Gregory Lestrade avait toujours voulu être policier. Quand il était petit, les histoires que sa mère lui avait lues l'avaient beaucoup marqué et il avait toujours été fasciné par les héros qui empêchaient les méchants de faire le mal.

A l'école, il s'était rapidement passionné pour les sciences et les exercices de logique et il avait adoré émettre des hypothèses qu'il avait ensuite testées pour les vérifier. Adolescent, son père l'avait initié aux romans policiers et cela avait confirmé son envie de travailler dans les forces de l'ordre.

Il avait donc fait des études de droit avant d'intégrer la police. Le détective avait gravi les échelons jusqu'à devenir lieutenant. Greg avait donc un fort sens de la justice, aimait que la loi soit respectée au pied de la lettre, détestait le mensonge et les crimes impunis. Dévoué à son travail, il ne comptait pas ses heures, estimant qu'il fallait donner de sa personne pour faire régner l'ordre.

Le policier s'était marié plusieurs années plus tôt mais il n'aimait pas en parler. Il venait de signer les papiers de divorce et gardait un très mauvais souvenir de cette relation. Greg avait été véritablement écœuré de découvrir que sa femme avait eu, non pas une, mais des liaisons au cours de leur relation. Son épouse s'était défendue en lui reprochant de n'être jamais chez eux à cause de son travail et de se sentir seule. Greg lui avait répondu qu'elle aurait pu lui parler de ce qu'elle ressentait avant d'aller coucher à droite et à gauche ou au moins, lui demander de se séparer.

Ainsi, ils en étaient venus à divorcer. Le lieutenant s'était alors mis à réfléchir sur ce qu'il avait ressenti pour sa désormais ex-femme, essayant de mettre de côté la rancœur qu'il ressentait envers elle. Il s'était demandé s'il l'avait vraiment aimé. Greg avait conscience d'avoir ressenti de l'affection pour son ancienne épouse, d'avoir été attachée à elle, mais il n'était pas sûr d'avoir éprouvé de réels sentiments amoureux. Il n'avait aucune certitude, car il avait eu peu d'autres relations avant son mariage, mais le policier s'était dit qu'une des raisons de l'échec de cette relation, c'était le manque d'amour véritable entre son ex-femme et lui. Il y avait eu quelques bons moments, heureusement. Mais le lieutenant était à la fois dépité et dégoûté par la fin malheureuse de son mariage.

A croire que les histoires d'amour qu'il y avait dans les bouquins, le héros qui trouve l'élue de son cœur après avoir triomphé du méchant, qui vit une relation palpitante et sincère avec une femme qui l'admire et ne jure que par lui, tout ça n'existait pas. Les belles théories sur les âmes sœurs et le couple idéal, ce n'était que de la poudre aux yeux, un mensonge inventé pour faire rêver les enfants. Cruelle désillusion quand ils découvraient la vérité …

Pour tenter d'oublier le désastre de sa vie sentimentale, Greg s'était plongé dans le travail. Il avait trouvé un équilibre qui lui convenait et lorsqu'il se sentait seul, le lieutenant se rendait dans son pub préféré pour noyer ses problèmes dans une bière ou un verre de whisky.

Ce qui l'énervait le plus dans cette situation, ce n'était pas tant la solitude mais plutôt les regards que Sherlock posait parfois sur lui, l'examinant de pied en cap, l'étudiant et réussissant à découvrir aussi bien tous les détails de sa vie privée que les émotions qu'il ressentait.

Sherlock Holmes était un phénomène. Il était aussi brillant qu'agaçant et pouvait résoudre des énigmes avec une facilité déconcertante tout en vous révélant la solution d'un ton hautain. Il méprisait le reste de la Terre et rares étaient ceux qui parvenaient à trouver grâce à ses yeux. Même son plus ami le plus proche, le docteur John Watson, se prenait régulièrement des réflexions sur son intelligence, que le détective considérait comme limitée.

Il existait pourtant une personne qui savait répondre de façon aussi cinglante que Sherlock et ce n'était autre que son grand frère, Mycroft. Greg avait eu la chance de le rencontrer une fois, quelques années auparavant.

C'était un peu après que le policier ait rencontré Sherlock. A l'époque, le détective l'avait aidé à résoudre quelques affaires et Greg avait tenté de l'appeler pour qu'il l'aide sur une nouvelle enquête. N'obtenant pas de réponse, il s'était rendu au domicile du jeune homme pour pouvoir lui parler en face-à-face et c'était Mycroft qui lui avait ouvert, lui demandant fermement de repasser une autre fois. Greg avait appris plus tard que ce jour-là, l'aîné des Holmes était venu chercher son cadet pour le traîner de force dans un centre de désintoxication.

Il n'avait jamais revu Mycroft depuis mais il en gardait un souvenir très net : un homme grand, calme, impressionnant, discret mais assez froid. Le lieutenant n'avait jamais vraiment su exactement quel était son travail, car Sherlock ne parlait pas souvent de son frère, et quand il le faisait, c'était généralement en termes peu élogieux. Mais le policier avait deviné qu'il occupait un poste très important et devait plutôt être habitué à donner des ordres qu'à en recevoir.

En essayant d'interroger Sherlock sur son frère, Greg avait aussi appris que Mycroft vivait seul. Le lieutenant s'était d'abord interrogé sur cette solitude car pour lui, un homme de cet acabit devait attirer les femmes, que ce soit par sa prestance ou par le pouvoir qu'il représentait. Puis, il s'était fait la réflexion que tant de responsabilités devaient laisser peu de temps pour soi et que « le gouvernement britannique », comme l'appelait Sherlock, ne devait pas avoir souvent l'occasion de sortir.

Parfois, le policier repensait à Mycroft et se trouvait des points communs avec lui. Ils étaient tous les deux seuls, ils avaient des responsabilités et … En fait, la liste des ressemblances s'arrêtait là. Greg était beaucoup moins important que le frère de Sherlock, il était loin d'être aussi intelligent, ni aussi influent et niveau charisme, il était loin de lui arriver à la cheville.

Quand il arrivait à ce genre de conclusions, le lieutenant se sentait vraiment ridicule et se dépêchait de sortir se réfugier dans son pub préféré pour oublier ses tristes pensées parmi les clients et l'ambiance animée du bar. Comme ce soir.

Un match de foot était diffusé sur le petit écran collé dans un angle de la pièce et il y avait pas mal de clients dans le pub. Le patron se ferait un bon chiffre d'affaires. Greg s'était trouvé une table, loin du bar autour duquel les amateurs de football étaient rassemblés. Il jetait de temps en temps un regard du coin de l'œil vers la télé, mais le lieutenant était plus souvent occupé à fixer sa bière ou à observer la rue par la fenêtre qu'à suivre le déroulement du match. Il finit cependant par remarquer un client qui le regardait, détournant la tête à chaque fois que le policier levait les yeux vers lui.

Il se souvint alors de cette fois où un homme d'une quarantaine d'années, un brun aux yeux bleus, était venu s'installer en face de lui, un verre de vodka à la main et avait commencé à discuter avec lui. Greg n'avait compris les intentions de cet inconnu que lorsque sa jambe avait commencé à frotter la sienne, d'abord timidement, puis de façon de plus en plus insistante. Quand il avait été clair que les frôlements de pantalon n'était pas dû au hasard, le lieutenant, mal à l'aise, avait pris congé de cet homme. Il était allé payer sa consommation et s'était dépêché de rentrer chez lui.

Deux jours plus tard, il avait de nouveau recroisé le client, qui s'était encore assis à sa table, relançant la conversation comme s'ils étaient de vieux amis. Lorsqu'il l'avait senti recommencer à lui faire du pied, après une vingtaine de minutes, le policier s'était senti obligé d'arrêter cet homme.

— Désolée, mais je ne suis pas intéressé, avait-il dit avec une grimace navrée.

Le client du pub ne s'était pas démonté.

— Tu n'es pas intéressé par moi ou par les hommes en général ?

Greg avait légèrement froncé les sourcils, un peu déstabilisé par la question. Il s'était attendu à ce que l'homme s'en aille, pas à ce qu'il insiste. Le lieutenant n'avait pas su quoi répondre et avait fini par se lever en marmonnant un salut, pressé de quitter l'endroit. Pourtant, il s'était surpris à retourner dans le pub le lendemain, surtout qu'il avait envie de savoir si ce client reviendrait le voir une nouvelle fois. Et il l'avait fait.

Leur petit jeu avait duré une semaine. L'inconnu était à chaque fois revenu s'installer en face Greg, sans plus faire aucune tentative de séduction. Le lieutenant s'était pris d'amitié pour cet homme avec qui il avait des discussions passionnantes – ce qu'il n'aurait pas cru possible au premier abord.

Et puis, Jack – car c'est ainsi que s'appelait le client du pub – lui avait de nouveau demandé, après huit jours :

— Alors ? Le problème, c'est moi ou c'est les hommes ?

Greg avait plissé les yeux, mal à l'aise et surpris. Il pensait que l'homme avait compris qu'il ne fallait pas insister. Le lieutenant avait alors répondu en bafouillant légèrement :

— Je crois que je n'ai pas envie de me mettre en couple pour l'instant.

Le policier avait vidé son verre et s'était levé pour aller payer ses consommations avant de quitter le pub. Il s'était insulté d'idiot mentalement. Pourquoi avait-il parlé de ces sentiments comme ça ? Pourquoi n'avait-il juste pas dit qu'il n'était pas intéressé par les hommes, comme il aurait été logique de le faire ? Et pourquoi fallait-il toujours qu'il le fuie ? Que lui arrivait-il ? Etait-il gêné ?

La tête pleine de questions, Greg avait soudain senti une main s'abattre sur son épaule pour l'arrêter. Il s'était retourné pour se retrouver face aux yeux bleus de Jack.

— Moi non plus, je n'ai pas envie de me mettre en couple.

Le lieutenant ne savait pas ce qui l'avait fait craquer chez cet homme – son sourire gouailleur, son regard intense, ses lèvres avenantes – mais il avait baissé sa défense et alors qu'il pensait être seulement attiré par les femmes, le policier avait rapproché son visage de celui de son interlocuteur pour poser sa bouche contre la sienne, le serrant soudain contre lui comme s'il avait peur qu'il le quitte pour ne plus jamais revenir.

— On continue chez toi ou chez moi ? avait malicieusement demandé l'homme au bout de quelques longues minutes d'embrassades frénétiques.

Greg n'avait pas hésité.

— Chez toi.

Jack avait souri et l'avait conduit jusqu'à sa voiture en lui tenant la main. Il n'avait pas été plus loin que le bécotage, ce soir-là. Devinant certainement qu'il était le premier homme à séduire le lieutenant, le brun n'avait pas tenté d'approfondir leur relation. Il n'avait cependant pas fallu plus de deux autres rencontres pour que les deux hommes passent à l'acte.

Le policier était un peu confus par rapport à sa sexualité. Il n'aurait jamais pensé être attiré par un autre homme, mais le fait était qu'il se sentait bien quand il était avec Jack. Peu importait qu'il soit du même sexe que lui. Il lui permettait de se sentir moins seul et de passer un bon moment lorsqu'ils s'étreignaient dans l'obscurité de l'un ou l'autre de leurs appartements. Et surtout, il lui permettait d'oublier son divorce.

Les choses étaient pourtant claires entre eux. Ils n'étaient pas en couple. C'était purement physique et ça leur convenait parfaitement à tous les deux. Pas de romantisme affligeant, pas de promesses qui ne seraient jamais tenues, pas de jalousie excessive. Cela ne les empêchait pas d'éprouver de la tendresse et de l'affection, mais tout était contrôlé et maîtrisé.

Ils avaient échangé leurs numéros de téléphone mais ils ne l'utilisaient que très rarement. Ils préféraient attendre de se croiser dans le pub par hasard. Greg se rappelait même d'une fois où il était tombé nez-à-nez avec Jack alors qu'il faisait les courses. Ils n'avaient pas pris la peine de finir leurs emplettes et s'étaient dépêchés de quitter le magasin pour se retrouver chez le lieutenant, leurs corps enchevêtrés l'un dans l'autre dans le fouillis des draps défaits.

Le policier ne savait pas grand-chose de Jack et c'était réciproque. Le peu de détails qu'ils connaissaient de la vie de leur amant, ils l'avaient appris au hasard d'une discussion ou en découvrant un objet particulier dans l'appartement de l'autre. Ainsi, Greg savait que Jack était journaliste dans un magazine people parce qu'il avait lu un morceau d'article sur l'ordinateur portable du brun pendant que celui-ci était parti lui chercher de la glace. Et Jack savait qu'il était policier parce qu'il avait aperçu son badge en se rendant dans la salle de bains.

La seule chose qui gênait le lieutenant, c'était que le journaliste ressemblait à Sherlock, avec son physique élancé, ses yeux bleus perspicaces et ses cheveux noirs et qu'à chaque fois qu'il se retrouvait avec le détective, il ne pouvait s'empêcher de penser à Jack. Mais par un heureux miracle, Sherlock ne semblait pas s'être rendu compte de la nouvelle liaison qu'entretenait le policier. Ou s'il l'avait remarqué, il n'en avait pas fait la remarque à voix haute, ce qui soulageait Greg, qui n'avait pas envie que tout son service apprenne sa relation avec le journaliste.

Cette situation convenait donc au lieutenant et même si rien dans son accord avec Jack ne lui interdisait de fréquenter quelqu'un d'autre, il n'avait pas envie de tout compliquer en ajoutant un autre homme à la donne.

C'est pourquoi il décida de ne pas rentrer dans le jeu du client du pub qui l'observait aujourd'hui et de ne pas lui accorder d'importance, même s'il sentait peser sur lui le regard qu'on lui lançait. Malheureusement, l'homme du comptoir s'enhardit et se rapprocha de lui, désignant du doigt la place libre en face du policier.

— C'est occupé ? demanda-t-il poliment, avec un accent écossais.

Greg réfléchissait à comment se sortir de cette situation sans trop vexer son interlocuteur lorsqu'une voix s'éleva à sa droite.

— Oui, c'est ma place, lança Jack avec un petit sourire avant de se glisser devant l'écossais pour s'asseoir en face du lieutenant.

L'homme sembla surpris, observant tour à tour les deux amants, et bredouilla une excuse avant de retourner au comptoir. Le policier lui adressa un sourire désolé avant de jeter un regard amusé au journaliste.

— Tu es là depuis longtemps ?

— Vingt minutes, à peu près, fit le brun.

— Et tu n'es pas venu me dire bonjour plus tôt ? fit semblant de lui reprocher Greg.

Jack sortit son téléphone de sa poche pour regarder son écran et répondre au texto qu'il venait de recevoir avant de lancer :

— Non, j'aimais bien t'observer de loin. Et puis, j'avais envie de voir si tu me remarquerais.

— Je ne m'attendais pas à te voir ce soir, se défendit le lieutenant.

— Tu ne vas pas t'en plaindre, déclara Jack en attrapant la bière du policier. Je t'ai évité de rembarrer ce pauvre gars.

— Qu'est-ce qui te fait dire que je n'allais pas l'inviter à s'asseoir ?

Le journaliste but une gorgée d'alcool avant de répondre.

— Ce n'est pas ton type.

— Et c'est quoi, mon type ? s'enquit Greg.

Jack haussa les épaules.

— Une personne qui ne te prenne pas la tête avec ses attentes et ses crises de jalousie. Peu importe que ce soit une fille ou un garçon, tant qu'elle te rendra heureux et bien dans ta peau. Dans l'idéal, il faudrait qu'elle soit aussi forte et sûre d'elle, parce que tu passes déjà ta journée à protéger la veuve et l'orphelin, alors quand tu rentres chez toi, tu aimerais bien pouvoir te reposer sur quelqu'un.

Le lieutenant secoua la tête et reprit sa bière.

— Et toi, tu es mon type ?

— Peut-être bien, minauda le journaliste. A toi de me le dire.

— Tout ce que je vais te dire, c'est que tu es perspicace. Peut-être un peu trop à mon goût, d'ailleurs.

— Je peux jouer à l'idiot, si tu préfères, murmura Jack d'un ton langoureux.

Greg sourit en sentant le pied du journaliste venir effleurer sa cheville. Son portable, posé sur la table du pub, vibra et le lieutenant l'attrapa pour voir qui lui avait envoyé un texto.

— On va chez toi, ce soir ? demanda Jack. Je n'ai pas envie d'aller chez moi, ça va me rappeler que j'ai un article à finir pour demain midi et ça me déprime d'avance.

— Désolé, mais je ne vais pas pouvoir être disponible avant un bon moment, s'excusa le policier en agitant son téléphone. J'ai un truc à faire pour le boulot.

Le journaliste grimaça.

— Oh. Je suppose que je vais aller écrire mon article, alors. Mais appelle-moi si jamais tu peux te libérer. Je te rejoindrais chez toi.

Greg hocha la tête et donna une tape sur l'épaule de Jack avant de quitter le pub. Il héla un taxi et s'installa dedans, réfléchissant au message qu'il venait de recevoir. C'était Sherlock qui lui avait écrit un texto pour lui demander de le rejoindre au 221B Baker Street. Il n'avait rien précisé de plus mais si le détective le contactait, c'était qu'il avait quelque chose de relativement important à lui annoncer.

Le lieutenant regrettait un peu d'avoir refusé les avances de Jack mais Sherlock avait peut-être résolu l'affaire de la bijouterie vandalisée, ce qui permettrait au policier de clore ce dossier. Et avec un peu de chance, son entretien avec le détective serait rapide et il pourrait rejoindre le journaliste après.

Le taxi s'arrêta devant le 221B Baker Street et Greg paya le chauffeur avant de sortir. Il frappa trois coups discrets contre la porte et Mme Hudson vint lui ouvrir :

— Lieutenant Lestrade ? Il est bien tard, que venez-vous faire ici ?

La vieille femme avait un ton soupçonneux et le policier lui expliqua que Sherlock lui avait demandé de venir le voir. La logeuse le laissa entrer et Greg monta les escaliers jusqu'au salon du détective. Le brun était allongé dans son canapé, les yeux fermés, les mains jointes devant son visage. Le lieutenant se racla la gorge pour signaler sa présence.

— Hmmm ? fit simplement Sherlock en lui jetant un rapide coup d'œil.

— Vous m'avez demandé de venir … lança d'un ton hésitant le policier.

— Ah oui. Est-ce que vous pouvez me passer mon chargeur de téléphone ? Il doit être sur mon lit.

Greg resta immobile, interdit. Le détective finit par s'impatienter :

— Vous avez besoin d'un plan pour aller jusqu'à ma chambre ? Vous savez où la trouver lorsque vous venez faire une descente de stup', pourtant !

— Vous m'avez fait venir juste pour aller chercher votre chargeur de téléphone ?

— Oui. Mme Hudson ne m'entendait pas.

— Et John ? Où est-il ?

Sherlock fit la moue.

— Je ne sais pas. Mais il n'est pas là, parce qu'il ne vient pas non plus quand je l'appelle. Et il n'a répondu à aucun de mes textos.

— Donc vous avez décidé de me faire venir moi ? insista le lieutenant.

— De toute évidence, grogna le détective.

Comme il n'ajoutait rien, le policier secoua la tête et se résigna à aller chercher le chargeur. Il ouvrit la porte de la chambre de Sherlock et avança jusqu'au lit dont les draps étaient en bataille. Greg souleva un pan de couette et poussa un pull roulé en boule avant de trouver le chargeur, qu'il attrapa et ramena au détective. Le brun ne prit même pas la peine de le remercier et brancha son téléphone à la prise pour le recharger.

— Vous avez du nouveau sur l'affaire de la bijouterie ? tenta le lieutenant, qui n'avait pas envie d'avoir fait le détour pour rien.

— Je vous ai déjà dit que ça ne m'intéressait pas, ronchonna Sherlock en pianotant à toute vitesse sur son portable.

— Ca ne m'intéresse pas non plus de venir pour apporter votre chargeur de téléphone, pourtant, je l'ai fait, répliqua sèchement le policier.

Le détective plissa les yeux et quitta son écran du regard pour observer Greg.

— J'ai interrompu quelque chose ? demanda-t-il en détaillant le lieutenant des pieds à la tête, cherchant des indices sur ce qu'il était en train de faire avant d'arriver au 221B Baker Street.

Mal à l'aise, le policier cherchait comment changer de sujet de conversation quand un bruit derrière lui le fit se retourner. John, qui montait les escaliers, lui jeta un regard surpris.

— Bonjour, lieutenant, salua-t-il.

— Bonsoir, John, répondit Greg.

— Vous avez besoin de nous ? s'enquit le docteur avant d'être interrompu par Sherlock.

— Où étais-tu passé ? Ça fait deux heures que j'essaie de te joindre !

Le blond haussa un sourcil.

— J'étais de garde à l'hôpital. Je t'en ai parlé ce matin, je t'ai dit que je remplaçais un collègue.

Le détective maugréa quelque chose sur les informations inutiles qui ne méritaient pas d'être écoutées et John se désintéressa de lui pour se tourner vers le policier, qui lui apprit la raison de sa présence dans son appartement.

— Sherlock m'avait envoyé un texto en me disant de venir ici. Je pensais qu'il avait peut-être des infos sur la bijouterie mais en fait, il avait besoin de son chargeur de portable …

La bouche du médecin s'arrondit et il jeta un regard blasé à son colocataire, qui ne lui prêta pas la moindre attention. Le blond s'excusa auprès du lieutenant pour le dérangement et promit de parler à Sherlock pour le convaincre de travailler sur l'affaire de la bijouterie. Greg le remercia et prit congé des deux hommes, redescendant dans la rue.

Alors qu'il attendait un taxi, le lieutenant écrivit un texto à Jack.

« J'espère que tu as fini ton article, parce que j'arrive et je ne compte pas te laisser travailler une minute de plus ce soir. »