Personne n'aurait pu deviner que Greg essuyait un chagrin d'amour. Ses collègues ne remarquèrent rien quand il se présenta le lendemain au commissariat et crurent que son teint pâle et sa mauvaise mine étaient dus à l'enquête pour laquelle il avait dû s'absenter deux jours. Le lieutenant ne démentit pas leurs suppositions mais refusa de leur parler de l'affaire sur laquelle il avait travaillé. Il se concentra sur son boulot toute la journée, tâchant de faire bonne figure malgré son cœur brisé.

Mais une fois l'heure de quitter le commissariat arrivée, Greg fonça au pub. Il avait envoyé un texto à son amant pour lui dire qu'il voulait s'expliquer avec lui. Tant pis si Jack ne voulait pas s'engager, tant qu'ils pouvaient toujours se voir. Le lieutenant était prêt à lui mentir, à lui dire qu'il était totalement saoul et qu'il ne pensait pas ce qu'il avait dit. Entre ne voir le journaliste que pour une partie de jambes en l'air et ne plus le voir du tout, le policier avait rapidement fait son choix, même si cela impliquait de devoir cacher ses sentiments.

Cependant, Jack ne vint pas. Pendant qu'il l'attendait au pub, Greg consulta le site internet du magazine pour lequel travaillait le journaliste depuis son téléphone portable, lisant les articles qu'il avait rédigés pour passer le temps. A chaque fois qu'un client entrait dans l'établissement, son rythme cardiaque s'emballait et à chaque fois, il était déçu ne constater que ce n'était pas Jack qui arrivait.

Après de longues heures à faire le guet, le policier se résigna à rentrer chez lui, conscient que son amant ne viendrait pas ce soir-là. Il espérait presque trouver le journaliste assis devant son immeuble, sous le digicode, comme la veille. Mais il n'y avait personne. Son cœur se brisa de nouveau sous le coup de la déception et ses yeux se remplirent de larmes. Mais il les retint et elles ne coulèrent pas sur ses joues.

Ce manège dura une semaine. Chaque jour, quand il quittait le commissariat, il se rendait au pub et y restait jusqu'à tard, avec l'espoir de finir par y croiser Jack. Mais son amant ne se montrait jamais. Et lui ne pouvait s'empêcher de se faire pitié lorsqu'il croisait son regard humide de larmes dans le reflet d'un miroir, son bras en écharpe lui donnant un air encore plus fragile. Il ne s'était jamais vu dans un état aussi pitoyable mais il n'arrivait pas à se relever et à aller de l'avant, comme il l'avait toujours fait jusqu'à présent.

Le huitième soir, après avoir constaté que Jack n'était toujours pas venu au pub et ne lui donnait toujours aucune nouvelle, Greg fit demi-tour et se rendit chez son amant à pied, bien décidé à ne pas se laisser vaincre. Il tenta de l'appeler, laissant messages sur messages sur sa boîte vocale, expliquant qu'il voulait lui parler pour qu'ils s'expliquent, s'excusant de son comportement un peu grossier qui était à mettre sur le compte de l'alcool qu'il avait ingurgité ce soir-là, mais il ne reçut aucune réponse. Alors, le lieutenant s'assit sur le trottoir et attendit devant chez le journaliste qu'il se décide à montrer le bout de son nez. Il ne pourrait pas se terrer éternellement chez lui, il serait obligé de sortir pour travailler.

Il attendait depuis une vingtaine de minutes lorsqu'une voiture ralentit et se gara non loin de lui. Le policier sentit son cœur s'affoler, espérant que c'était Jack qui arrivait, avant de réaliser que le véhicule du journaliste était totalement différent de celui qui venait de se stopper. Curieux, il observa tout de même la portière côté passager s'ouvrir et son souffle se coupa quand il reconnut l'homme qui en descendait. Non, ce n'était pas possible … Il devait rêver …

Mycroft lissa sa veste de costume et s'avança sous la lumière blafarde des lampadaires d'un pas raide. Greg le regarda marcher d'un air neutre, cherchant à comprendre ce qu'il venait faire. Le haut fonctionnaire s'arrêta en face de lui et fit une moue avant de dire :

— Je pourrais vous dire que je vous avais prévenu que Jack n'était pas fait pour vous, mais je ne pense pas que ça soit utile.

Le lieutenant eut l'envie subite de se jeter sur l'aîné des Holmes pour l'étrangler ou lui faire avaler sa cravate. Mais la fatigue et la lassitude s'abattirent sur lui et de toute façon, avec son bras en écharpe, il ne pourrait pas faire grand-chose. Alors, il se contenta de murmurer :

— Allez-vous faire foutre avec vos conseils.

Mycroft prit un air pincé avant de soupirer. Il jeta un coup d'œil au trottoir, comme s'il essayait de se convaincre qu'il était tout à fait propre, avant de s'asseoir à contrecœur à côté du policier.

— Il ne viendra pas.

— Je sais, avoua Greg. Mais je ne peux pas m'empêcher d'espérer.

Le haut fonctionnaire lui lança un regard surpris, comme s'il ne comprenait pas qu'on puisse avoir de l'espoir alors qu'on savait pertinemment qu'un événement ne se produirait pas, mais ne répondit rien.

— Vous savez où il est, n'est-ce pas ? devina le lieutenant.

— Oui.

— Mais vous n'allez pas me le dire ?

Mycroft haussa les épaules.

— Si vous y tenez, je peux vous révéler où il se cache. Parce que c'est ce qu'il fait. Il se cache de vous. Mais je ne pense pas que ce soit une solution à votre problème.

Greg se prit la tête entre les mains, atterré par la tournure des événements. Un long moment passa sans que l'un des deux hommes ne parle, puis, le haut fonctionnaire claqua sa langue contre son palais.

— Je peux vous ramener chez vous, si vous voulez.

Le lieutenant hocha la tête, résigné. Il ne servait à rien d'attendre que Jack se montre. Il ne voulait pas lui parler et si le policier insistait pour le voir, il n'avait aucune chance d'arranger les choses entre eux. Greg se leva donc et suivit Mycroft. Le haut fonctionnaire lui tint la portière de la voiture pour le laisser s'installer sur la banquette arrière en premier avant de s'asseoir à côté de lui.

Le trajet se fit en silence. Quand le véhicule s'arrêta devant chez le lieutenant, l'aîné des Holmes demanda à son chauffeur de l'attendre et il accompagna le policier jusqu'à chez lui, le suivant jusque dans son appartement sans y avoir pour autant été invité. Greg lui lança un regard malheureux et lui demanda :

— Pourquoi vous faîtes ça ?

— Faire quoi ? s'enquit Mycroft d'un ton trop poli pour être honnête.

— M'avoir surveillé. Être venu me chercher devant chez Jack. M'avoir raccompagné jusqu'à chez moi.

Le haut fonctionnaire haussa les épaules.

— Vous ne m'avez pas appelé. Je voulais savoir si c'était parce que vous aviez perdu mon numéro de téléphone.

Le lieutenant le fixa d'un air effaré. Puis, il déduisit que si l'aîné des Holmes agissait ainsi, c'était forcément parce qu'il avait des sentiments pour lui. Un homme de sa trempe ne s'amusait pas à pirater les caméras de surveillance de Londres pour s'assurer qu'un homme qu'il connaissait à peine allait bien.

Après tout, pourquoi pas se laisser tenter ? Ce n'était pas Jack, mais il ferait l'affaire pour ce soir. Parce que le policier n'avait pas le courage de rester seul dans son appartement qui lui rappelait cruellement ce qu'il avait vécu avec le journaliste ces derniers mois.

Greg franchit les deux pas qui le séparait de Mycroft, lui passa une main derrière la tête et le rapprocha de lui pour l'embrasser. Le haut fonctionnaire ne se laissa pas faire et résista. Au regard blessé et plein de questions que lui envoya le lieutenant, il répondit :

— Vous êtes triste et en manque d'affection, ce qui est normal, puisque vous venez de vous faire briser le cœur. Ce n'est pas moi que vous voulez, mais Jack. Je ne veux pas être un substitut. J'ai trop de fierté pour ça. Alors, appelez-moi quand vous serez prêt à entamer une nouvelle relation.

L'aîné des Holmes recula et sortit de l'appartement, laissant Greg les bras ballants au milieu de son salon. Le lieutenant avait l'impression de s'être encore une fois fait plaquer et cette impression était d'autant plus désagréable qu'il n'avait même pas embrassé le frère de Sherlock. Ses jambes se mirent à trembler. Il tituba jusqu'à son lit et s'assit dessus, le cœur au fond de l'estomac.

Son téléphone vibra et le policier le sortit mollement de sa poche. Un numéro inconnu s'affichait sur son écran mais il lui suffit de lire le contenu du message pour deviner qui le lui avait envoyé.

« Maintenant, je suis sûr que vous avez mon numéro ».

Pris de colère, Greg envoya son portable contre le mur en face de lui. La coque du mobile se détacha de l'écran qui émit un craquement en touchant le sol, et une pièce de l'appareil vola à travers la pièce. Le lieutenant donna un coup de pied dans sa table de chevet avant de s'allonger d'un geste brusque sur son matelas.

Il détestait Mycroft Holmes. Il détestait Jack. Il se détestait.

####

— John ?

Le médecin quitta la télé du regard et baissa les yeux. Sherlock était allongé sur le canapé, sa joue reposant sur les genoux de son colocataire.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Tu as arrêté de me caresser les cheveux.

Le blond sourit. En effet, alors qu'il avait passé de longues minutes à jouer avec les mèches noires du détective, il venait de laisser glisser sa main le long du bras du brun pour entrelacer ses doigts avec les siens. John délaissa donc la main de Sherlock et voulut la remonter vers sa tête mais le détective l'arrêta avant qu'il soit arrivé à son but, reprenant possession de ses doigts.

— Comment veux-tu que je te caresse les cheveux si tu gardes ma main ? protesta le médecin.

— A ce que je sache, tu n'es pas manchot, répondit le brun.

Le blond leva les yeux au ciel mais consentit à plonger son autre main dans la tignasse bouclée de son colocataire, qui ferma les yeux pour mieux apprécier la caresse.

— Je te préviens, si tu t'endors, je ne te porterai pas jusqu'à ton lit, l'avertit John.

Sherlock rejeta sa tête en arrière pour lancer un regard de chien battu au médecin, une technique qu'il avait apprise un jour où il était tombé sur une série en allumant la télévision.

— Tu m'abandonnerais sur le canapé ? gémit-il, usant de son charme pour tenter de faire flancher le blond.

— Si tu ne veux pas que ça arrive, ne t'endors pas, répliqua John.

Une moue boudeuse apparut sur le visage du détective, vexé de ne pas avoir mené son plan à terme, et le médecin lui envoya un baiser de loin.

— Ne fronce pas les sourcils, quelqu'un pourrait tomber amoureux de ton sourire, se moqua-t-il gentiment.

Le brun perdit son visage renfrogné pour envoyer un sourire radieux au blond, qui se sentit électrisé. Un frisson naquit à la base de son cou et lui parcourut toute la colonne vertébrale.

— J'ai comme l'impression que je viens de séduire quelqu'un, ironisa Sherlock en se retournant pour embrasser le ventre de John.

— Si tu parles de moi, sache que tu as conquis mon cœur depuis longtemps.

Le détective fit la moue avant de se redresser jusqu'à ce que son nez frôle celui du médecin.

— Ce n'est pas juste, murmura-t-il. Tu réussis toujours à avoir le dernier mot.

Un sourire amusé étira les lèvres du blond et il posa sa bouche sur celle de son colocataire. Sa langue partit à la rencontre de celle du brun et ils ne se séparèrent que pour reprendre leur respiration.

— Je t'aime, souffla Sherlock avec cette lueur dans ses iris bleus qui faisait craquer John.

— Je t'aime aussi, chuchota le médecin.

Le détective se blottit contre le torse du blond qui posa sa joue sur le haut de sa tête, les mèches bouclées du brun venant lui chatouiller le nez. Leurs doigts liés ne se quittèrent pas de la soirée.

####

L'humeur de Greg resta terne pendant plusieurs jours, qui se transformèrent peu à peu en semaines. Il envoya bouler plusieurs personnes au commissariat, répondant sèchement aussi bien aux policiers qu'aux civils. Lorsqu'il eut besoin de Sherlock pour une enquête, le détective l'observa, les yeux plissés, tâchant de deviner ce qui arrivait au lieutenant. Heureusement, John l'arrêta avant qu'il ait pu formuler la moindre hypothèse en lui posant la main sur le bras et en secouant la tête. Si le policier n'avait pas été trop occupé à ruminer, il aurait recommencé à réfléchir à la possibilité que les deux colocataires soient plus que des amis.

Greg avait amèrement regretté d'avoir envoyé valser son téléphone contre un mur, parce qu'il était désormais hors d'usage. Il avait dû en racheter un et n'avait pas résisté à l'envie de contacter de nouveau Jack, dont il connaissait le numéro par coeur. Malheureusement, le journaliste continuait de l'ignorer. Le lieutenant s'était rabattu sur le site internet du magazine qui l'employait pour avoir l'impression d'avoir de ses nouvelles, lisant ses articles pour combler le vide qu'il ressentait dans son coeur.

C'est ainsi qu'il découvrit que l'une des personnalités sur laquelle écrivait son ex-amant était l'une des intervenantes du séminaire sur l'écologie sur lequel Sherlock avait enquêté quelques jours plus tôt. C'était la femme blonde qui était sur scène avec Svilkint lorsque l'écran avait explosé. Un déclic se fit dans l'esprit du policier. Ce ne pouvait pas être une coïncidence. Jack descendait en flèche une scientifique qui avait justement été une des victimes du poseur de bombes.

Après avoir fait une rapide recherche, Greg sentit ses soupçons se confirmer. Elizabeth Harper, la scientifique en question, était bien descendue dans le même hôtel que Svilkint – et par la même occasion, dans le même hôtel que les frères Holmes, John et lui. C'était donc elle que les explosifs placés dans l'ascenseur visaient, sauf que comme l'avait souligné Sherlock, le poseur de bombes – alias Jack – était un amateur et avait loupé son coup, ne réussissant pas à déclencher ses explosifs quand Elizabeth Harper était dedans.

Poussé par la colère qu'il ressentait envers le journaliste, le lieutenant envoya toutes ses déductions par texto au détective. Il ne savait pas pour quelle raison le journaliste en voulait à la scientifique, mais il ne voyait pas d'autre explication possible. Le cœur tambourinant contre ses côtes à cause de l'excitation de ses découvertes, le policier attendit avec impatience la réponse de Sherlock.

Pour lui, il n'y avait plus aucun doute. Son ex-amant était leur mystérieux poseur de bombes. Il était certain que le détective trouverait la motivation qui animait Jack, maintenant qu'il avait tous les éléments en main. Greg dut attendre une heure pour que Sherlock lui réponde et le message qu'il reçut en réponse au sien lui fit l'effet d'une douche froide.

« Il n'est pas coupable. Il n'a absolument aucun lien avec Elizabeth Harper. Et il y a trop d'incohérences dans votre théorie. Je ne crois pas que ce soit Harper qui ait été visée par le poseur de bombes. SH »

Le lieutenant leva le bras pour balancer son téléphone contre le mur, dans un geste de pure colère, avant de se souvenir que la dernière fois qu'il avait fait ça, cela lui avait coûté un mobile. Le policier préféra donc faire tomber son appareil sur son lit et fonça sous la douche pour tenter de se calmer.

Il avait l'impression que c'était la deuxième fois en un mois que Jack le décevait, alors qu'ils n'étaient même plus en contact. Greg avait été tellement persuadé que c'était le journaliste le coupable qu'il était totalement déçu de la réponse négative de Sherlock. Une colère sans nom l'animait et il resta sous le jet brûlant de sa douche pendant une heure. La peau de ses doigts était toute fripée et la salle de bains était pleine de vapeur lorsqu'il coupa enfin l'eau.

Le lieutenant se sécha énergiquement jusqu'à ce que sa peau rougisse et le brûle. Mais même après ça, il était encore plein de rancœur et de fureur et il menaçait d'exploser. Alors, le policier enfila un survêtement et sortit courir dehors afin d'évacuer toute la haine qu'il ressentait pour son ex.

Greg parcourut plusieurs kilomètres, sans trop savoir où il allait, mais cela lui fit du bien. A cause de l'immobilisation de son bras, le lieutenant n'avait pas pu courir pendant un long moment et même si cela faisait plusieurs jours qu'il avait ôté son écharpe médicale, il avait été trop déprimé pour penser à aller faire un footing.

Hors d'haleine, le policier finit par se laisser tomber sur le banc d'une petite place, les jambes brûlantes, de grosses gouttes de sueur dévalant son front et roulant jusque dans son cou. La colère l'avait quitté. Maintenant, il ne ressentait plus qu'une incroyable lassitude. Et il n'avait absolument plus la force de rentrer chez lui.

Greg leva les yeux vers le ciel nocturne et essaya d'y distinguer des étoiles, mais des nuages encombraient le ciel et il ne put voir aucune constellation. Il ferma alors les yeux, profitant du calme ambiant. Un bruit de pas vint soudain briser le silence et le lieutenant tourna la tête vers la droite.

Mycroft Holmes s'approcha du banc de son pas raide et s'assit à côté de lui. Il l'examina de haut en bas avec une moue hautaine avant de sortir un mouchoir de sa poche et de le presser contre le front du policier. Greg se laissa faire. De toute façon, il n'avait pas la force de repousser le haut fonctionnaire.

— Vous allez attraper froid, lui signala l'aîné des Holmes.

— Ce n'est pas grave … fit le lieutenant en haussant les épaules. Je pense que je survivrai à un rhume.

Ils restèrent un instant silencieux, puis, le policier avoua :

— Je pensais que Jack était notre poseur de bombes.

— Je sais. Votre théorie était intéressante, déclara Mycroft.

Greg lui adressa un regard dubitatif et se demanda brièvement comment il pouvait être au courant de ce qu'il avait dit à Sherlock, avant de se souvenir qu'on ne pouvait pas cacher grand-chose à son interlocuteur.

— Vous le pensez vraiment ? Parce que votre frère la trouvait incohérente.

— Elle l'est, affirma le haut fonctionnaire. Mais ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas intéressante.

Le lieutenant hésita un instant à demander des précisions pour comprendre ce que voulait dire l'aîné des Holmes avant de renoncer. Peu importait ce qu'avait voulu dire Mycroft puisque de toute façon, Jack n'était pas le coupable qu'ils recherchaient. Le haut fonctionnaire finit par se lever du banc.

— Je vous ramène chez vous ?

— Quel admirable chevalier servant vous faîtes, ironisa Greg.

L'aîné des Holmes ne répondit pas et s'éloigna vers sa voiture, garée un peu plus loin. Le lieutenant le suivit d'un pas lent, les jambes flageolantes. Il se laissa tomber sur la banquette arrière du véhicule et manqua s'endormir pendant le trajet. Comme la première fois où Mycroft l'avait reconduit chez lui, le haut fonctionnaire l'accompagna jusqu'à son appartement.

— Merci, lâcha d'un ton sec Greg lorsqu'il fut rentré chez lui.

L'aîné des Holmes lui fit un signe de tête et juste avant de quitter la pièce, il se retourna pour lancer :

— J'attends toujours votre appel.

####

Il fallut encore une semaine et des footings de plusieurs dizaines de minutes pour que Greg finisse par sentir la colère qui l'habitait s'apaiser un peu. Il en voulait toujours à Jack de ne pas lui avoir donné de signe mais le lieutenant commençait à accepter leur rupture. Il n'était pas guéri, loin de là, mais le policier sentait qu'il commençait doucement à tourner la page.

Alors qu'il sortait de sa douche et s'apprêtait à regagner son lit, le regard de Greg fut attiré par un petit carton blanc à demi-caché sous un paquet de mouchoirs entamé. Le lieutenant s'en saisit et reconnut la carte de visite que Mycroft lui avait donnée, un mois plus tôt.

Le policer se mordit la lèvre, hésita un instant, puis, se dit qu'il ne risquait rien à tenter le coup. Il attrapa son portable qu'il avait abandonné sur la table de salon et composa le numéro de téléphone qui figurait sur le carton. Il n'eut pas à attendre longtemps que son interlocuteur décroche.

— Allô ? fit la voix de Mycroft.

— C'est Greg, annonça le policer. Je voulais savoir quand vous seriez libre.