Chapitre IV: Bosser ensemble, ça crée des liens

Je me réveillai avec la pire migraine de ma vie. Je n'étais pas exactement sûre de comment je l'avais attrapée, mais je savais que cogner ma tête dans la douche n'avait pas aidé.

C'est pourquoi je me traînais en arrivant au petit-déjeuner le mardi matin, assomant presque Peter Maroon alors qu'il essayait de me parler pour la douzième fois depuis le début du trimestre (ce qui constituait un exploit étant donné que c'était seulement le matin du deuxième jour et que nous n'étions même pas dans la même maison), et pénétrai la Grande Salle de très mauvaise humeur.

Je m'assis entre Al et Lucy, mes cheveux frisant de plus en plus, et commençai, à me beurrer furieusement un bout de pain.

"Alors j'ai du le suivre et traîner-" Al s'arrêta au milieu de sa phrase et se tourna pour me dévisager. "Whoa, Rosie, mon petit rayon de soleil, on s'est levé du pied gauche en cette belle matinée?"

Je le jetai un long regard insistant, qui glissa ensuite sur Peter Maroon qui entrait dans la Grande Salle et s'assit avec ses amis à la table de Poufsouffle. Il me fit un signe de la main enthousiaste. Je crispai mes mains jusqu'à ce que mon toast soit complètement broyé, cassé en deux, sur la table.

Je transférai ma colère contre moi-même sur Peter mais, sur le coup, je m'en fichais. Il était tôt (je n'étais définitivement pas du matin), j'avais une mauvaise migraine et mal à la jambe.

Je sentis tous mes cousins dans un rayon de deux mètres s'éloigner précautionneusement de moi, en pensant que je ne les remarquerais pas.

"Oh, c'est bon", leur lançai-je à tous. "Je ne vais pas vous arracher la tête"

"C'est pas si sûr", me dit Angie après un silence.

Je ne pus pas m'en empêcher; je ris. Angie trouvait toujours un moyen de me remonter le moral, même quand j'étais vraiment contrariée. Elle avait consolé mon 'coeur brisé' en seconde année, quand j'avais découvert que Gilderoy Lockhart n'avait écrit aucune de ses histoires. Ou quand j'avais vu le seul garçon qui m'avait jamais intéressée, William Brown, bécoter une fille de deux ans notre aînée, lorsque nous étions en quatrieme année.

"Alors", demandai-je, surtout pour changer de sujet, en beurrant un autre morceau de pain. "Comment s'est passé la soirée de début de trimestre?"

Fred, Albus, Hugo, Lily, Dominique, Lucy, Roxanne et Angela se tournèrent pour me regarder. Dévisager serait plus juste. La seule personne à ne pas me fixer était Hugo.

"Qu-quoi?" hésitai-je.

"Il n'y a pas eu de fête", me dit Hugo en se versant du jus de citrouille.

"Pourquoi?"

"Parce que quelqu'un", Albus se tourna cette fois pour fixer Angie, "a dit à la personne qui faisait des rondes ce soir-là, appelée préfète en chef, qu'il y allait y avoir une fête."

"Allez, les gars", protestai-je. "Je n'allais pas me ramener et vous mettre tous en retenue. Je ne savais même pas où était cette fête."

"C'était un risque que certains d'entre nous n'étaient pas prêts à prendre" dit Fred, se moquant d'Albus en faisant semblant d'être sérieux. Quand Al se détourna, le visage de Fred se fendit d'un énorme sourire.

J'essayai de ne pas rire. "Alors quand est-ce que vous ferez cette fête finalement?"

"Halloween" me répondit Hugo.

"HUGO!" s'exclama Al et quelques filles de cinquième année à Poufsouffle passant par là se retournèrent pour le regarder. Al leur fit un clin d'oeil avant de se tourner vers Hugo alors qu'elles gloussaient. "T'étais pas censé lui dire!"

"Désolé" marmonna Hugo puis il commença à maudire silencieusement Al en français, ce qu'il avait probablement appris de Victoire et Dominique. Malheureusement, je me débrouillais assez en français pour comprendre ce qu'il disait, et il me fut encore plus difficile de retenir mon rire.

"Alors comme ça je suis pas invitée, Al?" demandai-je. 'Ce n'est pas parce que je suis préfète en chef que je n'ai pas envie de m'amuser."

"C'est l'idée" ,lança Scorpius pour annoncer son arrivée.

Je lui adressai un grand sourire. "Je suppose que tu aimes t'amuser alors, Scorpius?"

"Juste un peu", répondit-il, avec un petit sourire satisfait.

Nos amis ne prononcèrent pas un mot alors que nous nous retournions tous les deux vers le groupe. Scorpius s'assit entre Al et moi.

"Qu'est-ce que..." essaya de dire Angie, mais Dominique l'interrompit.

"On vient d'entrer dans un univers parallèle ou quoi?"

Je regardai Scorpius et vit qu'il me regardait aussi. Nous échangeâmes un regard qui voulait clairement dire: 'Qu'est-ce qu'on a bien pu faire de mal?'. Je me retournai vers Dominique, ma confusion toujours visible sur mon visage. "Qu'est-ce que tu veux dire?"

"Je veux dire," commença-t-elle en hissant son sac sur la table, "que vous êtes exceptionnellement gentils l'un envers l'autre aujourd'hui. C'est inhabituel et très franchement," elle se leva et me dépassa en souriant, "ça me fout les jetons."

"N'importe quoi, Dom", lui lançai-je et je l'entendis rire avant de disparaître au milieu de la foule d'étudiant remplissant alors la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Je me retournai vers les autres après avoir regardé rapidement Scorpius; il avait le regard plongé dans ses céréales. "Qu'est-ce qu'il y a de mal à être un peu polis?"

"Rien", répondit Angie d'une manière qui laissait entendre quelque chose complètement différent. Je n'arrivais pas exactement à saisir ce qu'elle sous-entendait alors j'optai pour la regarder en haussant les sourcils.

"Ca va, Scor?" demanda discrètement Al au milieu des gloussement de Lucy et Roxanne. Encore une fois, je remarquai qu'il n'avait pas l'air dans son assiette ce jour-là.

Est-ce que j'étais ne serait-ce que censée le remarquer? Ca n'augurait rien de bon, même si je m'étais rapprochée de lui.

Il releva les yeux de ses céréales pour regarder Al, puis ses yeux glissèrent vers moi et quand il remarqua que je le regardait, il sourit. "Ca va, Al. Merci."

"Ok..." déclara Al, sans sembler réellement convaincu, mais il remarqua rapidement un groupe de filles de septième année à la table des Serpentard qui attira son attention comme si elles brillaient. "A plus, on se voit en histoire de la magie", souffla-t-il rapidement, puis il se dépecha de suivre les filles alors qu'elles quittaient la Grande Salle.

Après cela, je réalisai que chaque membre de ma famille et mes meilleurs amis étaient de très bonne humeur. Je ne savais pas pourquoi ce matin était si spécial, mais la bonne humeur était contagieuse, et, alors que je commençai mon troisième bout de pain, je souriai et riai avec Fred et Angela alors qu'ils racontaient comment Albus et Dominique s'étaient encore disputés à propos d'une technique de quidditch.

"Alors Dom a dit que ça aurait dû être 'piquer, virer, tirer' mais Al ne démordait pas de son 'virer,piquer, tirer' -"

"Quoi?" m'exclamai-je, pour me moquer de Fred pour une fois -c'était le contraire, d'habitude.

"-Je sais!" me dit Fred et je levai les yeux au ciel. Il n'avait pas compris; je me foutais totalement de leurs disputes de Quidditch. "Pourquoi, oh pourquoi, est qu'Albus a été nommé capitaine?"

C'était une question rhétorique, cependant Scorpius Malefoy dut penser que c'était le moment de nous rappeler sa présence et dit: "Je sais, je veux dire, personne ne peut me battre de toute façon, pourquoi même s'embêter avec un capitaine d'équipe pour Gryffondor cette année?"

"Parce qu'on est tellement plus fort que vous", lui répondis-je. "Et que tout ce dont nous avons besoin est un idiot qui pense qu'il dirige... même si de toute évidence il ne dirige rien."

"Ha ha, très drôle Weasley", me dit-il, mais contrairement à d'habitude, il ne le dit pas avec mépris - on aurait plutôt dit que nous étions des meilleurs amis en train de se taquiner.

"Ouais", commenta Angie. "Rose mène Al par le bout du nez, hein, Rose?"

"Ouaip", approuvai-je en souriant tandis que nous rentrions en Histoire de la Magie, avant d'être accueillis par Albus.

"Vous êtes partis où après le petit déjeuner?" lui demanda Dom alors qu'elle rentrait également dans la classe, et elle balança son sac sur une table à côté d'une fille avec des cheveux noirs et des yeux violets, en ajoutant "Salut, Alice".

Alice lui sourit, puis ses jolis yeux rencontrèrent ceux d'Albus et elle rougit quand il lui fit un clin d'œil. Il se retourna vers nous et déclara "J'étais en train de parler à Rich des projets à venir cette année."

"Mais ce ne sont pas les préfets en chefs qui sont supposé décider des événements?"

"Et bien, on essayait seulement de deviner, Dom", lui dit Al, secouant la tête comme s'il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle prenait ça tant au sérieux.

"Alors qu'est-ce que vous pensez qu'on devrait prévoir cette année?" demandai-je. "On n'a que deux trucs pour le moment."

"Une fête", rayonna-t-il, en s'asseyant à la droite d'Angela, Dom à sa gauche. Je m'assis à côté d'Al, et Scorpius s'assit à ma droite, avec Fred à côté de lui. En histoire de la magie, nous nous asseyions en groupe de sept; apparemment c'était parce que c'était le plus puissant des nombres magiques, et de ce fait on était censés mieux travailler.

Et j'étais presque cent pour cent sûre que j'étais la seule à écouter lorsqu'on nous avait dit ça.

"On a besoin d'une excuse pour une fête, Al" dit Scorpius, se penchant sur ma table pour lui parler. Mon souffle se bloqua dans ma gorge alors que je sentais l'odeur de son eau de cologne. Je dus me mordre la lèvre pour être sûre de ne rien faire ou dire de stupide.

"On a besoin d'une couverture, alors", déclara Al, et, à, ma grande horreur, Scorpius tourna son visage, alors à quelques centimètres du mien, et me souris malicieusement avant de se retourner vers Al.

"Pourquoi pas un bal?" demandai-je, et tous me regardèrent comme si je souffrais de déficience mentale. "Quoi? Allez, je ne pense pas forcément à des contes de fées, des paillettes, des longues robes et de la valse juste parce que j'ai utilisé le mot 'bal' "

"Qu'est ce que tu veux dire alors?" demanda Angie, et Dom hocha rapidement la tête alors qu'Al semblait toujours choqué que j'aie pu suggérer qu'il valse.

"Je veux dire, Bizarr'Sisters, Hippogriff High, tout ça"

"Oh!" dirent-ils tous en réalisant ce que j'avais en tête

"Tu veux dire qu'on appelle ça un bal, pour avoir l'autorisation de McGonagall, mais qu'on organise ça à notre manière, genre ados?" me demanda Al, et quand j'acquiesçai d'un signe de tête, il rit. "Excellent!"

C'est alors que notre professeur d'histoire de la magie, M. Norton, qui n'était heureusement pas un fantôme, entra dans la classe (via la porte, pas le tableau), et demanda à la classe de se calmer.

"Bonjour, et bon retour à l'école", commença-t-il, et tout le monde sauf moi gémit. "Je suis sûr que vous êtes prêts à travailler après vos belles grandes vacances. Aujourd'hui nous allons aborder un sujet lié à des événements magiques assez récents, et possiblement la chose la plus importante qui se soit jamais passée."

Tout le monde attendit que le professeur Norton se retourne et écrive le titre de la leçon sur le tableau. Je le copiai immédiatement sur mon parchemin vierge avant d'en prendre réellement conscience et de le comprendre: L'Histoire des Horcruxes.

"Bien, est-ce que quelqu'un sait quelque chose là-dessus, avant que l'on ne commence?" demanda-t-il.

Les regards de toutes les personnes de mon banc et de quelques autres personnes dans la classe, y compris le prof, convergèrent pour me regarder.

"Je... je ne sais pas" marmonnai-je, ma voix donnant l'impression que je n'arrivais pas à croire que j'étais en train de dire ces mots, à juste titre. Je savais que tout le monde se rendait compte que j'étais embarrassée, comme si j'admettais une grande humiliation. "Je-je ne suis pas autorisée à le savoir. Ou, du moins, pas tant que je ne l'ai pas appris à l'école."

"Pas de problème, Miss Weasley", dit le professeur Norton, en se retournant vers le tableau. "C'est pour ça que je suis là."

Je n'aimai tout de même pas ne rien savoir avant d'apprendre quelque chose en classe. Cela me dérangeait. Je pouvais sentir Scorpius Malefoy me dévisager curieusement à ma droite et Albus Potter faire la même chose à ma gauche. "Quoi?" leur murmurai-je à tous les deux.

"Vous ne savez rien à propos de tout ça?" nous demanda Scorpius.

"Non, je te l'ai dit, on n'a pas le droit de savoir."

"Et?" demanda Scorpius. "Tu n'as pas ignoré tes parents et appris tout ce que tu voulais savoir?"

"Bien sûr que non!" m'exclamai-je dans un murmure. Il renifla. "Quoi?"

"Allez, Weasley" dit-il en essayant de ne pas rire. "Tu n'es quand même pas si... obéissante?"

"Au moins j'écoute mes parents", dis-je, et les personnes juste devant nous se retournèrent pour nous dire de nous taire. Heureusement, le professeur Norton continua à parler.

"C'est bien de prendre des risques parfois."

"Non, ça ne l'est pas." insistai-je.

"Mon dieu, ça va être un enfer cette année, hein?" demanda-t-il rhétoriquement.

"Qu'est-ce que tu veux dire?" m'enquis-je, ma colère éclatant à nouveau.

"Je veux juste dire que tu vas la rendre si barbante, non?". Je dus résister à l'envie urgente de le gifler.

"Je ne suis pas si ennuyeuse", marmonnai-je sous ma barbe en commençant à prendre des notes de ce qui était écrit au tableau.

"Prouve-le", me défia-t-il.

"Prouve le contraire, toi" contrai-je maladroitement. Il me regarda. "Comment au juste est-ce que je suis supposée prouver que je ne suis pas ennuyeuse?"

"Je ne sais pas", dit-il comme si cette pensée ne lui était jamais venue à l'esprit. Ce qui était probablement le cas. "Arrête de prendre des notes pour une fois, embrasse un mec, emmerde le saule cogneur, baigne-toi dans le grand lac, cours dans les couloirs à poil, tout ce que tu veux-"

"Vous avez quelque chose à faire partager au reste de la classe, M. Malefoy?" demanda un professeur Norton agacé.

Scorpius me sourit délibérément et je le vis échanger avec Albus un regard qui n'augurait rien de bon pour moi. "N'y pense même pas, Malefoy", le menaçai-je dans un souffle, mais son sourire ne fit que s'élargir.

"Weasley était en train de se demander si elle allait bécoter Peter Maroon ou courir nue dans les couloirs", déclara-t-il si haut que toute la classe put l'entendre.

Je sentis mon visage tourner au rouge, même si je savais que ce n'était pas vrai, et ma colère eut raison de moi. Je fourrai mes livres dans mon sac et me levai. Je pointai ma baguette droit sur le visage de Scorpius, et une seconde plus tard, les mots 'j'aime les hommes' apparurent sur son front en grosses lettres rouges et je souris d'un air satisfait en sortant de la classe. Le professeur Norton ne s'en formaliserait pas, j'étais habituellement une bonne élève.

La sonnerie retentit quelques minutes plus tard. Dom, Angie, Fred et Alice me rattrapèrent devant la Grande Salle.

"C'était brillant, Rose" me dit Fred.

"Il avait l'air complètement perdu, il n'avait aucune idée de ce que tu lui avais fait avant de voir son reflet dans la fenêtre", rit Angie.

"Le mieux, c'est qu'il ne peut pas l'enlever sans mon accord", leur dis-je et ils se mirent tous à rire alors que nous nous asseyions à la table de Gryffondor.

"Qu'est-ce que c'était?" demanda Dom. "T'as utilisé quel sort?"

"C'est nouveau", lui dis-je. "Je ne suis même pas sûre qu'il ait un nom mais je l'ai trouvé dans un livre vraiment très intéressant à la bibliothèque l'autre jour - j'attendais de pouvoir l'utiliser. Je peux changer les mots quand je veux"

"C'est juste excellent", s'exclama Lily en nous rejoignant, suivie de près par Lucy et Hugo. "Vous avez vu Scorpius?"

"Si on l'a vu?" demanda Dom, incrédule. "On était là! C'est Rose qui lui a fait ça"

Lily se mit à rire:"Pourquoi?"

"Connard irritant, baveux et arrogant", marmonnai-je, et ils se mirent à rire.

"Madame Pomfresh ne pourra pas l'aider à l'enlever parce que personne ne sait quel sort Rose a utilisé", ajouta Alice.

La fin de sa phrase fut noyée par Scorpius alors qu'il s'approchait de nous, furieux. Al le suivait; lui et Rich Everton, un garçon mignon de notre année aux cheveux bruns bouclés et aux yeux bleu clair, étaient agrippés l'un à l'autre pour ne pas tomber tellement ils riaient.

"C'est pas drôle, Weasley" déclara Scorpius en s'asseyant en face de moi, et nous vîmes tous que les mots s'étaient changés en Connard irritant, baveux et arrogant. Tous mes cousins, Alice et Rich éclatèrent de rire.

"On parie?" lui dis-je alors que les mots changeaient encore pour écrire J'aime Lauren. Encore une fois, les rires redoublèrenet alors que nous voyions tous Lauren Dowry se précipiter depuis la table de Serdaigle comme la bonne petite fan qu'elle était.

"Salut, Scorpius", dit-elle en battant des cils et en tortillant ses cheveux blonds. Je levai les yeux au ciel mais ne pus m'empêcher de rire avec tous les autres de l'expression paniquée de Scorpius. Je pouvais voir ses yeux chercher désespérément une issue.

"C'est quoi sur ton front?" demanda-t-elle.

"Weasley aime m'insulter constamment" lui répondit-il en me fixant.

"En fait, le sortilège ne laisse apparaître que la vérité", mentis-je. Bien sûr que ce n'était pas le cas, mais je pensais juste que ce serait très amusant de voir la tête que ferait Lauren.

Lily et Rich avaient commencé à parler de leurs cours de métamorphose pour dissimuler leur nouveaux éclats de rire.

Scorpius avait l'air complètement mortifié par ma réponse et je pouvais presque l'entendre réfléchir à une excuse pour partir le plus vite possible; désormais, Lauren pensait qu'il l'aimait. Je décidai de l'aider un peu. Je remuai ma baguette, et les mots se transformèrent en looser sans expérience. Fred s'étrangla avec sa bieraubeurre et Al lui donna immédiatement une claque dans le dos pour couvrir leur fou-rire.

Lauren eut l'air de vouloir dire quelque chose, je ne sais pas quoi, mais son amie Paula l'appela depuis la table des Serdaigle et elle partit après avoir rapidement dit au revoir, sans commenter le nouveau look de Scorpius.

Il grogna et se tourna vers moi. "S'il te plaît, est-ce que tu pourrais juste m'enlever ça, Rose?", chuchota-t-il en soupirant comme s'il s'attendait à une autre longue dispute.

"Bien sûr", répondis-je, et j'annulai le sort d'un paresseux mouvement de baguette tout en me beurrant une tartine.

"Vraiment?" demanda-t-il, et il utilisa une cuillère pour vérifier son reflet. Tous mes amis me regardaient comme si j'étais folle, pour la deuxième fois de la matinée. "Juste comme ça?"

Je haussai les épaules. "Tu n'as rien dit quand je suis arrivée en retard aux rondes alors je suppose qu'on est quittes."

"Et bien, merci", dit-il sarcastiquement. "Tu sais, tu aurais pu juste dire 'désolée' "

"Non", l'interrompit Hugo. "Rose ne fait pas ça."

"Quoi?" demanda Scorpius, totalement perdu. Al, Angie, Dom, Lily, Lucy, Molly et Fred, et même Alice, hochèrent leurs têtes en accord avec Hugo. "Pourquoi pas?"

"C'est comme ça'", expliqua Hugo.

"Je ne crois pas qu'on devrait juste dire désolé tout le temps", dis-je à Scorpius. "Je trouve ça stupide de le dire encore et encore jusqu'à ce que ça ne veuille plus rien dire."

"T'as de la chance si tu obtiens un 'désolée' de Rose", l'informa Angie.

"Alors... quoi, tu ne t'excuses jamais?" me demanda-t-il, complètement mystifié.

"Bien sûr que si", lançai-je. "Mais sans utiliser le mot 'désolée' sauf si je suis vraiment en train de m'excuser pour une chose horrible que j'aurais faite... Qu'est-ce qu'il y a de si bizarre à ça?"

"Oh..." dit-il, faisant semblant de ne pas trouver ses mots. "Je ne sais pas... Tout?"

Je lui envoyai un coup de coude dans les côtes juste au moment où Peter Maroon arrivait en courant de la table des Serdaigle.

"Salut, Rosie!" dit-il, avec un peu trop d'enthousiasme pour quelqu'un à qui j'avais lancé un sort pour que huit farfadets le suivent tout une matinée en chantant 'il est des nôtres'. Apparemment il avait trouvé un moyen de les faire disparaître. Dommage.

"Salut Peter", répondis-je d'un ton neutre. "Quoi de neuf?"

"J'étais juste en train de me demander, heu... J'ai un peu de mal à comprendre les cours du professeur Roberts et, bien, je sais que t'es très intelligente et tout ça", je regardai de l'autre côté de la table et Dom leva les yeux aux ciels, "alors je pensais que peut-être, si tu veux, tu serais d'accord pour heuu... m'apprendre?"

"Du tutorat?" demandai-je innocemment. Je n'allai pas lui laisser comprendre que je savais qu'il voyait ça comme un rendez-vous car je n'y serais certainement pas allée. Il acquiesça. "Bien sûr"

"Merci!" s'exclama-t-il et il essaya de m'enlacer. Al et Hugo mirent leurs bras devant moi pour qu'il ne puisse pas se pencher sur la table. Imperturbable, il reprit la parole. "A plus tard alors, à sept heures à la bibliothèque?"

Je hochai la tête et il s'en alla en se pavanant d'un air stupide. A ce moment, je ne pouvais plus me retenir de sourire comme une maniaque. "Merci, Al" lui dis-je, puis j'embrassai Hugo sur la joue. "Je ne voulais pas que ce gars bizarre me touche."

"Pas de problème, Rosie" dit Al, puis Scorpius et lui s'en allèrent. Ils imitèrent tous deux la façon de marcher de Peter et Dom recracha tout le jus de citrouille qu'elle s'apprêtait à avaler. Nous nous remîmes tous à rire.

"Pourquoi diable est-ce que t'as dit oui?" me demanda Lily.

"Parce que j'adore les potions et que c'est un élève."

"Alors, étant Rose Weasley, geek-extraordinaire, tu te devais de l'aider", plaisanta-t-elle et j'acquiesçai. "Mais, Rose, tu réalises bien que tu vas devoir passer au moins une heure avec lui tout à l'heure?"

Je grognai. Je n'avais pas vraiment pensé à ce détail.


Je sortis de mon dortoir pour aller dans la salle commune de Gryffondor. Il était déjà sept heures cinq et j'essayai de retarder mon rendez-vous avec Peter. Mon sac était rempli de parchemins vierges, de plumes de rechange et de tous les livres de potions que j'avais qui n'étaient pas à la bibliothèque.

Je vis ma famille et Angie assis, encore, devant la cheminée et m'approchai d'eux. Peut être que l'un d'eux aurait besoin de mon aide pour une dissertation ou un autre devoir et je ne devrais pas aller voir Peter. Je n'avais vraiment pas envie d'aller passer l'heure à venir à le voir saliver comme un idiot en essayant de me draguer.

Pour être honnête, la chose la plus étrange à propos de tout ça était que ce genre de comportement, pour Rose Weasley, n'était pas naturel.

"Hey", les saluai-je tous et rejoignis Lily et Dominique, assises à la table, en train de faire un jeu d'échecs sorciers, que Lily était en train de perdre lamentablement. "Cavalier en B6", marmonnai-je et le cavalier blanc s'avança pour détruire la reine de Dom.

"Hé!" s'exclama Dom. "C'est pas juste!"

"Calme-toi, Dominique", je l'appelai par son prénom entier. "J'arrête de jouer."

"Bien", souffla-t-elle, puis ses yeux s'illuminèrent comme si elle avait trouvé la solution d'un casse-tête impossible. "Roi en C4!"

Son roi se déplaça vers la tour de Lily et la réduisit en pièces. Lily gémit mais je dis immédiatement "fou en B5".

Le sourire de Dom disparut de son visage pour laisser place à une expression horrifiée, mais avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit je déclarai paresseusement 'Echec et mat."

Je souris et entendis Fred glousser. "Bon sang, comment t'as fais ça, Rose Weasley?" me cria Dom et je pensai soudain qu'il vallait mieux pour moi que j'aille rejoindre Peter Maroon.

"Calmos, Dom" lui dis-je, en espérant qu'elle ne me tuerait pas. "C'est juste des échecs"

"J'étais en train de la ratatiner", cria-t-elle encore.

"Heuuu... Je devrais être à la bibliothèque... Peter m'attend..." bredouillai-je en me levant rapidement.

"Ouais, tu ferais mieux" lança Dom alors que je me dépêchai de sortir par le trou du portrait.

Bien sûr, Peter m'attendait devant la bibliothèque, en se balançant sur ses talons. Il ne m'avait pas remarquée, alors je respirai un grand coup en m'approchant de lui et dis "Hey Peter"

"Rosie!" dit-il, se tournant pour me regarder arriver. "Je pensais que tu ne viendrais pas..."

"J'ai dû faire un rapide détour pour battre Dom aux échecs", lui dis-je, comme si cette situation avait été inévitable.

"Ok", dit-il, et il m'entraîna à travers les tables vers le fond de la bibliothèque.

J'allais m'asseoir à la table la plus proche de moi mais il continua à avancer et jeta son sac sur la table tout au fond de la pièce. Je haussai les sourcils mais le suivit quand même.

"Alors quand est-ce que tu as commencé à ne plus comprendre?" demandai-je, feuilletant mes notes en m'asseyant sur une chaise.

"Hmm... Quelque part vers le début", répondit-il, et il s'assit également mais décala sa chaise de sorte qu'il fût inutilement proche pour quelqu'un qui voulait apprendre.

"Bien", dis-je, en essayant de décider par où commencer.

Je me levai et m'avançai jusqu'à l'étagère la plus proche. Après environ deux minutes de recherches, je trouvai le livre que je cherchai entre 'Ensorcelez votre chemin vers la santé' et 'Potions d'Amour'. Je retournai à la table et m'assis, puis posai un parchemin devant moi.

J'écrivis une liste d'ingrédient sur le papier et commençai à rédiger une formule compliquée. Pour moi elle n'était pas compliquée, mais apparemment elle l'était pour Peter parce qu'il se pencha et tourna le papier pour mieux le voir.

"Qu'est-ce que ça veut dire?"

"C'est-" commençai-je, mais je vis alors Scorpius entrer dans la bibliothèque et se diriger vers une table vide, tout en fixant d'un air concentré son exemplaire du 'Manuel avancé de préparation des potions'. Il voulut s'asseoir sur une chaise, mais la manqua tellement il était plongé dans son livre, et tomba par terre.

J'éclatai de rire, pas délibérément, et Scorpius se retourna et me vit, puis rougit.

Attendez, il rougit? Scorpius Malefoy ne rougit pas.

Avant même de réaliser ce que je faisais, j'avais quitté ma chaise et marchai vers lui, suivie par Peter. Le regard de Scorpius me suivait alors que je m'approchai de lui, puis dévia sur ma main, que je lui tendais pour l'aider à se lever, et de nouveau sur mon visage.

"Pourquoi, merci... Rose", dit-il, et il me laissa l'aider.

"Tu travailles pour la potion?" demandai-je, en essayant de ne pas rire alors que je revoyais sa chute dans ma tête.

"Ouais", admit-il. " Il y a juste un truc que je n'arrive pas à saisir... et il y a une interro vendredi."

"Ah bon?" m'enquis-je, et il acquiesça. "Si tu veux, tu peux travailler avec nous".

Je m'indiquai ainsi qu'un Peter à l'air ennuyé. Je m'en fichais qu'il pense que c'était une sorte de rendez-vous bizarre, vraiment. Ça me rendait de plus en plus mal à l'aise et j'aurais volontiers invité n'importe qui pour casser le silence.

Même Scorpius Malefoy.

Pendant un moment, je pensai que Scorpius allait refuser, mais au lieu de cela il sourit et dit : "Merci".

Nous retournâmes tous à la table, Peter ayant l'air plus irrité que jamais. Cela ne me fit que plus sourire.

"Ok, alors on a aussi besoin d'un livre qui s'appelle 'Potions de base: niveau ASPIC' ", déclarai-je.

Je me levai et marchai jusqu'à la dernière rangée d'étagères de la bibliothèque, suivie de près par Peter. Scorpius resta assis, et me fit un geste paresseux de la main comme pour m'indiquer que ça lui allait de rester assis sans rien faire. Je scrutais les étagères en cherchant le bon livre, et quand je le vis je m'arrêtai soudainement. Peter me rentra dedans et je me tournai instinctivement pour lui lancer un regard.

Avant que j'aie pu me retourner il avait attrapé mes poignets et m'immobilisa entre lui et le mur de livres derrière moi.

"Dégage, Peter" dis-je calmement, mais ma voix tremblait un peu.

"Allez, Rosie", souffla-t-il, son visage près du mien. "Je mords pas"

Je n'avais jamais été aussi près d'un garçon (sans compter ma famille), jamais, et ça me mettait mal à l'aise.

Tu n'étais pas comme ça quand Scorpius était aussi près de toi, me dit une voix dans ma tête, que je forçai immédiatement à se taire.

"Peter", le mis-je en garde. "Bouge"

Il alors un sourire mauvais, un de ceux que je n'aurais jamais imaginé voir sur son visage - il avait l'air si gentil. L'instant d'après, il m'embrassait. Je serrai fermement mes lèvres, il n'était pas question que je l'embrasse, et luttai contre son emprise.

"Qu'est-ce qu'il se passe?" entendis-je demander une voix, et Peter me lâcha immédiatement et recula.

Scorpius apparut et je soupirai de soulagement. Cependant, ce soulagement ne dura qu'une seconde car je réalisai qu'il était sur le point de tuer quelqu'un; s'il avait fallu deviner, j'aurais parié sur Peter.

Je ne l'avais jamais vu si en colère, et même Peter se recula sous la force de son regard. Juste quand j'étais sure que j'allais devoir prendre la fuite pour avoir été le témoin d'un meurtre, Scorpius ferma ses yeux et respira profondément plusieurs fois.

"Dégage, Maroon", murmura-t-il. Sa voix, calme mais tremblante de rage refoulée, terrifia Peter, qui fit un bond de trois mètres avant de se précipiter hors de la bibliothèque - je pus entendre Madame Pince lui hurler de ralentir.

Dès que Peter fut hors de vue, je regardai Scorpius, il ouvrit ses yeux et rencontra les miens. Je vis son regard se radoucir, il me rejoignit en deux grandes enjambées et me prit dans ses bras.

"Tu vas bien?" demanda-t-il.

J'étais un peu choquée par son comportement. Si ça s'était passé une semaine plus tôt, si nous avions été à l'école à ce moment-là, tout ce serait passé différemment. J'étais sûre que, de un, il n'aurait probablement pas été d'accord pour travailler avec moi (enfin, ce n'est pas comme si nous avions beaucoup travaillé), et, de deux, il aurait probablement applaudi Peter et nous aurait laissés seuls.

Je hochai juste la tête et m'accrochai à lui comme si ma vie en dépendait. Ce qui aurait pu se passer une semaine plus tôt n'avait pas d'importance parce que cela ne s'était pas passé. Il était là maintenant et m'avait sauvée de ce que Peter s'apprêtait à faire, quoi que ce fût.

Après quelques minutes de silence, durant lesquelles j'essayais de m'arrêter de pleurer et serrais Scorpius plus fort dans mes bras, il murmura calmement "Allez, Rosie, on va aller te chercher un peu de thé."

Je le relâchai et nous commençâmes à ranger les piles de livres et de papier sur notre table. Je soupirai bruyamment et dit une chose qui n'était absolument pas vraie.

"Tu sais, Malefoy, je ne vais pas si mal. Ça va aller, honnêtement, alors... vas-y."

Il secoua sa tête. "Hors de question, tu mens et tu le sais."

"Malefoy-"

"-Scorpius." Il y eut un silence entre nous durant lequel nous nous regardâmes l'un l'autre. "Appelle-moi Scorpius, s'il te plait. Maintenant, viens" il prit mon sac et ma pile de livres, posant les siens sur les miens. "Tu as vraiment besoin de sucre."

Je soupirai et, alors que nous quittions la bibliothèque, je surpris son regard sur moi. Au lieu de se détourner ou de rougir comme il l'avait fait plus tôt, Scorpius s'approcha et prit ma main.

Mon rythme cardiaque accéléra et je lui dis rapidement de ralentir. C'était Scorpius Malefoy, me rappelai-je à moi-même, probablement pour la millionième fois depuis que le trimestre avait commencé.

Quelque part au fond de mon esprit, je m'entendis murmurer une pensée que je ne voulais vraiment pas avoir.

C'est Scorpius Malefoy. Et alors?


Oups... Désolée pour le retard... encore! J'espère que vous avez passé un excellent Noël en attendant :) Et puis pour me faire pardonner, du rapprochement entre Scorpius et Rose héhé ;) (même si concrètement c'est pas moi qui décide de l'histoire... )

Un énorme merci à ceux qui ont reviewé le chapitre 3, et les autres, faites un effort pour ce chapitre-ci, dites-moi ce que vous en pensez!

A la semaine prochaine, et d'ici-là, bonnes vacances à ceux qui en ont :D