Salut, chers tous !

L'autre jour, après publication du premier chapitre de cette fic, je parlais avec MlleMau, et on se demandait avec qui Fili pourrait bien terminer. Ori étant un choix trop simple et le Durincest n'étant pas forcément notre tasse de thé, elle m'a suggéré Thranduil en personne, et ce pairing m'a aussitôt collé au cerveau comme du chewing-gum à la chaussure d'un passant. Chemin faisant, elle m'a suggéré des mots pour aller avec, et voici donc ce que ça donne !

Fandom : The Hobbit
Mots : Nabuchodonosor, mer, insolent, danse, atélophobie
Pairing : Thranduil x Fili (je sais...), Thranduil x Bard (parce que voilà), Thorin x Bilbo en fond (équipe qui gagne, tout ça)

Note : je me suis tellement ridiculement marrée à écrire ce pairing débile que j'ai presque envie de faire pareil avec les autres invités de la fête et de changer ce truc en recueil. Si vous avez des mots à me suggérer et pairings débiles (bon, dans la limite du faisable quand même, hein, et avec les personnages qui n'ont pas déjà été exploités!), proposez !

En attendant, bonne lecture !


.oOo.

Fíli était désespéré.

Ou plutôt, non ; le désespoir, c'était lorsqu'il avait ramené son premier zéro en maths à sa mère, lorsque Kíli était tombé à la mer à cause de lui pendant leur première (et dernière) croisière, et que Dís avait manqué de l'écorcher vif, ou lorsqu'il voyait Thorin se ridiculiser à chaque fois qu'il était dans la même pièce que Bilbo, son professeur de littérature à domicile (sa maladresse était tellement pathétique à regarder que Fíli en avait presque physiquement mal).

Ça, c'était le désespoir. Aujourd'hui, Fíli était au bord du suicide.

- Passe-moi encore un verre de punch, grogna-t-il.

Kíli n'essaya même pas de discuter, et prit la louche dans le saladier pour leur servir, à lui et à son frère, deux grands verres presque pleins à ras bord de la liqueur, la seule boisson alcoolisée que leur mère les avait autorisés à consommer.

Enfin. Mère. De toute évidence, Dís n'était pas leur mère : c'était un démon sorti des entrailles de l'Enfer, qui essayait de se faire passer pour un membre de leur famille. Aucune mère n'aurait eu l'idée d'habiller ses fils de respectivement dix-neuf et dix-sept ans en Cendrillon et Blanche-Neige.

D'habitude, Fíli aimait bien Halloween. Dís choisissait leurs costumes depuis qu'ils étaient tout petits, et jusque là, ils n'avaient jamais protesté, parce que c'était souvent leur oncle Thorin qui était le plus ridicule d'entre tous ; mais cette année, ils en venaient même à lui envier son costume rouge et bleu de Superman, en dépit du fait que ledit costume ne laissait aucune ambiguïté sur le fait qu'il soit bien un représentant du sexe masculin.

Kíli, trop blasé pour parler, lui donna le verre qu'il venait de remplir, et Fíli le vida d'un trait. Il n'y avait presque pas d'alcool dedans, malheureusement, et il envisagea sérieusement de désobéir aux ordres directs de sa génitrice et d'aller faire un tour du côté de la table aux alcools. Il prendrait probablement la correction de sa vie une fois que Dís s'en rendrait compte, mais qu'est-ce qu'il y pouvait y avoir de pire que de passer Halloween déguisé en princesse ? Le costume de Thorin était ridicule, certes, mais au moins, c'était un costume de mec.

Un hurlement de rire se fit entendre à côté d'eux, et Fíli et Kíli jetèrent un regard désabusé à Gimli, leur cousin au second degré, de quelques années plus jeune, qui avait la chance de ne pas avoir une mère tarée et qui était en conséquence déguisé en pirate, comme n'importe quel individu sain un soir d'Halloween.

- Oh mon dieu, faut que je prenne une photo ! gloussait Gimli, qui se tenait les côtes de rire. Ils vont mourir de rire, au lycée.

Fíli échangea à peine un regard avec Kíli pour se mettre d'accord sur la marche à suivre ; l'instant d'après, le blond tenait fermement les bras de son cousin (pourtant plus trapu que lui) coincés dans son dos, et le brun avait glissé ses doigts dans les passants de ceinture du pantalon de Gimli.

- Essaie seulement, dit Kíli avec un sourire suave, et je baisse ton froc devant tout le monde. Je suis sûr que Legolas sera enchanté de voir ce que tu caches sous ton caleçon – pour autant qu'il y ait quelque chose à cacher, mh ?

Le rouge se répandit sur les joues de Gimli plus vite qu'un feu de forêt, et toujours emprisonné par les bras de Fíli, il grogna, sourcils froncés :

- Ça va, j'ai compris ! Lâche-moi !

La menace éloignée, Kíli se tourna vers Fíli, l'air sinistre.

- Insolent vermisseau, commenta-t-il sombrement. On a réussi pour cette fois, mais je crois qu'on n'arrivera pas à faire marcher au chantage tous ceux qui sont dans cette pièce. Il y aura forcément des photos de nous qui vont transpirer.

- On aura fait ce qu'on pouvait, répondit Fíli en haussant les épaules. Bon – c'est pas tout ça, mais je suis trop sobre pour toutes ces conneries, moi.

- Maman a dit non !

- Maman peut aller se faire voir, grinça Fíli. C'est à cause d'elle si j'en suis réduit à ça. Je reviens.

Non mais c'était vrai, quoi. Tout était de la faute de sa mère. Et en plus, elle n'était même pas en vue, donc Fíli ne voyait pas pourquoi il se gênerait.

De très mauvaise humeur, il releva les plis de sa jupe et traversa la piste de danse, où son oncle et Bilbo s'essayaient à un nouveau genre, qui consistait plus à mordiller les lèvres de l'un et tripoter les fesses de l'autre qu'à bouger en rythme (pas trop tôt, songea Fíli en grinçant des dents), et s'arrêta devant la table des alcools – de toute évidence, il n'en bougerait plus de toute la soirée.

Silencieusement, il évalua ce que la table avait à lui offrir (mais à ce stade, à vrai dire, tout lui conviendrait, comme le lui rappelait la douleur de ses chaussures à talons), et ses yeux s'arrêtèrent sur une énorme bouteille de vin – tellement grosse qu'il n'aurait pas été certain de réussir à la tenir dans les bras.

Parfaite pour lui.

- Ça s'appelle un nabuchodonosor, dit une voix grave derrière lui. Cette bouteille peut contenir quinze litres.

Fíli, qui tendait déjà la main vers la bouteille, pivota instantanément sur lui-même (au grand dam de ses orteils martyrisés), pour découvrir un... prince, de toute évidence, avec ses longs cheveux blonds qui lui tombaient dans le dos, l'étrange couronne de bois et de feuilles rouges au dessus de sa tête, et ses habits qui n'étaient rien de moins que splendides, dans les tons bleus et argentés – très princiers.

Bon. Il n'était plus tout à fait jeune, il devait avoir largement dépassé la trentaine, mais en revanche, et ça, impossible de le nier, il était absolument canon, avec ses traits fins et ses yeux d'un bleu si incroyable que Fíli avait presque la tête qui tournait rien qu'à les regarder (ça, ou il commençait à avoir bien bu – possible aussi).

Oh mon dieu, pensa subitement Fíli, il m'a pris pour une vraie fille, et il me drague.

Parfait. Fantastique.

- Je suis un mec, grogna-t-il de la voix la plus grave qu'il put trouver dans son répertoire.

Contre toute attente, Vieux Beau Gosse se mit à rire (Fíli s'interdit sur-le-champ de trouver son rire sexy, et brisa son interdiction sur-le-champ).

- Je sais. Je ne suis pas aveugle. Je crois que le début de barbe était une indication.

- Oh.

C'est vrai, il avait refusé de se raser – Dís avait eu beau tempêter, crier que ça n'irait pas avec son costume, Fíli avait tout enduré ; on ne lui raserait pas son petit bouc dont il était si fier. Évidemment, ça jurait horriblement avec sa jolie robe bleue à manches bouffantes ; mais mieux valait une princesse à barbe qu'un menton tout nu. (Surtout avec le temps qu'elle lui prenait à pousser...)

- Si tu me le permets...

Beaux Yeux Bleus saisit l'énorme bouteille sur la table, comme si elle ne pesait pas plus lourd qu'une bouteille normale (ce qui dénotait soit un talent considérable, soit une expérience longue comme son bras), et versa dans un verre un peu du vin qu'elle contenait (beaucoup trop peu au goût de Fíli).

- Tiens, dit-il avec un sourire.

- Qui êtes-vous ? demanda Fíli d'un ton méfiant en prenant toutefois le verre d'alcool offert.

Pas qu'il n'aimait pas l'appeler Vieux Beau Gosse ou Beaux Yeux Bleus, mais mieux valait que les surnoms restent confinés dans les profondeurs de son esprit, avec autres Corps d'Enfer et Cheveux Soyeux.

- Oh. Je ne me suis pas présenté, quel incorrigible goujat ! Mon nom est Thranduil Greenleaf.

- Thranduil Greenleaf...?

Étrangement, la sonorité du patronyme ne lui était pas inconnue.

- Oh mon dieu. Vous êtes le père de Legolas.

Le père de Legolas – le mec dont son cousin Gimli était dingue depuis le collège. Legolas, qui devait être à peine plus jeune que Kíli, soit quinze ou seize ans ; et son père était en train de le draguer en ce moment-même.

Trop sobre pour ces conneries, se répéta Fíli avant de s'enfiler d'un coup le verre de vin, et de le tendre à Thranduil pour qu'il le remplisse à nouveau. Celui-ci, loin de se montrer rébarbatif et moralisateur comme la plupart des vieux, le prit sans un mot et le remplit à nouveau, et Fíli ne mit pas plus de temps à le vider que le premier. Après la dizaine (ou vingtaine, s'il fallait être honnête) de verres de punch qu'il s'était déjà enfilés un peu plus tôt dans la soirée, ses pensées commençaient doucement à flotter dans une agréable hébétude, mais pas assez pour lui faire déjà oublier qu'il se faisait draguer par le père d'un de ses potes (ou presque-pote, mais à ce stade, ce n'était pas l'important).

- Qu'est-ce que vous me voulez ?

Thranduil haussa les épaules, se remplissant un verre de vin pour lui-même.

- Est-il interdit d'avoir quelqu'un avec qui partager sa boisson ?

- Pas du tout, répondit Fíli poliment. C'est juste que ça devient un peu bizarre quand le quelqu'un en question est habillé en princesse et qu'il a l'âge de votre fils. Je dis ça comme ça.

Thranduil se mit à sourire, et Fíli eut l'impression qu'un chat se coinçait dans sa gorge.

Ok, la trentaine, certes, mais loin d'être périmé pour autant. Par précaution, il jeta un rapide coup d'œil autour de lui pour voir si cette conversation embarrassante avait une chance d'être remarquée par des yeux indésirables – pour l'instant, tout allait bien. Et Thranduil souriait toujours.

- On ne fait que boire. Rien d'autre.

C'est ça, songea Fíli, et moi je suis Cendrillon. Il manqua de rire tout haut à sa blague silencieuse, et le haussement de sourcil surpris (et majestueux) de son compagnon ne lui échappa pas.

- Soit, finit-il par répondre avec un sourire. Alors, en quoi vous êtes déguisé ? Lucius Malfoy ?

L'expression de Thranduil, un bref instant, donna l'impression qu'il venait d'avaler un citron entier, et le sourire de Fíli s'accrut – c'était amusant d'essayer de lui trouver des faiblesses. L'homme devait certainement souffrir d'un complexe d'atélophobie, songea-t-il, tout heureux de pouvoir replacer (ne serait-ce que mentalement) le mot que Bilbo lui avait appris deux jours plus tôt. La peur de ne pas être parfait – Thranduil Greenleaf en semblait la personnification, avec ses cheveux qui auraient pu sortir d'une pub pour l'Oréal, ses magnifiques habits dont pas un pli n'était de travers, et son expression faciale savamment contrôlée.

- Je suis un roi Elfe, répondit Thranduil aussi majestueusement qu'il le put.

- Oh. Bon, pour être honnête, ça vous va plutôt bien.

Une fois qu'on avait digéré l'idée d'être en train de se faire draguer par un homme qui avait le double de son âge, c'était facile de se laisser aller, songea Fíli, lui-même surpris de la teneur de ses pensées.

C'était sans doute de la faute aux Beaux Yeux Bleus, tout ça.

- Merci, répondit Thranduil avec un petit sourire. Je me permets de te retourner le compliment. Tu fais une magnifique princesse.

- Roi, princesse... Je crois qu'on a quelques petites choses en commun.

Ouh là, une minute – c'était lui qui le draguait, maintenant ? Là, ça n'allait pas le faire, par contre, hein. Pas du tout. Sans compter que Thranduil l'observait à présent d'un regard perçant qui donnait l'impression de lire jusqu'au fond de son âme, et Fíli se sentit tout petit et tout nu (ce qui était encore plus embarrassant que d'être habillé en robe de princesse).

Il était à deux doigts de faire n'importe quoi pour faire cesser ce regard, comme l'obliger à lui resservir du vin, le gifler, ou le prendre par le col de son costume et lui rouler un patin (rayer la mention inutile) ; heureusement, quelqu'un là-haut entendit son appel au secours, et une ombre apparut à leurs côtés, obligeant enfin Thranduil à lever les yeux.

Le nouveau venu était un inconnu – du moins pour Fíli ; de toute évidence, la même chose ne pouvait pas être dite du roi Elfe.

- Bard ?

- Thranduil, répondit l'homme (moins canon que Beaux Yeux Bleus, un poil plus vieux peut-être, mais vraiment pas moche en son genre, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux sombres). On peut savoir ce que tu fais ?

- Oh, je discute, sourit Thranduil. Il avait l'air de s'ennuyer, alors...

- Je vois. Et t'as fini de discuter, maintenant ?

Son ton était tout aussi austère que ses traits (voire carrément froid), et à la surprise de Fíli, Thranduil récupéra le verre de vin qu'il avait posé sur la table, et hocha la tête, avant de se tourner vers Fíli.

- Désolé que notre intéressante discussion soit si brusquement écourtée. À une prochaine fois, peut-être ?

Abasourdi, Fíli n'eut pas la présence d'esprit de répondre quoi que ce soit ; mais Thranduil s'éloignait déjà avec le dénommé Bard, leur conversation encore tout à fait audible.

- Tu draguais un étudiant ?

- Bien sûr que non, je ne le draguais pas. On parlait, c'est tout. Il avait l'air d'avoir besoin d'un peu de distraction.

- J'ai cru qu'il allait te sauter dessus pour t'embrasser.

- Quoi ? Quelle idée !

Oh. Doux. Seigneur.

Il ne le draguait pas. Fíli avait monté toute cette histoire dans sa tête. Thranduil ne le draguait pas.

Oooooh, je suis un horrible crétin. Kíli se moquerait de lui jusqu'à la fin de leurs jours s'il le savait - et il ne le saurait jamais, si Fíli avait son mot à dire. Les joues écarlates de honte, il vida coup sur coup deux flûtes de champagne, accompagnées d'un verre de bière pour faire bonne mesure, et secoua la tête.

Allez, avec un peu de chance, il aurait tout oublié le lendemain.

Et si ce n'était pas le cas... eh bien, il ferait semblant.

Foutu Halloween.

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Et voilà mes agneaux ! Vous avez bien aimé ? Vous voulez d'autres pairings débiles ? *w* (Ou pas débiles, je prends aussi!)

Par ailleurs, merci pour votre réception fantastique du premier chapitre et de mon autre fic "Que la montagne est belle" ! Je vous aime tous ! La vie est belle ! *va prendre ses cachets*