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Avec beaucoup d'amour !

B xxx


To Light Another's Path : Chapitre Quatorze

Les doigts de John tapotaient sur les touches de son laptop, faisant sans enthousiasme le brouillon de la première page d'un post du blog. Ce n'était jamais facile, essayer de mettre ses pensées en ordre, mais aujourd'hui cela semblait deux fois plus laborieux. Bien sûr, cela pouvait avoir beaucoup à voir avec l'homme grand, horripilant et séduisant reposant actuellement sur le sofa, les yeux fermés et les mains pressées l'une contre l'autre comme en prière.

Sherlock avait l'air trop bien pour le toucher, trop bien pour même exister, baigné comme il l'était dans la lumière du soleil entrant par les fenêtres de l'appartement. Sa peau pâle semblait éthérée et pure comme si elle était sculptée dans du marbre, froide et sans vie. C'était loin de la vérité, bien sûr. Même sans les douzaines de petits contacts qu'ils avaient partagés, se guidant l'un l'autre à travers les rues de Londres ou soignant des blessures, les événements de ce matin étaient suffisants pour rayer la notion fantaisiste de la tête de John entièrement.

Il souffla une expiration discrète, ses doigts survolant alors que le souvenir se déroulait avec bonheur pour sa visualisation une fois de plus : la chaleur de Sherlock étendue à ses côtés, un bras fort sous le corps de John alors que l'autre main dérivait le long de la taille de John, traçant des lignes chatouilleuses de plaisir avant de reculer, laissant John avec une érection douloureuse et plein d'un désir martelant et à couper le souffle.

John n'avait pas été le seul excité non plus. L'évidence du besoin de Sherlock avait été pressée contre la hanche de John : une ligne dure et ferme qui, même maintenant – un souvenir et rien de plus – semblait brûler sa peau. Une vague fraîche de désir fit un cercle dans l'estomac de John, envoyant des vrilles de chaleur dériver vers l'extérieur à travers son corps. Sa peau semblait trop serrée sur ses os, démangeant et désespérée, et il pensa un juron silencieux alors qu'il se sentait palpiter dans les confins serrés de son jeans.

Une branlette rapide dans la douche ce matin n'avait clairement pas été adéquate, bien que des mots aussi simples n'étaient pas tout à fait suffisants pour décrire la vague intense de libération qui l'avait presque fait tomber à genoux – tout ce qu'il voulait et d'une certaine façon pas encore assez. Chaque centimètre de sa peau se languissait de Sherlock comme s'il avait été d'une certaine façon marqué par rien d'autre qu'une proximité immédiate. Comment est-ce que prendre son pied tout seul était jamais censé être à la hauteur de l'idée du corps de Sherlock pressé contre le sien et de baisers à bouches ouvertes sous la cascade de la douche ?

S'humidifiant les lèvres, John essaya de ne pas penser à Sherlock luisant d'eau, tout en sombres boucles cascadantes et regards entendus. Ce n'était vraiment pas le genre d'image dont il avait besoin dans sa tête s'il voulait marcher droit prochainement. De plus, il ne faisait que se torturer. Le corps de Sherlock pouvait avoir livré son message de désir ardent à John clair et fort, mais le cerveau de Sherlock était en désaccord avec le reste de lui.

Autant que John puisse détester ça, il avait fait une bonne remarque. Il n'y avait pas une chose comme 'juste du sexe' pour John. Même les aventures d'un soir étaient rappelées avec une tendresse émotionnelle, et un rapport sans engagement avec quelqu'un qu'il connaissait n'était jamais quelque chose qu'il se donnait la peine d'essayer. Avec Sherlock, il n'y avait pas d'espoir. Leur amitié seule rendait ça impossible. Il tenait à Sherlock que le sexe fasse partie de la situation ou non, mais l'ajouter au mélange était presque tout ce qui était nécessaire pour les faire passer de colocataires/collègues/amis à partenaires dans tous les sens du terme.

Et si ça se passait mal, il serait impossible de retourner en arrière. Maintenant, ils pouvaient continuer comme ça, à l'aise mais désireux, ou ils pouvaient tendre la main pour attraper le potentiel du tout-ou-rien qui était posé devant eux.

John avait fait son choix. Dieu, il semblait qu'il avait été fait il y avait longtemps, au moment il était entré à Bart et avait rencontré le regard trop lumineux, intelligent et qui voyait tout de Sherlock. Si Sherlock lui tendait la main, alors John la prendrait. Il suivrait le bâtard n'importe où, que ce soit au lit, à la fin du monde ou droit dans les mâchoires du danger. Sa thérapeute s'en donnerait à cœur joie avec cette connaissance, mais John ne pouvait pas le questionner.

Il prendrait ce que Sherlock était prêt à offrir, mais c'était à l'homme lui-même de décider exactement où ils allaient, et John devrait être aveugle pour ne pas réaliser que Sherlock tournait tout le pouvoir de son esprit à ses considérations.

Peut-être que si John ne le connaissait pas si bien, il n'aurait pas réalisé le conflit de l'homme, mais il était habitué aux petites marques qui constituaient la myriade de l'humeur toujours en évolution de Sherlock. Rien d'évident ou d'inconvenant, mais les signes étaient là si vous saviez où regarder. Les mouvements de Sherlock étaient plus serrés, plus contrôlés mais légèrement maladroits, comme s'il était trop occupé à regarder à l'intérieur de sa tête pour remarquer le monde autour de lui. Il continuait de relire les notes de l'affaire que Greg avait déposées ce matin-là, nourrissant la partie analytique de son esprit, mais ce n'était pas la concentration complète à laquelle John était habitué, et il trouvait le changement fascinant.

Le fait que son bonheur futur reposât sur l'issue du choix de Sherlock était moins que plaisant, mais dès qu'il avait entendu la confession murmurée de Sherlock – ses peurs de combien ils pourraient perdre – il savait que ça devait dépendre de Sherlock de prendre la décision ultime. Il pouvait s'élever contre des voyous et des méchants, Moriarty et des explosifs et montrer à peine une lueur de peur, mais cela avait clairement perturbé Sherlock entièrement jusqu'à l'os.

Il n'y avait rien que John puisse faire pour aider non plus, pas vraiment. Le pousser provoquerait seulement le retrait de Sherlock, et John ne se sentait pas capable de chercher de la distance. C'était pourquoi il était assis là, à peine à trois pas du corps couché de Sherlock, essayant désespérément de se concentrer sur quelque chose de productif et d'agir comme si rien n'avait changé.

Il cligna des yeux vers le clavier, réalisant qu'il n'avait pas tapé une seule chose durant les dix dernières minutes. A la place, il avait fixé Sherlock, complètement perdu dans sa propre imagination. Heureusement, il ne semblait pas avoir remarqué. En fait, John commençait à se demander s'il s'était endormi, bloqué dans sa parfaite position de réflexion.

"Non," murmura Sherlock, avec juste une touche de sourire courbant un coin de sa bouche. "As-tu fini d'essayer de faire quelque chose sur ton misérable blog ? J'ai besoin que tu cherches quelque chose pour moi."

"Qu'est-ce qui ne va pas avec ton laptop ?" demanda John, regardant Sherlock ouvrir un œil et localiser l'appareil.

"Il est là-bas." Sherlock n'étendit même pas un bras pour démontrer combien il était hors de portée. "De plus, je ne veux pas bouger. Google Michael Monroe pour moi."

"L'ex-fiancé ? Greg ne t'a pas donné quoi que ce soit ?" demanda John, tapant déjà le nom maladroitement dans le moteur de recherche avant de grimacer aux résultats.

"Non, le Yard est trop occupé à traiter la pagaille que Winters a laissée derrière lui, à la fois à Chiswick Bridge et à l'appartement. Nous pourrions aussi bien voir si Monroe peut être éliminé de l'équation." Une des mains de Sherlock s'agita en un geste vague. "Ou si, en fait, c'est lui que nous recherchons."

"Musicien de glam rock, page wikipédia..." marmonna John.

"Clique sur le lien GB uniquement sur le côté gauche," dit Sherlock, et John lui lança un regard noir par-dessus l'écran.

"Tu pourrais le faire toi-même, tu sais," rétorqua-t-il, poussant un gros soupir alors que les résultats changeaient. "Toujours un musicien de glam rock, il a l'air un peu vieux pour elle cependant. Un pâtissier à Scarborough et – Oh, ça pourrait être lui. Un architecte basé à Londres ?"

Sherlock tira quelque chose d'un des dossiers sur la table basse et allongea son bras sur le dos du sofa. Son corps se cambra, un mouvement langoureux et félin qui étira sa chemise, et fit glisser le regard de John admirativement le long de la longueur sans fin de lui avant qu'il ne se penche en avant pour libérer d'un geste sec la photographie des doigts de Sherlock.

C'était une ancienne photo de Sophie Lattimer, souriant à l'appareil avec ses bras enroulés autour d'un grand homme blond. Il était environ de la taille de Sherlock, mais plus large, bronzé d'une manière habile. Il ressemblait au genre de personne qui passait vingt minutes à essayer de donner l'air à ses cheveux de sortir fraîchement du lit. L'antipathie de John fut pratiquement instantanée.

"On dirait un vrai con." Il soupira avant de hocher la tête. "Ouais, c'est lui. Le plus jeune à avoir jamais gagné le RIBA il y a cinq ans. Il avait seulement vint-sept ans. Un peu un prodige. Il semble qu'il a conçu beaucoup des nouveaux appartements à Canary Wharf."

"Hummmm." La voix de Sherlock ronronna près de l'oreille de John, et il se raidit légèrement dans son siège. Il n'avait pas réalisé que Sherlock avait ne serait-ce que bougé – trop occupé à lire pour entendre le soupir grinçant du sofa. Maintenant il sentait la main de Sherlock saisir le dos de sa chaise, la jointure de son pouce frôlant doucement le bord inférieur de l'omoplate de John à travers son pull alors qu'il se penchait pour lire l'écran.

John s'humidifia les lèvres, essayant de se concentrer sur les informations devant lui plutôt que sur la présence de Sherlock, mais c'était inutile. Il sentait la chaleur irradiant de la peau de Sherlock, et l'odeur de shampoing ou quoi que ce soit d'autre que Sherlock utilisait pour empêcher ses boucles de devenir folles remplissait son nez. Il voyait aussi le pouls palpitant dans le creux de la gorge de Sherlock où le col de sa chemise était défait, son battement tremblement tentant dans la fossette concave. La voix de Sherlock gronda, et John déglutit péniblement alors que le son déviait de son cerveau et allait droit à son entrejambe.

"Quoi ?" demanda-t-il quand il se rendit compte qu'il n'avait pas capté un mot de ce que Sherlock avait dit.

"On dirait que nous pourrions avoir une connexion après tout," répondit Sherlock, son ton un peu sec de devoir se répéter. Sa chemise murmura dans l'oreille de John alors que Sherlock se déplaçait, se redressait et sortait son téléphone de sa poche. "La brochure pour les nouveaux appartements dans la chambre de Winters était conceptuelle. Ils n'ont pas encore été construits, mais regarde la société derrière ça."

Il tendit le téléphone vers John pour qu'il puisse voir la photo qu'il avait prise la nuit précédente. Tendant la main, John tira l'appareil de la prise de Sherlock, en permettant à ses doigts de frôler les jointures de Sherlock alors qu'il le faisait. Il prit un instant pour apprécier la dilatation des pupilles de Sherlock et la légère séparation de ses lèvres, son propre cœur cognant un message entrant de Mon Dieu, oui, avant qu'il n'en arrache ses yeux et ne les plisse vers l'écran. "Macmillan et Monroe. Donc Winters aimait un de leurs appartements. Qu'en est-il ? Hé –"

John soupira alors que Sherlock ramassait le laptop de la table, appuyant ses hanches contre l'arrière du canapé alors qu'il naviguait dans le site web adroitement. L'écran était reflété dans ses yeux et un froncement de concentration plissait son front. "Je vais faire du thé alors, n'est-ce pas ?"

"Maintenant qui lit dans les pensées ?" demanda Sherlock, rencontrant le regard de John admirativement avant de retourner à l'écran. "Fais ça vite cependant, je pense que nous devrions rendre visite à Monroe."

Obligeamment, John traversa vers la cuisine et alluma la bouilloire, tambourinant ses doigts sur la surface alors qu'il attendait qu'elle bouille. Clairement, Sherlock avait trouvé quelque chose qui valait la peine d'être étudié, mais John avait assez de jugeote pour ne pas demander. Sherlock ne pouvait pas garder pour lui ses découvertes; il s'exprimerait d'ici peu.

Il espérait seulement que ce serait la même chose avec la situation qui bouillonnait entre eux. Sherlock n'était pas du genre à jouer les effarouchés à moins qu'il ne simule. Non, les interactions sincères étaient traitées avec la même franchise que tout le reste. Même ce matin, quand John avait surpris le murmure qui n'était clairement pas destiné à ses oreilles, Sherlock n'avait pas essayé d'être évasif. Peut-être qu'il avait buté sur ses mots, comme il le faisait toujours quand il essayait d'exprimer un sentiment, mais il avait été honnête d'une manière dont tant de gens ne l'étaient pas.

C'était étrangement rafraîchissant, de ne pas avoir à constamment danser autour des questions muettes qui semblaient remplir chaque interaction sociale. Sherlock soit disait ce qu'il pensait, soit il ignorait le problème, le jugeant indigne de lui. Dans une relation, cela serait probablement à la fois une bénédiction et une malédiction. Il n'aurait pas à s'inquiéter de démêler le chantier constant du 'Je vais bien' et 'Tout va bien' – les petits mensonges pieux qui rendaient tout si complexe. Sherlock le lui dirait simplement. Quoique savoir si Sherlock serait adéquatement visionnaire pour lire les signaux sociaux de John et suffisamment engagé pour y prêter attention était un autre sujet entièrement. Cependant, John aspirait toujours à la chance de le découvrir.

Il n'était pas assez idiot pour penser que Sherlock changerait. Il serait toujours le même scientifique arrogant, brillant et fou qui laissait des pouces dans le frigo et oubliait de payer les factures. Il traiterait toujours John d'idiot et le laisserait derrière lui sur des scènes de crime, mais c'était qui était Sherlock – c'était l'homme que John voulait. C'était l'autre côté de Sherlock qui maintenait John fasciné, la partie qu'il voyait rarement. Celle qui hurlait fort et clair que Sherlock n'était pas un sociopathe, juste un homme qui savait comment protéger son cœur.

Si tout allait de la manière que John l'espérait, il aimait à penser que Sherlock laisserait cette facette se montrer un peu plus, en tout cas autour de John. Il ne s'attendait pas à des déclarations d'amour journalières, pas en mots en tout cas, mais plutôt que Sherlock ne se retiendrait plus de montrer qu'il était davantage qu'un génie froid et distant.

La bouilloire fit un clic, interrompant ses pensées, et John versa l'eau dans les mugs qu'ils avaient utilisés plus tôt, retournant en arrière distraitement dans son esprit pour essayer de se rappeler si Sherlock avait pris du paracétamol récemment. Le déjeuner avait été environ une heure avant, et Sherlock l'avait mangé avec tous les signes du plaisir, mais il ne s'était pas embarrassé de plus de comprimés.

En regardant par-dessus son épaule, John plissa les yeux, essayant de juger la santé de Sherlock dans la lumière douce de la journée de Londres et la lueur du laptop. Il semblait en forme – les yeux brillants et alertes et les joues d'une pâleur saine – bien qu'il portât cette chemise violette, qui semblait accomplir des tours de magie avec l'apparence de Sherlock, en donnant à la peau blanche une chaleur qu'elle ne devrait pas vraiment avoir. Son corps était aussi de retour à sa grâce fluide habituelle, se penchant contre le canapé sans signe de douleur ou de gêne.

"Tu te sens bien ?" demanda John, en remuant du sucre dans le thé de Sherlock alors qu'il attendait la réponse.

"Hummmm ? Oh, oui. Adéquate, en tout cas." Il posa le laptop, allant d'un pas tranquille dans la cuisine et ramassant son mug des surfaces de travail, prenant une gorgée du liquide bouillant avec à peine un tressaillement. "Tu ne vas pas essayer de m'empêcher de quitter l'appartement ?"

"Ça n'a pas vraiment très bien marché les deux dernières fois où j'ai essayé," signala John avec un sourire. "Qu'est-ce que nous cherchons chez Monroe alors ?"

Sherlock prit distraitement un biscuit du paquet posé sur le côté, fixant sa tasse de thé alors qu'il parlait. "Un de ses projets a attiré mon œil, un re-développement dans la zone W9. Il semble qu'il veuille construire sur Admiral Walk."

"C'est là que se trouve l'appartement de Lattimer, n'est-ce pas ?" John plissa les yeux, sentant des suspicions commencer à picoter à l'arrière de son esprit. "Continue alors, qu'est-ce que tu sais de plus que moi ?"

"Ce n'est pas simplement dans la rue de Lattimer; c'est un re-développement de l'immeuble d'habitation où elle vivait." Sherlock eut un sourire suffisant alors que les sourcils de John se soulevaient. "Il devrait acheter tout le terrain et les bâtiments dessus pour pouvoir faire de son plan une réalité. C'est une connexion que nous ne pouvons pas laisser inexplorée."

"Alors, quoi ? Tu penses que peut-être Lattimer s'est mise en travers de son chemin et a refusé de vendre ?"

Sherlock fit un seul haussement d'épaules éloquent. "Pas assez de données, d'où la raison pour laquelle nous devons rendre visite à son bureau. Il se pourrait que le projet n'ait jamais pris son essor – un projet chimérique et rien de plus. Bien qu'il ne semble pas être le genre d'homme à accepter un non comme réponse. Macmillan et Monroe sont connus pour leurs acquisitions agressives. Cela a fait d'eux une des sociétés de conception et de construction les plus riches d'Europe."

John prit une gorgée de son thé, suffisamment rafraîchi maintenant pour le boire sans se brûler la gorge. "Suffisamment agressifs pour tuer quelqu'un ?"

"Je doute que cela soit la politique officielle de la société, John," marmonna Sherlock, le ton taquin de sa voix disparaissant alors qu'il continuait : "mais s'il y avait plus en jeu qu'un simple contrat..." Il secoua la tête. "C'est pour ça qu'il faut que je parle à Monroe, et peut-être retourner à Admiral Walk. Lattimer n'était pas la seule qui aurait besoin d'être achetée s'il avait l'intention de construire."

"Pourquoi prendre cette peine, cependant ? Je veux dire, je sais qu'il n'y a pas beaucoup d'espace à Londres, mais il y a des parcelles à l'abandon. Il pourrait construire là-bas à la place."

"Un gagnant du RIBA ?" demanda Sherlock, comme si rien que ça en disait long. "Les architectes aussi bons ne voient pas simplement un carré de terre. La ville est leur toile. Ils trouvent le meilleur endroit pour leur idée et ne lâchent pas. Admiral Walk est bien situé sans être populaire et, utilisé correctement, pourrait offrir certaines des meilleures vues de Londres. C'est de l'immobilier de premier choix, qui vaut une fortune. Ce pourrait être comme ça qu'il a obtenu que Winters s'associe à lui. Rien d'aussi grossier que de l'argent changeant de mains, mais peut-être la promesse d'un appartement dans le nouveau complexe ?"

John souhaita pouvoir prétendre que les vrais gens ne pensaient pas comme ça, mais il avait été trop longtemps dans le monde pour y croire. Pour certains, la vie humaine était sans valeur. Pour l'amour de Dieu, même l'armée la traitait comme une monnaie pour payer le prix de la paix.

"Alors que veux-tu que je fasse ?" demanda John, il posa sa tasse sur le côté et alla vers la porte d'entrée, tendant déjà la main vers sa veste.

Sherlock enfila son manteau, son écharpe s'incurvant autour de son cou et il la rentra sous la laine épaisse alors que ses yeux croisaient ceux de John. "Observer."

"Davantage ton truc, n'est-ce pas ?" demanda John, son souffle se coinçant dans sa gorge lorsqu'il se rendit compte à quel point Sherlock se tenait près de lui, vraiment beaucoup dans l'espace personnel de John pour la deuxième fois en une demi-heure. Une main aux longs doigts se tendit, frôlant doucement le pouls de John alors qu'il redressait le col de la veste de John.

"Oh, je ne sais pas," murmura Sherlock. "Tu as tes moments."

John sourit au presque compliment lorsque Sherlock laissa tomber sa main et se dirigea vers les escaliers, ses pas martelant le bois avant qu'il ne rejoigne le rez-de-chaussée et n'ouvre la porte d'entrée. "Je peux occuper l'attention de Monroe sur moi pendant que tu fouines, dragues la secrétaire, toutes ces choses que tu fais si bien."

Le trajet en taxi fut court et paisible, et à sa façon étrangement parfait. Sherlock était assis un peu plus près de John que d'habitude, sa cuisse pressée doucement contre celle de John, leurs épaules se touchant. Il n'y avait rien de manifeste, rien qui suggérait que la décision de Sherlock eût été prise. A la place il semblait qu'il essayait de rassurer John, ou peut-être lui-même, que l'intimité était encore une possibilité – que sa peur d'amener leur relation plus loin ne les avait pas déjà éloignés – et John était heureux d'offrir son réconfort avec son propre poids appuyé contre le côté de Sherlock : une couture unie.

L'air froid de Londres autour de Canary Wharf sembla d'autant plus glacial quand le taxi arriva et qu'ils furent forcés de s'écarter, deux entités séparées une fois de plus. John se tenait sur le trottoir, essayant de ne pas frissonner alors qu'il levait les yeux vers les monolithes imposants : les temples de Londres du business et du capitalisme. La Tamise dérivait en traînées languides autour des quais, d'une certaine façon domptée de son limon et de sa vigueur habituels pour devenir presque lisse comme un miroir, et partout où il regardait il y a avait des gens qui se pressaient, des téléphones fixés à leurs oreilles alors que leurs chaussures tapaient sur les pavés sans défaut.

"Ça a l'air faux," marmonna John, en regardant les arbres qui poussaient en lignes régulières le long d'un des boulevards. "Tout ça."

"Ça l'est," répondit Sherlock. "Renouvelé presque entièrement. Si Monroe était un architecte principal ici, alors tu peux en lire beaucoup sur lui rien que par le paysage."

John jeta un coup d'œil autour de lui, absorbant les formes gargantuesques et phalliques des tours. "Compense quelque chose ?"

Sherlock croisa son regard et ils eurent tous deux un sourire en coin, détournant le regard pour s'empêcher d'éclater de rire. "Peut-être, mais il y a plus que ça," dit finalement Sherlock, en faisant un geste vers les arbres. "Taille uniforme, symétriques, régulièrement entretenus et cultivés. Des pavés qui suivent un motif principal régulier. Des bâtiments soigneusement placés. Je m'attends à ce que ceux qu'il a construit soient ces deux-là, et celui-ci." Il indiqua quelques-unes des tours les plus en vue. "L'œil est attiré vers eux par le cours de la ligne d'horizon. C'est un perfectionniste, qui aime l'esthétique, extraverti, sûr de lui, et arrogant avec de la fierté. Cet endroit est une création, et il en est son dieu."

"Aurions-nous dû amener un genre de sacrifice ?" demanda John, en secouant la tête d'incrédulité. Que Sherlock puisse comprendre tout ça juste en voyant un endroit... "Quoi que ce soit d'autre ?"

"Aime Shakespeare, puisqu'il y a des citations sur toutes les bouches d'égout. Narcissique, car il apparaît qu'il a écrit son nom sur tout." Sherlock tapa sur le monogramme de "MM" avec le bout de sa chaussure. "Viens. Allons voir si j'ai raison."

Ils marchèrent en prenant leur temps, traversant les routes étroites et immaculées qui taillaient leur chemin à travers la petite part d'utopie de Londres. Il était facile d'oublier, au milieu d'une forêt de pierre et de verre, qu'il y avait plus dans la capitale que ça, et d'ici peu John se sentit perdu et désorienté, comme si tous ses sens avaient été étouffés par les constructions autour de lui.

"Et nous y voilà," dit Sherlock avec un grand geste vers un des nombreux bâtiments. Il semblait presque petit en comparaison avec certains de ses voisins, tout en acier moderne et en vitres brillantes et impeccables. Le reflet de John le regardait fixement en retour, l'air un peu perplexe, et il força un sourire poli et amical sur son visage alors que Sherlock traversait la porte à grands pas vers le bureau de réception, tout en pouvoir léonin et en confiance en soi inébranlable. La pauvre fille n'avait pas une chance. John la vit lever les yeux puis regarder à nouveau, ses yeux noisette ignorant complètement John alors qu'elle regardait Sherlock depuis le dessous de ses cils, le déshabillant pratiquement des yeux.

"Puis-je vous aider, monsieur ?"

"Je l'espère," répondit Sherlock, lui donnant un des ces sourires charmants, sincère en surface mais ne touchant pas tout à fait ses yeux. "Je m'appelle Sherlock Holmes, et voici mon collègue le Docteur Watson. Je dois parler avec M. Monroe."

"Avez-vous un rendez-vous ?" demanda-t-elle, en se penchant un peu en avant sur sa chaise avec une expression pleine d'espoir et une moue légère qui fit se détourner John pour cacher un sourire.

"J'espérais que ça ne serait pas nécessaire. En fait, il est peut-être préférable pour M. Monroe que ma visite ne soit pas officielle. C'est une affaire de police." Il tira une pièce d'identité de sa poche, lui donnant un aperçu suffisant pour remarquer les accréditations du Yard sans vraiment saisir le nom ou le visage : une de celles de Greg John parierait, chapardée par Sherlock à un moment indéterminé du passé.

Les lèvres de la femme firent un petit 'O' de choc, et elle hocha la tête obligeamment. "Laissez-moi parler à son assistant. Je suis sûre qu'il pourra trouver un créneau pour vous." Elle rougit joliment au murmure de remerciement de Sherlock et commença à parler dans le téléphone du bureau, sa voix douce et subtile alors que John prenait un moment pour regarder autour de la zone de réception.

Il y avait des récompenses sur les murs et quelques maquettes, dont John en reconnut beaucoup comme des monuments modernes sur l'horizon de Londres. L'endroit entier était décoré avec goût de bois et d'acier peint, modeste d'une manière qui suggérait que tout était très cher, et il parierait n'importe quoi que les fleurs flottant dans un bol d'eau sur le bureau étaient fraîches et coûtaient une fortune.

Il regarda à nouveau vers Sherlock, un frisson de plaisir courant le long de sa colonne vertébrale lorsqu'il se rendit compte que, plutôt que d'examiner la pièce, Sherlock le regardait à la place. Ses yeux pâles étaient intenses et fascinés, comme si John était bien plus intéressant que quoi que ce soit que Monroe et ses bureaux puissent offrir, et John gigota sous l'examen, un sourire en coin déformant ses lèvres alors qu'il essayait de ne pas rougir comme un adolescent. Il avait presque quarante ans, pour l'amour du Christ !

"M. Holmes ? M. Monroe est disponible pour vous voir, vous et votre collègue, maintenant," dit finalement la réceptionniste, en repoussant ses cheveux derrière son oreille avant de faire un geste vers l'ascenseur. "Dernier étage. Son assistant vous y retrouvera."

"Merci," murmura Sherlock, gardant son corps tourné vers John mais regardant la fille en retour avec un sourire. "Vous avez été très serviable. Tu viens, John ?"

Avec un hochement de tête rapide et amical vers la fille derrière le bureau, John s'aligna aux côtés de Sherlock. L'ascenseur était caché derrière des portes lambrissées en laiton brossé, et Sherlock s'effaça pour laisser entrer John en premier avant de le suivre, poussant un petit soupir alors que les portes se fermaient, les scellant à l'intérieur.

"Un jour, Greg va découvrir que tu voles sa pièce d'identité," avertit John, regardant le sourire suffisant flottant sur les lèvres de Sherlock.

"Il en a été inconscient durant les trois dernières années," signala Sherlock, "et c'est plus facile que d'acquérir une identification de police vraiment fausse. Personne ne prend la peine de regarder, de toute façon. Dis 'police' et tout le monde est instantanément aveuglé par le monologue interne de chaque crime qu'ils ont jamais commis, aussi mineur fût-il."

"Je pense qu'elle était plus aveuglée par toi, en fait," marmonna John. "Je pourrais tout aussi bien avoir été une plante verte ou je ne sais quoi."

"C'est parce que tu es plus petit qu'elle, et elle a clairement des idées fixes sur quoi chercher dans un partenaire potentiel; la taille étant clé."

John soupira. Ce ne serait vraiment pas la première fois que sa taille, ou plutôt son absence, travaillait contre lui.

"De plus, elle a des problèmes de fidélité, des attitudes matérialistes et des problèmes de père – pas exactement une bonne perspective. Elle cherche une grande figure paternelle, et bien que Monroe soit trop jeune pour faire l'affaire je pense que tu découvriras que l'autre partenaire, Macmillan, est une bonne correspondance." Sherlock se pencha en arrière contre le mur de l'ascenseur. "En fait c'est probablement pour ça que quelqu'un avec un Master en gestion stratégique de l'information travaille comme réceptionniste. Elle n'est employée ici que depuis quelques semaines – des instructions pour le téléphone encore scotchées sur le bureau – et elle espère attirer son attention. Pas d'une grande utilité pour nous, sauf pour nous mener dans le bureau de Monroe."

John sourit à l'analyse plutôt cinglante et roula des épaules en un haussement, se déplaçant très légèrement plus près de Sherlock alors que l'ascenseur allait à son train de sénateur vers le dernier étage. "C'est bon, la personne qui importe me regardait – me fixait en fait." Il s'humidifia les lèvres, ignorant la forte sensation de papillons dans son estomac alors qu'il levait le menton et croisait les yeux de Sherlock.

La touche de rougissement qui ornait les joues de Sherlock était suffisante pour faire se serrer le cœur de John, mais ce fut la chaleur dans ses yeux – pas timide du tout mais incroyablement prédatrice – qui dessécha la bouche de John. C'était comme si tout l'air avait été vidé de l'espace confiné, mais John s'en moquait, parce que la lueur dans les yeux de Sherlock – pas simplement charmeuse mais désireuse – était suffisante pour lui permettre de tenir.

Sherlock avait raison; respirer était ennuyeux.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, et John tourna abruptement la tête, voyant un large bureau minimaliste s'étendre devant eux. Un jeune homme d'apparence élégante aux cheveux bruns se tenait déjà debout derrière le bureau avec un sourire professionnellement travaillé, et derrière lui une paire de portes en double verre dépoli était fermée contre le monde. John pouvait tout juste distinguer une grande silhouette indistincte faisant les cent pas, un bras levé vers son oreille : Monroe au téléphone, et à l'air agité si la ligne serrée de ses foulées était une indication.

"M. Holmes, Docteur Watson, je suis l'assistant de M. Monroe, Lewis Havisham." Il n'avait pas l'air d'avoir beaucoup plus de vint-cinq ans, mais il y avait quelque chose de familier en lui, et cela prit un moment à John pour se rendre compte qu'il lui rappelait Anthea : tout en efficacité et en masques. "M. Monroe est en train de conclure une affaire, mais il sera avec vous dans tout juste un instant. Puis-je prendre vos manteaux ?"

"Je vais garder le mien, merci," répondit John, en fourrant ses mains dans les poches de sa veste alors même que Sherlock se défaisait à la fois de son manteau et de son écharpe et les abandonnait négligemment à Havisham.

"Puis-je vous intéresser avec un thé ou un café ?"

Le coup d'œil rapide de Sherlock en direction de John lui fit changer sa réponse avant qu'elle ne soit exprimée. Il n'avait pas besoin d'une autre boisson, mais l'excuse était quelque chose qu'ils pouvaient utiliser. "Du thé avec juste une goutte de lait serait génial, merci."

"Et vous, M. Holmes ?"

"Je vais bien, merci." L'air de Sherlock était indifférent et dédaigneux, mais Havisham y semblait habitué. Il hocha simplement la tête et marcha vers le mur, ouvrant un panneau intégré pour passer dans une autre pièce.

"Sois subtile," Sherlock avertit doucement John, faisant une petite secousse de la tête vers la petite caméra discrète montée au coin où le mur rencontrait le plafond. "Cette pièce est complètement couverte, aucun angle mort. Parle à Havisham et laisse-moi Monroe."

"D'accord. Est-ce que tu estimes qu'ils peuvent nous entendre aussi ?"

"Pas de signes évidents d'audio. Les caméras de sécurité sont probablement pour protéger le coffre-fort derrière cette peinture." Sherlock fit un geste vers quelque chose de fractal et de moderne pendu derrière le bureau de Havisham.

La porte cachée s'ouvrit à la volée une fois de plus et John reçut une tasse de thé, qu'il prit juste alors que les portes en verre fumé s'écartaient et que Monroe lui-même les accueillait.

"M. Holmes, merci de m'avoir attendu," dit-il avec un enthousiasme évident, tout en dents étincelantes et en bronzage sans défaut alors qu'il serrait la main de Sherlock. "Je suppose que c'est à propos de Sophie ? Voulez-vous venir dans mon bureau ?"

Sherlock fit un hochement de tête courtois alors que John s'excusait pour continuer à parler à Havisham, remarquant distraitement que Sherlock avait laissé la porte ouverte, révélant une partie d'un grand bureau et d'une vue ensoleillée. Il entendait les deux hommes parler mais fit rapidement la sourde oreille aux mots, laissant faire Sherlock pendant qu'il avançait son travail.

"Je me demandais si vous pouviez répondre à quelques questions pour moi ?" demanda-t-il, en faisant un sourire sincère. "Rien d'inquiétant, je vous promets."

"Bien sûr, bien que je ne sois pas sûr de comment je pourrais aider. Si vous êtes ici à propos de Mlle Lattimer, elle et M. Monroe s'étaient séparés bien avant que je ne fasse mon apparition." Havisham glissa un crayon dans son pot à crayons et déplaça quelques papiers, attirant l'œil de John. Il pouvait tout juste discerner la police de caractère à propos de la vente d'un appartement sur Admiral Walk, et il lutta pour ne pas pencher la tête pour une meilleure vue.

"En fait, en ce moment nous ne faisons qu'éliminer les gens de l'enquête. Pouvez-vous me dire où était M. Monroe mardi de la semaine dernière ?"

"Je pense –" Havisham se déplaça avec compétence et pratique, changeant l'écran de l'ordinateur avec la pression de quelques touches. "Oui, M. Monroe était à la conférence architecturale à Glasgow à partir de lundi matin et n'est pas revenu au bureau avant jeudi."

"Il y aurait été d'un bout à l'autre ?"

"Oui, toute la journée, chaque jour. Ils continuent pendant des heures : conférences, brainstorming, beaucoup de nourriture..." Havisham tira une brochure brillante de la pile sur son bureau et la céda à John. "Ce travail est autant une affaire de réseau que de dessin."

John hocha la tête, lisant rapidement la police d'écriture nette et blanche et identifiant les points importants. "Êtes-vous allé avec lui ? Vous semblez être un assistant inestimable. Ce doit être utile d'avoir quelqu'un comme vous dans le coin pour l'aider."

"Je suis plus utile si je continue à faire fonctionner le bureau en son absence. Normalement j'y aurais assisté," expliqua Havisham, son sourire légèrement vide toujours en place, "mais M. Macmillan est parti en vacances, et nous ne pouvions pas laisser le bureau silencieux pendant trois jours. Pas avec autant de projets en préparation."

"Oh, les affaires vont bien alors ?" John fit un geste vaguement dans la pièce. "J'aurais pensé que les problèmes du marché immobilier auraient –" Il s'interrompit, puisque Havisham secouait déjà la tête avec l'air de quelqu'un qui avait expliqué ça à d'autres une douzaine de fois rien que dans la semaine passée.

"C'est un mauvais moment pour de nouvelles constructions dans la plupart des endroits, mais nous sommes impliqués dans la régénération et le plan d'urbanisme. Dans des moments comme ça nous nous concentrons sur l'acquisition, pour que lorsque le marché reprendra nous soyons prêts à tirer parti d'une vie citadine élégante et moderne." Il leva un doigt en une requête silencieuse pour que John attende alors qu'il ouvrait un classeur qui avait été organisé jusque dans le moindre centimètre. En quelques secondes il avait tiré un autre dépliant, et celui-là était familier. Winters en avait une copie dans son chez-lui trop cher et décevant.

"La raison pour laquelle j'ai même entendu parler de Mlle Lattimer est parce que je lui ai écrit il y a peu de temps au nom de la société, en proposant d'acheter son appartement. C'est un morceau de terre de choix, et il conviendrait si bien au projet Nouveau Monde de Michael." Havisham eut l'air troublé alors que John lui faisait un regard perplexe. "C'est son idée de 'vue d'ensemble'. Il veut vraiment laisser sa marque sur Londres."

"Il l'a déjà fait pas mal à ce que j'ai entendu." John feuilleta le dépliant, faisant semblant de ne l'avoir jamais vu avant alors qu'il admirait les intérieurs fastueux proposés. "Est-ce que Mlle Lattimer a accepté l'offre ?"

Havisham soupira. "Elle n'a jamais répondu. Maintenant nous devrons attendre que ses possessions soient liquidées avant qu'il ne soit sur le marché. Cela pourrait nous retarder pendant des mois." Le jeune homme grimaça, ayant l'air contrit. "Je suis désolé, je ne voulais pas être si insensible."

"C'est bon, c'est plus courant que vous ne le penseriez, surtout que vous ne la connaissiez pas." John essaya d'avoir un ton rassurant. "Pour combien ces appartements se vendront-ils une fois qu'ils seront construits ? Je veux dire, en dehors de mes prix, manifestement, mais c'est bien de voir comment vivent les riches."

"Avec de la chance ils se vendront entre neuf et vingt-huit millions, suivant à quel étage ils se trouvent." Havisham sourit face au sifflement incrédule de John. "M. Monroe se spécialise en vie d'élite. Y a-t-il quoi que ce soit d'autre en quoi je puisse vous aider ?" Il y avait quelque chose d'un peu tranchant dans la question, et John vit plusieurs notifications d'e-mails qui clignotaient en bas de l'écran de Havisham.

Avant qu'il ne puisse répondre le téléphone sonna, sa tonalité pétillante et subtile concluant effectivement la conversation. John fit un geste pour qu'il prenne l'appel et recula, faisant semblant d'examiner certaines des peintures sur le mur alors qu'il attendait que Sherlock en finisse avec Monroe.

Il fixait une pagaille tourbillonnante de couleur, pensant négligemment que quiconque avait décoré le bureau avait mauvais goût en art quand la voix de Sherlock atteignit ses oreilles, lui faisant tourner un petit peu la tête pour mieux saisir les mots.

" – Très à l'amiable, si elle a gardé la bague de fiançailles."

"Eh bien, M. Holmes, elle a été conçue spécialement pour elle. Il n'y avait pas d'autre doigt au monde sur lequel il aurait eu l'air aussi divin. Il semblait – mesquin – de le lui prendre." La voix douce et qui parlait bien de Monroe baissa dans un registre plus bas et John fronça les sourcils, le bureau autour de lui disparaissant de sa conscience alors qu'il se concentrait sur ce qui était dit. "J'ai toujours eu l'œil pour le raffinement, vous savez. Je suis très doué pour – ah – l'appréciation."

Le corps entier de John devint tendu, des muscles décontractés soudain comme de la roche, tirant sa colonne vertébrale plus droite et serrant sa mâchoire. Monroe avait ronronné cette dernière partie, et il était clair que la cible n'était pas feue Sophie Lattimer, mais l'omniprésent Sherlock Holmes. La femme en bas à la réception avait été une chose, mais au moins elle était passive dans son admiration, tout en moues et en cils papillonnant, et l'estomac de John tomba lorsqu'il se rappela de la description de Sherlock de Monroe.

"Il ne semble pas le genre d'homme à accepter non comme réponse."

"J'en suis sûr," répondit Sherlock, pas engageant ou séducteur, au soulagement de John, mais pas hostile non plus. Bien sûr, s'il voulait encore des réponses de Monroe alors il ne pouvait pas se permettre de le froisser, mais il y avait quelque chose, un côté subtile à la voix de Sherlock. Peut-être que c'était l'imagination de John, mais elle semblait mal à l'aise, comme si la situation avait été retournée de manière inattendue. "Peu de personnes seraient heureuses d'abandonner un investissement aussi important à une ex-partenaire. Combien valait-elle ?"

La voix de Monroe s'adoucit davantage, une riche invitation sombre, et John se hérissa. "Je ne m'en rappelle honnêtement pas. Le prix n'avait pas d'importance. L'argent est simplement un outil qui me permet d'obtenir ce que je veux vraiment."

Une image traversa l'esprit de John de Monroe se penchant en avant, pressant Sherlock contre un bureau peut-être, ou simplement s'approchant trop pour le confort, et il sentit le grognement tremblant de quelque chose de primitif résonner dans sa tête. Il essaya de rester immobile, de donner à Sherlock l'espace dont il avait besoin pour faire parler Monroe, mais le martèlement de son pouls dans ses oreilles était trop bruyant et viscéral pour lui permettre de se concentrer, et son imagination brossait rapidement un tableau scabreux et menaçant sur sa représentation mentale.

Articulant un juron silencieux, John se déplaça, gardant ses mouvements sous contrôle parfait alors qu'il se glissait dans le bureau. Il n'eut pas à dire quoi que ce soit pour annoncer sa présence; il savait que son langage corporel faisait toute la conversation. Son existence même changeait la dynamique dans la pièce, et John garda son visage soigneusement sans expression alors qu'il regardait Monroe s'éloigner de Sherlock.

Il s'était attardé dans l'espace personnel de Sherlock, pas à ses côtés mais face-à-face, et s'efforçant de mettre en valeur son corps plus large. Que ce fût un effort de séduction ou d'intimidation, John n'était pas sûr – peut-être que Monroe pensait que les deux allaient main dans la main – mais dans tous les cas Sherlock ne semblait pas affecté. Il se tenait à l'aise, son poids déplacé sur une hanche et sa main dans sa poche, inspectant le bureau de Monroe et l'homme lui-même d'un regard clinique.

Les yeux bleu vif de Monroe regardèrent John furtivement, et le sourire qu'il offrit fut superficiel au mieux. "J'espère que Havisham a pu vous aider, Docteur Watson. Je disais justement à M. Holmes que ça fait des années depuis que j'ai vu Sophie." Il se déplaça à nouveau plus près de Sherlock, et John serra les dents, refusant de briser le contact visuel. "C'était une femme magnifique, bien sûr." Il regarda Sherlock avec une appréciation flagrante. "J'aime tant les choses attirantes, mais ça n'a pas tout à fait marché."

John déglutit, mettant toutes ses forces pour garder sa voix ferme et neutre. "Votre assistant a été très serviable. Il me disait tout à propos du projet sur Admiral Walk." La main de John se resserra en un poing alors qu'il essayait d'ignorer l'envie désespérée qui le démangeait de lancer un coup de poing – n'importe quoi pour arrêter le connard de regarder Sherlock comme s'il le possédait. Se lancer dans une sorte de concours de celui qui pisse le plus loin avec Monroe n'allait pas les aider à résoudre l'affaire. De plus, pour autant qu'il souhaiterait qu'il en soit autrement, il n'avait pas de vrai droit sur Sherlock, et aucun droit d'être possessif.

"Il a dit que vous aviez essayé de racheter la possession de Mlle Lattimer dans le bâtiment, mais que vous n'aviez jamais reçu de réponse écrite ?" ajouta-t-il, lançant l'information dans la pièce et regardant Sherlock l'absorber d'un clignement d'œil ferme.

"Je n'ai rien entendu du tout de sa part," répondit Monroe, haussant les épaules et frottant une main le long de l'arrière de son cou. "J'avais espéré qu'elle aurait répondu le temps que je revienne de ma conférence à Glasgow, mais, eh bien, quand je suis revenu il était clair pour quelle raison je n'avais pas reçu de réponse."

"Vous étiez à l'événement architectural au Hilton ?" demanda Sherlock, un sourcil levé, et John se demanda comment il avait eu cette information avant de remarquer quelques reçus sur le bureau de Monroe. Génial, pendant qu'il essayait de ne pas céder à la forte envie de casser le nez de l'idiot, Sherlock faisait encore ce qu'il faisait le mieux, complètement serein.

"Je ne le raterais pas. J'apprécie toujours le temps passé avec des gens de même sensibilité," répondit Monroe, s'installant dans le fauteuil de son bureau et se penchant en arrière. Il posa un coude sur l'accoudoir, ses doigts s'enroulant devant ses lèvres alors qu'il donnait un autre coup d'œil à Sherlock avant de se tourner vers John, tout en yeux durs et en sourires faux.

Les deux se regardèrent fixement, ni l'un ni l'autre ne daignant détourner les yeux jusqu'à ce que Sherlock bouge, allant nonchalamment se placer très ostensiblement aux côtés de John. Leurs épaules se frôlèrent, et la créature impudique et grondante à l'arrière du cerveau de John s'apaisa en sentant la chaleur de Sherlock si proche. Il n'aurait qu'à bouger un petit peu sa main pour attraper les doigts de Sherlock dans sa prise mais il se retint fermement, ne jetant même pas un coup d'œil à sa droite alors qu'il regardait le visage de Monroe.

Ça commença comme un lueur dans les yeux, pas tant à propos de compréhension, parce qu'il ne pensait pas que Monroe serait repentant de voler l'amant de quelqu'un d'autre. Non, il n'était pas du tout dérangé par l'obstacle que John pourrait représenter, et l'expression sur son visage n'était en rien de la défaite. A la place il y eut un éclair passager de quelque chose comme du plaisir, comme si Sherlock n'était plus simplement intéressant, mais un défi indéniable.

John n'apprécia pas ce regard du tout, et il se força à détourner les yeux, ignorant le hérissement des poils sur l'arrière de son cou alors qu'il parlait à Sherlock. Le soldat en lui voulait camper sur ses positions, mais la logique suggérait que la retraite était une alternative plus sûre. "Avons-nous tout ce dont nous avons besoin ?"

"Pour l'instant. Nous serons en contact si nous avons d'autres questions," promit Sherlock, chaque mot ferme et assuré d'une manière qui fit sourire John. "Au revoir, M. Monroe. Ça a été une rencontre très informative."

"Tout le plaisir est pour moi, M. Holmes." Monroe se leva, sa main tendue alors que son visage irradiait d'inquiétude. "J'espère que vous pourrez bientôt traduire en justice le tueur de Sophie." La poignée de main s'attarda un peu trop longtemps, ses doigts glissant sur la paume de Sherlock en une brève promesse flagrante, seulement pour reculer lorsque John parla.

"Nous en avons l'intention. Au revoir, M. Monroe." John n'essaya pas de lui serrer la main; il y avait une bonne chance que ça se solderait par Monroe soignant des doigts cassés. A la place, John fit un mince sourire d'un genre létal alors qu'il reculait, poussant Sherlock par la porte du bureau avec le doux écart de sa main à la base de la colonne vertébrale de Sherlock. C'était un geste mineur, mais il en disait long – complètement possessif – et John ne put résister à un dernier coup d'œil par-dessus son épaule à Monroe.

Aucun mot ne fut prononcé, mais le message était clair.

Mien.

Un sourire méprisant contracta les lèvres de Monroe, mais mourut une seconde plus tard, remplacé par un plissement laid et tordu. Ce fut seulement quand John regarda vers Sherlock qu'il réalisa pourquoi. Ces yeux clairs le regardaient, pas réprobateurs ou en colère – agacé à juste titre par l'attitude dominante de John – ils étaient chauds et languides, semblant donner une réponse muette qui leur était propre qui fit chanter le cœur de John.

Tien.


A la semaine prochaine les loulous ! ;)