Avertissements : Discussion de toxicomanie et de tentative de suicide dans la passé.

Note de l'Auteur : Je suis un peu en retard pour répondre aux reviews, mais je vais m'y mettre ce soir. Merci à tous pour vos réflexions, votre soutien, encouragement, kudos, favoris et tout ça. C'est génial de les avoir.

Le meilleur endroit pour me trouver est toujours tumblr pointcom / blog/beautiful (enlevez les espaces !)

Avec beaucoup d'amour !

B xxx

Note de la Traductrice : Merci pour tous les messages, favoris, suivis etc. Vous êtes géniaux. Et bienvenue à tous les petits nouveaux qui sont arrivés en cours de route ! J'espère que vous resterez tous avec nous pour la suite de ce voyage ! ;)


To Light Another's Path : Chapitre Onze

Avant même qu'il n'ouvre les yeux, Sherlock sut que quelque chose avait changé. Il n'avait même pas eu l'intention de s'endormir, pas quand il y avait un meurtre à résoudre, mais il semblait que son corps avait d'autres idées. Cependant, après le bref éclair d'irritation à sa propre faiblesse, il commença à réaliser que davantage n'allait pas que du simple temps perdu.

L'appartement semblait différent. Quand il avait fermé les yeux, il avait été chaud et sécurisant, rempli de la présence réconfortante de John. Il y avait eu des contacts persistants et des choses inexprimées, des choses qui orbitaient sur la périphérie des méditations de Sherlock sur l'affaire et n'empiétaient pas, mais le fascinaient malgré tout – une dangereuse ligne sur laquelle marcher.

John était-il parti ? Non. Sherlock pouvait toujours le ressentir. Pourtant la sensation de chaude lumière du soleil avait été éclipsée, devenant froide et sombre, et l'estomac de Sherlock se serra avec une anticipation inconfortable alors qu'il soulevait ses cils et tournait la tête.

John se tenait à la fenêtre, faisant se tourner Sherlock inconfortablement pour bien le voir, obtus sous cet angle. Son poids penchait contre le mur, pas confortablement, mais comme si c'était la seule chose le tenant debout, et le mug dans sa main vibrait légèrement : le retour du tremblement un signe de détresse évident.

Peut-être qu'une autre personne serait désorientée par le changement, mais Sherlock était surtout lui-même. Il se pouvait qu'il ne soit pas dans son assiette et gêné par la sieste sur le sofa, mais il n'était pas un idiot. John avait lu son dossier médical pendant qu'il dormait, et cela signifiait qu'il marinait dans la confusion, l'inquiétude et une myriade d'autres sentiments depuis une période de temps non spécifiée pendant que Sherlock dormait, inconscient.

Doucement, il se redressa, réprimant une grimace alors que sa nuque se plaignait. John l'avait entendu bien sûr, c'était obligé. Le sofa était un traître bruyant, soupirant son soulagement alors que son poids se déplaçait. Pourtant John ne se retourna pas ni ne prononça un mot. Il continua simplement à fixer Baker Street, son thé se refroidissant régulièrement dans sa main.

C'était un homme différent, de certaines façons. Toujours John, toujours une énigme – mais Sherlock était intéressé de réaliser qu'il préférait largement l'autre John – celui qui était passé de meilleur ami, constante présence, boussole morale à quelqu'un qui attrapait le poignet de Sherlock sans réfléchir, qui le regardait comme s'il pouvait vaguement comprendre, qui souriait comme si Sherlock était juste un genre différent et meilleur de normal, plutôt qu'une anomalie.

"Tu avais vingt-sept ans." John formula le fait comme si c'était la pierre de fondation la plus importante du monde, coupée d'un marbre noir et brillant d'accusation. "Vingt-sept ans, et tu as essayé de te tuer."

Bien sûr, John se concentrerait là-dessus. Pas le problème de lui jouant avec les psychiatres, qui le méritaient tous pour avoir été aussi incompétents. Pas même la longue route d'interruption et de reprise périodiques de dépendance qui taillait son sentier à travers sa jeune vie adulte. Il se concentrait sur ce point – qui n'était même pas un terminus. Ce n'était pas là que la toxicomanie finissait, c'était juste l'ornière la plus profonde du chemin. Celle qui avait secoué tous les essieux de Sherlock et l'avait presque supprimé pour de bon.

"Oui."

John aspira son souffle, et Sherlock pencha la tête sur le côté, regardant les doigts de cette main gauche convulser autour du mug. Il voyait la rigidité des épaules et de la colonne vertébrale sous un pull gris : sombre comme l'humeur de John. Sherlock voulait tendre la main et le toucher, passer sa paume le long de la colonne du dos de John et enrouler des doigts réconfortants à l'arrière de son cou. Ressentir la chaleur de John, parce qu'avec chaque seconde qui passait, il devenait de plus en plus froid. Pas de fièvre, mais de la peur incertaine et gyroscopique que c'était là que John mettait fin à tout.

La main droite de John se tendit vers le haut, traînant sur son propre visage comme s'il essayait d'effacer l'existence de cette journée entière en frottant – comme s'il essayait de désapprendre quelque chose – mais c'était en vain. Sherlock voyait seulement son profil, les lignes avivées gravées au coin de ses yeux : des lignes de sourire retirées, maintenant abandonnées. Toute son attention était concentrée sur la tension de la mâchoire de John et la position de ses épaules, surveillant la rupture.

Pourtant elle ne vint jamais. John ne fit pas volte-face pour s'éloigner. Il n'y eut pas de claquement de portes ou de bruits de pas précipités alors qu'il partait simplement, comme d'autres l'avaient fait avant lui. A la place, John s'appuya plus fort contre le mur, et Sherlock fut laissé perché sur le sofa, se sentant comme si quelqu'un avait évidé ses entrailles et l'avait laissé creux.

"Pourquoi ?" John regarda par-dessus son épaule, et Sherlock grimaça en voyant ces yeux bleus avoir l'air si perdus. Il y avait une faible rougeur autour de ses paupières, bien que Sherlock hésitât à en déduire que John aurait versé une larme là-dessus – quelque chose qui était arrivé loin dans le passé, bien avant que John Watson et Sherlock Holmes sachent que l'autre existait. "J'ai besoin que tu me dises pourquoi, parce que je ne comprends pas."

Direct, bien sûr. N'était-ce pas la manière de John ? Il n'était pas homme à ruser et manipuler. Il appréciait les choses simples, et donc il l'expliquait clairement à Sherlock. Pourtant ce n'était pas une requête pour partager l'information, non plus, c'était presque un ordre. Dis-moi parce que je dois savoir.

Sherlock se leva de son siège, s'approchant prudemment de John. L'homme ne bougea pas ni n'essaya de maintenir la distance entre eux, il inclina simplement la tête vers le haut, maintenant bravement le contact visuel comme s'il avait peur de détourner les yeux. Ce n'était pas quelque chose que Sherlock pouvait faire, pas pour ça. Il ne pouvait pas fixer John dans les yeux et le dire, bien qu'il soit incertain de pourquoi. A la place il se pencha contre le mur sur le côté opposé de la fenêtre, lui et John séparés par la largeur du verre et la large étendue de Baker Street au-delà.

Il était facile de se rappeler ce souvenir, toujours non supprimé. Il présumait que d'autres personnes, si elles avaient la capacité, effaceraient délibérément leurs traces, mais Sherlock s'était souvenu. C'était important. Pas une expérience à ce moment-là – pas un effort de voir ce qu'on ressentait en mourant (pas bien) – mais ensuite il pouvait faire comme si ça l'était, en tout cas pour lui-même.

Mais pas pour John. Il était tentant d'en faire peu de cas, intelligemment opaque, mais John pouvait être perspicace à tous les mauvais moments, comme il l'avait prouvé durant les derniers jours. Donc, la vérité, alors. Toute la vérité.

"C'était une convergence d'influences," dit-il, parlant au verre, aux piétons fantomatiques se hâtant çà et là dans leurs existences chargées et dénuées de sens en bas. "Un nombre de choses s'entassant en même temps, et le monde – mon monde – est allé de travers."

"Quelles choses ?"

Clairement John n'était pas intéressé par l'imprécision ou la métaphore. Non, il était toujours un docteur, toujours un soldat; il avait besoin de faits. "Lestrade m'avait isolé des scènes de crime dans un effort de me débarrasser de ma dépendance quelque temps avant. J'ai essayé, mais c'était difficile. Je n'avais rien sur quoi employer mon esprit, aucun moyen de bloquer la vaste étendue de tout en trouvant une certaine concentration."

Il regarda aveuglément l'amplitude blanche de sa propre main contre le papier peint bien mutilé, essayant de respirer alors que le souvenir dérivait devant sa représentation mentale, un voile vaporeux de ténèbres. "J'étais clean depuis deux mois – Lestrade avait insisté pour trois – et ensuite mon père est mort."

John se figea un peu, une rigidité visible comme le permafrost bloquant ses muscles. Sherlock pouvait presque entendre les rouages tourner, le renvoi à toute mention précédente du père de Sherlock avec la conclusion que d'une certaine façon sa disparition avait été suffisamment traumatisante pour que Sherlock tente de le suivre.

"Faux," murmura Sherlock avant que John puisse formuler une question. "Tu penses que j'ai sombré dans un profond chagrin ou une autre folie ridicule, et tu as tort. Mon père était un homme brillant, mais il était mesquin, cruel, et loin d'être fier de moi. Nous nous parlions à peine, et quand nous le faisions c'était une diatribe à sens unique de déception."

Il serra la mâchoire, se rappelant encore de toutes ces horribles fois blessantes. Rien d'aussi direct qu'une maltraitance nette. Ça, d'une certaine manière, aurait été plus facile. Non, c'était plus subtile, plus émotionnel. Enfant, Sherlock avait vénéré son père, s'était efforcé d'être d'une certaine façon merveilleux à ses yeux, et tout avait été un échec. Son père s'était assuré qu'il le sache, même alors qu'il s'éloignait de la vie.

"Je fus poussé vers son lit de mort par Mycroft et Maman. Ils pensaient bien faire, je suppose, mais la mort n'est pas le grand purifiant que tout le monde croit. Sa proximité ne change pas les gens; elle ne les rend pas vertueux. Mon père a gaspillé son dernier souffle à me rappeler pourquoi je le haïssais et, plus important encore, pourquoi il me haïssait. C'était –"

Insoutenable, mais il ne pouvait pas dire ça à John. Ça avait l'air égoïste, d'une certaine façon. Son père était mort et, plutôt que du chagrin et du deuil, l'esprit de Sherlock avait été consumé par la douleur de ne jamais être à la hauteur des attentes de son père. Mycroft avait mentionné les 'mauvais jours' seulement hier matin, mais pour Sherlock, il n'y en avait pas eu beaucoup de bons en ce qui concernait son père.

Le dernier souhait de son père avait été de causer de la douleur, et Sherlock fut la cible.

"Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase," dit-il, ravalant un nœud dans sa gorge. "Il n'y avait pas d'affaires pour m'occuper, et personne pour me rappeler que tout ce que mon père avait dit était –" Il haussa les épaules. "Sans importance, même si c'était vrai. Je n'ai pas bien réagi. Maman et Mycroft étaient occupés avec son enterrement. J'ai attendu après, bien sûr. J'aurais aimé voler la vedette du vieil homme, mais ça ne serait pas juste pour Maman. Dix jours plus tard je mettais ma drogue de prédilection à son usage plus mortel."

"Qui –" John fit une pause, s'éclaircissant la gorge autour de sa voix brisée alors qu'il s'humidifiait les lèvres. "Qui t'a trouvé ?"

"Lestrade et son tout nouveau sergent, que je n'avais jamais rencontré avant." Sherlock savait que son sourire était sombre. "Donovan ne m'a jamais apprécié depuis. Ils ont pensé que c'était une overdose standard, tout le monde l'a pensé au début, mais Mycroft a posé la bonne question au bon moment et découvert la vérité. Il a toujours été fâcheusement bon à ça."

"Question ?" demanda John, son visage magnifiquement expressif bloqué dans certaines des lignes les plus tristes que Sherlock ait vu durant leur temps ensemble.

"Il a demandé ce que père m'avait dit. Des semaines trop tard, bien sûr, mais il a demandé malgré tout." Sherlock chancela plus près du mur, appuyant son poids davantage dessus. Ses genoux semblaient trop faibles pour le maintenir droit, son corps épuisé bien que venant juste de s'éveiller du sommeil. "Mycroft n'a jamais souffert du dédain de père. Il était intelligent sans être étrange. Ne connaissait pas la signification de l'imprudence, et pouvait agir comme un humain relativement normal quand c'était nécessaire. C'était un enfant satisfaisant, et cela semblait suffisant. Je voulais être davantage, et pourtant ne pouvais jamais être à moitié autant aux yeux de mon père."

Sherlock fronça les sourcils, considérant son explication. Même maintenant, des années plus tard et parlant d'un homme depuis longtemps devenu du calcium dans son cercueil affaissé, il ressentait le besoin d'être clair. "Ce n'était pas juste les paroles de mon père qui m'y ont poussé. Je m'étais généralement distancé des gens, estimant les opinions extérieures sans importance pour moi, mais –" Il fit un geste d'une manière futile. "Tu m'as vu ennuyé. Tu sais comment je peux être. A l'époque j'étais pareil mais – plus silencieux."

"Pas de tir dans les murs ?" demanda John, et il y avait une lueur de quelque chose là – de l'humour forcé – qui fit s'ourler les lèvres de Sherlock sur leurs bords.

"Pas de pistolet," signala-t-il, son visage devenant à nouveau sérieux. "Mais non, pas de tir dans les murs. Pas de drogues non plus, ce vers quoi je me tournais habituellement quand l'envie me prenait. C'était juste sombre, et froid, et cinglant. Il était facile de se perdre et je – j'en avais eu assez." Il haussa les épaules, se détournant pour regarder les voitures passant en bas. C'était plus facile que de regarder le visage de John. Son expression semblait si blessée, comme si cet aspect-là de l'histoire de Sherlock l'avait entièrement pris de court. Cela servait seulement à souligner le peu qu'ils connaissaient de l'autre avant que leurs vies ne soient entrées en collision si profondément.

John bougea soudainement, et pendant une brève seconde le cœur de Sherlock se serra fort de peur. Ça y était. John avait atteint son point de rupture. Sherlock avait finalement découvert ce que cela prenait pour éloigner John Watson de ses côtés.

Pourtant John s'avança vers lui, ne s'éloigna pas, et Sherlock se raidit involontairement alors que les bras de John s'enroulaient autour de lui, des bandes jumelles et fortes d'os et de muscle se repliant autour du corps de Sherlock. Pas pour capturer ou exiger, mais juste là, fiables et indéfectibles : John prouvant à Sherlock encore une fois que le détective consultant ne savait pas tout.

John le serrait dans ses bras, en fait le serrait dans ses bras d'une manière légèrement désespérée, et Sherlock se demanda brièvement qui c'était censé réconforter, lui ou John. La surprise le rendit maladroit, mais ses bras glissèrent graduellement autour des omoplates de John, ses doigts caressant un doux rythme le long du dos de John. Ce n'était pas sexuel, bien que le potentiel soit là. C'était à propos d'autre chose – le choc et l'amitié, la douleur et la guérison – comme si John s'excusait en quelque sorte de ce que Sherlock avait connu.

"Espèce d'andouille," murmura John doucement, sa voix étouffée par l'épaule de Sherlock, le mouvement de ses lèvres détectable à travers le coton fin. "Espèce de fichue andouille. J'aurais dû deviner quelque chose comme ça après toute la pagaille avec le chauffeur de taxi, mais je ne pensais pas –"

"Le chauffeur de taxi était différent," coupa Sherlock, reculant pour pouvoir enfin croiser le regard de John. Il n'était pas sûr de ce qu'il s'attendait à y voir. Ceux de Maman et de Mycroft avaient tous deux contenu le même genre de peur résignée quand ils avaient appris, comme s'ils avaient attendu ça depuis le début. Les yeux de John étaient à la place intenses, examinant Sherlock comme s'il pouvait arracher une réponse à toutes ses questions uniquement à partir de son visage. John, réalisa Sherlock, semblait plus compréhensif que n'importe qui d'autre ne l'avait jamais été, comme si peut-être il connaissait quelque chose du même genre de sentiment, ces ténèbres se repliant vers l'intérieur qui effaçaient tout jusqu'à ce que tout ce qu'on puisse entendre soit sa propre haine.

"Tu allais prendre cette pilule. J'étais là. J'ai vu." Les bras de John se serrèrent de manière significative, comme défiant Sherlock de dire autre chose.

"C'était la bonne," répondit Sherlock avec une forte sorte de confiance. Il n'avait jamais pu le prouver, bien sûr, mais il était encore sûr, même maintenant. "Et il s'agissait d'avoir raison – et d'un chauffeur de taxi sacrément atroce, mais plutôt convaincant." Il soupira, se demandant si peut-être il devrait s'éloigner de John, mais l'étreinte était bien trop confortable : de la sympathie pas de la pitié, de la compréhension pas de la peur, et l'odeur de John ne servait qu'à l'ancrer davantage dans le réconfort sincère qu'était Baker Street et le foyer.

Il se permit de se détendre un peu plus, reposant sa joue sur le sommet du crâne de John alors qu'il fixait aveuglément l'extérieur de la fenêtre, son regard levé vers l'horizon encombré plutôt que le trottoir en bas. Il n'aurait jamais parlé à John de ce jour-là de son plein gré : de l'heure où il avait enfin rempli la seringue et poussé la mort dans ses veines, pleinement conscient de son choix.

Il pouvait encore se rappeler l'impact : pas une lente infiltration, ça ne l'était jamais. Quand il voulait planer, sa quête était implacable. Pourtant c'était comme être renversé par un train rapide, atroce. Il pouvait encore se souvenir de la première palpitation devenant une dysfonction, changeant en une arythmie alors que son cœur lâchait. La manière dont le sang dans ses veines avait fait mal, plus un fort courant mais une confusion de remous traînée en tout sens incorrectement alors que le muscle qui dictait sa vie se tétanisait. Il pouvait toujours l'évoquer, dans ce dernier instant avant que les ténèbres n'aient pris possession de lui, la manière dont le battement s'était arrêté dans sa poitrine.

Pour la première fois de sa vie, il y avait eu le silence.

Logiquement, il savait que Lestrade devait déjà être là, s'arrêtant au bord du trottoir de l'ancienne résidence de Sherlock. Peut-être même à mi-chemin dans les escaliers, un ange gardien involontaire. Il n'avait pas l'intention de lui rendre visite ce jour-là – n'avait pas de but réel pour être là et n'avait pas averti Sherlock de son intention. Il s'était simplement matérialisé et avait forcé un cœur réticent à battre pendant que l'ambulance était appelée. Il avait été énergique, désespéré, deux côtes fêlées qui avaient fait mal pendant des semaines une fois que Sherlock avait à nouveau découvert le monde.

Il y avait eu du ressentiment, bien sûr. L'échec était embarrassant, indépendamment de la situation, et Sherlock n'avait pas apprécié que son grand effort soit contrecarré. Même maintenant que le point le plus bas était depuis longtemps disparu, sa fierté fourmillait d'une manière perverse à la pensée qu'il n'avait pas atteint son but. Bien qu'il soit reconnaissant d'être vivant, poursuivant des criminels et résolvant des puzzles avec John à ses côtés, il ne pouvait pas empêcher son léger mécontentement au fait d'avoir été déjoué.

"Que s'est-il passé ?" demanda John doucement, ses bras se desserrant pour libérer Sherlock. Des mains chaudes glissèrent le long du coton lisse des manches de sa chemise, les doigts de John prenant en coupe les coudes nus et caressant le long des avant-bras de Sherlock avant de saisir ses mains. John ne réalisait probablement pas qu'il le faisait, mais Sherlock baissa les yeux vers le contraste de leur peau, doux bronzage miel – Afghanistan décoloré – et un albâtre sans marques – pâleur de l'Angleterre. "Après, je veux dire. T'es-tu fait aider ?"

Sherlock baissa les yeux vers le visage de John avant de hocher la tête en direction du dossier. "Tout est là-dedans. Mycroft ne l'aura pas omis."

John examina le tas de papiers sur la table, les couvertures closes et anodines. Pourtant il y avait quelque chose sur son visage qui suggérait qu'il regardait un serpent venimeux, plutôt qu'une simple pile de pulpe de bois et d'encre.

"Je préférerais l'entendre de toi," répondit enfin John, croisant le regard de Sherlock avec des yeux confiants. "Je sais que tu t'es appelé une source peu fiable mais –" Il haussa les épaules, s'humidifiant les lèvres avant de pousser Sherlock en arrière vers le sofa, s'enfonçant dedans comme s'il était épuisé et tirant Sherlock vers le bas pour se percher près de lui, une jambe remontée sous son corps et à demi-tourné pour faire face à John. "Je n'ai juste pas besoin de lire sur une page, c'est tout."

Sherlock cligna des yeux alors que les mains de John le libéraient, laissant ses poignets se sentir froid, laids et exposés. La chaleur vibrante du toucher de John lui manquait, mais il garda ça pour lui alors qu'il serrait les lèvres et haussait les épaules. "Les docteurs étaient incertains. Certains suspectaient une dépression causée par la toxicomanie affectant la chimie de mon cerveau, d'autres ont décidé que c'était le chagrin faisant plonger des niveaux de sérotonine génétiquement bas dans un abîme." Il souleva une épaule d'un air impuissant. Au final le pourquoi n'avait pas eu d'importance, pas même pour lui.

"J'ai vu un thérapeute à l'instruction de Mycroft, qui était encore plus inutile que la tienne. Je suis retourné aux drogues –" Il leva les yeux à la brusque inhalation de John, sachant que son propre sourire était sombre et un peu dangereux. "Pendant un moment, en tout cas. Environ neuf mois de plus, je pense." Il fallait l'admettre, il y avait un peu d'incertitude dans sa propre tête à ce moment-là à propos de la chronologie précise. "Juste pour prouver que je pouvais. Pour prouver à tout le monde que, indépendamment de tous leurs efforts, j'étais encore celui au contrôle de ma vie."

"Il y a de meilleurs façons de faire ça, tu sais."

"Comme s'engager dans l'armée ?" demanda Sherlock, mais sans aucun venin. Cela l'irritait, parfois, le lustre de mensonges que les gens mettaient sur leurs actions. Ils disaient qu'ils le faisaient pour la Reine et la Patrie, pour la justice, la vérité, l'honneur... mais au fond, chaque décision faite était un exercice de contrôle. C'est ma vie à vivre. Ma vie à finir si je choisis de le faire... Il semblait être la seule personne qui n'essayait pas de se tromper lui-même à cet égard.

John soupira, frottant ses doigts sur son front. "Qu'est-ce qui t'a fait devenir clean après ça ? Tu – tu es clean, n'est-ce pas ?"

"Sans intérêt." Sherlock s'affala en arrière sur le sofa, sa nuque reposant contre l'accoudoir du canapé. "Tu connais la réponse à ça, la seconde partie en tout cas. Le premier morceau aussi, si tu y réfléchis."

"Sherlock..." John n'était clairement pas d'humeur pour des déductions. Son front était plissé en un froncement, probablement encore juste du bon côté d'inquiet, plutôt qu'en colère, mais Sherlock était assez intelligent pour ne pas forcer sa chance.

"J'ai arrêté parce que je le voulais, parce que finalement Lestrade est devenu suffisamment fiable dans les forces de police pour avoir des crimes honnêtement intéressants – et je pouvais aider, si je me tenais bien. Quant à être clean maintenant, tu sais que les drogués ne sont jamais guéris, John. Ils ne se réveillent pas pour réaliser qu'ils ne seront jamais tentés à nouveau."

"Je demande si tu as cédé depuis," dit doucement John. "Il y a une différence entre être tenté et vraiment en prendre. Tu le sais."

Sherlock soupira, fixant son regard sur le plafond alors qu'il se souvenait. A nouveau il était tentant d'être ambigu, parce qu'au fond, de telles choses n'étaient pas les affaires de John. Cependant, même alors que cette pensée déferlait sur l'esprit de Sherlock, il réalisa à quel point elle était injuste. John ne demandait pas parce qu'il était fouineur ou dirigeant. Il voulait une assurance. Il voulait savoir si sa confiance – et c'était de la confiance, pour vivre avec quelqu'un comme Sherlock – n'avait pas été mal placée.

"Non, John. Malgré les suspicions occasionnelles de tout le monde du contraire, je ne me pique pas derrière ton dos. Je n'ai rien pris de cette nature depuis presque quatre ans. Bien que je doute que qui que ce soit d'autre soit incliné à le croire."

Pendant une minute, il vit le combat sur le visage de John. Il voulait avoir foi en Sherlock, cela était apparent, mais aucun doute qu'il pensait à la paranoïa de Mycroft, et aux actions de Lestrade durant cette fausse descente de drogues qui s'était produite durant leur première nuit ensemble. Le DI avait donné l'impression d'un problème bien plus récent, quelque chose qui avait dérouté Sherlock pendant un moment, avant qu'il ne se demande si peut-être Lestrade avait été en train de tester John, le poussant pour voir s'il savait dans quoi il mettait les pieds.

Un test que John avait à l'évidence réussi haut la main, puisqu'il était encore là.

"Je te crois," dit finalement John avec un sourire fragile. "Tout comme je crois que si jamais tu te sens comme à cette époque-là, tu me le diras. N'est-ce pas ?"

Sherlock ferma les yeux, laissant la question déferler sur lui alors qu'il lui donnait une considération prudente. L'idée d'en parler à quiconque, Maman, Mycroft ou même le distant orbitant Lestrade avait été incompréhensible pour lui il y avait toutes ces années. Pourtant maintenant John était assis là et lui demandait sa foi. La confiance marchait dans les deux sens, et tout comme John croyait en Sherlock, elle devait être retournée. Il devait espérer que s'il se retrouvait un jour là-bas, alors John agirait dans son intérêt, quoi qu'il puisse être.

"Cela n'est plus arrivé," signala-t-il, ouvrant les yeux pour voir la réaction de John. Pourtant il n'y avait pas grand-chose à observer. Il continua simplement à regarder Sherlock, les mains imbriquées nettement sur ses genoux comme s'il essayait de se garder sous un contrôle serré. "Pas de la même façon. Risquer ma vie n'est pas la même chose que délibérément tenter de l'achever." Il soupira avant de lutter pour se redresser à nouveau, rencontrant les yeux de John pendant un moment avant de faire un hochement de tête. "Mais si c'est le cas, je te le dirai."

Les épaules de John se détendirent, la ligne dure et droite de leur maintien devenant plus douce, plus ronde alors qu'il relâchait une expiration. Sa mâchoire bougea, comme s'il y avait encore une douzaine de mots inexprimés faisant la queue sur sa langue, mais au final, tout ce qui sortit fut un "Merci, Sherlock." d'une voix rauque.

"La même chose vaut pour toi. Si tu – je veux dire –" Sherlock jura intérieurement. Qu'il puisse s'exprimer aussi clairement au sujet d'un meurtre et faire une telle pagaille de tout le reste était une source de frustration sans fin. "Dis-le-moi, si tu as besoin. Toujours."

Maintenant le sourire de John était plus fort et plus sincère, clairement d'une certaine façon amusé par l'évidente ineptie de Sherlock pour quoi que ce soit appartenant vaguement à du sentiment. "Je le ferai, merci. Pour ça, et de m'avoir dit ce qui était arrivé."

Sherlock le regarda se lever, tirant une ligne sous la conversation avec chaque mouvement de son corps alors qu'il se dirigeait vers la cuisine, ramassant le dossier médical par un coin comme si c'était une des infâmes expériences de Sherlock et le redéposant sur l'étagère. "Je fais le déjeuner. Qu'est-ce que tu veux ?"

Sherlock fit un son rauque d'indifférence, regardant John avec des yeux plissés. D'une certaine façon il avait l'impression que le problème n'était pas entièrement terminé. Il avait dit à John tout ce qu'il pouvait, mais il y avait quelque chose d'inconfortable persistant encore dans l'air, quelque chose que les gens normaux sauraient probablement gérer, mais que Sherlock pouvait seulement observer.

"Bien, si tu n'as pas de préférence alors je ferai juste ce que je veux et m'attendrai à ce que tu le manges," avertit John, observant le contenu du frigo et faisant un geste vers la table basse avec sa main. "Un texto est arrivé pendant que tu étais encore endormi, au fait."

Sherlock jeta un coup d'œil à l'horloge, remarquant les aiguilles planant sur deux heures de l'après-midi. Il y avait eu largement assez de temps pour que Molly obtienne des résultats à ses tests, et un rapide tapotage de son téléphone confirma sa suspicion à propos de l'expéditeur.

Le sang est revenu une correspondance pour Sophie Lattimer. J'espère que c'était ce que vous vouliez ! Mol xxx

Donc, le sang de Mlle Lattimer avait fini sur l'intérieur de la chaussure de Gareth Winters. Des suppositions seraient tellement faciles à ce moment, mais tout ce qui pouvait précisément être déduit était qu'il avait été en sa présence quand elle saignait. Une gouttelette sanguine ne faisait pas un meurtre.

Malgré tout, c'était le travail de la police de vraiment construire une affaire irréfutable. Tout ce que Sherlock pouvait faire était de leur indiquer la bonne direction. Winters avait tué Lattimer. C'était écrit sur toutes les conclusions de la victime, et aucun doute que les experts médico-légaux le corroboreraient une fois que les idiots dans les labos trouveraient le temps de faire les analyses.

Une assiette poussa son bras, et il jeta un coup d'œil au sandwich franchement monstrueux que John lui offrait. Le pain était une simple pensée après coup en contraste avec la garniture, et il plissa les yeux dessus.

"Pas de tomates," soupira John. "Et plus de jambon que de laitue. Les légumes ne sont pas vénéneux. En tout cas pas ceux qu'ils vendent au Tesco. Allons, quelques bouchées seraient mieux que rien." Il abandonna l'assiette, ensuite s'installa dans le fauteuil, attaquant son propre déjeuner avec enthousiasme alors qu'il zappait sur les infos.

Sherlock s'accorda un moment pour inspecter l'intérieur de son sandwich, mais l'odeur du jambon en tranches épaisses et de beurre crémeux firent un détour autour de son cynisme et allèrent droit à son estomac, qui laissa sortir un doux grognement d'approbation. Merveilleux. Quelques repas régulièrement espacés et son corps commençait à se rappeler qu'il avait un droit de vote si oui ou non de la nourriture était consommée.

Il prit une bouchée, ses pensées passant toujours rapidement sur les meurtres avant que la bannière rouge de la BBC attire son attention.

"C'est aux infos," murmura John, augmentant le volume.

"Dimanche. C'est une journée pauvre en nouvelles," répondit Sherlock, fronçant les sourcils alors qu'une photo de Sophie Lattimer apparaissait à l'écran. Elle avait quelques années d'après son allure, mais c'était la bague de fiançailles brillant à son doigt, presque hors du cadre, qui fit réfléchir Sherlock. Un article moderne, pas classique. Un design inhabituel, peut-être fait sur commande. Très cher. Cela faisait une déclaration, pas seulement à propos de la femme qui était prise, mais à propos de l'homme qui avait posé sa revendication apparente : assuré, impliqué dans l'esthétique, impitoyable.

Rapidement il saisit son téléphone, tapant un message à Lestrade.

L'ex-fiancé pourrait mériter une investigation. Aussi, j'ai besoin de savoir ce que vous avez trouvé à l'appartement de Winters. - SH

"T'as vu quelque chose ?" demanda John, faisant un geste vers la télé avant que le présentateur ne change de sujet. "On aurait pensé qu'ils auraient utilisé une photo plus récente."

"Pas nécessairement. La famille aurait fourni l'image d'avant sa séparation, et les médias feront leur choix avec soin pour souligner sa victimisation." Sherlock lécha du beurre de son pouce avant de continuer. "Cependant, la bague de fiançailles est intéressante. Pas du tout le style de Winters, et sensiblement en dehors de ses possibilités même s'il avait essayé de l'escroquer avec un mariage. Cela suggère une autre connexion à explorer pour la police."

"Le mariage n'est pas une escroquerie," bafouilla John, prenant une autre bouchée de son sandwich alors que Sherlock lui jetait un regard noir. "Quoi ? Ça ne l'est pas."

"Si ça l'est. Le concept d'égalité et de partage, de deux moitiés faisant un entier est une invention moderne, datant d'aussi peu qu'une poignée de décennies. Pendant des siècles avant ça, c'était simplement une autre forme d'esclavage." Sherlock foudroya son téléphone du regard, souhaitant ardemment que Lestrade le texte en retour avant de mordre d'un air bougon dans son sandwich et de mâcher avant d'avaler. "Les clôtures à piquets blancs et la félicité domestique n'entrent pas là-dedans. On n'a pas besoin d'alliances et d'un certificat pour ça."

Le carillon de son téléphone le fit se précipiter dessus, et il souffla d'incrédulité alors qu'il lisait le message.

Ex-fiancé ? Quel appartement ? Toutes les informations que nous avons disent qu'il vivait avec Lattimer. - GL

"Idiots," siffla Sherlock, enfournant une autre bouchée du sandwich dans sa bouche et lançant le téléphone de côté. "Nous devons encore sortir."

"Non." John fit un fin sourire hypocrite et secoua la tête. "Ta sortie à la morgue ce matin était plus que suffisante. Tu dois te reposer."

"John –"

"Non, Sherlock. Je suis sérieux. Peu m'importe si je dois m'asseoir sur toi, tu ne vas nulle part ailleurs aujourd'hui." John posa son assiette de côté, donnant toute l'apparence d'avoir l'intention de mettre à exécution sa menace. Un frisson d'excitation électrique parcourut la colonne vertébrale de Sherlock alors que sa bouche s'asséchait. Est-ce que John serait aussi lourd qu'il en avait l'air ? Y avait-il encore des muscles entraînés par l'armée sous ces pulls innocents, ou s'étaient-ils amenuisés avec le temps passé à Londres ? Était-il assez fort pour arrêter Sherlock ?

Était-il assez rapide ?

"Non." La voix de John était basse d'avertissement, de même que la plus légère trace de rire, comme s'il pouvait voir que Sherlock considérait se ruer vers la porte. "Je t'ai laissé aller à la morgue ce matin, contre mon bon sens. Je suis sérieux, Sherlock, tu ne vas pas assez bien pour partir à toute allure dans toute la ville."

"Mais j'ai dormi, John. Presque trois heures de gâchées !"

"Ce n'est pas gâché, Sherlock. Ça s'appelle récupérer." Se penchant sur le fauteuil, John ramassa quelques dossiers du sol : "Écoute, tu as les rapports d'autopsie de Molly. N'est-ce pas suffisant ? Si tu te sens toujours bien demain, alors nous pourrons aller où tu voudras et je ne dirai rien pour t'arrêter."

Sherlock fronça les sourcils, regardant les documents tendus avec mécontentement. Comme s'ils pouvaient contenir quoi que ce soit de même vaguement utile quand il y avait le domaine inexploré de l'appartement de Winters à inspecter. Finalement il se pencha en avant, saisissant le papier de la prise de John et se penchant en arrière sur le canapé. Le sourire de John fut satisfait, mais de courte durée alors que Sherlock lui foudroyait du regard.

"Je vais lire les dossiers, manger à dîner puisque tu vas sans doute insister, et ensuite aller où il me plaît ce soir." Il permit à sa voix de tomber, devenant profonde de promesse.

"Et vraiment, John, j'adorerais te voir essayer de m'arrêter."


A la semaine prochaine, les loulous ! ;)