Avertissement : Davantage de trucs médicaux, mention de sexe et de masturbation (brièvement). Aussi mention de problèmes alimentaires.
Notes de l'Auteur : Les mises à jours ralentissent malheureusement à cause de problèmes dans la vie réelle (hou) donc je vais vous dire de vous attendre à une mise à jour tous les 7 à 10 jours, à moins que je n'ai une sorte de crise d'écriture et ne tartine un chapitre rapidement.
J'ai un tumblr (beautifulfic. tumblr. com) qui est un endroit génial pour des extraits et tout ça.
Merci à tous de lire, et de vos encouragements et soutiens continus !
B xxx
Notes de la Traductrice : Merci à tous pour vos messages d'encouragement. Je suis vraiment heureuse que vous partagiez mon coup de cœur pour cette auteur incroyable qu'est Beautifulfiction.
To Light Another's Path : Chapitre Sept
De doux bruits de conversation et le tintement de la vaisselle du petit-déjeuner ponctuèrent le sommeil de Sherlock, écartant les voiles de l'oubli et le projetant brutalement dans l'éveil. La première chose qu'il remarqua fut que la chaleur de John avait disparu. Sherlock ne l'avait même pas senti se dégager, mais clairement un besoin ou un autre l'avait poussé à partir. La faim, peut-être.
Essayant d'écraser la déception qui se lova dans son estomac, Sherlock fit rapidement le point sur son corps et enregistra chaque douleur de plomb avec mécontentement. La fièvre était partie, lui laissant une sensation moite et contusionnée dans son sillage, mais le malaise s'attardait comme une sorte de parasite, le mâchant comme s'il était un repas à trois plats.
Déplaçant légèrement son bras, Sherlock ravala un grognement alors qu'une pléthore de douleurs différentes prenaient vie, irradiant à travers son dos et ses articulations et surfant sur les crêtes de ses muscles les plus larges. Il s'attendait presque à voir sa peau tachetée de blessures, mais quand il ouvrit péniblement ses yeux graveleux il n'y avait pas de décoloration tachant sa peau, juste le badigeon peu enthousiaste de la lumière du petit matin par la fenêtre : l'aube de l'hiver. Il estima qu'il était quelque part aux alentours de sept heures trente, à en juger par les cliquetis qui montaient du café en dessous et le cours montant de la circulation qui signalait que l'heure de pointe débutait.
Donc, en essence, son corps avait l'impression de s'en être mal sorti dans un combat contre le bus 113 de Edgeware – un Scania avec un châssis à moteur transversal peint du rouge patriotique de Londres avec des accents bleu Aztec – mais son esprit était clair, si ce n'était un peu vitreux et quelque peu fragmenté en schémas de pensée.
Il n'était pas sûr s'il devrait être content qu'au moins maintenant il puisse penser, ou irrité que le rétablissement de son corps soit établi pour être sensiblement plus lent que celui de sa capacité mentale.
"Maman envoie son amour et espère que tu iras mieux bientôt, naturellement. Il semble que tu fasses déjà des progrès."
Sherlock jeta un coup d'œil à Mycroft, qui justement s'installait confortablement dans le fauteuil à proximité, un mug de café dans une main et un croissant couvert de confiture dans l'autre. Au temps pour le régime.
"Bien sûr," répondit-il, grimaçant au raclement rocailleux de sa voix dans sa gorge. Ses tonalités normales et riches étaient réduites à quelque chose de rauque et d'altéré. Sherlock fronça les sourcils alors que Mycroft faisait une pause avec sa pâtisserie à mi-chemin de sa bouche et lui jetait un regard surpris.
"A l'oreille tu es comme père après une mauvaise journée."
"Après avoir fumé à la chaîne un énorme paquet de cigarettes, tu veux dire." C'était assez synonyme des "mauvais jours" de leur père, quand il avait été en vie pour avoir de telles choses. "L'enrouement est un ajout sans surprise à une attaque virale."
"Peut-être que tu devrais y réfléchir à deux fois avant de parler. Tu as l'air d'être à trois phrases de devenir muet." Un sourcil aristocratique frémit. "Bien que peut-être ce fusse une bénédiction pour la nation entière."
Sherlock dirigea son majeur vers son frère, ignorant l'indifférence de Mycroft alors qu'il laissait retomber sa main à ses côtés. Un simple mouvement le dépassait presque, mais il fit la grimace avant d'affermir sa résolution et de se traîner dans une position assise à demi-affaissée. Sa tête tourna, une brève petite valse vertigineuse – déshydratation, potassium, sodium, magnésium, calcium bas, pompes ioniques musculaires laborieuses et inefficaces – et il était pris dans un étrange no man's land où la faim et la nausée ne faisaient plus qu'un. Son estomac ne voulait pas digérer quoi que ce soit, mais son corps avait besoin de la nutrition.
Cercle vicieux.
La main de John interrompit sa vision, un bol avec un Weetabix et une touche de lait dedans au creux de sa paume. La céramique bon marché était d'un blanc saisissant, et faisait rayonner la peau de John comme si elle se souvenait du bronzage d'Afghanistan qu'elle avait porté avant de succomber au temps provoquant la pâleur de la Grande Bretagne. "Manges-en autant que tu peux, mais va lentement," donna John comme instructions, son expression indiquant que que des protestations seraient inutiles. "Nous devons voir ce que ton estomac peut supporter, et c'est facile pour ta digestion."
"Parce que ça a la même consistance que de la colle à papier peint," marmonna Sherlock, écoutant Lestrade faire un reniflement d'approbation de là où il était appuyé contre la table de cuisine, inhalant pratiquement des Frosties. "Je n'ai pas faim."
"Peu m'importe." John secoua la tête. "Tu ne reconnais probablement même plus la sensation de faim; tu t'es entraîné dans ce but."
"La nourriture est ennuyeuse," marmonna Sherlock, enfonçant la cuillère sans enthousiasme dans les céréales alors qu'il se penchait en arrière dans le coin du sofa, utilisant le v fait par l'accoudoir et le dossier pour soutenir son poids exténué. Sa colonne vertébrale lui faisait mal à reposer sur le canapé, voûté et enroulé plutôt qu'allongé comme une statue, et le grincement de son cou faisait un bruit sec dans ses oreilles alors que l'os glissait sur le cartilage.
Le Weetabix avait déjà absorbé l'essentiel du lait, et il grignota le truc frais et sans texture avec peu d'enthousiasme. La première gorgée fit se serrer son estomac, brusquement et durement comme s'il partageait son dédain, mais en une demi-minute le timbre de sensation changea, devenant creux et désespéré alors que le bord gras de la nausée diminuait avec la nourriture.
Il réussit à en manger la moitié et fut récompensé par un sourire content de John, qui s'était peut-être attendu à davantage d'affrontement. "D'accord, nous allons lui donner trente minutes pour se calmer, et ensuite tu pourras avoir des comprimés pour tes douleurs."
"Je vais récupérer cette ordonnance comme promis, John," ajouta Mycroft. "Mon assistante la ramènera dès que possible."
"Merci. Avec de la chance nous n'en aurons pas besoin, mais je préférerais ne pas courir ce risque."
"Si je peux faire quoi que ce soit d'autre, faites-le-moi savoir," dit Lestrade, en essuyant sa bouche avec le dos de sa main. "Pour l'instant, cependant, je dois aller travailler. J'dois essayer de résoudre cette affaire moi-même, puisque Sherlock ne peut pas aider." Lestrade posa le bol, boutonna son col et tendit la main vers sa veste de costume. "Faites-moi savoir quand vous serez de retour sur vos pieds."
"Je vais devoir suivre le bon Inspecteur. Ce pays ne se dirige malheureusement pas tout seul." Mycroft lécha la confiture de son doigt avec un plaisir inconvenant lorsqu'il se leva. "Appelle quand tu te sentiras mieux, Sherlock. Tu sais comme je m'inquiète."
Sherlock roula des yeux alors que John les remerciait tous les deux, les raccompagnait à la porte et le laissait s'affaisser un peu plus bas sur le sofa. La nuit dernière il avait été trop épuisé pour se soucier de personnes autre que John l'observer souffrant, mais ce matin était une affaire différente. Lestrade l'avait vu dans un pire état, bien sûr, tout comme Mycroft, mais ce n'était pas la question. Au moins à ce moment-là il s'était infligé les dommages plutôt que d'être une victime pathétique.
"Tu boudes ?" demanda John alors qu'il fermait la porte de l'appartement. "Sans eux, tu aurais pu te réveiller à l'hôpital ce matin."
Sherlock fit un grognement. Au moins on lui avait épargné ça. Les infirmières et les docteurs, médiocres dans leur compétence et injustement fiers de leur abnégation. John était l'exception, bien sûr, pas juste du dédain de Sherlock des professionnels médicaux. Étonnamment, ça ne le dérangeait pas que John le voie si réduit, qu'il s'ennuie à mourir ou soit terrassé par la maladie.
Probablement parce que John ne l'utiliserait jamais contre lui, contrairement à Mycroft et, dans une moindre importance, à Lestrade. Peut-être qu'ils ne seraient pas (trop) méchants mais ils lui rappelleraient de chaque fois où il avait été moins que son être calme et centré. John ne ferait rien de pareil – en tout cas pas sans provocation suffisante. Il semblait chérir les moments où Sherlock était ouvertement humain, montant la garde avec une loyauté tenace sur ses faiblesses.
"Bois ça," donna John comme instruction, tendant un verre d'eau à Sherlock. "Quand tu t'en sentiras capable, je vais aussi te peser sur la balance que j'ai empruntée à Mme Hudson. Ton métabolisme aura diminué, donc avec un peu de chance tu n'as pas perdu trop de poids, mais je dois vérifier."
Berk, il aurait dû savoir que John serait aussi empirique à propos du poids qu'il l'avait été à propos de la fièvre. Il était autant un scientifique que Sherlock dans bien des aspects, et il approuvait les résultats quantifiables. "Est-ce vraiment nécessaire ?"
"Oui." John croisa les bras, déplaçant son poids sur une hanche alors qu'il braquait un très ferme et professionnel regard foudroyant dans sa direction. "Je t'ai laissé t'en sortir avec un niveau franchement inquiétant de négligence de soi, Sherlock, parce que je n'avais aucun droit de me mêler de ta vie. Maintenant, tu es malade, et si tu veux que je continue à être ton docteur, nous devons faire quelques changements."
Oh, ça n'avait pas l'air bien.
"Des changements ?" demanda Sherlock, et au moins maintenant la gorge irritée rendait sa voix convenablement menaçante. "Permets-moi de déduire tes intentions. Trois repas réglés par jour, huit heures de sommeil, me forcer à souscrire à tous les stupides éphémères de "la personne normale"."
"C'est ce que tu penses ? Que j'essaie de te rendre normal ?" John secoua la tête. "Même si je le voulais, Sherlock, je n'aurais pas une chance. On ne peut pas rendre quelque chose d'unique banal. Je n'essaierais même pas." A l'oreille il avait l'air blessé par la supposition, et Sherlock se força à contenir sa contrariété défensive. Bien sûr, John n'était pas Maman, ou Mycroft, d'ailleurs. John pensait qu'il était incroyable, plutôt qu'anormal.
"Tout ce que je veux faire c'est trouver un compromis entre le Travail, ton esprit et son moyen de transport. Sans ce corps, les deux autres sont dénués de sens. Tu en as besoin, Sherlock. Tu sembles l'avoir commodément oublié." John jeta à nouveau un coup d'œil vers la cuisine avant de tourner son regard vers le sol, sa voix s'adoucissant. "Je ne veux pas te forcer à faire quoi que ce soit, mais j'aimerais penser que tu respectes mon expertise. Il est possible que je ne sois pas un détective consultant de génie –"
"Mais tu es un bon docteur," interrompit Sherlock doucement, "et tu détestes me voir ignorer ma santé autant qu'une affaire non résolue me répugne."
"Exactement." John sourit alors, comme impressionné par la faible lueur de compréhension franchement rudimentaire. "Je n'essaie pas de te réparer. Tu n'es pas brisé." Il fronça les sourcils au reniflement de Sherlock, son visage devenant dur et brutal pendant une seconde. "Tu ne l'es pas, Sherlock, et je compte garder ça comme ça. Laisse-moi juste essayer de t'aider à trouver un équilibre entre un esprit affûté et un corps en bonne santé, d'accord ?"
C'était important pour John – la bonne volonté de Sherlock – c'était évident dans sa position et la légère manière dont il penchait la tête sur un côté : ouverte, honnête et confiante. John n'était pas intéressé par une dictature de la santé. Il voulait de la coopération et des buts partagés. Il voulait un partenariat, et Sherlock se retrouva à incliner la tête lentement en accord.
Il essaierait beaucoup de choses pour empêcher John de devenir orageux, comme il le faisait lorsque la base de sa désapprobation était relevée en une montagne de détresse. Bien sûr, cela signifiait monter en fait sur une balance – sans intérêt. Malheureusement, il s'attendait à ce que John puisse avoir une crise face à la mesure.
Il était possible que Sherlock ne contrôle pas sa masse de la même manière que Mycroft, mais il se rappelait les actions des infirmières après quinze jours où le prochain fix avait eu la préséance sur le prochain repas et une overdose malheureuse. Il s'était retrouvé à l'hôpital, et une fois qu'ils l'avaient mis sur une balance il y avait eu un tollé. Il était trop léger, trop maigre. Le personnel médical avait essayé tout ce à quoi ils avaient pu penser pour le garder sous leurs soins et briser le cycle, pas qu'ils aient réussi.
Baissant les yeux vers ses doigts s'incurvant autour du verre, il examina les os avec un soin concentré. Les métacarpes et phalanges tous renfermés dans une gaine de peau, les jointures tendues et proéminentes : une prise serrée naturelle, mais l'apophyse styloïde du cubitus était une saillie importune, trop aiguë et pressée contre le voile fin de la peau. C'était un signe mineur, mais dans le jeu de poker du manger sain, il annonçait son bluff. John le remarquerait, et tous les autres petits signes que son corps trahissait en existant simplement.
"Tiens." John lui donna un petit coup gentiment, sa paume se déroula pour révéler deux capsules : quelque chose de spécifiquement formulé pour le rhume et la grippe à en juger par l'écrit marqué sur la cellulose. "Prends ça et repose-toi. Tu veux que j'allume la télé ?"
Sherlock jeta à John le regard le plus dégoûté qu'il put. Comme si les émissions de télévision du petit-déjeuner étaient mieux que les imbécillités qu'ils programmaient normalement. "Non," marmonna-t-il, avalant les comprimés et remontant la couette jusqu'à son menton dans une bouderie irritable avant de réaliser que peut-être John voulait regarder quelque chose en particulier. Cependant, avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, John parlait déjà, aussi calme et posé que jamais.
"OK, eh bien je vais dans la douche. Fais-moi savoir si tu as besoin de quoi que ce soit."
Il écouta John s'éloigner à pas feutrés, emplissant l'appartement de bruits confortables d'habitation. Il y eut le carillon de vaisselle alors qu'il empilait des choses près de l'évier pour les laver, ensuite le clic de la porte de la salle de bains et le constant jaillissement solide de l'eau, accompagné par le bruit métallique et le craquement des canalisations. Cela rappelait à Sherlock la nuit précédente, reprenant connaissance comme s'il n'était jamais parti, entouré par les bras de John pendant que la douche tambourinait tout autour d'eux.
John avait eu l'air si soulagé, son visage réjoui comme si Sherlock avait accompli une déduction stupéfiante plutôt que simplement ouvrir les yeux. Il ne fallait pas être un génie pour réaliser à quel point il avait été clairement inquiet, et même Sherlock pouvait admettre que John était allé au-delà des attentes. Il avait fait tout ce qu'il pouvait pour traiter Sherlock à la maison, appelant de l'aide dès que c'était nécessaire et persévérant jusqu'à ce que la bataille soit gagnée.
La gratitude était la chose la plus commune à exprimer dans ces situations, ou c'est ce qu'on lui avait dit, mais sûrement John saurait que Sherlock appréciait son effort, à sa propre manière ? C'était ridicule, à quel point c'était réconfortant et merveilleux d'avoir quelqu'un pour prendre soin de lui : quelqu'un non obligé par des liens familiaux ou simplement parce que Sherlock était utile.
Peut-être qu'il ne donnait pas à Mycroft ou Lestrade suffisamment de crédit, mais leur implication signifiait peu en comparaison de celle de John, parce que John ne faisait pas de secret de son souci. Il n'essayait pas de le cacher derrière quelque chose d'autre comme s'il en avait honte. Il le portait comme une médaille à la place, le menton levé comme s'il défiait Sherlock de l'utiliser comme une faiblesse ou de se moquer de lui pour le défaut.
Comme s'il le pouvait.
Avec lassitude, Sherlock se baissa en se traînant sur le sofa encore un peu, posant le verre d'eau maintenant vide sur la table et déposant sa tête sur le coin de la couette. Il regroupa le tissu en un pustule de plumes et de coton, doux et confortable, mais ce n'était pas aussi bien que les genoux de John la nuit précédente.
Le souvenir fit glisser quelque chose à travers son torse, pâle et incertain, et il fixa d'un air absent la péninsule du coin de la table basse. Elle imprimait une ligne sombre de bois déplacée sur sa vue de la pièce alors que ses pensées dérivaient comme des nuages à travers son esprit.
Au début de leur connaissance, John avait eu besoin de lui. Il ne s'agissait pas de guérir une claudication, une ruse insignifiante de l'esprit, mais de prendre une chose échouée et disparate, flottante et perdue, et de lui donner un but, une orbite. Ri, ri quat' souris...
Sherlock avait voulu faire que ce soit le Travail, bien sûr, que John partage son centre de l'univers, mais ce n'était pas ce qui était arrivé. Il continua à tourner autour de l'excitation du puzzle, tournant en arcs d'une ellipse, parfois suffisamment près pour se brûler dans la gloire de tout ça et d'autres fois trop loin pour ressentir quoi que ce soit sauf le contact glacial de sa promesse alors que l'ennui s'installait.
John, il semblait, tournait autour de lui à la place, un satellite capturé à son insu.
Il se pouvait que Sherlock n'en sache pas plus que ce que John lui en avait dit sur l'héliocentrisme, mais il connaissait la lune – les Marées, excessivement utiles dans des affaires de meurtres, surtout quand il s'agissait de la Tamise – et chaque satellite ajoutait quelque chose à l'équation orbitale : freinant la rotation, influençant l'atmosphère, un conducteur de lumière, un nouveau point d'intérêt dans le système de l'existence de Sherlock. Maintenant ils tournaient autour de leur barycentre – leur noyau de masse – un autre cœur partagé entre eux deux.
Sherlock cligna des yeux, essayant d'adapter cette nouvelle réalisation dans son auto-construction. John avait eu besoin de lui, et dans l'apaisement de ça, Sherlock avait créé une réflexion de ça en lui-même.
Maintenant, ils étaient nécessaires à l'autre.
C'était une théorie inconfortable : pas dépendants mais but co-dépendants comme si l'équation de Sherlock moins John ou même John moins Sherlock était une impossibilité.
Ça n'était vraiment pas son domaine.
A la piscine avec Moriarty, Sherlock avait réalisé pour la première fois que John était plus que juste une personne dans son sillage, le suivant sans pouvoir intervenir. Cette sensation semblait avoir grandi jusqu'à ce que John ne soit plus simplement quelqu'un courant à ses côtés, ou partageant un rire, mais une partie de ce qui le poussait toujours vers l'avant.
Ensuite il y avait cette autre chose. Ce choc de chaleur/envie/oui qu'il avait ressenti dès qu'il avait posé les yeux sur John Watson. Il avait cru que c'était seulement temporaire, comme ce genre de choses l'étaient si souvent, et c'était trop peu pratique d'avoir une passade avec son colocataire : gênant. D'où cette ridicule conversation chez Angelo. Celle de "Tout me va."
Sauf que ça n'allait pas, parce que cette minuscule lueur ne s'était pas affaiblie mais à la place semblait prospérer – une notochorde se pliant et ondulant dans la colonne vertébrale tacite sur laquelle tant de leur confiance était placée – et Sherlock se retrouvait dans une position inhabituelle. Maintenir le schéma qui se tenait, obéir aux limites, ou traverser la ligne et tout risquer pour davantage ?
Ça aurait dû être facile. La route logique était claire, et pourtant c'était une des décisions les plus difficiles qu'il ait jamais eue à prendre. Il l'ignora aussi longtemps que possible, bien sûr. C'était une chose très britannique à faire : refoulée, d'une certaine façon, mais d'une certaine manière ne pas faire de choix laissait toutes ses options ouvertes. Ensuite Moriarty lui força la main, arrachant chaque petit mensonge et faisant voir à Sherlock la profondeur de ce qui pourrait être là...
Ses lèvres se déformèrent en une grimace, et il se frotta la joue d'un air absent contre la couette, écoutant vaguement le grattement de son début de barbe alors que le fil de ses pensées bringuebalait sur un rail éternel. Peut-être qu'alors, dans cet accès de survie il avait été temps de parler à John, mais Sherlock s'était retrouvé à hésiter à nouveau, incertain de quoi dire.
Comment avait-on ce genre de conversation ? Pas le simple genre de discussion qui menait de vertical et physiquement séparés à horizontal et vraiment ensemble – Sherlock pouvait faire ça avec le bon sourire et un regard habile lors de ces rares fois où il s'en sentait l'envie – mais quelque chose de plus ?
Ce ne serait pas quelque chose d'uniquement charnel : le rapide assouvissement du désir sans les privilèges qui venaient avec. John n'était pas ce genre d'homme. Sherlock n'avaient qu'à regarder ses petites-amies pour le savoir. Il appréciait la romance, et même s'il acceptait l'approche sans-conditions, quelque chose à court terme avec lequel Sherlock pouvait s'en sortir, cela allait probablement évoluer sans aucune sorte d'encouragement.
Mieux valait ne pas essayer du tout, vraiment.
Sauf...
Sherlock cligna des yeux, écoutant la préposition s'entrechoquer dans sa tête comme une cuillère dans un seau, seule sans aucun autre mot pour la suivre. A la place il y avait seulement de vagues volutes de sentiment : une légère sensation dans son cœur et une lourde angoisse dans ses tripes. Quelque chose qui semblait n'avoir absolument rien à voir du tout avec son cerveau, ou était peut-être solidement ancré quelque part en bas avec les réflexes essentiels. Quelque chose que Sherlock pouvait seulement deviner, et oh, qu'est-ce qu'il en détestait l'imprécision.
Parfois il aimerait pouvoir externaliser l'émotion, ou en tout cas la ramasser dans un bol et la passer à John et demander "Que diable est-ce donc, parce qu'il est possible que ça ruine ma vie et je pense que c'est ta faute ?"
"Est-ce que tu vas bien ?"
Il sursauta, ce qui était embarrassant : un tressaillement complet du corps comme un animal sauvage nerveux, et il regarda John de travers par-dessus son épaule pour le couvrir. "Bien sûr," marmonna-t-il. "J'réfléchis."
"A l'affaire ?"
Il hésita un poil trop longtemps, brièvement aux prises avec la question troublante de "quelle affaire ?" avant de se souvenir du corps dans la ruelle et de l'appartement suspicieusement propre. "J'peux pas faire grand-chose sans voir le corps. Peut-être demain ?" L'espoir dans sa voix s'évanouit à l'expression de John. Clairement pas, alors. "Je ne peux pas rester ici pour toujours," signala-t-il, regardant alors que John saisissait son laptop et écartait les pieds de Sherlock, s'asseyant du côté opposé du sofa.
"Je le sais," répondit John calmement, "mais tu vas devoir t'y prendre lentement. Filer à Bart pour harceler Molly ne fera que rendre ton rétablissement plus lent sur le long terme."
"Je ne harcèle pas Molly. J'essaie d'ignorer Molly. Ce n'est pas ma faute si elle est si –" Il fit une pause, luttant pour trouver le bon mot et se contentant à la place d'agiter les doigts.
"Molly est une fille parfaitement gentille."
Incroyable comme John donnait l'impression que c'était une bonne chose – comme si un tempérament enjoué et des problèmes de confiance en soi maladifs étaient d'une certaine façon préférables à un esprit brillant et à une solide connaissance de sa profession. Elle avait son utilité, et pour les buts de Sherlock une manipulation aisée était un avantage, mais parfois il aimerait juste qu'elle lui tienne tête. Lui dire non, rien que pour la valeur de la surprise.
Un projet pour une autre fois, peut-être.
"Quelque chose d'intéressant ?" demanda-t-il, regardant le mouvement rapide des yeux de John dans la lueur de l'écran de l'ordinateur.
"Non, tu ne rates rien." John sourit à l'expression sceptique de Sherlock. "Deux personnes avec des bijoux disparus et une affaire de chantage. Elles te tiendront probablement occupé pendant quelques minutes au maximum quand tu te sentiras mieux."
Sherlock fit un hum. Il pouvait probablement les résoudre maintenant, même en étant souffrant, mais quelque chose lui disait que John ne sacrifierait pas le laptop si facilement. De plus, l'affaire de Lestrade était plus intéressante, et il tendit à nouveau la main sans enthousiasme vers le fade dossier de police alors que John allumait la télévision et commençait à zapper avant de se décider sur quelque chose à propos de rénovation de maisons. C'était un choix bizarre, puisque John ne montrait pas beaucoup de penchant vers l'esthétique ou sa propre propriété, mais le mystère fut résolu par la jolie présentatrice brune. Simple, bien qu'un peu décevant.
Feuilletant les photos, Sherlock souhaita avoir été sur la scène quand le corps avait été repêché de la rivière. Les cadavres et l'eau étaient un mauvais mélange, et la Tamise avait été cruelle avec le jeune homme. Il avait été trouvé au pied d'un des ponts, mais la plaie au couteau à sa poitrine excluait le suicide et la noyade. Ses vêtements étaient bon marché, ennuyeux, tout comme ceux que Sophie Lattimer portait, mais les chaussures Gucci étaient une touche anormale à sa tenue. Un schéma, peut-être.
Il y avait un cliché de l'appartement attaché au dossier, le genre pris par des amis dans n'importe quel jardin attenant à un pub dans l'agglomération de Londres. Clairement l'homme avec un bras autour de la taille de Sophie – serré possessivement sur sa hanche, faux sourire cachant des yeux durs – était le même que celui de la rivière. Ils auraient un nom bien assez tôt. Peut-être que Lestrade en avait déjà un, mais vraiment c'était un détail inutile. Sherlock pouvait lire l'histoire entière à partir du corps de cet homme, mais il était trop faible pour aller le voir. Brièvement, il se demanda s'il pouvait convaincre Molly d'installer un lien par le net, mais non. Il avait besoin des impressions de sens autres que la vue et l'ouïe.
Levant les yeux vers John, Sherlock hésita, clignant des yeux de surprise. La tête de John pendait en arrière sur les coussins du sofa, ses yeux résolument fermés et sa bouche un peu ouverte. Chaque inhalation était un presque-ronflement, un raclement rêche qui promettait de devenir plus fort à moins que quelque chose ne soit fait. Sherlock jeta un coup d'œil vers la télévision babillante – des émissions difficilement stimulantes – avant d'incliner la tête sur le côté et de considérer ses options.
John avait souffert d'un manque de sommeil pendant que Sherlock avait succombé à une abondance de la même chose. Il connaissait John trop bien pour penser qu'il se serait permis de vraiment se reposer. Il aurait somnolé comme un soldat, une oreille ouverte, une main sur son arme (métaphoriquement parlant, dans ce cas – en tout cas Sherlock l'espérait) pendant que Sherlock se perdait dans l'oubli.
Maintenant l'épuisement avait rattrapé John, et avec chaque instant où Sherlock restait là et le fixait, il réalisait exactement à quel point John devait être inconfortable.
Bien, ça ne ferait simplement pas l'affaire.
Prudemment, il écarta le dossier de police et se glissa hors de son nid sur le sofa, s'accrochant au meuble alors qu'il testait son poids sur ses jambes. Le sentiment d'être un animal écrasé n'avait pas diminué, bien que les anti-douleurs en aient retiré l'acuité. Il avait peut-être deux heures pendant que les médicaments étaient à leur concentration maximale dans son corps, et Sherlock décida qu'il pouvait en tirer parti. Il utiliserait la douche et ferait quelque chose pour se sentir humain à nouveau, et John pouvait faire un somme sur le sofa. Une demi-heure de repos horizontal valait probablement trois heures dans sa position actuelle.
Bien sûr, faire déplacer John en réalité était plus facilement dit que fait. Les muscles de Sherlock étaient faibles et John était construit comme un tank très efficace. Finalement il dut se contenter de murmures doux et rauques d'encouragement alors qu'il guidait John sur les coussins et mettait la couette d'un geste sur lui. John n'ouvrit pas les yeux, mais Sherlock s'immobilisa lorsque des doigts chauds frôlèrent vaguement son poignet, le contact envoyant de la chaleur brûler le long de sa peau. Ce fut une caresse brève : le parcours régulier de la pulpe d'un pouce contre le dessous vulnérable et pâle, mais ce fut suffisant pour vider l'esprit de Sherlock et le laisser regarder John avec des yeux pensifs et les lèvres écartées.
Finalement, il réalisa ce qu'il faisait – bouchée bée comme un idiot – et se dégagea doucement de la prise de John, reposant cette main sur la couette comme si elle était faite en verre avant de se traîner plus loin et de se diriger vers la salle de bains.
Marcher était gauche avec des muscles sans réaction, et l'irritation et l'impatience de Sherlock grandissaient avec chaque effort maladroit que son corps faisait. Ses épaules protestèrent lorsqu'il retira le t-shirt puis vérifia les serviettes sèches avant de sortir de ses sous-vêtements et d'allumer la douche. L'eau tambourina dans le fond de la baignoire, permettant à ses souvenirs de la nuit d'avant de flotter vers la surface, et il cligna des yeux à l'idée de John dans la douche avec lui, ses bras forts autour de sa taille et sa chaleur humide pressée contre lui.
Un tremblement venant de son entrejambe servit à lui rappeler que son corps était simplement malade, pas mort, et Sherlock se lécha les lèvres. L'impératif biologique de se reproduire défiait toute logique. Il levait la tête aux moments les plus improbables, soutenu par presque tout, de l'ennui au stress. Même comme ça, faible et tremblant, son corps sentait quand même nécessaire de détourner du sang pour maintenir une érection tout ça à cause d'un bref soupçon d'imagination et de John.
Hier avait été médicinal, se dit-il énergiquement, la collision du Serment d'Hippocrate et d'une amitié attentionnée, et John avait été très habillé, son t-shirt mouillé plaqué sur ses épaules et du denim lourd tirant sur ses hanches. Sherlock ne pensait honnêtement pas avoir prêté autant attention, mais il semblait que son esprit ait enregistré les détails pour un visionnage ultérieur.
Rapidement, il poussa les pensées de côté alors qu'il s'avançait sous le spray, sa peau se contractant alors que l'eau tombait sur lui et courait en lignes incurvées le long de son dos et sur les crêtes de ses hanches. Son excitation n'était pas si persistante qu'il ait besoin de se donner un coup de main, et pour être honnête il était devenu meilleur pour l'ignorer, en tout cas en ce qui concernait John.
John, qui serait probablement surpris de savoir que Sherlock pouvait même être excité. Vraiment, c'était à la fois la bénédiction et la malédiction du self-control. Les gens pouvaient être de telles victimes de leur propre physiologie : pouls élevé, dilatation des pupilles, rythme de respiration accru, humidification des lèvres... Sherlock les remarquait tous, mais quand soit il n'y répondait pas vers d'autres soit il tentait d'en effacer tout signe de sa propre expression, ils décidaient qu'il était d'une certaine façon au-dessus de telles choses, innocent et virginal.
Parfois, il souhaiterait l'être. Il n'avait pas autant de promiscuité ni d'imprudence avec le sexe que bien des hommes de son âge, mais ça ne signifiait pas qu'il y était totalement insensible. La masturbation comblait l'intervalle la plupart du temps, mais son esprit avait des moments d'obsession, de curiosité et de défi. Des cas où il essayait des choses juste pour voir s'il pouvait... Tendant la main juste parce qu'il avait envie.
C'était juste pour le sexe, jamais pour rien d'autre. Des tentatives précédentes dans sa vingtaine dans des relations étaient mieux oubliées. Elles échouaient dès que son/sa partenaire de choix réalisait qu'il ne se métamorphosait pas magiquement en quelqu'un de normal et de plaisant juste parce qu'il partageait son lit.
Maintenant il se le permettait une fois de temps en temps. Parfois pour tester une théorie – le sexe était une motivation première, et une source sans fin de fascination pour les gens en général – et d'autres pour simplement se rappeler qu'il n'était pas autant au-delà du physique qu'il pourrait l'espérer. Humain après tout.
Le shampoing savonnait sous le bout de ses doigts, s'accrochant aux huiles dans ses cheveux et les emportant alors qu'il continuait à réfléchir. L'excitation avait reflué, s'atténuant vers le murmure de fond constant de son corps qu'il pouvait souvent ignorer avec facilité, et il traîna la mousse savonneuse sur sa peau presque d'un air absent alors que ses lèvres se courbaient en un sourire suffisant.
Vraiment, cela le stupéfiait à quel point les gens pouvaient croire qu'il était curieux de tant de choses, pourtant n'avait jamais étendu ses activités dans une exploration du sexe. Ils présumaient qu'il était désintéressé, asexuel, ou froid. Même John, la seule personne dont l'opinion avait de l'importance, semblait avoir repoussé cette première étincelle brillante d'attraction à l'arrière de son esprit avec l'hypothèse que c'était quelque chose que Sherlock ne voulait pas.
Parfois il était tentant de lui prouver qu'il avait tort – de montrer à John tous ces petits signes qu'il gardait si bien cachés et de le laisser observer qu'il était désiré. Combien il serait facile de pencher la tête un jour – peut-être après une poursuite, ou installés dans le confort des limites du 221B – et de presser un baiser sur ces lèvres. Il pourrait taquiner, goûter et prendre et John voudrait – John pourrait...
Sherlock soupira, inclinant la tête à nouveau sous le spray et sentant l'eau ricocher sur ses joues. Non, non ce n'était pas comme ça que ça pourrait être. Ces derniers jours avec John avaient été trop – en avaient trop démontré sur la tendresse et la compassion de John : les vérités universelles de son existence.
John en voudrait plus, et Sherlock n'était pas sûr d'avoir ce qu'il fallait pour donner. Du sexe, de la passion, de la chaleur – oui – mais John aurait besoin d'amour et de considération : tous les privilèges d'une relation, et c'était là que l'esprit de Sherlock se retrouvait échoué. Inondé dans une mer d'échec potentiel.
Comme ça, il avait John : ami, blogueur, docteur, pierre de touche et fondation. S'il renversait leur équilibre, leur stabilité durement gagnée, alors ça ne pourrait finir qu'en désastre. Disputes, abandon...
Non, il ne pouvait pas risquer ça, ne pouvait pas être laissé sans rien. Il ne retournerait pas à une vie sans John.
A la semaine prochaine, les loulous ! ;)
