Entre eux, lui et Greg réussirent à soutenir le poids de Sherlock, le traînant presque vers la salle de bains. Sherlock tenait à peine sa tête droite, luttant peut-être pour retrouver une forme de conscience, mais il n'y avait aucune netteté dans ses yeux ni de coordination dans ses mouvements, et John se retrouva à réévaluer sa décision à propos de l'ambulance.

"Dix minutes dans la douche. Si ça ne le ramène pas au moins un peu alors nous nous dirigerons vers l'hôpital. Quelqu'un devrait appeler Mycroft."

"Je vais le faire, mon cher," promit Mme Hudson, laissant la porte vers la salle de bains ouverte et se tenant à l'extérieur. "Ne le laisse pas te blesser, d'accord ?"

"Je ferai de mon mieux," promit John avec un faible sourire, laissant Greg redresser Sherlock contre le mur alors qu'il enlevait son pull. Il ne se souciait pas si son jean ou son t-shirt étaient mouillés, mais la laine l'alourdirait et il aurait besoin de toute sa force et de sa concentration pour s'occuper de Sherlock. Retirant le rideau qui s'accrochait tendrement au flanc de la douche, il enjamba le bord et avança sous le spray. L'impression n'était ni chaude ni froide, mais il savait que pour Sherlock elle semblerait probablement glaciale.

"Très bien. Voilà la partie délicate. Il pourrait nous combattre. Essayez simplement de l'aider de ce côté. Vous allez être mouillé."

Lestrade grogna, faisant comme on lui disait. "J'ai eu pire que ça lors d'une nuit pluvieuse. Prêt ?"

"Prêt." John tendit les bras, soutenant le poids de Sherlock alors que Greg soulevait les jambes de Sherlock et les déplaçait par-dessus le bord de la baignoire. Dès que l'eau toucha la peau de Sherlock, il eut encore un sursaut, les renversant presque, lui et John, lorsqu'il essaya de se détourner.

"Juste de l'eau, Sherlock. C'est juste de l'eau ! Allons. Reste avec moi, juste un petit peu." John grogna, son épaule lui faisait mal sous la tension alors qu'il drapait les bras de Sherlock autour de son cou et enroulait sa prise autour de cette taille fine, tenant le poids mort de Sherlock avec des bras forts. La tête de Sherlock tomba en avant sur l'épaule de John, ses yeux fermés une fois de plus et ses boucles sombres se plaquant sur sa tête alors que l'eau cascadait sur eux deux. Elle pressa le boxer que Sherlock portait contre lui comme une seconde peau et rendit le t-shirt et le jean de John sombres et lourds.

Greg se tenait en arrière, les regardant tous deux et prêt à se précipiter si l'un d'eux glissait. Le temps se mesura régulièrement dans le tambourinage de l'eau et chaque respiration basse et tremblante.

Finalement, les muscles de John commencèrent à trembler sous la pression, et il les baissa tous deux au fond de la baignoire, drapant Sherlock sur ses genoux et tenant délicatement sa tête et ses épaules, le gardant à moitié redressé et protégeant son visage du spray. La peau sous ses mains était glissante, mais progressivement il pensa sentir la brûlure de la chaleur s'atténuer, entraînée aussi sûrement que si elle était rincée dans les canalisations.

"Sherlock, m'entends-tu ?" demanda-t-il, cherchant un signe de réactivité sur ce visage et souriant lorsque des cils sombres s'agitèrent, s'écartèrent lentement sur des yeux qui ne regardaient plus fixement, mais trouvèrent leur concentration en quelques battements de cœur.

"John ?"

"Ouais, c'est moi. Es-tu avec moi maintenant ?" Il tendit une main, repoussa les cheveux de Sherlock de son visage alors qu'il resserrait son autre bras autour du corps de Sherlock.

"Je n'avais pas réalisé que j'étais parti." A l'oreille Sherlock avait l'air fatigué, épuisé vraiment, pour quelqu'un qui avait été inconscient, et la confusion plissa son front alors qu'il luttait pour saisir ce qu'il lui arrivait.

"Quel est le symbole élémentaire du plomb ?" demanda John, il savait que des questions à propos de Premiers Ministres et de culture populaire seraient inutiles pour déterminer la clarté mentale.

"Pb," répondit Sherlock après une réflexion d'un instant. Le temps que ça prit suggéra qu'il était encore un peu absent, mais John sourit tout de même, parce que réveillé et réceptif était cent fois mieux que le délire misérable des deux derniers jours.

"John, pourquoi pleut-il ?"

"Nous sommes dans la douche," murmura John, laissant tomber ses doigts sur la gorge de Sherlock pour contrôler son pouls. "Ta fièvre a eu un pic et je n'arrivais pas à la faire redescendre. J'ai dû te refroidir rapidement, et c'était le moyen le plus facile."

Sherlock sembla digérer ça pendant un moment, comme s'il retournait la déclaration dans sa tête et cherchait des défauts. Enfin il cligna des yeux, l'eau de la douche coulant toujours le long de ses joues comme des larmes alors que de brillants yeux argent dérivaient vers la contusion sur la mâchoire de John. "Qu'est-il arrivé à ton visage ?"

"Rien d'important," écarta John rapidement, levant le bras et éteignant la douche. "Allons, on va te sortir d'ici. Greg ?"

"Juste là." Lestrade fit un faible sourire, une épaisse serviette sèche déjà entre ses mains. Dès que Sherlock vacilla sur ses deux pieds, il la fixa autour des épaules de Sherlock, l'enserra bien fermée sous son menton et força les doigts maladroits de Sherlock à se fixer dessus. L'aider à sortir de la baignoire fut une affaire maladroite, mais ils réussirent tous sans tomber et John mena rapidement Sherlock à s'asseoir sur le siège fermé des toilettes, une main de chaque côté de sa tête alors qu'il soulevait son visage pour avoir une meilleure vue sur ses yeux.

"Greg, pouvez-vous aller chercher mon sac, et demander à Mme Hudson des vêtements propres et secs pour Sherlock ?" Un toctoc à la porte d'entrée fit lever les yeux à John, et il vit un sourire se contracter sur le visage de Lestrade.

"Je vais faire entrer Mycroft aussi, d'accord ?"

"Merci." John retourna son regard sur Sherlock, plissant les yeux sévèrement. "Dis-moi comment tu te sens. N'épargne rien."

Sherlock soupira, le son si fatigué que John sentit ses paupières le tirer en sympathie. "Douloureux. Tête me fait mal. Poitrine fait mal. Froid."

"Quelque chose d'autre ?" demanda John, hochant la tête en remerciements lorsque Greg lui passa le sac, de même qu'un t-shirt et des sous-vêtements frais pour Sherlock. "Te sens-tu étourdi, nauséeux ?"

Sherlock secoua la tête, faisant un son rêche de plainte lorsque John se rassit un peu plus loin, cherchant le garrot et une nouvelle seringue. Il n'allait même pas essayer de donner à Sherlock quoi que ce soit par la bouche à ce stade. Il tremblait déjà à nouveau fortement, son corps défaisant le bon travail de la douche, et John était désespéré de garder la fièvre éloignée du territoire dangereux et de donner du soulagement à Sherlock.

"Serre ta main en un poing et relâche-la pour moi ?" donna John comme instruction, tapant sur le creux du bras gauche de Sherlock avant de secouer la tête et de changer pour le droit, où les veines étaient en condition légèrement meilleure. "Encore."

Sherlock fit muettement ce qu'on lui disait, ses cheveux gouttant encore des points occasionnels de froid sur les mains et les bras de John. Ils étaient tous deux encore humides, mais la chaleur de l'appartement signifiait que les mains de John étaient fermes et non affectées lorsqu'il mesura la dose et dégagea l'air de la seringue avant de faire pénétrer avec douceur l'aiguille dans le bras de Sherlock.

Il se concentra sur ce qu'il faisait, ne faisant pas un bruit quand Sherlock reposa son front au-dessus de la tête de John comme s'il n'avait plus la force de se redresser. "Toujours avec moi ?"

"Mmmmm," murmura Sherlock, faisant un minuscule bruit d'inconfort lorsque John enleva l'aiguille. "Comme je l'ai dit, je n'avais même pas réalisé que j'étais parti. Quel jour sommes-nous ?"

"Vendredi. Ça fait deux jours depuis que Greg est passé avec le dossier."

Le bruit concis de dégoût de Sherlock était si familier que John sourit et leva les yeux. De cet angle il voyait la mâchoire et les lèvres de Sherlock, cet arc de cupidon fixé en une ligne de désapprobation contrariée. "On dirait que c'était il y a cinq minutes."

"Crois-moi, ça fait beaucoup plus longtemps." Il capsula l'aiguille, tiquant de surprise quand de longs doigts touchèrent légèrement la contusion sur sa mâchoire, pas assez pour causer de la douleur, mais là malgré tout.

"C'était moi, n'est-ce pas ?" demanda Sherlock doucement, traçant les contours de la peau assombrie avant de laisser tomber sa main sur l'épaule de John. "Je suis désolé."

"Ne le sois pas," répondit-il, reculant et tendant le bras vers une autre serviette avant de la déposer sur la tête de Sherlock, tapotant doucement le pire de l'humidité des boucles. "C'était ma propre faute. J'essayais de te garder immobile pour te donner des médicaments. Tu t'es indigné. Compréhensible, vraiment."

"Mais pas utile," signala Sherlock, sa voix étouffée gagnant en clarté alors que John finissait et mettait la serviette sur le radiateur. Pour une fois, Sherlock avait l'air moins que savamment soigné. Il y avait l'ombre d'un début de barbe dispersée sur sa mâchoire et sa lèvre supérieure, et ses cheveux étaient un enchevêtrement indigne. Il avait l'air aussi plus mince, remarqua John avec une grimace. La couche fine de muscle avait déjà commencé disparaître, laissant ses os transparaître plus nettement qu'avant.

Rapidement, il tendit la main, pinça la peau sur le dos de la main de Sherlock et la regarda retomber en place. Cela prit plus longtemps que ça n'aurait dû, et John retroussa les lèvres avant de croiser le regard de Sherlock.

"Légère déshydratation," signala Sherlock. "Pas suffisamment grave pour une intraveineuse."

"Non, mais tu as besoin de fluides. On va te sécher d'abord, ensuite nous travaillerons là-dessus. Viens ici."

Il travailla rapidement, passa la serviette sur la peau pâle de Sherlock et absorba l'eau. "Peux-tu changer ton boxer toi-même ?" demanda-t-il, essayant délibérément de garder sa voix régulière.

"Oui," répondit Sherlock fermement, fronçant les sourcils lorsque John recula. "Tu peux me laisser ici. Je ne vais pas m'effondrer."

"Je n'en serais pas si sûr," répondit John, tournant le dos et fixant le mur. "C'est aussi loin que je vais aller. Dépêche-toi, ou je le ferais pour toi."

"Oui, Docteur," marmonna Sherlock, mais il y avait une trace d'un rire très fatigué sous ces paroles, et John entendit le murmure de mouvement alors qu'il foudroyait résolument du regard la peinture sur le mur. Finalement, il entendit le bruit de Sherlock se rasseyant sur le siège des toilettes, ponctué par un soudain accès aigu de toux.

Il fit volte-face sans demander la permission, regarda son ami poser ses coudes sur ses genoux, le t-shirt emmêlé entre ses doigts alors que sa poitrine tressautait avec chaque spasme. Enfin, Sherlock se calma, serrant sa tête d'une main. "Vraiment, un cerveau dans un bocal a l'air plus séduisant de jour en jour."

John secoua la tête, tendit la main vers son stéthoscope et le réchauffa sur sa paume. "Tu iras mieux un jour," promit-il. "Inspire."

Sherlock fit comme on lui disait, et John pouvait sentir le gonflement et la bouffée d'air sous sa paume calmante alors qu'il guettait un crépitement révélateur par-dessus le martèlement du cœur de Sherlock. Heureusement, ses poumons semblaient toujours dégagés, et John retira les bouchons de ses oreilles avant de tendre le bras vers le t-shirt de Sherlock et de le pousser par-dessus cette tête sombre.

"Tu sembles bien pour l'instant, mais je vais faire récupérer des antibiotiques par Mycroft tout de même, juste au cas où."

Sherlock fit un son de désapprobation. "Abuser la Sécu, John ? Rebelle."

"Ce n'est pas de l'abus. Dans ton cas, c'est être préparé. Je vais devoir appeler Sarah pour l'ordonnance."

"Parce que tu ne gardes pas de bloc dans l'appartement." Il n'y avait pas d'accusation dans ce ton, juste le genre de logique parfaite qui en disait long sur l'intelligence de Sherlock. Il était encore fiévreux, de ça John était sûr, mais la baisse des niveaux critiques ne l'avait pas rendu seulement alerte, mais plutôt vif.

"Ce n'est pas que je ne te fais pas confiance..."

"Si, et tu as raison, en tout cas quand il s'agit de choses comme ça. Tu sais que je n'aurais aucun scrupule à falsifier ta signature si j'étais désespéré." Le coin de la lèvre de Sherlock se courba en un genre de sourire à demi-contrit. "Tu te permets de garder de la médication basique dans ton sac, et tu peux justifier le fait que tu les aies même quand tu ne devrais vraiment pas à cause de mon style de vie dangereux, mais tu es trop raisonnable pour contribuer quoi que ce soit de tentant à l'environnement d'un toxicomane en voie de guérison. Y compris un ordonnancier."

"Tu n'es pas le seul à être tenté," signala John, sentant les yeux de Sherlock peser sur lui.

Il pouvait presque voir les rouages tourner dans cet esprit brillant, ralenti à des vitesses normales par les ravages provoqués sur son moyen de transport, mais le moment d'illumination apparut tout de même dans les yeux de Sherlock. "Oh. Ton épaule. Tes cauchemars. Tu songes à l'automédication." Sherlock laissa sortir un souffle, comme se réprimandant de ne pas l'avoir réalisé avant. "Bien sûr que oui."

"Plus autant," promit John, sa main hésitant avant qu'il ne la tende à nouveau vers le thermomètre. Ce n'était pas vraiment nécessaire, il savait que la fièvre de Sherlock avait baissé grâce à la douche, et les médicaments la conserverait ainsi maintenant, mais il voulait quantifier le changement – ne serait-ce que pour rassurer son esprit. "Je suis trop occupé à m'occuper de toi pour m'inquiéter de moi-même."

Sherlock lui lança un regard noir, grommelant de plus belle alors que le thermomètre bipait un bien meilleur affichage, et John le rangea avec un hochement de tête. "Bien, d'accord, on va te ramener sur le canapé. Au moins c'est du cuir et il séchera en l'essuyant."

"Pourquoi est-il humide ?" demanda Sherlock, l'air bizarrement bouleversé et perplexe.

"Nous avons essayé des serviettes humides avant de te mettre dans la douche. Ça n'a pas fonctionné," expliqua John. "J'ai eu besoin de l'aide de Greg pour te maintenir suffisamment immobile pour les garder."

"Et Mycroft ?"

John lui jeta un coup d'œil, essayant de lire l'expression de Sherlock, mais il n'avait pas l'air trop ennuyé. Davantage juste légèrement résigné que sa maladie ait rassemblé un public. "J'ai pensé que nous pourrions avoir à te traîner à l'hôpital. C'est le genre de situation pour les parents proches."

Il ouvrit la porte, soulevant un sourcil en voyant à la fois Greg et Mycroft hésiter à l'extérieur. Une fois de plus le Holmes plus âgé avait abandonné à la fois son parapluie et sa veste de costume, et cette fois ses manches étaient relevées. Ça lui donnait l'air étrangement normal.

"Nous nous occupons de lui maintenant, John," promit Mycroft, ignorant le son rêche d'irritation de Sherlock. "Vous devriez mettre quelque chose de plus confortable que du tissu mouillé."

"Ouais, la seule raison pour laquelle vous n'avez pas l'air crevé est parce que tout le monde a l'air bien à côté de Sherlock en ce moment," ajouta Greg, prenant sans ménagements Sherlock par les épaules et le guidant vers le sofa, sur lequel John remarqua que se trouvait un nouveau nid de couvertures et d'oreillers propres : sans doute l'œuvre de Mme Hudson.

Une partie de lui ne voulait vraiment pas partir, même pendant les brefs moments pour mettre des vêtements secs, et il se gratta l'arrière de la tête avant de parler. "Très bien, parfait, essayez juste de le garder éveillé, et faites-lui boire un peu plus de lucozade."

C'était un peu comme donner des ordres à des troupes. Lestrade comme Mycroft se soumettaient à son autorité en tant que docteur, et Mme Hudson semblait avoir oublié sa règle de "Pas votre gouvernante" alors qu'elle faisait des tasses de thé et dorlotait Sherlock, qui au moins le supportait avec une grâce modérément bonne. Probablement trop fatigué pour se plaindre vraiment.

Montant les escaliers à pas feutrés, John enleva son t-shirt, son jean, ses sous-vêtements et ses chaussettes, les plaça sur le radiateur pour sécher alors qu'il traînait la serviette en trop sur sa peau. Une partie de lui sentait qu'il devrait s'habiller de vêtements corrects, mais l'horloge s'égrenait déjà vers une heure du matin. De plus, son sommeil durant les derniers jours avait été éclaté, et la lassitude rongeant son corps commençait à devenir un poids mort.

Au final, il choisit un t-shirt à demi-convenable et un bas de survêtement. Pas trop manifestement un pyjama, mais suffisamment confortable pour dormir avec. Des chaussettes chaudes allèrent sur ses pieds, qui étaient refroidis après la douche tiède, et il passa ses doigts dans ses cheveux courts, dispersant des gouttelettes d'eau avec quelques coups rapides avant de tendre la main vers son portable.

Appeler Sarah à cette heure de la nuit pour des antibiotiques ne lui ferait gagner que du mépris, donc il envoya un texto rapide expliquant la situation, ses doigts donnant des petits coups sur les touches avant qu'il n'appuie sur envoyer. Avec de la chance Mycroft pourrait la récupérer au cabinet dans la matinée et se faire délivrer les médicaments. John préférerait gaspiller les médicaments et ne pas en avoir besoin plutôt que de laisser n'importe quelle sorte d'infection enfoncer ses griffes dans Sherlock quand il était comme ça.

Redescendant à pas feutrés, il sourit en voyant que Mme Hudson tendait des couvertures à Lestrade et l'incitait à utiliser un des lits. "Vous ne pouvez pas rentrer à cette heure de la nuit !"

"Vous pouvez prendre le mien," ajouta John quand Greg eut l'air de vouloir protester. Il était évident que le DI était au bureau à travailler tard avant le texto de John, et l'homme avait l'air aussi crevé que John avait l'impression de l'être. "Ça vous évitera d'affronter ce qu'il y a dans la chambre de Sherlock."

"Où allez-vous dormir ?"

"Le sol du salon me suffit. Il l'a été pendant ces derniers jours. De plus, je préférerais garder un œil sur Sherlock."

"Je vais bien," la voix de Sherlock grinça depuis la direction du sofa, à l'oreille loin d'être convaincant. "Utilise mon lit."

"Je vais surveiller mon frère, John," promit Mycroft. "Quelques heures sur un vrai matelas vous fera le plus grand bien. Je vous réveillerai si Sherlock a besoin de votre aide."

John hésita, jeta un rapide coup d'œil vers Sherlock, mais si l'homme protesta l'offre de son frère, il était trop fatigué pour le montrer, serrant faiblement une bouteille de lucozade et luttant clairement pour garder les yeux ouverts. "Bien," acquiesça-t-il finalement, "mais je n'expose quand même pas Greg à je ne sais quoi d'autre qui se trouve dans ta chambre, Sherlock. Je vais prendre ton lit. Y a-t-il quoique ce soit que je devrais savoir ?"

"Non," murmura Sherlock, "mais ne touche à rien sur la troisième étagère du haut."

John fit une pause, jeta un coup d'œil par-dessus son épaule juste à temps pour voir quelque chose comme un sourire trembler sur les lèvres de Mycroft, assorti, de manière assez alarmante, à un de la part de Sherlock. Lestrade l'avait remarqué aussi, parce qu'il posa une main sur l'épaule de John.

"Plutôt vous que moi, mon pote. Dormez bien."

"Merci. Vous aussi." John ramassa la couette et les oreillers qu'il utilisait du sol, les traînant avec lassitude dans la chambre de Sherlock. Pour être honnête, il ne pouvait pas se décider à s'inquiéter de ce que Sherlock avait caché là-dedans, tant que rien de vraiment horrible ne lui sautait dessus au milieu de la nuit.

Il était trop épuisé pour se brosser les dents, mentalement et physiquement exténué par son inquiétude pour Sherlock, et il s'écroula sur le matelas avec un grognement bas et laissa ses muscles se détendre centimètre par centimètre. C'était agréable, il devait l'admettre. Plus d'irritation à cause de son oreiller glissant sur le cuir des coussins du sofa, ou de réveil convulsif à chaque petit son que faisait Sherlock, mais tout de même, le laisser là-bas avec Mycroft lui semblait un peu comme de l'abandon. Un manquement au devoir.

John se donna à lui-même un grognement irrité, roula sur son ventre et enfonça son visage dans l'oreiller. Veiller anxieusement et de manière impuissante ne ferait rien pour aider Sherlock à aller mieux, mais le sommeil était quelque chose dont ils avaient tous deux besoin, et il essaya d'immobiliser le tour de ses pensées. Vaguement, il entendait des voix, l'énonciation légèrement nasale de Mycroft et le baryton plus profond et plus riche de Sherlock, mais elles étaient trop basses pour qu'il identifie les mots.

Ça n'avait pas l'air d'une dispute, mais Mycroft et Sherlock pouvaient maintenir une guerre avec rien d'autre que des regards noirs, donc ça ne disait vraiment pas grand-chose. John essaya d'écouter, de démêler le sens des syllabes des murmures du son, mais son cerveau était parti trop loin, et il se retrouva glissant dans et hors des rêves et se réveillant : une sorte de sommeil peu profond et inutile.

C'était la partie la plus noire de la nuit de Londres – des lampadaires flous au-delà des rideaux et une faible accalmie dans la palpitation toujours présente de la vie de la ville – quand Mycroft réveilla John en le secouant. Un coup d'œil rapide à l'horloge lui montra qu'il était juste avant quatre heures du matin mais il était éveillé en un instant, frottant ses yeux alors qu'il demandait à savoir ce qui n'allait pas.

"Sa fièvre tombe. Il vous a demandé."

John fut hors du lit sans même s'en rendre compte, marchant à pas feutrés dans le salon. Une lumière cireuse et douce baignait la pièce, affichant le brillant de la sueur qui couvrait le front de Sherlock et se rassemblait dans le creux à la base de sa gorge. Il avait repoussé la couette, mais il avait toujours l'air misérable, vacillant sur la frontière entre le sommeil et l'éveil alors que sa fièvre volait en éclats à la manière biologique – à la manière dont elle était censée le faire.

"Tu vas bien ?" murmura John, s'asseyant sur le sol près du canapé et regardant les paupières de Sherlock se fermer en papillonnant, comme s'il ne pouvait pas tout à fait les garder ouvertes. "Ça signifie que tu vas mieux : bataille gagnée."

"Je sais, John," marmonna Sherlock. "Je sais quelque chose sur le corps humain. Bien que ça n'ait pas la sensation d'une victoire."

John sourit au ton de la voix de Sherlock : des courants d'arrogance et d'irritation. Il tendit la main vers la bouteille de lucozade, la tenant stable et encourageant son ami à siroter par la paille. "Me voulais-tu pour quelque chose de particulier, ou est-ce que Mycroft te tapait juste sur les nerfs ?"

"Il ronflait," répondit Sherlock, en léchant ses lèvres sèches avant de traîner une main sur son front avec lassitude pour essuyer une partie de la sueur. "D'un air suffisant."

Un faible gloussement s'échappa de la gorge de John. Ça ne cessait jamais de le stupéfier à quelle vitesse l'esprit de Sherlock pouvait travailler, même dans des circonstances extrêmes. Ce n'était pas rare que les gens passent de délirant et insensible entre les mains de la fièvre à abruptement alerte et conscient dès que la chaleur du corps descendait, mais Sherlock semblait avoir une plus grande capacité à se concentrer que la plupart. Le pouvoir de l'esprit après tout.

"J'ai fait le même rêve que j'ai fait quand tout ça a commencé."

"Piscine, Moriarty, un peu pas bien ?" demanda John, répétant la vague description de l'autre fois de Sherlock alors qu'il penchait son bras sur le sofa. Au début il pensa que le hochement de tête de Sherlock était la seule réponse qu'il allait avoir, mais ensuite ces yeux rencontrèrent les siens, vert calme comme l'écume de la mer.

"J'avais besoin de voir que tu allais bien."

Le cœur de John cogna fort sous ses côtes, aigu comme une blessure par balle, et il cligna des yeux dans le regard de Sherlock. C'était une si calme et petite admission, pourtant dans ces quelques mots Sherlock s'était laissé plus vulnérable, plus ouvert que John ne l'avait jamais connu. Ce n'était pas une allusion bégayée de côté, mais une indication directe que John avait pris possession d'une place spéciale dans la vie de Sherlock. Peut-être que pour d'autres personnes ça ne semblerait pas beaucoup, mais pour John c'était la première chose dont il pouvait se souvenir que Sherlock disait qui faisait d'une certaine façon de lui plus qu'une bizarre gestalt de colocataire/blogueur/ami.

"Bouge-toi," dit John doucement, en aidant Sherlock à se redresser avant de s'installer où il avait reposé, attrapant une couverture de plus et couvrant ses jambes avant de replacer l'oreiller de Sherlock et de l'encourager à se rallonger, en lui donnant plein de temps pour protester. Sherlock, cependant, ne fit rien de pareil. Il y eut un bref moment de confusion, mais ensuite il se réinstalla confortablement, sa tête sur les genoux de John et son visage tourné vers l'estomac de John. "Voilà, maintenant si tu fais le même rêve, je serai juste là."

Il inspecta l'expression de Sherlock, cherchant un signe qu'il avait mal-interprété les signaux – que Sherlock ne voulait pas de réconfort et de compagnie mais essayait d'assouvir une curiosité indifférente – mais il n'y eut rien qui donna cette impression. A la place, Sherlock eut l'air simplement soulagé et reconnaissant, se détendant régulièrement contre John comme s'il était tout le soutien dont il puisse jamais avoir besoin.

Et Dieu lui vienne en aide, John commençait à réaliser que Sherlock ne pourrait jamais trop en demander. Quoi qu'il se passe, il serait toujours là.

Où que cet homme mène, il suivrait : éveillé et conscient, désireux et enthousiaste.


A la semaine prochaine, les loulous ! ;)