Une pluie d'éclats de verre s'abattit sur les trois intervenants du séminaire et sur les personnes assises sur les premières rangées de siège, qui levèrent les bras pour se protéger ou rentrèrent la tête dans leurs épaules. Il y eut un instant de flottement et puis, la foule se leva en poussant des cris apeurés. Quelques-uns des journalistes présents dans la salle sortirent leurs téléphones ou des caméras de poche pour filmer ce qu'il se passait tandis que la sécurité de la salle de conférences entrait dans la pièce pour commencer à l'évacuer.

Greg chercha du regard Sherlock qui lui fit signe de sortir. Le lieutenant suivit donc la foule. Il retrouva le détective et John sur le parking de la salle de conférences. Mycroft ne tarda pas à les rejoindre, l'air pincé. Une égratignure se dessinait sur sa joue, preuve qu'il avait été touché par un des morceaux de verre de l'écran.

— Vous allez bien ? lui demanda John.

— Oui, ce n'est rien, déclara le haut fonctionnaire en époussetant sa veste sur laquelle il y avait encore quelques débris de verre.

— Vous pensez que cette explosion était due au poseur de bombes ? s'enquit Greg.

— C'est évident, fit Sherlock. Mais cette fois encore, notre poseur de bombes ne voulait pas tuer. Il voulait simplement intimider, c'est pourquoi il s'est contenté de faire exploser l'écran et pas la salle entière.

— Mais pourquoi fait-il ça ? s'étonna le lieutenant.

— Ne me dîtes pas que vous n'avez pas fait le lien, s'impatienta Mycroft.

Le policer prit sur lui pour rester stoïque. Il avait déjà un bras en écharpe. Il ne servait à rien de risquer de se casser l'autre en frappant le haut fonctionnaire, et ce, même si l'envie d'enfoncer son poing dans la mâchoire de l'aîné des Holmes le démangeait cruellement. Sherlock était plongé dans ses pensées et comme son frère ne semblait pas vouloir leur apporter des réponses, John posa la main sur l'épaule de son colocataire :

— Explique-nous ta théorie.

Le détective sembla redescendre sur terre et contempla d'un air songeur le médecin. Celui-ci se racla la gorge, gêné d'être ainsi dévisagé.

— Sherlock ?

— Hmmm ?

— Ta théorie ?

Le brun secoua la tête et se mit à débiter à toute vitesse.

— Deux explosions. Sans gravité, à part des dégâts matériels et quelques légères blessures. Je pensais que la première nous visait afin que nous arrêtions d'enquêter, mais je m'étais trompé. Le point commun entre les deux agressions est Svilkint. L'ascenseur aurait dû chuter quand il était encore dedans. Cependant, nous savons que notre poseur de bombes est un amateur. Un professionnel n'utiliserait pas un matériel aussi basique que celui dont il s'est servi pour piéger l'ascenseur s'il voulait fabriquer une bombe. De plus, l'erreur qu'il a commise en réglant mal son détonateur montre bien son manque de professionnalisme. S'il n'était pas un amateur, il n'aurait pas raté son coup. Il a recommencé aujourd'hui, attendant que Svilkint soit sur scène pour faire exploser l'écran, mais là encore, il ne cherchait pas à tuer. Sa bombe n'était pas assez puissante pour faire autre chose que briser l'écran. Et il ne pouvait pas compter sur la chance de voir un éclat de verre réussir à tuer Svilkint. Donc, il veut lui faire peur. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il n'est pas d'accord ses idées mais alors pourquoi s'en prendrait-il uniquement à lui, et pas aux autres intervenants ? Il est plus probable que Svilkint lui doive de l'argent. Peut-être avait-il financé une de ses campagnes ou des recherches ? Ou alors, c'est peut-être un ancien collaborateur dont le mérite n'est pas reconnu et qui estime que son travail n'est pas apprécié à sa juste valeur par les médias ? Avec le caractère fort de Svilkint, il est compliqué de s'imposer et il doit s'être fait pas mal d'ennemis. Toujours est-il que si on veut découvrir l'identité du poseur de bombes et ses motivations, il faut en savoir plus sur la victime.

Greg hocha la tête, l'air impressionné. Jamais il n'en serait venu à de telles conclusions. Ou tout du moins, pas aussi vite que Sherlock.

— J'ai déjà lancé des recherches sur les antécédents de Svilkint, approuva Mycroft. Je te ferai parvenir les informations que j'obtiendrais sur lui dès que je les aurais.

— Parfait. Je pense que notre mission est terminée. Le séminaire ne va probablement pas reprendre aujourd'hui, supposa le détective.

Son frère grimaça.

— Non, en effet. Vous pouvez repartir à Baker Street.

John et Sherlock commencèrent à s'éloigner vers leur véhicule et Greg allait leur emboîter le pas quand Mycroft le retint par le bras. Le lieutenant lui lança un regard mi intrigué, mi exaspéré. Le haut fonctionnaire lui offrit un de ses sourires hautains dont il avait le secret avant de lui tendre une carte de visite. Le policier s'en saisit et crut qu'il rêvait en y découvrant les coordonnées de l'aîné des Holmes.

— Ne faîtes pas cette tête, certains tueraient pour avoir mon numéro, s'agaça Mycroft.

— Qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse ? répliqua Greg sur un ton sec.

— Oh, je ne sais pas. Qu'est-ce que vous faîtes, d'habitude, quand quelqu'un vous donne un numéro de téléphone ? demanda le haut fonctionnaire d'un ton narquois.

Le lieutenant papillonna des cils, comprenant enfin ce que signifiait cette carte de visite. Alors qu'il avait cru un instant que l'aîné des Holmes voulait se servir de lui pour espionner Sherlock, il venait de se rendre compte qu'en fait, Mycroft le draguait en quelque sorte. Si ça, ce n'était pas une surprise … Ainsi, après l'avoir méprisé toute la journée de la veille, le frère du détective en venait à lui faire des avances ? Et si les questions qu'il lui avait posées sur Jack n'étaient au final que des tentatives plus ou moins habiles pour se renseigner sur ses chances potentielles avec lui ?

Le policier se reprit. Non, ce n'était pas possible. Le haut fonctionnaire ne pouvait pas le draguer. Pas lui. Déjà, il y avait peu de chances qu'il soit gay. Quoiqu'après tout, il n'en savait rien … Enfin, de toute façon, l'aîné des Holmes n'arrêtait pas de prendre Greg pour un idiot, alors pourquoi serait-il intéressé de sortir avec lui ? Le lieutenant était loin d'avoir l'intelligence nécessaire ou le charisme pour séduire un homme de cette trempe.

Les pensées du policier devaient transparaître sur son visage parce que Mycroft eut un sourire amusé et haussa un sourcil.

— Je vous laisse à vos réflexions. N'oubliez pas de m'appeler.

Le haut fonctionnaire s'éloigna vers sa propre voiture, laissant un Greg estomaqué sur le parking. Il fallut que John l'appelle pour que le lieutenant se souvienne qu'il était attendu et tourne enfin les talons.

— Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda le médecin alors que le policier le rejoignait.

— Se moquer de moi, grogna Greg.

Le blond n'insista pas et attacha sa ceinture de sécurité. Alors que Sherlock démarrait la voiture, le lieutenant regarda la carte que Mycroft lui avait donnée. Même avec le petit carton blanc dans la main, il avait du mal à réaliser ce qui venait de se passer. Et cette carte de visite le choquait encore plus que l'explosion de l'écran du séminaire sur l'écologie.

####

Greg s'était réfugié dans son pub préféré pour se remettre de ses émotions. Une fois de retour à Londres, il était resté un peu à Baker Street avec John et Sherlock. Mycroft avait envoyé à son frère toutes les informations sur Svilkint qu'il avait pu obtenir et le détective s'était plongé dedans, s'enfermant dans un mutisme complet. Le médecin avait fini par dire au lieutenant que s'il voulait rentrer chez lui, il le pouvait, parce que son colocataire ne sortirait pas de ses recherches avant un moment.

Le policier avait donc pris congé des deux hommes et avait fait un saut chez lui. Il avait pris un long bain relaxant mais cela ne lui avait cependant pas permis d'oublier la carte de visite de Mycroft. D'un côté, il détestait le haut fonctionnaire parce qu'il ne pouvait s'empêcher de le rabaisser à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. De l'autre, il l'admirait.

C'était plus fort que lui, mais Greg trouvait que l'aîné des Holmes avait un fort charisme. Il était hautain, presque prétentieux, mais son calme et sa prestance n'en était pas pour autant négligeable. Et puis, il se sentait fier. Ce n'était pas tous les jours qu'un homme de son rang lui faisait des avances.

Le lieutenant s'était insulté mentalement, se reprochant de ressentir de l'admiration pour cet homme qui le rabaissait dès qu'il en avait l'occasion, c'est-à-dire environ toutes les deux minutes.

Une fois sorti de son bain, il s'était habillé et avait envoyé un texto à Jack. Le policier ne le faisait jamais, s'en tenant aux règles que les deux hommes avaient instaurées dès le début de leur relation. Pourtant, ce soir, il avait besoin de voir son amant, afin d'oublier le sourire moqueur de Mycroft qui ne voulait pas quitter son esprit.

Mais Jack n'avait pas répondu à son message. Et Greg s'était trouvé tenté d'appeler le haut fonctionnaire, autant parce qu'il était déçu que son amant ne lui donne pas de nouvelles que pour voir ce que voulait vraiment l'aîné des Holmes. Alors, pour se changer les idées, le lieutenant avait décidé de sortir et ses pas l'avaient conduit vers son pub préféré.

Le policier s'y était surtout installé parce qu'il espérait croiser Jack. Mais cela faisait presque une heure qu'il attendait et il ne voyait pas de trace du journaliste. Greg faisait tourner son téléphone entre ses mains, de plus en plus tenté d'appeler Mycroft au fur et à mesure que les minutes passaient. Pourtant, son orgueil le faisait hésiter. Il ne voulait pas céder au haut fonctionnaire et lui donner ce qu'il voulait. Pas après toutes les humiliations qu'il avait subies. Ou en tout cas, il ne voulait pas céder aussi vite.

Pour ne pas craquer face à la tentation, le lieutenant rangea son portable dans sa poche de veste et commanda une nouvelle bière pour s'empêcher de reprendre son mobile. Il resta dans le pub jusqu'à deux heures du matin, espérant croiser Jack, puis, finit par se résigner et quitta l'établissement, avec l'esprit embrumé par l'alcool qu'il avait consommé et une furieuse envie de pleurer de déception.

Après tout, à quoi s'attendait-il ? Les choses étaient claires depuis le début. Ils n'étaient pas un couple. Ils couchaient ensemble quand ils se croisaient mais ils n'avaient aucune obligation l'un envers l'autre. Jack n'allait pas accourir quand Greg l'appelait. Il n'y avait vraiment pas de quoi verser une larme. De toute façon, ce n'était pas son genre de s'apitoyer sur son sort comme ça. Alors pourquoi réagissait-il comme ça ?

Le lieutenant serra les poings et se retint de donner un coup dans la portière du taxi qui le ramenait chez lui. Il se sentait trahi alors qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. C'était lui qui s'était bêtement attaché au journaliste. Il aurait dû garder une distance de sécurité pour éviter d'être déçu. A croire qu'on ne pouvait faire confiance ni aux hommes, ni aux femmes. Les premiers ne voulaient pas s'engager, les secondes vous trompaient à la moindre occasion.

Le taxi s'arrêta devant chez lui et le policier paya sa course, laissant un généreux pourboire au chauffeur sans s'en rendre compte, l'alcool qu'il avait dans le sang l'empêchant de compter correctement la somme qu'il lui devait. Il avança jusqu'à la porte de son immeuble en titubant légèrement. Ce n'est que lorsque qu'il s'apprêta à taper le code pour ouvrir la porte d'entrée qu'il se rendit compte qu'il y avait quelqu'un qui était assis en dessous du digicode. Jack se releva avec une moue gênée.

— Qu'est-ce que fais là ? marmonna Greg.

— J'ai été retenu tard au bureau, s'excusa le journaliste. Mon patron voulait absolument que je finisse un article. J'ai bien vu que tu m'avais envoyé un texto, mais je n'ai pas eu le temps d'y répondre et quand j'ai eu cinq minutes pour moi, je n'avais plus de batterie. Quand je suis sorti du boulot, y a une heure, je suis venu directement chez toi mais tu n'y étais pas, alors je me suis dit que j'allais t'attendre …

Le lieutenant observa un instant son amant, sans rien dire, et puis, il l'attrapa par le cou pour le plaquer contre lui et l'embrasser sauvagement. Jack se laissa faire, un peu surpris, glissant ses mains dans les cheveux du policier et se collant sensuellement contre lui.

Greg tapa d'une main tremblante le code pour rentrer chez lui et les deux hommes reculèrent dans le hall, se dirigeant vers l'appartement du lieutenant sans pour autant se séparer l'un de l'autre. La porte d'entrée se referma derrière eux, sans un bruit.

####

Greg fit glisser sa main sur le ventre de Jack, traçant des arabesques invisibles sur sa peau du bout des doigts. Le journaliste était allongé à côté de lui, un bras sur ses yeux, des gouttes de sueur perlant encore sa peau. Sa respiration était légère mais il ne dormait pas. Le lieutenant leva la tête pour embrasser son amant dans le cou, lui arrachant un sourire.

— Tu me chatouilles, souffla Jack.

— Tu m'as manqué, répondit le policier.

Le journaliste souleva le bras qu'il avait posé sur ses yeux pour adresser un regard moqueur à Greg.

— Je te ferais bien remarquer que ce que tu viens de dire n'a aucun rapport avec ce que je disais, mais je suppose que vu ton état d'ivresse, je vais devoir me contenter de ça …

— Je ne suis pas bourré … marmonna le lieutenant.

— Oh bien sûr que non. Tu es aussi sobre que moi, je suis nonne, railla Jack.

Le policier se redressa sur un coude pour fixer le journaliste.

— J'ai bu, oui, concéda-t-il. Mais je ne suis pas bourré. Je me rappellerai de tout ce qu'on a fait demain matin.

— Ah mais ça, c'est parce que je suis un coup inoubliable, se moqua Jack.

Un sourire étira le visage de Greg et il embrassa le journaliste, qui protesta :

— Wow, t'es p'tet pas bourré mais t'as l'haleine d'un ivrogne ! T'as bu combien de bières, ce soir ?

— Viens habiter ici … répondit le lieutenant.

Le visage de son amant perdit toute trace d'hilarité.

— Pardon ? fit-il d'un ton froid.

— Viens habiter ici. Avec moi.

— Tu plaisantes ?

— Pas du tout, affirma le policier en se penchant pour poser ses lèvres sur celles de Jack.

Le journaliste le repoussa et se leva du lit, attrapant ses affaires pour se rhabiller.

— Tu vas où ? gémit Greg. Reste avec moi …

— Je crois qu'on a besoin de prendre un peu de distance, au moins pour ce soir, maugréa son amant.

Le lieutenant fronça les sourcils et alors que Jack enfilait son pantalon, il l'attrapa par le bras et le déstabilisa, le forçant à s'asseoir.

— Pourquoi tu pars ? Tu ne m'aimes plus ? se plaignit le policier.

Le journaliste essaya de se relever mais Greg le tenait trop fermement.

— Ecoute, tu es bourré, tu ne sais pas trop ce que tu dis … Il vaut mieux qu'on en parle une autre fois.

— Réponds moi … supplia le lieutenant.

Jack soupira mais accepta sa requête.

— Greg, les choses étaient claires, non ? On couche ensemble de temps en temps, on passe du bon temps mais on n'est pas un couple. On garde nos distances et on ne s'attache pas, pour ne pas être déçu au bout du compte. Et je crois que là, tu t'attaches. Alors si on veut pouvoir continuer à se voir pour passer des soirées agréables ensemble, on va devoir reprendre un peu de distance, histoire d'être sûr de bien vouloir tous les deux la même chose.

Le lieutenant ouvrit la bouche et la referma sans rien dire. Le journaliste lui caressa la joue avant de se redresser et d'attraper son pull.

— Tu sais qu'il y a un homme qui m'a donné son numéro de téléphone, aujourd'hui ? lança le policier sur un ton provocateur.

— Ca ne m'étonne pas. Tu es redoutablement séduisant.

— Je me demande si je ne vais pas l'appeler.

Jack lui adressa un petit sourire contrit.

— Tu as le droit, Greg. On n'est pas un couple. Si tu as envie de sortir avec d'autres garçons, ou même avec une fille, tu peux. Je ne t'en voudrais pas d'aller voir ailleurs. Tout comme tu ne peux pas m'en vouloir de ne pas vouloir m'engager.

— Mais c'est toi que je veux ! s'écria le lieutenant. J'en veux pas, de ce mec ! C'est de toi dont j'ai besoin.

Les épaules du journaliste s'affaissèrent.

— Je suis désolé, Greg. Je ne peux pas te donner ce que tu veux.

— Mais qu'est-ce que j'ai fait de mal ? s'énerva le policier.

— Rien. Rien, tu es parfait, assura Jack. C'est moi qui ne veux pas m'engager. Et ça n'a rien à voir avec toi. Je ne veux juste plus souffrir, je ne veux plus m'impliquer dans une relation qui se finira forcément mal. Je veux juste quelqu'un avec qui sortir de temps en temps. Et si toi, tu veux plus, il va falloir que tu trouves quelqu'un d'autre que moi.

Le journaliste attrapa son sac et se pencha pour embrasser Greg sur la joue.

— On se recroisera peut-être au pub ?

Le lieutenant lança ses bras autour de son cou et l'attira contre lui. Ils échangèrent un baiser fiévreux, passionné, puis, Jack se recula doucement mais fermement.

— Je suis vraiment désolé, Greg. Je ne peux pas …

Le journaliste se dirigea vers la porte d'entrée et sortit sans se retourner. Seul sur son lit, au milieu des draps défaits, le policier murmura :

— Reste …

Le silence de son appartement lui répondit. Une boule dans la gorge, Greg fondit en larmes. Il n'avait jamais pleuré ainsi depuis des années. Même la découverte des tromperies de son ex-femme et le divorce ne l'avaient pas bouleversé à ce point. Mais ce soir, il venait de se faire briser le cœur.

Le lieutenant réalisait seulement maintenant, qu'en fin de compte, il avait cru à ses conneries d'âme sœur et d'amour qui durait toujours. Le policier s'était mis à penser que Jack pourrait être son prince charmant et avant qu'il s'en rende compte, le piège s'était refermé sur lui. Greg était tombé amoureux du journaliste et il devait désormais faire face à la douloureuse réalité des sentiments non réciproques.

Le lieutenant avait voulu jouer avec le feu et il avait perdu la partie. Il venait de se brûler les ailes et tombait maintenant en chute libre dans le puits sombre et froid de la désillusion. Le policier avait cru pouvoir fréquenter quelqu'un sans en tomber amoureux, il avait cru pouvoir s'arrêter à une relation purement charnelle, il avait cru être fort. Mais il s'était surestimé.

Et il allait en payer le prix fort. Greg se laissa tomber sur l'oreiller sur lequel Jack était installé quelques minutes plus tôt. Les épaules secouées par les sanglots, sa gorge douloureusement nouée par le chagrin, il pleura pendant plus d'une demi-heure. Puis, épuisé, il finit par s'endormir, les joues humides des larmes qu'il avait versées et le cœur en miettes.