Pour ce 19ème chapitre je tenais à rappeler les pouvoirs de chacun :

Will Schuester : S'imprégner du pouvoir des autres.

Quinn Fabray : Voler

Rachel Berry : Feu/combustion

Santana Lopez : Régénération cellulaire

Brittany Pierce : Eau

Sugar : Invisibilité

Mercedes : Lire dans les pensées

Kurt : Téléportation

Finn: Force

Puck : Télékinésie

Artie : Mémoire décuplée

Tina : Prendre l'apparence physique des autres

Mike : Vitesse décuplée

Merci infiniment à tous ceux qui prendront le temps de lire la suite de cette histoire =)


Pov Quinn

A nouveau elle s'échappe. Et rien ici ne peut la retenir. Je n'ai rien à lui offrir.

Et pourtant...

C'est plus fort que moi. Je m'accroche. Je me débats avec l'évidence. Pour quelle raison s'obstine-t-on ainsi ? Qu'est ce qui pousse cette sorte de folie qui me saisit à autant la vouloir ? Ce désir qui n'a jamais été simple semble avoir pris une forme qui se dessine selon le gré de quelque chose de plus fort que ma raison.

Malgré moi, c'est toujours présent.

Et j'ai l'impression que ce sentiment l'a toujours été.


Je claque la porte avec force. Comme si le souffle qui s'en échappe avec violence l'instant d'après avait pu chasser l'image d'un père dont les yeux sombres ne me quittent pas. Je fixe la porte avec obstination comme pour me persuader que ce n'est pas moi qui suis en train de fuir. Pour me persuader que son ressentiment ne me fait plus rien. Mais tout ce qu'il reste c'est ce sentiment affreux que son jugement laisse en moi, comme un goût âcre qui vous reste longtemps dans la bouche.

En me retournant, j'envoie mon pied avec rage dans un tas de neige qui explose sous l'impact. Et sous l'apparence perfection du blanc, une couleur furtive apparaît avant que la neige ne l'enterre à nouveau. Je regarde longuement l'endroit où elle est apparue avant de finir par m'accroupir. Je dégage lentement la neige et mes doigts se glacent presque instantanément.

Un blanc moins net que celui de la neige apparaît, suivi d'une pointe de jaune et de vert.

Des perce-neige.

Je souris sans trop savoir pourquoi. Mes doigts glissent avec douceur sur l'une des fleurs. Je décide de la prendre en prenant soin de ne pas abîmer le reste de cette plante assez courageuse pour braver l'hiver.

Je regarde autour de moi, les fenêtres vides, les allées qui le sont tout autant. La nuit commence à peine à tomber. Ma main se referme délicatement sur la fleur. Quelque chose en moi se réveille. Une impulsion plutôt qu'une envie. Mes genoux se plient et quand ils se déplient brusquement je ne touche plus sol et une brise fraîche vient glisser sur mon visage.

Enfin.

Le Vent.

La liberté. Ce bonheur de ne plus toucher terre. De toutes les façons possibles. Dans ces moments là, je n'ai plus l'impression d'appartenir à l'espèce humaine, de ne plus être dans cette société qui m'étouffe. Juste moi, l'air, et le ciel infini.

Je m'élève en positionnant mon corps avec habitude. Cette vitesse et l'ivresse du moment m'emporte autre part. Mes bras s'ouvrent comme pour libérer l'émotion qui me traverse. Ils s'ouvrent avant de se plaquer naturellement contre mon corps juste avant que la vitesse ne devienne plus forte, plus prenante.

Je monte si haut. Et la hauteur aspire les maux qui me collent habituellement au sol. Les maisons sont si petites en bas, on prend de la distance, on comprend la grandeur du monde, qu'il ne s'arrête pas aux limites qu'on y pose. Le ciel n'est pas encore noir. Il est de cette teinte sombre adoucie par la lumière déclinante d'un soleil d'hiver. L'air parcourt mon corps, traverse mes habits comme si je n'étais qu'un nuage parmi tant d'autres. Et cette sensation de légèreté et d'appartenance berce mon esprit d'une musique silencieuse.

Mon corps s'incline naturellement vers le bas avant même d'apercevoir la maison. Sa maison. Des décorations de Noël y ont déjà été posées. L'arbre devant sa fenêtre appelle mon corps et ralentissant je profite un dernier instant de mon attitude à bouleverser la gravité. Je me pose sur l'une des grosses branches qui jouxtent sa fenêtre. J'aurai pu aller n'importe où mais c'est ici que j'ai décidé de venir. J'essaye de me persuader que c'est seulement pour avoir un peu de réconfort « physique » mais en regardant par la vitre de sa chambre, je me fige. Elle ne sait pas que je suis là. Elle est assise à son bureau et écrit quelque chose que je n'arrive pas à discerner. Un air concentré sur le visage.

Quelque chose de chaud à l'intérieur de moi semble amenuiser ce froid qui m'entoure. Mes doigts se crispent sur l'écorce de l'arbre. Je baisse les yeux vers le bas pour essayer de reprendre une contenance. Mais en les relevant cette impression est toujours là. Et, l'espace d'un instant, je ne la repousse pas.

Il y a quelque chose chez elle qui me saisit toujours. Je ne saurai dire mais cela s'apparente à de l'instinct. Elle baille et repose son corps en arrière pour s'étirer et je ne m'aperçois même pas que je souris. Elle est rarement ainsi. Aussi naturelle. Elle veut toujours que sa vie se place sur le chemin qu'elle ou qu'une partie d'elle a choisie ?. Et cela même si cela va contre elle-même. Mais au delà de cette surface, il y a quelque chose que je vois, quelque chose de moins dominé. Et quand elle se laisse aller, elle est méconnaissable.

Le noir est complètement tombé maintenant. Je la regarde une dernière fois avant d'avancer ma main lentement vers le rebord de sa fenêtre et d'y déposer la fleur. J'ai à peine le temps de voir son regard se tourner avant de me laisser tomber de l'arbre. À quelques centimètres du sol je m'envole. Je tourbillonne en m'élevant.

Et je ne sais pourquoi, mais même aussi loin de tout, son image est encore en moi.


Je descends les escaliers pour rencontrer les regard fixes de Santana et de Sugar.

- On a vu passer Berry...lance Santana, l'air moqueur.

- Elle descendait de ta chambre, rajoute Sugar.

- Comme si elle avait le diable aux fesses...réplique à nouveau Santana avec un clin d'œil.

- Elle a dormi ici ?

Je masse mes tempes en essayant de cacher la rougeur enfantine qui couvre mes joues.

- J'ai l'impression d'avoir affaire au KGB avec toutes vos questions.

- Fabray, Fabray, Fabray...tu te dérobes toujours aussi mal.

Et même si les temps sont durs, même si tout semble dans une atroce brume, qu'est ce que c'est bon de les avoir à nouveau près de moi. Je vais vers la table où elles sont assises l'une à côté de l'autre. En m'installant, Sugar se rapproche de moi et pose sa main sur la mienne et ce geste a le don d'apaiser la violence des doutes qui m'assaillent.

- Ça y est... dit-elle au bout d'un certain moment de silence, on est enfin une vraie équipe !

Santana soupire avant de murmurer un «au secours» exaspéré.

- Quoi ? Réplique Sugar.

- Une équipe ? Et tu as déjà trouvé un petit nom j'imagine... ironise-t-elle.

- Oui bien sûr...les deux filles trop géniales et la casseuse d'ambiance...

Santana hausse un sourcil avec des yeux rieurs qui ont le don de me surprendre.

- Belle répartie Sugar...

- Merci, dit-elle avec sourire complice. .

Je plisse les yeux une demie seconde avant de reprendre un air plus normal.

- Pourquoi elle n'a pas le droit à une critique cinglante alors que tu m'en gratifies toutes les minutes ?

Au lieu de répliquer instantanément, Santana reste un court moment comme figée. Un infime instant qui accentue une idée pas si absurde que ça.

- Tu es jalouse Quinnie ? Finit-elle par dire.

Mais des coups frappés à la porte m'empêchent de répondre. Je me lève en indiquant aux filles de ne pas s'inquiéter. Mes parents sont partis pour un week-end «en famille ». En ouvrant la porte, la stature rassurante de Schuester me fait face. Nous nous regardons et il comprend instantanément, son esprit relié au mien par son pouvoir, ses multiples pouvoirs. Je me demande un instant de quelle façon il arrive à gérer autant de puissance sans perdre complètement les pédales.

- Beaucoup de yoga, répond-t-il en passant devant moi.

Je souris en le suivant. Il arrive dans le salon, accueilli par une Sugar enthousiaste et une Santana qui l'est beaucoup moins. Il s'installe à l'autre bout de la table, fixant les filles.

- Une part de moi se doutait que vous ne pourriez rester séparées bien longtemps...

- Le charme irrésistible de Quinn...lance Santana avec un regard ironique pour moi.

Je lève les yeux au ciel en me rasseyant. Et Schuester, avec son calme habituel, leur raconte. Décrit les événements de ces derniers mois. Il prend souvent le temps de s'arrêter pour capter, dans le silence qui lui fait face, un semblant de réaction. Mais elles restent simplement là, entre attention et autre chose que je ne saisis pas. Et quand il finit, un long moment s'étire avant que Santana ne se racle la gorge.

Et avant même qu'elle parle, je sens que cela ne va pas être aussi facile...


Pov Santana

Au fur et à mesure que Schuester parle, je sens quelque chose de froid se réveiller en moi. Quelque chose au goût amer. Parfois je tourne le regard vers Sugar, et même si le sujet de Mercedes la touche moins que si elle l'avait connu, un point particulier nous submerge.

Quinn.

Ce qu'elle a du faire. Cette solitude au fond des yeux. L'amitié entre elle et moi et cette aide inespérée. Je ne peux envisager ma vie sans elle. Depuis que nous sommes enfants, l'idée de la perdre m'est impossible. Veillant sur moi, son visage empreint de cette fausse indifférence qui la caractérise. Mon regard se baisse vers ma main droite dont les jointures sont parsemées de taches ensanglantées. Sans blessures apparentes. Il est si facile de prétendre ne pas avoir mal quand la souffrance vous fait plier. Il est si facile d'abandonner alors qu'il faudrait s'accrocher.

- Mercedes peut lire dans les pensées des gens, ça c'est un fait connu. Mais elle pourrait savoir faire...plus...

Quinn prend le temps d'inspirer avant de parler.

- Mr Schuester le sent. Il arrive à la bloquer, à bloquer ses pensées et à rendre l'image qu'il veut lui donner mais il sent que quelque chose, chez elle, s'est transformé.

- Oui ça j'avais compris, on a à faire à la version remastérisée de Carrie...

Quinn tape doucement ma jambe avec son pied sans pourtant s'arrêter de parler.

- Son pouvoir a peut être pu...se développer.

- Quoi ? Comment ça se développer ? Nos pouvoirs changent ? Je m'exclame complètement abasourdie.

- Bien sur, reprend Schuester, la classe que j'ai formé pour vous n'existe pas seulement pour que vous puissiez vous contrôler mais aussi pour vous améliorer. Et c'est une forme particulière d'amélioration que Mercedes a développé.

Je soupire avec colère.

- Tu parles d'une amélioration. Elle va faire quoi maintenant ? Nous broyer le cerveau à coup de matraques psychotiques ?

Et je ne peux plus retenir cette chose qui boue en moi, qui veut s'exprimer depuis que Schuester a commencé à parler.

- Vous avez utilisé Quinn...je lance en regardant dans la direction de notre mentor.

- C'était pour notre sécurité...essaye Quinn.

- Vous l'avez sacrifiée...j'insiste, le ton plein d'amertume.

- Santana, intervient Quinn en guise d'avertissement.

- C'est quoi votre credo Schuester ? Plus on est gentil plus on en chie ? Je lui jette au visage en me levant brusquement. Maintenant si ça ne vous dérange pas je vais essayer d'arranger ma main le temps que vous discutiez d'une nouvelle idée géniale pour nous faire tuer pour le bien commun !

- Je dois te rappeler que tu guéris instantanément ? Me lance Quinn.

- Oui mais je n'ai pas encore la fonction lavage automatique, dis-je en tendant ma main salie de sang devant leurs yeux avant de me retourner vers les escaliers.

La vérité c'est que toute cette histoire me semble complètement démente. Et je ne peux réagir qu'avec mes propres armes. Inutiles mais qui ont le don de me délivrer un instant du poids qui pèse sur ma poitrine. Je monte les escaliers, parcourt le long couloir jusqu'à la salle de bain et pendant un long moment je regarde mon visage dans le miroir. Les poings serrés. Cette colère courant toujours à l'intérieur de moi, douloureuse. Soudain, du coin des yeux je capte la silhouette de Sugar qui me fixe sans ciller.

- Tu es triste à cause de Mercedes ? Me demande-t-elle avec son air si doux.

- Je ne suis pas triste.

Je m'entête mais je ne peux lui dire que je m'en veux de ne pas avoir pu éviter à Quinn de vivre ça. Et pire encore, de l'avoir laisser affronter ça toute seule.

- Je le vois bien, insiste-t-elle en essayant de se rapprocher de moi.

Je me retourne brusquement vers elle et elle sursaute en reculant.

- Tu ne vois rien du tout !

Et mes mots se découpent comme hachurés par toute cette émotion contenue. Je me détourne pour appuyer mes mains sur le rebord du lavabo. Fermement. Comme pour m'éviter de flancher à nouveau. Pour ne pas laisser s'échapper ce sentiment qui m'étreint toute entière que je ne suis jamais assez forte. Jamais assez...tout. Je tourne mon visage vers la seule fenêtre de la pièce, espérant y trouver la réponse qui m'échappe.

- Excuse-moi, sont les seuls mots que j'arrive à prononcer.

Et c'est là que je la sens se rapprocher de moi. Le corps de Sugar se colle contre mon dos, ses mains se glissant naturellement entre mes bras pour m'étreindre. La surprise qui me submerge laisse rapidement place à quelque chose de plus. Un long frisson intérieur que j'espère seulement intérieur. Et je ne comprends pas cette chose qui m'échappe. Je sais juste que cette proximité me donne envie d'un « plus » qui évite mes pensées raisonnables. Je ferme les yeux.

Et soudain je commence à distinguer ce que je ne veux pas affronter.

La tête de Sugar posé contre mon dos, ses cheveux empreints d'un parfum particulier. La douceur de la peau de ses mains contre moi. Si près.

J'ai envie...

... de l'embrasser.

Et confrontée à cette idée, mes yeux s'ouvrent brusquement. Soumise à cette pensée profonde qui flottait entre nous sans se prononcer clairement. Et quand je regarde dans le miroir, le corps que je sens encore derrière moi a disparu. Sugar doit comprendre car l'instant d'après elle dit :

« Excuse moi...mon pouvoir a le don de me faire disparaître quand... ».

Mais sa phrase reste en suspend.