Chapitre XVIII: Partager un secret (1/2)
Alice était assise seule à une table de la bibliothèque. Elle l'avait pour elle toute seule car une grande variété de livres avaient été étalés partout sur la grande table, certains ouverts à des pages sélectionnées, et il n'y avait simplement pas de place pour que quelqu'un la rejoigne.
Et Al entre en scène.
J'embêtais ma petite amie pas mal, en fait. Mais elle savait que c'était juste pour attirer son attention et que je n'étais pas sérieux, parce qu'après chaque remontrance irritée, elle me faisait un clin d'œil avant de se remettre à ce qu'elle était en train de faire - ses devoirs, généralement.
On aurait dit qu'elle avait tout le temps des devoirs en ce moment. Je vous jure, parfois, elle était à la bibliothèque plus souvent que Rose.
En parlant de Rose, je ne l'avais justement pas vue à la bibliothèque depuis un petit moment. Elle n'était sûrement pas occupée par ses devoirs de Préfète en Chef au point de ne plus avoir de temps pour ses devoirs... Et elle ne se portait sûrement pas volontaire pour des rondes supplémentaires avec Scorpius, si? Ce serait impossible. Scorpius et elle ne s'apprécient pas du tout - aucun d'eux deux ne s'infligerait volontairement des heures en plus en compagnie de l'autre. Peut-être que le professeur McGonagall leur faisait faire des rondes supplémentaires parce qu'ils étaient responsables.
Je reniflai.
Scorpius responsable? Je n'arrivais toujours pas à croire qu'il avait été nommé Préfet en Chef. Ne vous méprenez pas, j'étais content pour lui, tout ça, mais le professeur McGonagall avait dû avoir un accès de folie pour donner ce pouvoir à Scorpius. Enfin, je supposais que cela les ferait mieux travailler ensemble,Rose et lui, s'ils avaient à restaurer une sorte d'ordre dans l'école.
L'année précédente, ils avaient presque détruit la moitié d'un couloir du troisième étage un soir, quelques semaines avant les vacances. Je me souviens parfaitement que Rose m'avait hurlé de "contrôler ton pote", ce à quoi Scorpius avait répondu qu'elle devrait "contrôler ta bouche" et "arrêter de penser que tu sais tout". Je ne sais pas de quoi la dispute était partie, mais je sais que ça m'avait franchement amusé de la regarder. Quelques personnes s'étaient installées sur les escaliers pour écouter, mais en eurent vite assez qu'ils se chamaillent sans cesse et s'en allèrent faire quelque chose de plus intéressant.
Je ne savais toujours pas ce qui l'avait déclenché, mais soudainement, ils s'étaient mis à se lancer des sorts interdits - des sorts que McGonagall avait jugés trop violents pour que des sorciers mineurs les utilisent.
Bref, comme vous pouvez vous en douter, ils avaient tous les deux fini à l'infirmerie. Mais pas à cause des sorts de l'autre - à cause de la force de mon protego, qui les avaient envoyé contre les murs un peu trop violemment. J'étais toujours désolé à cause de ça (j'avais cassé le bras de Rose), mais au moins je les avais empêchés de se blesser sérieusement l'un l'autre.
"Oh, Al!" s'exclama soudainement Alice, interrompant le cours de mes pensées. "Merlin merci, tu es là!"
"Et bien, merci, Alice", lui souris-je stupidement. "Je suis flatté que tu sois si contente de me voire, mais je t'avoue que je suis un peu confus aussi."
Elle me lança un long regard par dessus la table avant de la contourner rapidement pour m'embrasser sur la joue. "Tu es mon Al, bien sûr que je suis contente de te voir... Et puis, j'ai besoin de me changer les idées de ce stupide devoir d'histoire de la magie."
"On a des devoirs en histoire de la magie?" demandai-je, alarmé. Je n'étais pas au courant.
Elle soupira impatiemment. "Al! Tu n'écoutes donc jamais en cours?"
"Parfois!" C'était la meilleure excuse que j'avais. "Et puis, je n'ai pas besoin de savoir ce que la Grande Révolution Gobeline de 1070-"
"-1080", me corrigea Alice.
"C'est pareil", soupirai-je. "Mais ça confirme ce que je dis, je ne vais jamais avoir besoin de le savoir parce que je vais devenir le merveilleux capitaine et attrapeur des Canons de Chudley."
Alice renifla.
"Je te ferais dire, Ally, que les Canons de Chudley s'en sortent très bien en ce moment," souris-je.
"Ton oncle doit être fier", rit Alice.
"Il l'est."
"Attends... Rose ne t'a pas parlé des devoirs à la pause?" me demanda Alice.
"Je ne l'ai pas vue de la journée. D'habitude, on se rejoint après les Soins aux Créatures Magiques et on marche ensemble jusqu'en Histoire de la Magie, mais elle a dit qu'elle était occupée aujourd'hui. J'ai pensé qu'elle serait ici."
"Je ne l'ai pas vue", marmonna Alice, retournant à ses devoirs.
Je soupirai. "Personne ne l'a vue récemment."
"Et bien, peut-être que tu devrais aller la chercher, Al", soupira Alice, gribouillant violemment un paragraphe de sa dissertation.
"Je vais probablement aller en Histoire de la Magie et voir si elle est là-bas", pensai-je à voix haute. "Tu viens?" J'espérai qu'elle allait dire oui et que nous allions arriver en cours avec quelques minutes d'avance pour que nous puissions avoir une vraie conversation pour une fois. J'avais l'impression de ne pas lui avoir réellement parlé depuis des semaines.
"Je dois vraiment finir cette dissert, Al. Je te rejoins là-bas."
"D'accord", marmonnai-je d'un air boudeur, puis je partis de la bibliothèque après avoir rapidement embrassé Alice.
"Ca va aller", me souffla Rose à l'oreille alors que nous traversions le couloir bondé du cinquième étage qui menait au cours d'Histoire de la Magie.
"Il va me cogner", me plaignis-je.
Ce n'était vraiment pas surprenant que je ne sois pas à Gryffondor - je n'étais définitivement pas courageux dans les moments comme celui-là.
Cela me paraissait être une idée complètement débile de dire à Al que je sortais avec sa cousine, maintenant que je me retrouvais face à la situation. Pourquoi lui dire quelque chose qui allait inévitablement me faire prendre un coup de poing? Ne vous méprenez pas, j'aurais pu battre Al avec mon petit doigt si je l'avais voulu, mais s'il avait voulu me cogner je l'aurais parfaitement compris.
Alors que nous entrions dans le brouhahas de la classe, Rose me poussa vers la place près de Al et alla parler avec ses cousines qui étaient toutes regroupées autour d'une table à l'avant de la salle, regardant Merlin sait quoi.
Al était en train de fouiller son sac, espérant sans doute que les devoirs qu'ils n'avait pas faits allaient apparaître par magie.
"Hey", le saluai-je, la voix tremblant juste un peu.
Sois un homme, Scorpius!
"Hey, Scor", dit Al en se tournant, résigné, vers moi. "Comment ça va, vieux? Ca fait longtemps qu'on s'est pas parlé."
"On s'est parlé ce matin, Al", lui fis-je remarquer.
"Tu sais ce que je veux dire", me sourit-il. Soudainement, ses sourcils se rejoignirent. "Tu vas bien?"
"Hmm?" Je me reconcentrai sur lui. "Ouais, formidable."
Je croisai le regard de Rose et la vis mimer 'formidable' avec un air sceptique, mais amusé.
"Ok..." Al continuait de me regarder d'un air inquiet.
"Ca va comment avec Alice?" dis-je, brisant le silence entre nous.
"Génial", rayonna Al. "Elle est géniale. Je n'arrive pas à croire que ça m'a pris si longtemps de lui dire ce que je ressentais. Et mes parents l'adorent. Je veux dire, c'est facile, comme elle est déjà amie avec Rose, ils la connaissent déjà un peu."
"C'est cool", marmonnai-je."En fait, c'est un peu ce dont je voulais te parler."
Al me regarda d'un air interrogateur. Nous nous assîmes tous les deux. Le cours aurait dû avoir déjà déjà commencé mais le professeur Binns était en retard, comme d'habitude.
"T'as peut-être entendu des rumeurs à propos de ... de moi et Rose?" commençai-je. En effet, des rumeurs avaient commencé à circuler dans l'école entre ce cours et le cours précédent. Les couloirs bouillonnaient du seul nouveau ragot depuis des semaines.
Il valait mieux que je le dise à Al tout de suite, une fois pour toutes.
"Ouais, j'en ai entendu", rit Al. "Stupide, non?... Comme si quelqu'un allait vraiment croire ces rumeurs. Vous vous détestez, tous les deux."
"Ah bon?"
Al eut vraiment l'air surpris par ma question. "Enfin, Scorpius! Vous pouvez même pas rester dans la même pièce sans vous engueuler, tu re rappelles l'année dernière quand-"
"Ouais, Al, mais c'était l'année dernière."
"D'accord, enfin," Il eut l'air perdu un instant. "Et cet été quand-"
"Encore une fois, Al," souris-je nerveusement. "C'était l'année dernière..."
Al n'ouvrit pas la bouche pendant une minute.
"Donc qu'est-ce que t'essaies de me dire?" finit par demander Al, me lançant un regard amusé.
"J'essaie de te dire que je connais Rose", déclarai-je clairement. "En fait, on est de très bon amis. Des meilleurs amis."
"Meilleurs amis?" Al eut l'air choqué, mais aussi un peu condescendant. "Je ne dirais pas que vous êtes meilleurs amis. Je veux dire, tu ne sais pratiquement rien sur elle."
"Je sais que sa couleur préférée est le lavande, sa glace préférée est vanille avec des pépites de chocolat, qu'elle adore quand il neige, que son moment préféré de la journée est le coucher de soleil-"
"Whoa!" m'arrêta Al. "Depuis quand tu sais tout ça?"
"Et ben, t'sais, on a eu l'occasion de parler..." je me tortillai, gêné, sur ma chaise. "Avec tout ce temps qu'on passe à faire des rondes cette année..."
"Ouais, j'imagine..." La voix d'Al s'éteint.
"Al?" Je dus l'appeler pour le faire revenir au moment présent. "Tu comprends ce que je te dis?"
Ma nervosité monta d'un cran tandis que j'attendais sa réponse. "Ouais... ouais. T'es en train de me dire que toi et Rose êtes vraiment de bons amis et que j'ai été idiot de ne pas le réaliser."
"Je n'ai rien dit concernant ton 'idiotie'," ris-je. "Même si, en fait, je suis d'accord avec ça."
Al me frappa l'arrière de la tête. Nous éclatâmes tous les deux de rire et commençâmes a nous bagarrer gentiment. Je rencontrai de nouveau le regard de Rose et lui souris.
Al le remarqua. "Tu sais... J'aurais dû le remarquer avant mais vous vous entendez vraiment bien, non?"
"Vraiment", souris-je. "Et, en fait, Al, je voulais te dire quelque chose."
"Hmm?" demanda-t-il, me regardant, interrogateur. "Je pensais qu'on en avait fini avec notre conversation sentimentale?"
J'ouvris ma bouche pour finalement lui dire que je sortais avec sa cousine, mais il continua comme s'il ne l'avait pas remarqué.
"C'est pas comme si on était des filles et qu'on avait besoin de parler de tout - enfin, des sentiments et des secrets. Et j'ai compris que Rose et toi êtes amis..."
" - On sort ensemble -" déclarai-je de but en blanc.
"- Mais tu n'es pas obligé de ... attends, quoi?" Il se tourna vers moi et me fixa. "Tu viens de dire que vous sortez ensemble?"
J'envisageai un instant d'éclater de rire et de prétendre que je rigolais, mais je savais que ça ne me mènerait nulle part.
"Oui... oui, c'est ce que j'ai dit", Je me dépêchai de m'expliquer avant que la voix d'Al ne monte encore plus qu'à ce moment-là. "Et je voulais juste te dire que-"
"-Tu sors avec ma cousine!" me hurla Al en se levant et en s'avançant vers moi. Je me levai aussi, changeant le rapport de taille, étant naturellement plus grand qu'Al.
Les gens qui parlaient devant nous se tournèrent pour nous observer. Je me tournai vers eux, pour leur expliquer que rien ne se passait entre Al et moi et qu'ils n'avaient pas besoin d'écouter notre conversation mais alors que je me retournai vers Al pour vérifier qu'il n'était pas devenu violet, je n'eus pas le temps de voir son expression avant que son poing ne s'écrase sur ma tempe.
Il y eut un hoquet de surprise collectif alors que tout le monde se tournait vers nous pour regarder cette scène excitante. Du coin de l'œil, je vis le professeur Binns arriver enfin, mais je savais qu'il ne ferait rien pour arrêter une bagarre.
De toute façon, il n'allait pas y en avoir. Je n'allais pas frapper Al en retour - je n'en avais aucune raison. Je méritai d'être frappé pour ne rien lui avoir dit quand j'ai commencé à ressentir quelque chose pour sa cousine. Après tout, on n'est pas supposé sortir avec quelqu'un qui a des liens familiaux avec son meilleur pote.
"Écoute, Al-" Je me tournai vers lui, les mains levées en signe de reddition, pour lui montrer que je n'allais pas me battre, mais son poing, au lieu de s'arrêter, continua vers moi. Il frappa le côté de ma mâchoire et un goût de sang envahit ma bouche.
"Espèce d'ordure*!"
Il me frappa à nouveau, son poing s'écrasant sur mon nez. Je dus reculer d'un pas à cause de sa force.
"Albus Severus Potter!" Rose avait réussi à se frayer un passage parmi la foule de nos camarades et se tenait entre Al et moi. "Arrête de jurer en français et laisse-le tranquille."
"Tu frappes vraiment fort", marmonnai-je.
"Écarte-toi, Rose", lui dit Al.
Elle lança un regard pénétrant à son cousin, planta ses deux pieds fermement dans le sol et croisa les bras sur sa poitrine.
"Force-moi", gronda-t-elle.
"Rose", je m'avançai pour me tenir à côté d'elle, gardant ma main droite sur mon nez pour stopper le léger saignement. "Je mérite d'être frappé."
"Une fois, tout au plus", approuva ma petite amie. "Mais là, c'est assez. Vous devriez avoir honte de vous, tous les deux."
Je vis Roxanne, Fred et Dom debout, au premier rang du cercle de nos spectateurs. Tous les trois avaient l'air totalement perdus. Alice, cependant, avait l'air plus amusée que perdue.
"Il l'a mérité!" se défendit Al.
"Juste le premier coup", grommelai-je.
"Tu vois", Al me pointa du doigt, regardant toujours Rose. "Même lui l'admet."
"Mais il n'a rien fait de mal", remarqua Rose.
"Il se fait ma cousine!"
La foule autour de nous réagit d'un mélange de rires et de murmures.
"Alors, selon ce raisonnement, Albus, tu vas me frapper aussi?" questionna-t-elle son cousin.
Elle avait marqué un point.
"Et bien, non, mais-"
"Mais quoi?" Rose le fixa. "Écoute, je sais que vous êtes tous les deux des hommes, que vous êtes virils et tout ça, mais il n'y a aucune raison de vous frapper à la première opportunité. Le fait que je sois ta cousine et Scorpius ton meilleur ami ne veut pas dire que tu aies le moindre droit de fourrer ton nez dans nos affaires. Si j'ai envie de passer mes soirées avec ma langue dans sa bouche, ça me regarde. Tu piges?"
Al n'eut pas d'autre choix que d'acquiescer et de me lancer un long regard.
Mon visage était désormais écarlate à cause du dernier commentaire de Rose, et ressemblait à ses cheveux - et son propre visage. Pour ajouter à ma gêne, elle avait, dans un réflexe, mis une main sur mon front pour vérifier ma température et avait entrelacé l'autre avec ma propre main.
"On devrait t'emmener à l'infirmerie", s'inquiéta-t-elle.
"Non, vraiment, ça va", souris-je. J'aimais quand elle s'inquiétait pour moi.
Alice s'était détachée du cercle d'élèves, désormais en pleine séance de ragots, pour voir si son petit ami allait bien. Fred, Dom et Roxanne s'avancèrent vers nous, rejoignant Al, Alice, Rose et moi dans un grand cercle.
"Bordel, mais qu'est-ce qu'il se passe, Rose?" dit Dom en lançant un regard pénétrant à sa cousine. Rose ne savait pas quoi lui répondre, alors elle haussa les épaules d'un air de s'excuser.
Pourquoi s'excuser?
"C'est la raison pour laquelle tu as dit ce que tu as dit hier?" demanda Dom à nouveau, ne voulant de toute évidence pas que le reste de nous autres comprenne ce dont elle parlait. "Quand on parlait de la prochaine sortie à Pré-au-Lard?"
Rose avait l'air extrêmement coupable. "Je suis vraiment désolée, Dom."
Aucun de nous n'ouvrit la bouche pendant quelques secondes. Dom soupira, "Tu sais que ce n'est pas vraiment important, hein, Rose?"
Les deux filles sourirent et s'enlacèrent, la main de Rose étant toujours dans la mienne. Quand elle se séparèrent, je rencontrai le regard d'Al.
Un genre de sourire étrange passa entre nous. "Rien de changé entre nous?"
"Bien sûr, j'imagine", soupira Al d'un air exaspéré. Clairement, il n'était pas content que je sorte avec sa cousine, mais maintenant que nous en avions fini avec les coups, il n'allait pas s'y opposer.
La voix lasse, ennuyée de notre professeur s'éleva depuis l'avant de la salle. "Sommes-nous prêts à rendre nos devoirs sur la Grande Révolution Gobeline de 1080?"
Al gémit.
*ordure est en français dans le texte original :)
Voilà, Al sait enfin! Merci beaucoup pour les reviews, j'ai un ou deux chapitres d'avance, donc je pourrai sans doute poster même malgré mes partiels. A la prochaine :)
