Avertissement : Sang en rapport avec une scène de crime, discussion de diagnostiques comportementaux, drogue à usage récréatif et tentative de suicide.

Note de l'Auteur : Assurez-vous de lire les avertissements au-dessus les gars, ils sont là pour une bonne raison. Comme toujours, d'énormes remerciements pour tous ceux qui ont faire preuve d'autant de soutien en commentant, donnant des kudos, faisant des recommandations etc. Les mots ne peuvent exprimer combien cela me rend heureuse !

N'oubliez pas que j'ai un tumblr (beautifulfic. tumblr. com) qui est un super endroit pour des extraits et tout ça, et aussi là où je vous dis où je poste dans d'autres archives, au cas où Fanfiction aurait quelques minutes de folie.

Avec beaucoup d'amour !

B xxx

Note de la traductrice : Tous mes remerciements pour votre soutien chaque semaine et vos petits commentaires ! :)


To Light Another's Path : Chapitre Dix

Regarder Sherlock travailler n'aurait pas dû être sexy. Il était penché sur un cadavre, les yeux brillants et fixes alors qu'il absorbait chaque détail qu'il avait à offrir, pourtant John ne pouvait s'empêcher d'être captivé. Ce n'était même pas juste une chose physique – le manteau de Sherlock cachait l'essentiel de la vue après tout – c'était qui Sherlock était qui rendait John raide et tendu. Juste le regarder comme ça, si complètement lui-même et brillant grâce à cela, était à couper le souffle.

Ils vivaient dans le même monde. Ils marchaient sur les mêmes trottoirs et respiraient le même air, mais John savait qu'il n'allait jamais voir l'image qui accueillait les yeux de Sherlock. Oh, ses déductions étaient devenues un peu meilleures, mais c'était une supercherie comparé au talent : un apprenti copiant le maître.

Chaque jour c'était comme cette première fois où tout ce que John pouvait faire était souffler 'Incroyable !' et essayer de ne pas avoir trop l'air d'un idiot à l'oreille.

Abruptement, Sherlock leva les yeux vers lui, et la respiration de John essaya de s'échapper de sa poitrine sous la soudaine pression de ce regard. Ce n'était pas un regard social. Il n'était pas poli, non plus, mais John était immunisé contre ça maintenant. C'était le genre de regard fixe qui éludait toutes les conventions sociales et commençait juste à lire chaque secret qu'il ait jamais eu de l'arrière de son crâne. Sauf que Sherlock avait l'air un peu perplexe et confus, en quelque sort déséquilibré, et John demanda presque s'il allait bien.

Pourtant avant qu'il n'ait pu émettre un son, l'attention de Sherlock fut capturée de nouveau par le corps de Gareth Winters, et c'était comme si ça n'était jamais arrivé. John fut laissé debout là, à une distance raisonnable, regardant alors que Sherlock révélait les mystères du meurtre. La loupe de poche était entre ses mains, attirant la lumière et la lançant autour de la morgue alors que Molly revenait en hâte avec deux sacs transparents contenant des vêtements et des chaussures.

"C'est tout. Je n'ai vraiment pas trouvé grand-chose sur aucun d'eux, mais j'ai pris quelques prélèvements de ses cheveux à elle, et l'essentiel de ce qui était sur lui venait de la rivière." Sa blouse blanche bruissa alors qu'elle haussait les épaules, souriant en direction de John alors que Sherlock continuait de l'ignorer. "Je vais hum – je vais juste vous laisser vous débrouiller alors."

"Merci, Molly," héla John après elle, donnant à Sherlock un regard noir sans conviction avant de tendre la main vers une paire de gants en latex et d'ouvrir le premier sac. Les vêtements de Sophie Lattimer sentaient toujours faiblement de la ruelle – des déchets et de la boue – mais il commença à les étendre, gardant les yeux ouverts pour des indices.

"Quelque chose ?" demanda Sherlock, sa voix profonde relativement étouffée. A l'oreille elle était moins rauque aujourd'hui, ce que John prit comme un bon signe, mais il y avait une légère bordure à ces mots : un peu trop fatiguée et tendue.

"J'ai juste commencé. Et pour toi ?"

"Rien d'utile." Sherlock fronça les sourcils vers feu Gareth Winters comme s'il était banal volontairement. "C'était un homme qui prenait une quantité surprenante de soin sur son apparence. Manucure professionnelle, poitrine épilée à la cire, travail dentaire cosmétique considérable – inutile pour un banquier. Les lignes de bronzage suggèrent qu'il est allé à l'étranger dans les trois derniers mois, short et t-shirt, mais c'était un court séjour en ville, pas des vacances à la mer. Il portait sa montre tout le temps." Il souleva le poignet de l'homme, montrant à John la bande claire de peau pâle.

John récupéra une Rolex du sac, ses aiguilles arrêtées à presque quatre heures et quelques gouttes d'eau de la Tamise piégées derrière le cadran. "Celle-ci ?"

"Exactement, on ne risquerait pas de mettre du sable ou de l'eau de mer dans une montre qui a coûté plus de vingt mille livres en la portant." Sherlock prit la montre, l'inclinant vers la lumière avant de regarder l'intérieur du bracelet. "Traitée avec soin. Elle constituait un investissement significatif au moment de l'achat qui était l'année dernière. Que veux-tu parier que c'est quand il a commencé à travailler dans une des grandes banques ?"

"Habillé pour impressionner ?" demanda John, tirant le jean et le t-shirt qui avaient été sur le corps du sac. "Ne correspond pas trop à ça cependant, n'est-ce pas ?" Il vérifia les étiquettes, les retournant pour que Sherlock les voie. "Topman."

L'expression qui traversa le visage de Sherlock pouvait seulement être décrite comme dégoûtée, et John combattit la forte envie de rire. Bien sûr, Sherlock connaissait la valeur puissante de porter le bon costume. Rien de ce qu'il portait aujourd'hui ne coûtait moins de deux cents livres. Probablement pas même son slip.

Une image de Sherlock dans ce boxers en soie noire qu'il portait quand il avait attrapé la grippe traversa l'esprit de John, et il déglutit péniblement, essayant de ne pas laisser la chaleur remplir son visage alors qu'il se détournait. "Un peu bizarre, n'est-ce pas ? Deux personnes avec de sérieuses quantités d'argent à leur nom trouvées mortes dans des vêtements de magasins de centre-ville."

"Oui et non." Sherlock pointa vers Sophie, sa voix prenant ce ton rapide et ponctué qu'il utilisait pour révéler ses déductions. "Une jeune héritière obstinée se détache de sa famille pour faire sa propre fortune. Un travail de haut niveau requiert une garde-robe sophistiquée, mais elle a besoin de faire durer les vêtements. Elle achète des habits bon marché de magasins de centre-ville pour porter à la maison. La même chose vaut pour lui." Il fit un geste vers le corps de Winters. "Il a besoin d'inspirer confiance à ses clients pour de meilleures opportunités et une promotion rapide. Il voit son image de soi comme un investissement, plutôt qu'une flatterie de sa propre vanité. Ceci – tout ceci est à propos du statut."

"Alors pourquoi sont-ils morts ? Jeunes et en réussite, mais il la tue, ou c'est ce que nous pensons..." John fronça les sourcils. "A-t-il découvert qu'elle avait un gros héritage qu'elle n'utilisait pas ? Perdu son calme ?"

"Non. Le meurtre est tout faux. Colère, vengeance, jalousie... Ils sont brutaux et violents. Faits face-à-face. On veut voir voir l'autre personne souffrir." Sherlock plissa les yeux un moment, la tête inclinée sur le côté. "C'était quelque chose qui était juste un travail. Quelque chose qu'il avait l'impression de devoir faire pour servir sa propre position sociale. Un mariage n'était pas à prévoir. Leur relation était tiède au mieux. Commode."

Sherlock mit ses mains en clocher devant ses lèvres, se penchant en arrière sur le bureau au niveau du coude de John. Il était assez près pour que son manteau frôle la main de John où elle était posée, un effleurement rêche de laine alors que John écoutait Sherlock respirer. Ces yeux regardaient fixement au loin pendant quelques minutes, flous mais intelligents, avant qu'il ne retourne aux possessions de Winters et ne s'empare des chaussures.

"Alors pourquoi s'habiller avec ses vêtements anciens et bon marché et porter des chaussures neuves ?" Il les retourna, exposant les semelles, à peine éraflées ou marquées par les trottoirs. Le cuir avait été saturé par la Tamise, mais même John pouvait voir qu'il était encore rigide et relativement peu froissé. "Passe-moi les siennes."

John tendit la main dans l'autre sac, sortant la chaussure de la femme et la tendant à Sherlock. Pour être honnête, elle ne lui dit pas grand-chose : noire, coupée pour laisser les doigts de pied exposés... n'y avait-il pas un mot pour ça ?

"Escarpins à bride et à bout ouvert. Cette saison." Sherlock les retourna, révélant la semelle. A nouveau, elle était propre, presque immaculée. "Elles n'ont pas été portées à l'extérieur. Ni, j'imagine, au travail. Elles ne peuvent pas avoir plus d'une semaine..."

"Et elle les portait seulement à la maison ?" demanda John, sa confusion s'intensifiant alors que les lèvres de Sherlock s'enroulaient en un sourire suffisant.

"Elle les cassait. Elle portait ces chaussures dans la maison pour augmenter sa tolérance à la coupe et leur permettre de s'étirer autour de son pied. Pareil pour lui. Des chaussures Gucci, du cuir rigide... Ils changeaient leurs autres vêtements pour les faire durer, mais ils s'adaptaient encore tous les deux aux chaussures, et par conséquent soit ils les portaient au moment de leur meurtre." Il fit un geste vers Gareth Winters. "Soit ils les avaient à proximité pour que le tueur les mette à leurs pieds. Ils étaient suffisamment riches pour des chaussures haut de gamme, mais n'avaient rien de fait sur mesure, donc elles ne leur allaient pas parfaitement."

"On peut avoir des chaussures personnalisées ?" demanda John, jetant un coup d'œil aux pieds de Sherlock avant de regarder ses propres bottes défraîchies et achetées en magasin. "Par le Christ."

Le sourire ourlant les lèvres de Sherlock était une vue magnifique, et John sentit son corps se balancer vers l'intérieur. Il y eut un temps où il se serait retenu, mais il avait des théories à tester tout autant que Sherlock, et il se déplaça une fraction plus près sous l'apparence de reprendre la chaussure de Sophie Lattimer. Son cœur trébucha joyeusement dans sa poitrine quand, plutôt que de reculer ou d'augmenter la distance entre eux, Sherlock se rapprocha aussi légèrement, ses doigts effleurant ceux de John alors qu'il redonnait l'escarpin.

Encore mieux, John ne pensait pas que c'était un déplacement contrôlé et calculé. L'esprit de Sherlock était occupé par les informations devant lui. Il rapprochait déjà la lampe grossissante pour inspecter la richelieu Gucci de Winters. Non, ce geste était entièrement relatif à une confiance subconsciente, et peut-être même à du désir. Sherlock voulait être proche, et John essaya d'étouffer un sourire alors qu'un plaisir chaud coulait à travers lui à cette pensée.

"Une personne moyenne a un pied au moins une demi-taille plus grand que l'autre, les largeurs varient, et les longueurs de doigts de pied peuvent ajuster la taille entièrement. Comment les gens s'attendent à serrer leurs appendices uniques dans des chaussures de grande diffusion me dépasse." Sherlock renifla, ensuite il sourit alors qu'il inclinait la chaussure vers la lumière et signalait une petite tache à l'intérieur.

"Cependant,"continua-t-il, "cela signifie que Winters portait probablement ces chaussures au moment du meurtre de Lattimer. Des gouttelettes de sang sur l'intérieur de l'empeigne, mais sont-elles à elle, à lui, ou à quelqu'un d'autre ? Molly !"

John regarda alors que Molly revenait en hâte, son visage tiré en un froncement de sourcils alors que Sherlock lui demandait d'analyser le sang et de voir si elle pouvait le faire correspondre à une des victimes.

"C'est – ce n'est pas vraiment mon travail mais –" Elle hésita alors que Sherlock lui lançait ce lent sourire désinvolte, la tête inclinée très légèrement sur la gauche et ses yeux devenant intenses. John aimait à penser qu'il était immunisé contre ce regard, en tout cas la plupart du temps, mais Molly était sans défense.

"Je sais, Molly, mais vous pourriez le faire tellement plus efficacement que la scientifique au Yard." Il posa sa voix juste comme il fallait, et John grimaça alors que Molly rougissait de belle façon, marmonnant quelque chose qui ressemblait à une promesse avant de se mettre au travail.

"Je suis surpris que tu ne le fasses pas toi-même," murmura John, plissant les yeux vers Sherlock. "Tu te sens toujours bien ?"

"Faire une analyse ADN gaspille trop de temps précieux. Je n'ai aucune idée de quand tu vas me ramener de force à Baker Street. La délégation est logique." Sherlock fouilla dans les sacs de possessions, sortant un porte-feuille et des clés qui appartenaient à Winters. "Les vêtements seront inutiles. Même s'il était habillé au moment du meurtre, il se sera débarrassé de ce qu'il portait. Il a eu le temps de retourner à son appartement entre l'assassinat de Sophie Lattimer et son propre décès." Il hésita, et John leva les yeux vers un regard pâle et perplexe. "N'est-ce pas ?"

Voir Sherlock ne pas être en possession de tous les faits étaient une expérience plutôt unique. Bien sûr, réalisa John, la maladie avait interféré avec l'horloge interne de Sherlock. "Probablement. On l'a trouvé au pied de Southwark Bridge tôt Mercredi matin. Sophie a été trouvée Mardi soir, mais elle était morte depuis plus longtemps que ça."

"Et Winters était seulement dans la rivière depuis quelques heures vu son apparence. Il était mort ou mourant quand il est entré dans l'eau, mais son état nous dit qu'il n'a pas été tué sur le pont où on l'a trouvé." Sherlock se retourna vers la plaque, ses doigts flottant sur les contusions rebondies et blêmes sur le corps. "Il a heurté plusieurs objets alors qu'il était porté en aval. Passe-moi une pince ?"

John s'exécuta, se penchant par-dessus les épaules de Sherlock pour regarder alors qu'il retirait de la poussière d'une blessure profonde sur la tempe et la tenait à la lumière, plissant les yeux comme s'il pouvait discerner ses secrets à l'œil nu.

"J'ai besoin d'une –"

John était un pas devant lui, tendant déjà une lamelle. Le regard que Sherlock lui lança pouvait seulement être étiqueté comme approbateur, et John essaya de ne pas se sentir trop content alors que Sherlock se déplaçait vers le microscope. Ce genre de chose arrivait de plus en plus souvent – une synchronisation où John pouvait anticiper la demande suivante de Sherlock avant même qu'il ne la fasse. C'était une des rares fois où il obtenait quoi que ce soit comme de la surprise de la part de Sherlock Holmes, et John savait qu'il ne devrait pas être aussi ravi par cette perspective.

Il regarda ces doigts agiles tourner la roulette pour la netteté alors qu'il se déplaçait de l'autre côté du plan de travail. De cet angle, il pouvait voir les cercles jumeaux de lumière reflétés à travers les lentilles du microscope. Ils baignaient les yeux de Sherlock alors qu'il reculait, transformant les iris en argent brillant alors qu'un sourcil se soulevait. "Pierre de Portland. Contenu élevé en calcium avec une érosion sur un côté coupé cohérente avec de l'eau qui s'écoule. Seuls quatre ponts qui traversent la Tamise sont taillés en Pierre de Portland. Le Tower Bridge est en aval de là où il a été trouvé et par conséquent sans rapport. Cela laisse Waterloo, Richmond ou Chiswick."

John cligna des yeux au flot d'informations. Même après l'avoir connu aussi longtemps, il était stupéfait par le volume de faits que Sherlock gardait emmagasinées dans son cerveau. "Richmond et Chiswick sont assez loin en amont. Tu penses qu'il a fait tout ce chemin ?"

"D'après l'état du corps, c'est improbable." Sherlock ne se donna même pas la peine de regarder par-dessus son épaule vers le cadavre. "Il serait probablement plus abîmé si ce n'est démembré par la circulation de la rivière et la récupération, mais ce n'est pas définitif. Il doit y avoir quelque chose de plus."

Il passa rapidement ses doigts dans ses cheveux, un geste de frottement rapide que John l'avait vu faire auparavant. C'était de la frustration pure et simple, et les doigts de John le démangeaient de tendre le bras, mais Sherlock parlait déjà à nouveau. "Cette contusion sur sa tête est perimortem, reçue au moment ou juste après l'heure de la mort. Si nous pouvons isoler les débris, nous aurons son point d'entrée dans la rivière, et peut-être la scène de crime."

Il posa les yeux à nouveau sur les lentilles, et John entendit le faible son de ravissement passer les lèvres de Sherlock. Il le connaissait bien – ce murmure presque orgasmique qui signifiait que Sherlock avait une réponse où tous les autres ne voyaient rien que des questions.

"Du béton est aussi présent. Haute densité de gravats, plus un agrégat qu'homogène mais moderne suggérant la Grande Bretagne en temps de guerre. Cela écarte Richmond qui a été construit en 1777. Le béton vient du cœur qui est sous le revêtement. Le pont est endommagé et a besoin de réparations."

Les doigts de Sherlock tapaient un rythme rapide sur le bouton de netteté du microscope avant qu'il ne recule. Si John ne l'avait pas regardé travailler, il aurait manqué son expression entièrement, mais John vit le tressaillement de douleur raidir ces yeux et une faible grimace tirer sur la bouche de Sherlock. C'était le signe qu'il guettait, un qui signifiait qu'il arrêtait d'être un assistant de laboratoire et redevenait un docteur.

"Stop," dit-il, doux et déterminé, tendant le bras sans réfléchir et attrapant la main de Sherlock dans la sienne avant qu'il ne puisse s'éloigner. "Tu en as eu assez."

Sherlock fit un son tendu et exaspéré dans sa gorge, le froncement de sourcils abaissant déjà son front et son nez se plissant de désapprobation. "Mais –"

"Non, Sherlock." John garda sa voix ferme et complètement impénitente. Il n'allait pas s'excuser de mettre la santé de Sherlock avant l'affaire. En l'état, il se réprimandait d'avoir laissé Sherlock quitter l'appartement tout court. Cela allait à l'encontre de chaque once de bon sens qu'il avait, et il n'avait pas été trop ravi par sa propre reddition. Une partie de lui avait espéré que Sherlock serait trop épuisé avant même qu'ils n'arrivent à la morgue, mais il s'était avéré qu'il avait tort. Sherlock pouvait se pousser jusqu'à l'extrême s'il le souhaitait, mais cette fois John n'était pas sur le point de le laisser agir à sa guise. "Tu as promis."

Ils se tinrent en silence pendant un moment, se regardant l'un l'autre depuis les côtés opposés du plan de travail. D'ici, il pouvait voir rigidité de l'expression de Sherlock, ce masque qu'il utilisait pour cacher les signes émotionnels de ses processus de pensée. Pourtant ce n'était pas un regard complètement sans expression : il y avait de la considération dans le faible pincement de ses yeux alors qu'ils balayaient le corps de John, lisant sans doute mille choses que John ne savait même pas sur lui-même.

"Très bien. Laisse-moi juste parler à Molly, et ensuite nous pourrons partir."

La main gauche de John tressaillit, un mouvement serré et soudain qui fit mal à ses jointures. Il s'était attendu à tout depuis une confrontation totale à un compromis, mais une reddition ? Il fronça les sourcils pour lui-même, retroussant les lèvres. Il attendait le piège, le truc, l'irritabilité – quelque chose pour indiquer que Sherlock n'était pas en fait aussi franc qu'il le semblait. Était-il possible qu'il se sente sincèrement trop malade pour continuer ?

Il regarda Sherlock se déplacer aux côtés de Molly, parlant d'une voix basse que John ne put pas tout-à-fait entendre. Tout de même, il pouvait observer, et il regarda toutes les manières conscientes et calculées avec lesquelles Sherlock bougeait son corps pour obtenir son attention : des choses dominantes, de mâle alpha comme se pencher dans son espace et maintenir le contact visuel sauf pour un clignement d'œil occasionnel et bien calculé.

Se forçant à ignorer Sherlock qui se mettait dans les petits papiers de Molly avec des faux-semblants, John concentra à la place son esprit sur les indices plus subtiles que le corps de Sherlock trahissait.

Sherlock s'appuyait sur une main. En surface cela avait l'air décontracté, mais John pouvait voir la décoloration sur le bord de la paume, rendant la peau blanche. Cela suggérait qu'il soutenait une bonne quantité de poids sur cette seule main : les douleurs musculaires étaient probablement revenues de plein fouet. La palpitation de son pouls dans sa carotide suggérait aussi une pression sanguine plus haute que la normale, mais malgré cela ses joues étaient pâles. Définitivement en train de faiblir.

John mit les sacs plastique de côté juste au moment où Sherlock donna à Molly cet éblouissant sourire victorieux – pas le vrai du tout, et John se demanda si Molly savait en fait à quoi ressemblait le sourire sincère de Sherlock. Il le connaissait bien – savait qu'il naissait lentement plutôt que de s'allumer comme un interrupteur, évoluant depuis un sourire en coin vers un vrai sourire qui montrait juste une touche de dents et faisait briller les yeux de Sherlock.

Enfin, Sherlock se détourna de Molly, enfonçant ses mains dans les poches de son manteau alors qu'il alignait son pas aux côtés de John. Ses mouvements étaient aussi contrôlés et gracieux que d'habitude, mais dès qu'ils furent dans le couloir ces longs doigts s'emmêlèrent dans la manche du manteau de John, l'arrêtant net. "Comprimés."

John soupira, sortant le paquet de sa poche et mettant deux capsules dans la paume de Sherlock. "Peux-tu manger ça aussi ?" demanda-t-il, tendant une pomme à Sherlock. Lui ordonner de le faire ne ferait rien de bien, ce n'était pas ce dont il s'agissait avec toute cette affaire pour manger. Il espérait juste rappeler à Sherlock qu'il y avait un choix autre que la malnutrition.

"On ne devrait pas manger dans un couloir d'hôpital. On pourrait attraper n'importe quoi," marmonna Sherlock, mais il la prit quand même, mordant dedans et mâchant en silence. Leurs chaussures couinèrent sur le linoléum alors qu'ils traversaient les couloirs, défaisant le labyrinthe de l'intérieur de Bart jusqu'à ce qu'enfin ils sortent sur le trottoir. Le trognon de pomme fut jeté avec une précision effrayante dans une poubelle ouverte avant que Sherlock ne lève la main, hélant sans effort un taxi.

"Baker Street," dit John au conducteur, jetant à Sherlock un regard noir alors qu'il poussait un soupir souffrant, mais c'était sa seule protestation, et l'inquiétude de John augmenta.

"Tu as fait quelque chose, n'est-ce pas ?" demanda-t-il, fronçant les sourcils à l'expression offensée de Sherlock. "Je remarquerais si tu avais volé un cadavre, mais je refuse de croire que tu coopérerais si facilement. A moins que tu ne sois vraiment malade ?" Cette dernière partie semblait redoutable, même à ses propres oreilles. Il avait craint que Sherlock ne repousse son rétablissement de plusieurs jours en insistant pour cette petite sortie, mais John voulait désespérément avoir tort.

"Je suis fatigué," admit finalement Sherlock. "Plus que je ne pensais que je le serais. Cependant," Il tendit la main dans son manteau et en tira quelques dossiers pour que John puisse en voir les coins. "J'ai bien emprunté les papiers préliminaires de Molly sur les deux victimes."

Le soulagement déborda à travers le corps de John, et il fit un faible souffle de rire. "Elle va remarquer qu'ils manquent."

"Et elle ne dira pas un mot. Molly aime être utile; je le lui permets simplement."

"Tu l'utilises, Sherlock, et tu le sais. Es-tu sûr que tu vas bien, cependant ? Je n'ai pas envie de répéter les événements d'il y a quelques jours parce que tu t'es trop forcé."

"Nous sommes deux. Ne t'inquiète pas, John, je ne suis pas sur le point de m'écrouler à nouveau." Sherlock tendit la main vers sa poche et en sortit son téléphone, ses doigts dansant rapidement. "Molly me textera avec les résultats ADN, et je vais faire examiner les ponts par Lestrade."

John écouta le clic étouffé des touches sur le téléphone de Sherlock, regardant le défilé rapide de la route et de la circulation qui passait alors qu'ils retournaient à Baker Street. Le temps qu'ils s'arrêtent au bord du trottoir, Sherlock avait à nouveau rangé son téléphone et était un peu affalé sur son siège. Malgré ses protestations, il avait l'air sur les rotules, et John avait déjà la porte d'entrée ouverte le temps que Sherlock émerge du taxi et s'arrête à ses côtés.

"Un peu de sommeil pourrait aider," suggéra John, cherchant dans le manteau de Sherlock et sortant les dossiers avant qu'il ne puisse protester. Ses jointures effleurèrent le v de la chemise au col de la veste de Sherlock, et il résista à la forte envie de laisser ses doigts s'étendre sur la palpitation régulière du cœur de Sherlock. "Une heure fera une énorme différence."

"Je ne suis pas un nourrisson; je n'ai pas besoin d'une sieste," grommela Sherlock, glissant par la porte devant John et jetant aux escaliers un regard faiblement misérable avant de les grimper. "Une tasse de thé fera l'affaire. De plus, je ne peux pas –" Le bip de son téléphone le coupa, et il le tira à nouveau de sa poche alors qu'il avançait dans l'appartement, fronçant les sourcils au message que Lestrade avait envoyé.

"Quelque chose ne va pas ?" demanda John, se dirigeant vers la bouilloire alors que son esprit s'emballait. La caféine n'était pas suffisante pour garder Sherlock éveillé, en tout cas pas ce qu'on pouvait trouver dans un sachet de thé. Peut-être que s'il pouvait juste le faire s'allonger immobile alors le corps de Sherlock ferait le reste et l'emporterait sur le tourbillon de son esprit ? C'était un faible espoir, mais un avec lequel John travaillerait. C'était ça ou forcer Sherlock au lit, ce qui ne fonctionnerait pas bien pour aucun d'eux.

"Il est à Richmond à la propriété des Lattimer, à poursuivre des pistes inutiles. Ne peut-il pas voir que je lui donne une excuse pour sortir de là ?" Sherlock souffla d'irritation, faisant les cent pas à travers le salon avant de se percher sur l'accoudoir du canapé et d'écrire puis d'envoyer rapidement une réponse. Il avait enlevé son manteau et sa veste, et alors que John regardait il posa le téléphone sur la table basse et remonta ses manches de chemise, chaque pli précis.

C'était tellement Sherlock, toute cette efficacité, et John fut frappé par la forte envie d'ébouriffer ses lignes nettes et de mettre le désordre dans ces fils de pensées chaotiques mais ordonnés. Il avait rarement l'occasion de voir Sherlock convenablement débraillé, et le désir de passer ses doigts à travers ces boucles et de faire des plis sur cette chemise lisse était presque trop à supporter.

Saisissant le thé, il le passa à Sherlock, réprimant un frisson alors que, pour la seconde fois ce jour-là, les doigts de Sherlock frôlaient les siens. Ils s'attardèrent une fraction de seconde, les callosités sur le bout des doigts de sa main gauche curieusement rugueuses contre la peau de John avant qu'il ne déplace sa prise et prenne la tasse.

Étaient-elles délibérées, ces petites caresses, ou était-ce Sherlock qui était son habituel être distrait ? John s'était juré qu'il observerait le comportement de Sherlock et essaierait de trouver plus d'indices sur ce qu'il ressentait, mais comment pouvait-il être sûr ? Sherlock avait toujours traité l'espace personnel comme s'il était optionnel, et maintenant John en restait à se demander s'il en lisait trop dans ces moments.

Si seulement il pouvait obtenir que Sherlock le regarde encore, voir le même désir affolant qu'il avait entrevu la nuit précédente. Ça, il pouvait y croire et le lire avec aisance, mais il n'y avait rien eu d'aussi évident dans le regard de Sherlock, et maintenant le con fixait sa tasse de thé comme s'il avait entièrement l'intention de lire la réponse à l'affaire dans les feuilles de thé.

Pas qu'il aurait beaucoup de chance avec ça, puisque John avait utilisé un sachet de thé.

"Si les Lattimer sont d'une certaine façon derrière ça, ils ne seront pas communicatifs. Qu'ils soient coupables ou non, Lestrade va quitter cet endroit en voulant placer la responsabilité sur eux."

"Il ne fait pas ça, tu sais. Greg est un gars bien. Il peut mettre de côté ses sentiments personnels quand il s'agit d'une affaire," marmonna John.

"Le peut-il ?" songea Sherlock avant de lever les yeux. "C'est hors de propos de toute façon. Quiconque a tué Winters était meilleur pour ça que lui. Il ou elle savait qu'en le jetant dans la rivière il ou elle remettrait presque toutes les preuves en question. Il y aura probablement trop de contamination."

Sherlock toucha sa lèvre de ses doigts, juste pendant un instant, son poignet tournant délicatement alors qu'il le faisait. C'était un geste pensif, un que John ne l'avait pas vu utiliser avant, et John regarda, fasciné, avant de réaliser à quoi ça ressemblait. C'était le même mouvement que Sherlock utiliserait pour inhaler à partir d'une cigarette. Il semblait qu'il ressentait sa réponse Pavlovienne à une affaire : une forte envie de nicotine.

"Tu devras faire sans," marmonna John, saisissant le bras de Sherlock sans réfléchir et observant le regard distrait prendre plus de netteté. "Pas de cigarettes, pas de patchs de nicotine. C'est la dernière chose dont ton corps a besoin."

Sherlock cligna des yeux dans la direction où les doigts de John menottaient la mince circonférence de son poignet, et John réalisa tardivement qu'il frottait son pouce contre le dessous vulnérable, sa peau brune de façon alarmante contre la peau blême.

Il battit presque en retraite, mais avant qu'il ne puisse bouger la main de Sherlock tourna, saisissant la paume de John et l'incitant vers le bas jusqu'à ce qu'il soit perché sur leur table basse bien maltraitée. Posant son thé, Sherlock glissa pour s'asseoir sur le sofa pour que les pointes de leurs genoux soient pressées l'une contre l'autre, leurs pieds partageant de l'espace comme une valse ratée alors qu'il reposait ses coudes sur ses genoux et commençait à parler.

"C'est devenu un problème à deux patchs, John. Complètement inattendu. La poussière dans la tête de Winters suggère qu'il a frappé la base du pont avec une certaine force à peu près vers le moment de sa mort. Elle n'a pas beaucoup saigné à cause de la blessure déjà fatale au cœur." Sherlock frotta le bout de son doigt sur l'arête de son nez, ses yeux regardant John mais apparemment concentré ailleurs alors qu'il continuait.

"L'angle de l'entaille et la fracture dessous suggère qu'elle a été reçue durant une chute depuis une certaine hauteur, ce qui indique qu'il a été soit jeté par-dessus le bord du pont, soit trébuché en arrière et est tombé, mais sans plus de preuves je ne peux pas dire de façon concluante qu'il a été tué là-bas. Tout n'est que supposition !" Il fit un geste serré et agressif de frustration, et John saisit son autre main, les tenant toutes deux fermes.

Pendant un moment, il avait pensé que Sherlock allait dire quelque chose d'autre, quelque chose moins en rapport avec le meurtre et plus à propos d'eux, mais bien sûr, l'affaire était tout pour l'instant. C'était la manière dont était Sherlock, et malgré lui, John ne changerait pas ça pour le monde. Cependant, Sherlock se mettant dans tous ses états à cause de ça n'allait pas leur rendre service.

"Des suppositions sont mieux que ce qu'a n'importe qui d'autre. Le rasoir d'Occam, pas vrai ? L'explication la plus simple est normalement la bonne." Il sourit alors que le visage de Sherlock faisait cette crispation qui signifiait qu'il voulait rouler des yeux mais pensait que le geste était en-dessous de lui. "Il semble sensé qu'il ait été jeté de ce pont, ou qu'il soit tombé lui-même. Les alternatives sont, quoi, qu'il a été poussé d'une hauteur sur quelque chose d'autre fait de pierre de Portland et de béton ?"

"La composition de plus de trois cent soixante-seize des monuments et bâtiments de Londres," marmonna Sherlock. "C'est ce que je ferais."

"Eh bien supposons que le tueur n'est pas comme toi, d'accord ?" suggéra John. "Si c'est le cas, alors nous avons vraiment des problèmes. A moins..."

"Moriarty ?" Le sourire de Sherlock était fin et froid, mais il secoua la tête. "J'ai déjà envisagé ça, mais ça ne semble pas son style. Si et quand il entrera à nouveau dans nos vies, j'imagine que ce sera avec un bang, pas quelque chose comme ça."

"Une autre supposition ?" demanda John, avant d'éloigner la question d'une secousse. "Très bien, pas lui, alors c'est juste un autre d'entre nous les simples mortels. Est-ce que les ponts ont des caméras de surveillance ?"

"Waterloo plus que Chiswick, bien que les deux ont une certaine présence de caméras." Sherlock démêla doucement sa main droite de la prise de John, ramassant son thé et vidant le mug avant de se détendre. Ce n'était pas une rapide tentative brusque pour se libérer, mais un départ doux, presque cramponné. Les doigts de la main gauche de Sherlock s'attardèrent, dérivant sur la paume de John avant qu'il ne s'allonge le long du sofa, ses yeux fixant le plafond. "Des données. Il n'y a simplement pas assez de données..."

John soupira doucement, essayant d'ignorer les pincements de son corps à la distance entre lui et Sherlock. Ça avait été bien, être assis là, face-à-face et si proches qu'il pouvait ressentir toute la chaleur de Sherlock. Maintenant il y avait de l'air tiède et vide appuyant froidement sur le corps de John.

Il était tenté de dire à Sherlock de demander à Mycroft l'enregistrement des caméras de sécurité, mais il pouvait sentir que ça tomberait à plat. Sherlock préférerait probablement attendre que Lestrade en arrive là plutôt que de suggérer que son frère pourrait être utile.

Sherlock était déjà parti, perdu dans sa propre tête avec des yeux vides et fixes, et John se mit doucement sur pieds, emmenant les mugs et s'occupant dans la cuisine. Le temps qu'il ait lavé la vaisselle et risque un autre coup d'œil vers Sherlock, il réalisa que ces mains étaient tombées, reposant les paumes à plat sur la poitrine de Sherlock. Encore mieux, ses yeux étaient fermés et sa respiration était devenue régulière alors que son corps passait outre son esprit. Sherlock serait furieux à ce sujet quand il se réveillerait, mais John pouvait seulement être reconnaissant.

Cependant, cela le laissait piégé, réticent à faire quoi que ce soit qui pourrait déranger Sherlock dans sa sieste impromptue, et il se retrouva à chercher autour de lui de l'inspiration dans la cuisine. D'ici peu, ses yeux tombèrent sur le dossier médical de Sherlock, et il hésita seulement un moment avant de tirer doucement une chaise de la table et de s'installer dessus.

Une partie de lui se sentait un peu coupable alors qu'il rapprochait les papiers, comme s'il devrait faire ça pendant que Sherlock était réveillé et conscient, mais il avait donné la permission à John.

Les pages défilèrent sous ses doigts alors qu'il trouvait l'endroit où il s'était arrêté. La pneumonie apparaissait être la dernière maladie digne d'une note, et ensuite la liasse de dossiers prenait une perspective résolument différente. Le centre se déplaçait du corps et évoluait sur le mélange de personnalité et de comportement.

Sherlock avait onze ans quand il vit pour la première fois un thérapeute comportemental, trop jeune pour une évaluation complète, et alors que John examinait les notes il ne put rien voir qui puisse strictement être listé comme un symptôme. Il n'y avait aucune consistance. A chaque séance l'évaluateur listait un ensemble différent de problèmes potentiels, comme s'ils essayaient de faire rentrer Sherlock dans la bonne boîte, et à chaque fois le diagnostique suggéré changeait. Parfois Sherlock était simplement placé à différents points de l'échelle d'Asperger, mais alors qu'il avançait dans l'adolescence les conclusions devinrent plus sombres, descendant davantage vers des troubles de la personnalité antisociale et la psychopathie.

Les notes devinrent plus affolées et alarmistes, mais les contradictions continuèrent toujours. Les divers professionnels ne semblaient jamais capables de se mettre d'accord avec les autres. C'était probablement la raison pour laquelle aucun vrai diagnostique ne fut jamais établi. Ils n'avaient simplement pas pu se décider, et Sherlock avait choisi celui qu'il préférait.

Sauf que, eh bien, John n'était pas psychologue, mais depuis le début il n'y avait qu'une tendance, et c'était l'intelligence de Sherlock. Ils faisaient tous des commentaires dessus, chacun des professionnels qu'il rencontrait, et de plus en plus ils l'utilisaient comme une pauvre béquille pour soutenir leurs diagnostiques. Ils citaient le lien fragile entre un QI élevé et le désordre de la personnalité trop souvent pour le confort, et pendant tout ce temps c'était presque comme si Sherlock ne faisait que – s'amuser ?

John n'était même pas certain de ce qui lui donnait cette impression, l'inconsistance, peut-être, mais c'était presque comme si Sherlock allait à chaque nouveau praticien avec un diagnostique pré-choisi et les dirigeait dans cette direction. Enfant il attira l'attention sur son isolation et une aversion du changement, ainsi qu'un éventail d'autres facteurs, mais durant son adolescence cela devint plus sombre et plus vindicatif. Malveillant, et oui, arrogant.

Il soupira, jetant un coup d'œil à l'homme endormi sur le sofa. Cela ne le surprendrait vraiment pas si Sherlock l'avait fait pour se divertir, pourtant il arrêta d'aller voir qui que ce soit juste après qu'il ait eu dix-sept ans. Peut-être qu'il s'ennuyait, ou peut-être qu'il avait réalisé qu'il pouvait convaincre les autres d'un trouble de la personnalité de son choix sans fournir les papiers justificatifs. Dans tous les cas, au moins John avait maintenant des preuves solides que, bien que Sherlock ait passé bien trop de temps avec une variété de psychologues, il n'avait pas de diagnostique concret.

D'après John, il était juste Sherlock. Différent, oui, mais loin d'être aussi alarmant que le label auto-appliqué de 'sociopathe' l'impliquerait. Sherlock utilisait ce mot comme tactique effrayante, quelque chose pour garder le reste du monde à distance respectable. Cela fonctionnait, bien sûr, ou avait fonctionné, jusqu'à ce que John voie à travers.

Tournant la page suivante, John s'arrêta, ses lèvres se pressant fortement l'une contre l'autre alors qu'un autre formulaire d'admission à l'hôpital apparaissait progressivement devant ses yeux. Il semblait que les évaluations étaient terminées, et qu'une autre partie, bien plus destructrice de la vie de Sherlock commençait.

Il avait dix-neuf ans, et les notes parlaient d'elles-mêmes. Abus de stupéfiants. L'examen hématologique était suffisant pour faire grimacer John, et il marmonna une injure alors que l'image de Sherlock, plus jeune, tellement plus vulnérable que l'homme assuré qu'il connaissait aujourd'hui venait au premier plan de sa vision. Le séjour à l'hôpital avait été bref, culminant avec Sherlock signant sa décharge contre l'avis médical.

Ce qui suivait après fut un mélange de rapports, espacés à travers les années. Certains étaient de la désintox, et John y sentit distinctement la main de Mycroft. Il pouvait imaginer le rejet réflexe de Sherlock de ses efforts. Non, il était le genre de personne qui avait besoin d'auto-motivation pour briser une habitude. C'était précisément ce que Lestrade lui avait donné. Vraiment, il devrait lui payer un verre, non, un putain de vignoble entier pour ça : Merci d'avoir sauvé cet homme de lui-même.

Mais John n'était pas arrivé à ce point, pas encore, ce moment de vie où Sherlock avait en fait arrêté de se shooter et resté clean (ou il l'espérait). Il était encore plongé dans le flux sans fin d'informations, les notes sur la malnutrition, l'inquiétude sur le cœur et la santé générale de Sherlock. Il se tuait lentement, et John pouvait tout voir se dérouler devant lui d'une manière qui fit se fermer hermétiquement sa gorge.

La feuille tourna sous le bout de ses doigts insensibles, et le sang de John se transforma sans discontinuer en glace dans ses veines. Au premier coup d'œil, ce rapport ressemblait à tous les autres : une autre erreur, un planage mal calculé, mais il y avait une chose différente. Cette fois, l'équipe avait vu quelque chose de plus. Peut-être qu'il y avait des indices dans le comportement de Sherlock cette fois, ou quelque chose d'autre qui n'avait pas été enregistré dans le dossier, mais les notes du docteur enregistraient la simple conclusion qu'ils avaient atteinte.

Ce qui avait été un abus continu du corps humain – un déclin s'arrêtant et redémarrant d'une vie gâchée – était devenu quelque chose d'autre, et montra à John une toute nouvelle facette de l'existence de Sherlock.

'Tentative de suicide par overdose délibérée de narcotiques.'

La respiration de John s'étrangla dans sa gorge, aussi tranchante que du verre brisé alors que la vérité coulait dans son esprit comme du goudron.

Sherlock – son Sherlock – avait essayé de se tuer.


A la semaine prochaine, les loulous ! *part en courant*