Avertissements : Tension Sexuelle Non-résolue, mention de meurtre, une mention en passant à la bestialité, impolitesse (Lestrade et John)


To Light Another's Path : Chapitre Douze

John se frotta les mains contre les yeux, fixant d'un air absent la bouilloire alors qu'elle chauffait. Trop de thé avait déjà passé ses lèvres aujourd'hui, ajoutant un mal de tête de caféine à l'élancement dans sa jambe droite, mais il avait besoin du confort que la boisson chaude pouvait apporter. Au moins il ne boitait pas – ce n'était pas assez évident pour attirer les attentions de Sherlock. Il avait l'impression qu'un coup d'œil aigu scrutateur pourrait briser droit à travers lui.

L'après-midi avait décliné pendant que Sherlock se déplaçait entre son laptop et les dossiers disponibles sur les meurtres, son esprit s'emballant même alors que son corps semblait être à la traîne, ses mouvements moins gracieux et fluides que d'habitude. John pouvait y voir la lassitude, piégée dans les contours de ce long corps. Sherlock se poussait, et tout effort pour le faire s'asseoir immobile pendant quelques minutes restait lettre morte.

Donc John était laissé avec le fragile tour incertain de ses pensées, lesquelles tournaient toutes autour des révélations précédentes de Sherlock. Voir la vérité écrite en noir et blanc était suffisamment grave, mais entendre les raisons, les détails, les faits derrière la tentative de Sherlock sur sa propre vie avait laissé John se sentir creux et secoué, se heurtant à des émotions juxtaposées : sa propre culpabilité constante et une haine brûlante pour le père sans nom et sans visage de Sherlock.

La thérapeute de John avait dit qu'il avait des problèmes de confiance, mais elle n'avait jamais vraiment touché le comportement compulsif qu'il avait de prendre soin de ceux autour de lui. Cela n'avait pas d'importance qu'il ne connaissait pas encore Sherlock, ou qu'il se battait pour la Reine et la Patrie en Afghanistan, il sentait quand même l'épaisse nuée de la faute. Sherlock avait été dans le besoin, et il n'avait pas été là pour offrir son aide, sa présence, une oreille attentive... n'importe quoi qui aurait pu empêcher l'argent de se précipiter dans la peau et la veine pour asséner un coup mortel auto-infligé.

Dieu, cela aurait pu être tellement différent. Et si Lestrade n'était pas arrivé à temps ? Est-ce que le DI réalisait même combien Sherlock était passé près de n'être rien qu'un cercueil et une pierre tombale ? Savait-il – savait-il vraiment – la vie qu'il avait sauvée ?

La pensée fit trembler l'inspiration suivante de John entre ses lèvres, et il mit sa main sur sa bouche dans un effort pour réprimer le son. Il continua à se dire que tout allait bien, qu'ils avaient rejoint Sherlock à temps et qu'il ne s'était jamais retourné vers le suicide comme choix, mais la pensée était un confort pathétique. Comme de l'eau faisant des cercles autour d'une canalisation son esprit continuait de retourner, encore et encore, à combien Sherlock avait été proche de réussir. Si Lestrade était arrivé cinq minutes plus tard, tout ça – toute cette vie que John avait construit autour de Sherlock Holmes n'existerait même pas.

Il serait juste John Watson, soldat handicapé, essayant de s'en sortir chaque jour comme si cela signifiait quelque chose, et Sherlock aurait disparu.

Il serra les doigts de sa main gauche, clignant rapidement des yeux avant de saisir la bouilloire et de verser l'eau en ébullition sur un sachet de thé, poussant de côté les assiettes du déjeuner qui étaient empilées près de l'évier alors qu'il le faisait. Cela devait s'arrêter. Un homme pouvait se rendre fou à s'attarder sur tout ce qui aurait pu mal se passer dans sa vie. Ce qu'il avait maintenant, cette amitié ou – ou quoi que c'était avec Sherlock – c'était la réalité, les morceaux de corps et tout. Et si cela signifiait coller aux côtés de Sherlock jusqu'à ce qu'il pousse son dernier souffle, un ami et rien de plus, John ferait tout ce qu'il pouvait pour s'assurer que Sherlock ait toujours lui vers qui se tourner.

"Trouvé," marmonna Sherlock depuis son laptop, se dépliant déjà du fauteuil et traversant résolument à grands pas la pièce.

"Trouvé quoi ?"

Il saisit son manteau, l'enfilant. "Rien. Je dois y aller."

Les mots de Sherlock ramenèrent John à la vie, le tirant des bourbiers de ses propres sombres pensées. Il bougea, se plantant fermement entre Sherlock et la porte, les bras croisés et son poids déplacé légèrement sur sa bonne jambe. Il aurait dû savoir après le gant jeté de Sherlock plus tôt ce jour-là que ça en arriverait là. On lui avait accordé un compromis. Sherlock n'avait simplement pas filé après le déjeuner, mais les six dernières heures avaient été passées en une frénésie d'activité. Sherlock avait fait une pause seulement pour une autre dose de paracétamol – la dernière qu'il pouvait avoir aujourd'hui, ce que John savait que Sherlock regretterait plus tard – et quelques bouchées de dîner.

"Non, tu ne vas nulle part. Je suis sérieux." Il leva le menton, observant Sherlock regarder la porte avant de se concentrer sur le visage de John, ses pupilles se dilatant légèrement alors qu'il s'avançait jusqu'à ce qu'ils soient face à face. Un sourcil se souleva un petit peu en défi, et John s'humidifia les lèvres, ne se permettant pas de faiblir alors que Sherlock parlait.

"Est-ce que tu essaies de m'arrêter ?"

"Il n'y a pas d'essai là-dedans," marmonna John. Sherlock pouvait le dominer de toute sa hauteur autant qu'il voulait – s'il cherchait une reddition il attendrait longtemps.

Il vit le moment où la décision fut prise, écrite dans les micro-expressions du visage de Sherlock. La contraction des yeux, le faible déplacement de son poids avant qu'il n'entreprenne de contourner John, la main déjà tendue vers la poignée de la porte. Cependant, John fut tout aussi rapide, saisit son poignet, les faisant tourner tous les deux et pressant le dos de Sherlock contre la porte.

Tout ça était l'instinct né de trop de temps passé au conflit, bien qu'il ait au moins eu la présence d'esprit de ne pas écraser l'entêté de Sherlock sur le bois trop fort. A la place il se retrouva avec les deux mains fermement bloquées autour des poignets de Sherlock, les épinglant nettement sur chaque côté de sa tête pour que Sherlock ne puisse pas avoir l'effet de levier pour se libérer. Son corps avait bougé involontairement, ajoutant son poids pour garder Sherlock piégé.

En moins d'une seconde, John réalisa tardivement pourquoi ce n'était peut-être pas la meilleure idée. Il était pressé contre Sherlock comme une pièce de puzzle correspondante, s'enserrant contre le corps plus grand de Sherlock avec aisance. De la chaleur, vivante et naturelle, pas fiévreuse, pressait tout le long de son corps. Le manteau s'était ouvert obligeamment pour l'autoriser plus près, et il pouvait sentir la pulsation du battement de cœur de Sherlock : un rythme envoûtant près de la clavicule de John.

"La force, John ?" murmura Sherlock, ses lèvres incurvées en un sourire. "Est-ce que tu vas me garder ici toute la nuit ?"

"Je n'aurai pas à le faire si tu voulais juste m'écouter," signala John, essayant de garder sa voix égale alors que Sherlock inclinait la tête sur le côté : un geste attentif qui exposait la colonne de sa gorge.

Dieu, c'était – il pouvait juste se soulever un peu sur la pointe des pieds et presser ses lèvres sur le creux de la mâchoire de Sherlock. Goûter cette peau et respirer l'odeur de Sherlock. La pensée mit l'eau à la bouche de John et envoya s'éparpiller ses pensées, et il sentit le silence s'étirer entre eux alors qu'il regardait le tremblement du pouls de Sherlock.

Plus rapide que d'habitude, remarqua John distraitement, se forçant à éloigner ses hanches très légèrement du berceau tentant du corps de Sherlock. Le mouvement des inspirations de Sherlock semblait aussi un peu rapide pour un rythme de repos normal. Était-ce la grippe ou...

Il leva les yeux vers le visage de Sherlock, rencontrant l'intense opposition de ce regard. La chaleur incandescente dans l'estomac de John commença à luire plus vivement alors qu'il absorbait les signes : joues rouges, lèvres écartées et le doux déploiement de pupille dans le bassin argenté de cet iris.

De l'attirance. Dieu, c'était écrit sur tout le visage de Sherlock à la vue de tous, et le cœur de John battit fort contre ses côtes alors qu'il regardait fixement, triomphant et stupéfait. Il savait qu'il ne s'était pas trompé ! Il savait ce qu'il avait vu sur le canapé il y avait deux nuits, et c'était là : un bis évident et indéniable.

John s'humidifia les lèvres, se rapprochant sans le réaliser, mais quelque chose perça la fugue, le faisant s'immobiliser. Le désir était toujours là sur le visage de Sherlock, complètement révélé d'une manière qui laissait John tremblant. Pourtant derrière il y avait quelque chose d'autre – quelque chose qui n'avait pas sa place dans cette situation.

Une incertitude craintive.

Rapidement, John s'éloigna, gardant ses doigts autour des poignets de Sherlock mais mettant de l'espace entre leurs corps alors qu'il se précipitait de ramener ses pensées en une sorte d'ordre cohérent. Il voulait ça, voulait Sherlock, mais pas si l'homme lui-même était en conflit. Ça n'avait pas d'importance à quel point ses lèvres brûlaient avec la forte envie de poser des questions ou de murmurer son approbation, il ne pouvait pas se résoudre à prononcer un mot. Pas quand Sherlock le regardait comme ça, déchiré entre un désir évident et l'effroi, clair comme le jour, suppliant pratiquement John avec un seul regard de laisser glisser.

S'éclaircissant la gorge, John détourna le regard, ignorant la chute pesante de son cœur alors qu'il parlait précipitamment.

"Écoute, il fait sombre, froid et il pleut à vache qui pisse. Tu es encore malade, et tu vas foncer dehors quand même. On n'a pas besoin d'être un génie pour réaliser combien c'est idiot." A l'oreille il avait l'air presque normal quand il le dit, et si Sherlock remarqua la pression dans la voix de John alors il ne fit pas de commentaires. En fait, John pouvait sentir la tension dans ce corps plus grand se détendre, s'écoulant alors que Sherlock arrêtait de pousser contre la prise de John et s'affalait simplement contre la porte.

C'était une fausse reddition. John le réalisa une seconde trop tard et grogna lorsqu'il se retrouva retourné jusqu'à ce que leurs positions soient inversées, le bois de la porte dur contre son dos et les mains de Sherlock pressées doucement contre ses épaules. C'était une prise bien moins captivante que celle de John ne l'avait été. Il aurait pu la briser facilement, mais il y avait quelque chose dans la ligne du corps de Sherlock, une lueur dans ses yeux qui disait à John que c'était davantage un jeu qu'autre chose de sérieux. Sherlock n'essayait pas d'empêcher John de s'éloigner, il avait juste confiance qu'il ne le ferait pas.

"Je serai parti une heure, pas plus que ça. Ne vois-tu pas, John ? L'affaire va refroidir –"

"Et tu la résoudras quand même. Tu le fais tout le temps !"

"Ce n'est pas la même chose." Sherlock secoua la tête. "Et nous savons tous deux que si tu ne me laisses pas y aller, j'attendrai simplement que tu t'endormes et partirai, quand ce sera plus sombre, plus humide et plus froid dehors que ça ne l'est maintenant."

Il le ferait aussi. John le savait par des mois d'expérience. Combien de fois s'était-il réveillé le matin pour trouver Sherlock visiblement absent et, plus souvent qu'autre chose, jusqu'au cou dans un problème ou un autre ?

"Par le Christ." John ferma les yeux, ses arguments épuisés. Il n'avait ni la force ni le droit de forcer Sherlock à faire ce qu'on lui disait, et John avait fini d'essayer. Pour ce soir en tout cas. "Bien, Sherlock, mais je viens avec toi. Au moins comme ça si tu tombes dans les pommes il y aura quelqu'un dans le coin pour te traîner à la maison."

"Bien sûr."

Sherlock sourit, doucement et chaudement, et John laissa sortir un souffle exténué et irrité, saisissant son manteau du crochet et l'enfilant en tirant, attachant les boutons avant d'enfoncer ses mains dans des gants. On s'était joué de lui, et il le savait. Sherlock n'avait jamais de scrupules à manipuler qui que ce soit pour obtenir ce qu'il voulait, même John, et cette fois il était trop exténué pour essayer de se montrer plus malin que le con. Il avait probablement eu l'intention que John vienne avec lui tout du long : c'était un compromis sans frais, et John souhaita pouvoir ressentir plus de colère qu'un respect réticent à la manière dont Sherlock fonctionnait.

Au moins le reste n'avait pas été faux – la chaleur dans son regard et la rougeur sur ses joues. Ou John l'espérait.

Arrondissant les épaules, il suivit Sherlock dans les escaliers, content d'aller dans le taxi avec le tourbillon silencieux de ses propres pensées. Tout était une pagaille tellement confuse. Il avait été sûr, vraiment sûr du désir honnête dans l'expression de Sherlock, mais maintenant il doutait de lui-même à nouveau. Sherlock avait toujours trois pas d'avance sur lui, partant à toute allure pendant que John trottait derrière, et comment pouvait-il être certain que Sherlock n'avait pas simplement remarqué son désir et commencé à l'utiliser contre lui ? C'était ce qu'il faisait à Molly, après tout.

Sauf que Molly ne recevait pas de gentils sourires sincères ou de contacts distraits. Sherlock, en fait, semblait très prudent à ce sujet. Pourtant avec John tout était si naturel, et il ne pouvait pas se résoudre à vraiment croire que Sherlock lui montait un coup pareil. Pas quand il l'avait vu aussi évident sur le visage de Sherlock, pas un masque soigneusement calculé mais quelque chose de chaud et de réel.

Et maintenant ce potentiel persistait encore entre eux, épais comme une fumée de drogue, montant sa tentation en volutes dans les poumons de John. Sherlock semblait heureux de prétendre que rien ne se passait, bien qu'un coup d'œil rapide à l'autre côté du taxi ne montra pas à John une image de contentement. Sherlock était tendu sous son manteau, un coude posé contre la porte du taxi et son doigt courbé sous son menton alors qu'il fixait Londres, clairement perdu dans ses pensées.

Réfléchissait-il à l'affaire, ou est-ce que son esprit tournait davantage vers le personnel, vers John ?

Serrant les lèvres, John fixa aveuglément le sol du taxi. C'était inutile; il n'était pas comme Sherlock. Il ne pouvait pas être heureux de laisser ça inexploré, quoi que ce soit. Il devait mettre quelque chose en mots, même si une partie de lui grimaça à la pensée. Peut-être qu'alors il comprendrait pourquoi Sherlock l'avait regardé comme ça : tout en désir et en hésitation.

Pas maintenant, cependant, pas avec une affaire imminente. John avait l'impression de tricher, de le reporter, mais le dégoût de Sherlock pour les sentiments était intense dans le meilleur des cas. John doutait qu'il soit vaguement tolérant de ça en ce moment.

Ses méditations se dispersèrent alors que, enfin, le taxi s'arrêtait, les laissant se tenir sur le trottoir trempé et levant les yeux vers certains des appartements les plus impressionnants de Londres. John se blottit dans son manteau, frissonnant alors qu'il fixait l'immeuble devant eux. Le taxi s'éloigna avec un crissement de pneus, envoyant des gouttelettes dans l'air rejoindre la pluie qui s'égouttait tristement depuis les nuages au-dessus de leurs têtes. Oubliez Sherlock, il allait attraper quelque chose s'ils restaient là plus longtemps.

"Bien, nous sommes là. Maintenant où est là exactement ?" demanda-t-il, frottant ses mains l'une contre l'autre et marchant au même rythme aux côtés de Sherlock alors qu'il se déplaçait vers la porte d'entrée.

"Byranstan Court. Où Gareth Winters avait un appartement." Quelque chose cliqueta dans la main de Sherlock, et John vit les clés luire où elles pendaient du bout des doigts gantés. "L'une d'elles devrait nous laisser entrer."

"Où as-tu –" John soupira, ses épaules tombant. "Tu les as piquées à la morgue, n'est-ce pas ? Lestrade va faire une crise quand il réalisera que des preuves manquent."

"Lestrade est trop occupé à être entortillé par le désastre de RP qu'est la famille Lattimer pour le remarquer. Il n'était même pas au courant que Winters avait un appartement. Il pensait qu'il vivait avec Mlle Lattimer."

"Ce n'est pas une supposition déraisonnable," signala John, essayant de ne pas se sentir trop miteux. Bien sûr Sherlock cadrerait ici, impeccablement fait sur mesure de la tête aux pieds et, grâce à sa dernière dose de paracétamol, vigilant et conscient. En comparaison, John se sentait à un pas d'un sans-abri : pull ample, manteau mouillé, frissonnant et fatigué.

"Tu penses que non ? Qu'en est-il du fait qu'il y avait seulement une tenue de rechange pour Winters à l'appartement de Lattimer ? Ou clairement qu'un seul côté du sofa a été utilisé sur le long terme, à en juger par la déformation des coussins ? J'étais malade, et je savais que Winters ne vivait pas avec Lattimer. Ils étaient –"

"Potes de baise ?" demanda John, prenant un plaisir pervers à regarder Sherlock se tortiller à la grossièreté du terme.

"Oui," répondit Sherlock alors qu'ils approchaient de la porte d'entrée. "Peut-être que ça n'avait pas toujours été le cas, mais à ce moment-là leur relation s'était réduite à une satisfaction mutuelle et pas beaucoup plus."

La porte sur le hall fut déverrouillée et ouverte avec aisance, le bois bien ciré et le détail en cuivre cédant le passage pour révéler un intérieur marbré. Le bureau d'un portier se tenait à proximité, par bonheur vide, mais John doutait qu'ils soient arrêtés de toute façon. N'importe qui d'autre aurait l'air timide et maladroit, coupable même, mais Sherlock entrait et sortait simplement d'un air dégagé comme s'il avait tous les droits d'être là.

Les portes de l'ascenseur se séparèrent, leur autorisant l'accès à l'opulent intérieur du petit espace. John essaya de ne pas grimacer. Il y avait le bon goût, et ensuite il y avait ça : un simulacre de palace. Son reflet renvoyait son propre visage vers lui, et il foudroya ses cheveux du regard, en épis et ébouriffés par la brève exposition à la pluie. Il les aplatit inutilement, entrevoyant tout juste le faible sourire suffisant de Sherlock.

"J'sais pas à quoi tu souris," marmonna-t-il. "Il y a des caméras de surveillance partout. Tout ce que n'importe qui a à faire est de les regarder et ils sauront que nous sommes venus. Lestrade va péter une durite et nous ne serons plus jamais autorisés à nouveau sur une affaire." Il fit un geste vers la caméra dans le coin de l'ascenseur. "Comment sais-tu même de quel étage nous avons besoin, de toute façon ?"

"Boîtes aux lettres dans l'entrée. Elles donnent bien trop d'informations, surtout quand elles sont assez prétentieuses pour avoir le nom du propriétaire inscrit dessus en feuille d'or." Sherlock lança un rapide coup d'œil à la caméra avant de se tourner d'un air dédaigneux. "Quant aux caméras de surveillance, pourquoi est-ce que la police aurait besoin de regarder les images d'aujourd'hui ? Quoi que ce soit d'intérêt se produirait autour de l'heure du meurtre de Lattimer."

"Tu l'espères." John regarda autour de lui alors que l'ascenseur carillonnait et que les portes s'écartaient, les laissant s'avancer dans un étroit corridor. Comparé au cadre luxueux d'en bas, c'était un peu une déception. Il avait vu des hôtels avec des couloirs plus soignés. Un tapis fin et légèrement élimé étouffa le bruit de leurs pas alors que Sherlock s'éloignait rapidement, passant devant l'occasionnelle porte d'entrée vide en chêne avant d'atteindre la bonne. La clé glissa dans la serrure avec aisance, et John eut juste assez de temps pour se rendre compte que la dernière caméra qu'ils avaient vue était dans l'ascenseur avant que la porte ne s'ouvre en grand et ne révèle l'appartement.

Des plafonds bas et de grandes fenêtres les accueillirent, les rideaux tirés pour montrer un panorama des rues illuminées de Londres. Il n'y avait pas de système d'alarme à gérer, et John regarda l'expression de Sherlock s'aplanir alors qu'il absorbait les détails.

Pour John, il avait l'air habité : rien à voir avec la clarté de salle d'exposition de chez Sophie Lattimer. Il y avait du courrier jeté sur la table et de la vaisselle empilée près de l'évier. Du nettoyage à sec avait été laissé sur le sofa et la télé était encore en veille. Le tapis n'avait pas été aspiré dans le passé récent – les miettes à elles seules racontaient cette histoire – et John parierait n'importe quoi que le siège des toilettes était encore levé dans la salle de bains. Surtout si Winters vivait seul ici.

"Que recherchons-nous exactement ?" murmura John, se déplaçant d'un air gêné alors qu'il fermait la porte derrière eux, condamnant le monde extérieur.

"Personne ne peut t'entendre," répondit Sherlock d'un ton normal. "Inutile d'être discret." Il alluma les lumières, ouvrant la porte vers à la fois la chambre et la salle de bains avant de secouer la tête. "Cela nous dit une chose immédiatement. Winters n'a pas été assassiné ici et ensuite traîné jusqu'au pont. Il est hautement probable qu'il ait rencontré son tueur là-bas. Nous cherchons quoi que ce soit qui puisse nous aider à comprendre qui cela pourrait être, et à relier Winters à la mort de Lattimer."

Sherlock se déplaça dans la kitchenette, et John put entendre l'ouverture et la fermeture de tiroirs et le claquement de placards. Secouant la tête pour lui-même, il commença à fouiller dans le courrier, regardant autour de lui en vain quand tout ce que cela révéla fut quelques factures et une demande de carte de crédit. "Quelques pistes seraient bien, Sherlock."

"Des noms, des numéros de téléphone... quoi que ce soit de ce genre."

John soupira, frottant sa main sur son front avant de survoler une pile de magazines et de regarder les photos sur le mur. Bien que l'endroit soit bien plus accueillant que l'appartement de Sophie, il y avait quelque chose de hâtif dans toute l'installation, comme si Winters ne faisait vraiment que passer. La City exigeait du travail à toute heure, mais tout de même, il y avait quelque chose de pas tout-à-fait correct à propos de tout ça.

"J'ai un ordi portable," appela John, remarquant l'élégant Mac sur le bureau dans le coin, devant un fauteuil pivotant de cadre 'J'ai un grand bureau et une petite bite' en cuir. Il tapa le bouton 'marche', attendant que l'appareil démarre et grognant alors que l'écran apparaissait. "Protégé par mot de passe."

"Je vais y jeter un coup d'œil dans une minute. Vérifie la chambre."

Faisant ce qu'on lui disait, John soupira, fixant autour de lui la chambre terne. Elle ressemblait à la chambre de tous les autres hommes qu'il ait jamais vue, jusqu'aux mouchoirs et la lotion près du lit. Des draps entortillés et un oreiller presque sur le sol suggéraient que Winters avait trop la flemme de faire son lit le matin, et les chaussettes jetées dans la vague direction d'un panier à linge sale suggéraient qu'il avait hâte de tomber dedans aussi. Il n'y avait pas de photos de petites-amies, et rien d'incriminant ne se trouvait sous le lit.

La coiffeuse était un fouillis de produits capillaires et de crème hydratantes – eh bien, Sherlock avait dit qu'il prenait anormalement soin de son apparence. Des lentilles de contact également, donc Winters avait des problèmes de vue. La seule chose légèrement pas à sa place était une brochure pour un nouvel immeuble d'habitation. Peut-être qu'il cherchait à déménager bientôt ?

"Quoi que ce soit d'intéressant ?" demanda Sherlock, arrivant abruptement à l'épaule de John et plissant les yeux vers le même dépliant glacé.

"Pas grand-chose. Il a juste l'air d'un appartement normal."

Sherlock lui lança un bref coup d'œil exaspéré, celui qu'il jetait toujours aux gens qui ne réussissaient manifestement pas à voir les choses dignes d'intérêt. "Si tu le dis." Il saisit son téléphone, prenant une photo de la brochure avant de se retourner. "Il me dit que Winters travaillait douze à treize heures par jour à HSBC, probablement dans les investissements. Il a eu le temps pour le petit-déjeuner, mais a renversé du lait sur la surface de travail, la fatigue l'a rendu maladroit. Il n'a pas mangé à nouveau ici jusqu'au chinois à emporter, commandé à neuf heures du soir, le reçu encore sur la table."

Sherlock fit volte-face, parlant à toute allure alors que John écoutait, captivé. "Il cherchait du sexe auprès de Lattimer mais ne restait pas pour la nuit. Sa poubelle à recycler contient du courrier indésirable daté consécutivement depuis presque deux semaines; il était toujours là pour ramasser son courrier. Peut-être attendant quelque chose." Il fit un geste vers le salon.

"La télévision est allumée mais rarement regardée comme indiqué par le fait que sa boîte Sky plus affiche une lumière d'avertissement de 'disque dur plein'. Il enregistre ses séries télé mais n'a jamais le temps de les regarder. Ne l'allume probablement que pour vérifier les marchés et, plus que tout autre chose, cela me dit qu'il a probablement tué Sophie Lattimer avec un couteau à légumes avec une lame en céramique de quinze centimètres. Le seul manquant du service complet dans sa cuisine."

"C'est –" John cligna des yeux, secouant la tête. "Brillant, comme toujours. Où est le couteau maintenant ?"

"Probablement au même endroit que ses vêtements. Il n'y a pas de sac dans la poubelle de la cuisine, donc nous devons regarder dehors. Les ordures ne sont pas ramassées avant demain matin. Avec de la chance, les preuves seront encore –" Sherlock se figea, la tête penchée sur le côté d'une manière qui fit se refroidir le sang de John. Il avait entendu quelque chose.

"Qu'est-ce que c'est ?"

"L'ascenseur s'est arrêté à cet étage. Est-ce que tu as ton arme ?" demanda Sherlock, soupirant quand John secoua la tête. Son manteau tourbillonna autour de lui alors qu'il se retournait, ouvrant vivement l'armoire et encourageant John vers l'intérieur avant d'entrer lui-même, fermant la porte jusqu'à une fente.

"Toutes les lumières sont allumées," siffla John, son cœur battant fort dans sa poitrine alors qu'il essayait de ne pas trébucher sur les chaussures sous ses pieds. "Si quelqu'un va entrer, il saura qu'il n'est pas seul !"

"L'élément de surprise sera suffisant," promit Sherlock, ses paroles formant à peine un souffle alors qu'il se déplaçait, grimaçant au tintement des cintres.

Il y avait à peine assez de place pour qu'une personne se cache dans l'armoire, encore moins deux, surtout avec les costumes Gucci de Winters pendus sur la tringle chargée. Le torse de Sherlock était pressé contre celui de John, la tête du plus grand baissée dans l'espace exigu et une main stabilisée par l'épaule de John pour équilibrer son poids.

Ils respiraient l'air de l'autre alors que l'espace clos devenait humide, empli de l'odeur de l'appréhension et de l'adrénaline. Les ténèbres de velours pesaient sur la peau de John, seulement marquées par le rayon de lumière qui s'étalait sur le bord absurde de la pommette de Sherlock, rendant un œil argent vif.

Un claquement sec venant de la porte de l'appartement suggéra que quelqu'un l'avait ouverte et refermée dans son sillage, et John se mordit la lèvre, se maudissant d'avoir oublié son pistolet. Il avait été trop déterminé à suivre Sherlock pour le prendre, et stupidement il avait espéré qu'ils iraient quelque part de relativement sans danger, comme la morgue ou le Yard.

Sherlock se pencha, ses mouvements lents et chorégraphiés, n'attirant même pas un murmure des occupants de tissu de leur espace alors qu'il pressait les lèvres contre l'oreille de John. Il formula des mots tels des baisers contre la coquille de cartilage et de peau, et malgré leur situation, un frisson chaud et délicieux fila le long de la colonne vertébrale de John.

"Un homme, à peu près soixante-dix kilos, ne connaît pas l'appartement. Il n'est jamais venu ici. Il est seul."

John hocha la tête, déglutissant péniblement alors qu'il s'étirait un petit peu. "Deux contre un ?"

"Il pourrait être armé," répondit Sherlock, et John inspira profondément, essayant de se concentrer sur les mots eux-mêmes plutôt que sur la danse des lèvres de Sherlock contre son oreille. "Tu prends le haut, je prendrai le bas."

A l'aveuglette, John tendit le bras, laissant ses doigts traîner sur les vêtements de Winters jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il recherchait. Un long ruban fin de soie, plus large à une extrémité. Une cravate pouvait faire un garrot parfaitement fonctionnel si nécessaire, et être réutilisée comme une corde convenable pour ligoter un criminel potentiel. C'était ça ou jeter des chaussures à la tête du salopard.

Il entendait les bruits de pas maintenant, se déplaçant avec la démarche lente et prudente de quelqu'un qui ne pense pas être seul. John retroussa les lèvres, mesurant son propre souffle au gonflement régulier de la cage thoracique de Sherlock jusqu'à ce que chaque bouffée d'air soit prise en tandem. Les cheveux de Sherlock chatouillaient le front de John là où il était toujours penché près de lui, forcé de se rapprocher par l'espace limité, et John ne pouvait que regarder fixement dans les ténèbres incertaines, en comptant chaque battement de cœur qui passait alors que l'étranger se rapprochait.

Abruptement, Sherlock pencha la tête sur le côté, sa main libre se déplaçant pour encercler le poignet de John. "Attends," murmura-t-il, un faible souffle de rire incrédule lui échappant alors que les pas entraient dans la pièce. "C'est Lestrade."

"Quoi ?" demanda John. "Comment pourrais-tu le savoir ? Sherlock !" Ce dernier morceau fut sifflé alors que Sherlock se redressait puis sortait de l'armoire d'un geste ample, gagnant un cri d'alarme très familier, suivi d'un chapelet de jurons que John avait seulement entendu après une nuit intense à boire avec le DI.

"Détective Inspecteur, que c'est gentil de votre part de vous joindre à nous," dit Sherlock, dissimulant à peine son hilarité à Lestrade, qui s'était précipité contre le mur de la chambre, une main contre son torse et l'autre enroulée autour d'une matraque réglementaire. "Enfin ennuyé par les Lattimer ?"

"Putain de merde, Sherlock !" réussit finalement à dire Greg, s'affaissant là où il se tenait. "Je devrais vous menotter, pour avoir essayé de me donner une crise cardiaque à défaut d'autre chose."

John grogna son accord. Ils étaient deux. Un jour, Sherlock allait faire quelque chose d'inconsidéré et d'irresponsable et se faire tirer dessus pour ses efforts. Il sortit de l'armoire, la cravate toujours prise lâchement dans une main alors qu'il éloignait une chaussure de son chemin du pied et jetait un regard noir à Sherlock.

"Qu'est-ce que vous faites là-dedans d'ailleurs ?" demanda Lestrade, son regard se baissant rapidement vers la cravate dans la main de John avant de se lever vers l'armoire alors qu'un sourire suffisant traversait son visage. "Ou est-ce que je ne veux pas savoir ?"

John jeta la cravate sur le côté, en secouant la tête d'incrédulité. "J'allais vous étrangler avec," dit-il impassiblement. "Nous pensions que vous étiez quelqu'un d'autre – un meurtrier peut-être."

"Comment avez-vous su que je ne l'étais pas ?" demanda Greg, en soulevant un sourcil alors que Sherlock soupirait.

"Sans intérêt. Maintenant dites-moi, Inspecteur, que faites-vous ici exactement ? Je croyais que vous étiez dans le déni au sujet de l'existence de l'appartement de Winters."

"Vous vous attendez sérieusement à ce que j'aie un texto comme celui que vous m'avez envoyé tout à l'heure et que je ne commence pas à commencer le bon type de questions ?" Lestrade avait l'air légèrement insulté alors qu'il s'éloignait du mur, en cherchant son téléphone à tâtons dans sa poche. "Je sais comment utiliser Google aussi, vous savez. Une fois que nous savions qu'en fait Winters avait un appartement, ça n'a pas été très difficile de le trouver, ni une grosse affaire de deviner que je vous trouverai ici quand vous n'étiez pas à Baker Street. Que faites-vous dehors, d'ailleurs ? Je croyais que vous étiez malade."

"Il l'est," interrompit John avant que Sherlock ne puisse essayer de minimiser le fait qu'il récupérait toujours. "Je suis ici à contrecœur, et j'ai l'intention de le traîner à la maison dès que possible."

"Alors, qu'est-ce qui était si important que ça ne pouvait pas attendre demain ?" demanda Lestrade. "Nous aurions pu vous laisser regarder l'endroit à ce moment-là. Maintenant je dois appeler une équipe et sécuriser la scène ce soir." Il pressa le pouce contre le bouton d'appel de son téléphone, en jetant un rapide regard noir à Sherlock avant de donner ses ordres. "Ouais, Hopkins. J'ai besoin d'un examen de scène. Byranstan Court, dès que vous pourrez."

"Nous ne serons pas honorés par la merveilleuse présence de Donovan et Anderson ce soir ?" demanda Sherlock, la voix basse et cinglante.

"Non, parce qu'ils sont tous les deux actuellement à Chiswick Bridge." Lestrade eut l'air content de lui face à la surprise de Sherlock. "Je vous ai dit que je les vérifierais, n'est-ce pas ? Donc j'ai délégué. Ils savent ce qu'ils cherchent."

Sherlock fit un grognement d'incrédulité, comme s'il croyait peu probable que Anderson ou Donovan soient capables de trouver le pont, encore moins les preuves qui pourraient être dans l'eau à sa base. "Si nous avions attendu jusqu'à demain, vous auriez pu être en train de chercher l'arme du crime dans la décharge du quartier, plutôt que dans les poubelles dehors. Allez."

Il sortit majestueusement de la pièce, laissant John faire un haussement d'épaule contrit à Greg alors qu'ils le suivaient tous les deux. "Nous avons fait de notre mieux pour ne pas trop déranger la scène. Nous avons des gants." Il leva ses mains en démonstration. "La seule chose que nous pourrions avoir contaminé est l'armoire." Il grimaça à la formulation. "Parce que nous nous sommes cachés dedans, je veux dire."

"Ouais, OK. Je vous crois." Le sourire de Greg s'évanouit alors qu'ils sortaient de l'appartement puis descendaient le corridor avant d'entrer dans les limites serrées de l'ascenseur. Son visage devint sérieux alors qu'il donnait à Sherlock et John un dur regard noir à parts égales. "Cela ne compense pas le fait que vous êtes sur une scène sans mon autorité."

"Ce n'était pas encore votre scène," signala Sherlock. "Nous étions simplement..."

"En train d'entrer par effraction ?" Contesta Lestrade.

"En train de chercher notre bon ami Gareth Winters, qui nous a laissé un double de la clé," corrigea Sherlock, en fouillant dans sa poche pour renoncer à son prix avec réticence dans la paume de Greg.

"Une clé que vous avez volée à la morgue. J'ai déjà eu Molly au téléphone. C'est un challenge, d'écouter cette pauvre fille essayer de me dire que vous vous êtes envolé avec des trucs sans qu'elle vous accuse vraiment de quoi que ce soit." Il tira un petit sac en polyéthylène transparent de sa poche et y glissa la clé. "Y a-t-il quoi que ce soit d'autre que vous ayez pris à l'appartement ?"

"S'il vous plaît," se moqua Sherlock. "Je ne suis pas un amateur, et John non plus. Il n'est pas dérangé. Examinez l'ordinateur portable de Winters. Peut-être que vous trouverez des preuves d'autre chose qu'une prédilection pour la bestialité. Ce pourrait être notre seul indice, si on considère que son téléphone est ostensiblement manquant."

"Bestialité ?" demanda Lestrade, il cligna des yeux puis fit une minuscule secousse de la tête. "Non, oubliez ça. Je ne veux même pas savoir comment vous savez. Le téléphone n'était pas sur le corps. Il est probablement au fond de la Tamise." Il se retourna alors que l'ascenseur s'arrêtait, les déposant dans le hall. "Attendez ici. Je dois parler au portier, lui faire savoir ce qui se passe. Il m'a donné une clé pour enquêter, mais il voudra savoir pourquoi il va y avoir la police partout dans son immeuble."

"Obtenez l'enregistrement des caméras," suggéra Sherlock, en prenant son téléphone dans sa poche puis il fronça les sourcils vers l'écran. "A la fois d'ici et du pont. C'est probablement trop en espérer que notre mystérieux second tueur ait été pris en vidéo, mais peut-être que quelqu'un a fait une erreur."

John se balança en arrière sur ses talons, en pensant avec envie à la chaleur de Baker Street. Le reflux d'adrénaline l'avait laissé plus fatigué qu'avant. Si Sherlock était en pleine santé, il serait tenté de le laisser avec Greg pour simplement rentrer et se glisser dans son lit, mais il ne pouvait pas s'y risquer. Pire, il pouvait sentir la nuit s'étirer devant lui, nuit passée à l'extérieur dans des allées et à rôder sur des ponts pendant que la police faisait son travail et que Sherlock rassemblait les pièces – la promesse de Sherlock de 'juste une heure' se transformant en nuit blanche.

Il cligna des yeux et sentit ses paupières piquer. Dieu, qu'il avait besoin de thé chaud et d'un lit. Tout semblait trop lourd, de sa tête à ses pieds de plomb. Seuls quelques instants près de Sherlock l'avaient soulevé de son entrave, l'élevant à un autre niveau. L'étreinte qu'ils avaient partagée plus tôt, le moment déroutant contre la porte... Même entassé dans une armoire bien trop petite il s'était senti à nouveau lui-même, éveillé et alerte. Pourtant maintenant son esprit était voilé par le brouillard, accablé par le poids de la journée.

Une main chaude s'enroula autour de son poignet, touchant la peau dans l'interstice entre ses manches et ses gants, et John cligna des yeux de surprise vers le haut, se retrouvant le centre infaillible de l'attention de Sherlock. Ces sourcils expressifs étaient tirés en un froncement, et John s'humidifia les lèvres, en se demandant ce que Sherlock voyait.

"Nous allons juste nous assurer que Lestrade a les preuves de la poubelle, et ensuite nous rentrerons à Baker Street," dit Sherlock abruptement, en serrant rapidement le poignet de John avant de le relâcher.

John cligna des yeux, puis secoua la tête de confusion. "Et pour les ponts ? Ne veux-tu pas –?"

"Cela peut attendre. Toute preuve réelle y aura été déplacée, et je suis sûr que le rapport sera suffisant pour prouver mes théories." La voix de Sherlock était désinvolte, presque indifférente, et totalement en désaccord avec son précédent besoin urgent de quitter l'appartement.

"Est-ce que tu te sens à nouveau souffrant ?" John plissa les yeux, essayant d'identifier des indices dans l'apparence de Sherlock, mais il n'y avait rien pour le trahir. Il se tenait droit, assuré et élégant, ses doigts nus volaient sur les touches du téléphone alors qu'il tapait un rapide texto.

"Non, John. Je vais bien. Toi, par contre, tu ne vas pas bien. Je ne peux avoir mon docteur qui tombe malade, n'est-ce pas ?"

John secoua la tête, souleva une main en un signe négatif avant de la laisser retomber à ses côtés. "Je vais bien, Sherlock. Vraiment, juste..."

"Fatigué. Tu te remets encore d'avoir pris soin de moi, et ta générosité à cet égard signifie que ton rythme de sommeil est bouleversé. Ajoute à ça l'anxiété d'avoir lu mon dossier médical et tes tentatives ratées de me garder à l'appartement, et il est évident que tu es accablé." Les lèvres de Sherlock tremblèrent, un minuscule, petit sourire triste. "La dernière chose dont tu as besoin est de te retrouver à me suivre dans tout Londres pendant que j'essaie de résoudre cette affaire, et tu ne voudras pas retourner à Baker Street seul. Par conséquent il est simplement logique que nous rentrions tous les deux."

Sherlock s'arrêta, s'attendant peut-être à ce que John argumente ou désapprouve, mais il avait déjà donné sa protestation symbolique. De plus, avec quelle fréquence pouvait-il honnêtement dire que Sherlock le plaçait avant une affaire ? Il prendrait ce qu'on lui donnait et en serait sacrément reconnaissant.

"Est-ce que vous venez, vous deux ?" appela Lestrade de là où il attendait près de la porte, en plissant les yeux vers la pluie qui tombait précipitamment à l'extérieur. "Il vaudrait mieux que ça ne soit pas long, Sherlock."

"Si vous préférez éviter d'être mouillé nous pouvons laisser ça jusqu'à demain matin, et ensuite vous pourrez gaspiller des jours à vainement passer la décharge au peigne fin pour trouver les preuves dont vous avez besoin." Sherlock sortit à grands pas sous la pluie torrentielle et tourna à gauche, laissant John et Lestrade le suivre de près. Ils traversèrent les flaques d'eau avec des éclaboussures et évitèrent les caniveaux ruisselants, la pluie s'infiltrant sans discontinuer à travers le manteau de John avant qu'ils ne s'enfoncent dans la ruelle étroite.

Là, la lueur des lampes de la rue était faible et inutile. A la place, ce fut la lumière de la torche de Sherlock qui perça l'obscurité, en coupant une bande lumineuse alors qu'elle dansait sur la rangée de poubelles.

"Qu'est-ce que nous cherchons ?" demanda John. "Est-ce qu'il l'aura mis dans des sacs ?" Il souleva le couvercle d'une des poubelles et fit la grimace à l'odeur de déchets vieux d'une semaine : les restes des assiettes, des couches et Dieu savait quoi d'autre, tous à peine contenus dans du plastique noir bien rempli.

"Cela aura été probablement doublement ou triplement emballé," lança Sherlock, déjà en train de fouiller. "Cela devrait avoir été balancé il y a quelques jours, donc il est peu probable que ce soit sur le dessus."

"Merveilleux," marmonna Lestrade, il sortit des gants puis les enfila sur ses mains. "C'est exactement la manière dont je voulais passer mon Dimanche. D'abord je suis pris de haut par le connard le plus arrogant que j'ai jamais rencontré, ce qui n'est pas peu dire, puisque je vous connais, Sherlock, et maintenant je fouille ce chantier."

"Est-ce que les Lattimer ont dit quoi que ce soit d'utile ?" demanda John, en essayant de ne pas regarder de trop près ce qui s'était écrabouillé sous sa main.

"Que de la gueule et pas de véritables réponses," se plaignit Lestrade, il ramassa un chiffon entre le pouce et l'index, lui donna un regard critique avant de le lancer sur le côté. "Riche comme sacrément pas possible et grossiers, avec ça. Que Dieu me sauve des têtes de nœud nanties."

John entendait les veines épaisses de l'agacement fatigué traversant la voix de Lestrade. Une partie de lui pensait qu'il devrait y avoir de la sympathie pour les Lattimer. Ils venaient de perdre une fille après tout, mais d'après ce qu'il entendait il y avait peu eu concernant un chagrin sincère durant les entretiens.

"Ils se poignardent dans le dos, tous autant qu'ils sont," ajouta Lestrade, "Mais j'ai découvert que l'ex-fiancé est un homme du nom de Michael Monroe. Rupture en bons termes il y a trois ans. A leur connaissance tout contact avait cessé."

Sherlock s'était immobilisé, un bref moment de calme au milieu du débordement d'activité alors qu'il traitait cette information. "Intéressant."

Il n'élabora pas, et John ne fit que hausser les épaules quand Lestrade le regarda d'un air interrogateur. Il n'avait pas plus d'idée de ce qui se passait dans la tête de Sherlock que n'importe qui d'autre. La plupart du temps en tout cas.

Finalement, avec la pluie gouttant le long de sa nuque et pénétrant le dessus de ses bottes, John dégagea un des sacs poubelles, répandant une forte odeur pourrie et métallique à l'intérieur. "Je crois que j'ai quelque chose."

En quelques instants, Sherlock était à ses côtés, sa torche serrée entre ses dents alors qu'il dénouait le nœud et écartait des couches de plastique noir pour révéler le paquet de vêtements. Enroulé en son centre se trouvait un couteau en céramique, des flots de sang dilués toujours présents sur la lame blanche.

"Ce devrait être suffisant pour prouver que Winters a tué Lattimer, prémédité aussi, puisqu'il a pris le couteau avec lui." Sherlock abandonna le paquet à Lestrade juste au moment où des flashs de lumière bleue indiquaient l'arrivée du reste de son équipe.

"Maintenant nous devons juste trouver qui l'a tué," répondit Lestrade, ses yeux marrons plissés. "J'suppose que vous n'avez pas de pistes là-dessus ?"

Le sourire de Sherlock était tout en dents. "J'y travaille. Déposez les copies de tous les dossiers pertinents d'à la fois ici et des ponts demain matin."

"Et pour les transcriptions des entretiens avec les Lattimer ?"

Une moue de dégoût tordit les lèvres de Sherlock, mais il hocha finalement la tête. "Tout. Quelque part il y aura une piste qui nous mènera tout droit au tueur, et je compte la trouver. Allons, John."

Ses doigts attrapèrent la manche de John, un mouvement invitant et tirant alors que John faisait ses au revoir à Lestrade et se frayait un chemin hors la ruelle détrempée. A découvert, la pluie tambourinait, pas quelques gouttes irrégulières entre les bâtiments mais une solide pluie torrentielle. En quelques instants il passa d'humide à trempé jusqu'aux os, et il remonta son col d'un coup sec autour de son cou alors qu'il suivait Sherlock au-delà des voitures de police vers la rue principale.

Abruptement, un carré sans pluie l'enveloppa, abritant sa tête et lui faisant lever les yeux de surprise. Sherlock avait enlevé son manteau et le tenait au-dessus de leurs deux têtes, un bras tendu dans l'attente que John prenne l'autre coin. L'écharpe pendait défaite autour de son cou, pendant bas alors que des gouttes de pluie brillaient dans ses cheveux, lumineuses face aux phares des voitures qui passaient.

Pendant une minute, John envisagea de rejeter son offre. Sherlock était celui qui était censé être malade après tout, mais l'épaisse laine était plus résistante à l'eau que la veste de John, et le tissu dense était mieux que rien contre les éléments. Finalement, John tendit le bras, se rapprocha du côté de Sherlock pour qu'ils puissent tous deux s'approprier son abri alors qu'ils attendaient qu'un taxi disponible passe.

"Merci," murmura John, en essayant de ne pas renifler pathétiquement. "Je déteste me faire prendre sous la pluie. Nous devrions prendre un parapluie."

"Vole celui de Mycroft," suggéra Sherlock. "Je me suis toujours demandé s'il garde des secrets gouvernementaux dans la poignée."

"Je pensais à une lame d'épée."

"Non, Mycroft est épouvantable en escrime."

John inclina la tête sur le côté, un sourire plissant ses lèvres à la pensée d'une vie idyllique où l'escrime était quelque chose que les gens faisaient vraiment. "Sais-tu faire de l'escrime ?"

Sherlock lança simplement un coup d'œil oblique à John et son demi-sourire en coin avant qu'il ne s'avance, libère son coin de la tente du manteau et lève une main pour héler un taxi. John resta entouré de laine chaude et épaisse alors que Sherlock ouvrait la porte arrière et se décalait, laissant plein d'espace pour que John grimpe. Le chauffeur de taxi fit un rapide hochement de tête de compréhension à l'instruction de se diriger vers Baker Street, et John essaya de ne pas trop manifestement se blottir dans le courant d'air chaud qui s'échappait de l'orifice de chauffage.

La chaleur serrée du taxi était parfaite, et le manteau de Sherlock maintenant drapé sur ses épaules sentait la pluie et Londres, la laine et Sherlock, particulièrement au niveau du col, qui était actuellement replié plutôt que remonté en une arête dramatique. Cela fit se détendre John, il s'affaissa avec reconnaissance sur le siège et essaya de ne pas laisser ses yeux se fermer alors qu'ils filaient vers chez eux.

Avant qu'il ne le sache, le moteur tournait à nouveau au ralenti, et Sherlock refilait un billet de dix livres au chauffeur de taxi. John peina à se libérer, tremblant sous la pluie et se cramponnant distraitement au manteau de Sherlock plus près autour de lui alors qu'il se pressait vers la porte, en essayant de se cacher sous le petit surplomb alors que Sherlock les faisait entrer.

Ses pieds laissèrent des empreintes mouillées tout le long des escaliers alors qu'il titubait dans l'appartement, réduit à l'incertitude quant à savoir s'il préférerait dormir ou prendre une tasse de thé. Heureusement, la décision fut retirée de ses mains lorsque Sherlock arracha son propre manteau des épaules de John et le pendit au crochet avant de répéter le processus avec la veste de John.

"Va mettre des vêtements secs," intima-t-il. "J'étais sérieux, tout à l'heure. Que nous soyons tous les deux malades serait un désastre."

"Mais c'est moi qui suis censé m'occuper de toi," protesta John, fronçant les sourcils quand Sherlock regarda simplement ostensiblement vers les escaliers.

Au moins Sherlock avait l'air presque complètement sec, en dehors de ses cheveux, qui se sculptaient en boucles humides. Son manteau l'avait protégé, tandis que les vêtements de John avaient laissé entrer l'eau par les coutures, et son pantalon (un petit peu trop long) avait absorbé l'eau de pluie comme une mèche.

De mauvaise grâce, il fit ce qu'on lui disait, se forçant à ne pas monter les escaliers en boitant avant de fermer la porte de sa chambre derrière lui. Le chauffage n'était pas encore allumé, et la pièce semblait glaciale et humide, pas exactement idéal. John se déshabilla rapidement, étendit tout, même ses chaussettes, à sécher. Cela ne prit que quelques minutes pour enfiler son pyjama et enrouler sa robe de chambre en éponge autour de lui, ensuite il saisit sa couette et retourna en bas. Il pouvait se réchauffer et ensuite retourner au lit plus tard, une fois qu'il se sentirait assez confortable pour ne pas frissonner toute la nuit.

De retour dans le salon, il cligna des yeux vers les flammes dans la grille de foyer, souriant alors que leur chaleur glissait vers l'extérieur comme un chaud sirop, retirant le bord froid de l'air. Sherlock était dans la cuisine, et John fut surpris de voir qu'il avait retiré son costume. Bien qu'en fait, maintenant qu'il y regardait de plus près, il pouvait voir que Sherlock n'allait pas aussi bien qu'il l'avait prétendu. Ses épaules étaient affaissées, la robe de chambre bleue glissant sur une épaule alors qu'il remuait deux mugs de thé fumants. Son visage avait repris une teinte légèrement grise, et John se tritura la lèvre inférieure.

"Tu aurais dû garder ton manteau," dit-il doucement, il déposa sa couette sur le canapé et se rapprocha pour reposer le dos de sa main froide sur le front de Sherlock. "Le paracétamol n'agit plus ?"

"Malheureusement, non," murmura Sherlock, ayant l'air plus qu'un peu irrité par ce fait. "J'allais rester éveillé et regarder les dossiers de l'affaire, mais..." Il haussa les épaules, tendant son thé à John puis il se dirigea vers le sofa, se glissant sans vergogne sous la couette et en laissant un peu pour John. "Je ne pense pas pouvoir me concentrer comme ça. Combien de temps avant que j'aille mieux ?"

Le 'Je te l'avais dit' s'attardait sur le bout de la langue de John, mais il le ravala alors qu'il rejoignait Sherlock, tendait la main vers la télécommande et zappait à travers les chaînes. "Si tu continues à charger dans tout Londres comme tu l'as fait, ça pourrait prendre des semaines. Si tu te reposais..." Il laissa le reste de la phrase s'évanouir alors que Sherlock secouait la tête.

"Je pourrai me reposer quand il n'y aura pas d'affaire."

"Sauf que tu ne le fais pas," marmonna John, en tirant la couette de plumes vers le haut presque jusqu'à son menton. Il garda la main avec son thé libre et prit une gorgée, sentant le chaud liquide le réchauffer jusque tout en bas. C'était suffisant pour lui en faire prendre une autre, et avant peu le mug était vide. Il le posa sur la table basse avant de se pencher en arrière avec un soupir et de regarder une femme blonde jacasser sur les palais historiques de Grande Bretagne. Les documentaires étaient éducationnels, et Sherlock était moins susceptible d'être si complètement cinglant à leur sujet.

Maintenant, par exemple, la paix se déroulait autour d'eux, sereine et confortable, ponctuée seulement par le crépitement du feu et la douce voix mélodique de la présentatrice. Graduellement, le froid s'effaça, la chaleur s'étirant à travers lui alors que la morsure de l'hiver pluvieux se retirait de ses os. Sa jambe lui faisait moins mal, tout comme son épaule. Chaque clignement d'œil devenait plus lent, ses yeux prenant plus longtemps pour s'ouvrir, et il se demanda vaguement s'il devrait en fait aller au lit. Mais non, il ne voulait pas retourner dans une chambre peu accueillante quand il pouvait être là à la place.

John ne remarqua même pas le monde autour de lui devenir plus vague, s'étirant au-delà de sa portée. Ni ne sentit-il la couette être tirée par-dessus son épaule, l'enroulant dans un doux cocon.

La dernière chose qu'il entendit fut la voix de Sherlock, ne voyageant pas simplement dans l'air mais grondant sous son oreille et harmonisée par le rythme régulier d'un autre cœur.

"Bonne nuit, John."


A la semaine prochaine, les loulous ! ;)