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Voici la suite…
Chapitre 5 Depression and Fall
Malgré les fenêtres ouvertes, il faisait toujours chaud dans l'appartement. Pourtant, c'était une sensation de froid qui m'avait sorti de mon sommeil. Je me tourne sur le côté. Alexis ne s'y trouve plus. Je me redresse puis quitte le lit… En entrant dans la pièce de vie, j'aperçois Lex assise autour de la table de la salle à manger avec des dizaines de feuilles éparpillées sur celle-ci. Je m'approche puis m'assieds en face d'elle
-« Eh ! Tout va bien ? »
-'Non... Je ne sais toujours pas quoi dire pour mon discours. Je ne veux pas le rater, mais j'ai l'impression de n'avoir rien à exprimer. » Soupire-t-elle maussade.
-« Tu te mets trop de pression Lex… Je n'ai aucune idée de ce que ton père t'aurait dit s'il avait été là, mais je suis sûre qu'il serait d'accord avec moi en disant que les choses qui en valent le plus la peine dans la vie, sont souvent les plus difficiles... Laisse parler ton cœur et tu verras que tu trouveras beaucoup de choses à dire... Tout ce que tu dois savoir, c'est ce qui est vrai pour toi. » La réconfortais-je en posant ma main sur la sienne.
-« Tout ce que je sais, c'est que tout change, que tout va être différent et….. J'ai tellement peur Kate. » Dit-elle avec tristesse.
-« Peur de quoi ? »
-« D'avancer… D'aller de l'avant… » Finit-elle les larmes aux yeux.
Je me lève et vais la serrer dans mes bras… *Sans papa à mes côtés* Elle ne l'a pas prononcé, mais je sais qu'elle l'a pensé… Ne voulant pas la chagriner plus qu'elle ne l'est déjà, je n'y fais aucune allusion quand je réponds
-«Alors écris le… Ca ferait un bon début tu ne crois pas ? » L'interrogeais-je, la gorge nouée.
-« Peut être… Merci Kate. » Réplique–t-elle en posant ses mains sur mes bras.
-« Tout le plaisir est pour moi. » Lui dis-je en m'écartant d'elle après avoir déposé un baiser sur le sommet de son crâne–« Et ne veille pas trop tard... Tu ne voudrais pas avoir une tête de déterrée devant toute l'assemblée ou bien t'endormir pendant ton oraison n'est ce pas ? » Terminais-je en m'éloignant vers la chambre...
De nouveau installée dans le lit, je me saisis du livre sur la table de nuit et me replonge dans sa lecture en attendant le retour de la jeune fille…
-«Kate ! Bouge-toi un peu ou on va être en retard à la remise des diplômes d'Alexis. » Hurle ma meilleure amie de derrière la porte de ma chambre.
-« Donne-moi 5 minutes et je suis dehors. »
J'étais habillée de pied en cap depuis un moment déjà. Seulement, je n'étais pas encore prête à faire face à ce qui allait inévitablement se produire… Les regards triste et de compassion de parfaits inconnus, leurs chuchotements… Tout ce que je détestais…
J'avais décidé d'arriver au dernier moment pour éviter toute cette mascarade... Mais c'était sans compter sur Lanie qui avait dû le sentir, car elle et les gars s'étaient pointés à mon appartement pour que nous nous rendions à la cérémonie ensemble.
-« Très bien. Mais si tu n'es pas descendue à ce moment-là, je lâche les garçons sur ta porte. » Menace-t-elle.
-« C'est bon j'arrive. » Répondais-je en soupirant tout en déverrouillant la porte et l'ouvrant pour me retrouver face à Lanie Parish.
Elle me détaille de la tête aux pieds... Ma tenue semble lui convenir parce qu'elle s'empare de mon bras et nous entraine au rez de chaussée où s'impatientent Kévin et Javier… Je les salue d'un hochement de tête… Et toujours sans un mot, je me saisis du camescope et de mon sac puis me dirige vers la sortie, suivie de mes amis, et nous quittons mon appartement.
Dans la voiture, les réflexions que j'avais laissées dans ma chambre reviennent m'envahir… Je ne devrai pas être celle qui doit écouter le discours de Lex. Je ne suis pas celle qui doit la voir recevoir son diplôme. Je ne suis pas celle qui doit la féliciter. Je ne suis pas celle qui doit être sur les photos… Rick, c'était ta place pas la mienne… Dans le reflet de ma vitre, je repère une larme qui glisse sur ma joue. Au lieu de stopper sa course, je la suis jusqu'à ce qu'elle aille s'écraser sur mon épaule.
La main chaude de mon amie qui se pose sur la mienne me fait tourner la tête vers elle. Elle me sourit.
_ « Merci. » Chuchotais-je.
Pour toute réponse, elle presse légèrement mes doigts… Je voudrai pouvoir la rassurer en lui disant que je vais bien, mais elle verrait immédiatement que je mens. Je sais qu'elle attend que je me confie à elle, mais je ne m'en sens pas encore capable...
Le silence dans l'auto est interrompu quand Ryan indique la direction de l'entrée de l'établissement à Esposito…
A la vue du parking bondé, une boule d'angoisse vient se loger dans mon estomac… Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas y aller. Je ne pe… Mon attaque de panique se suspend lorsque je sens la portière s'ouvrir.
Je lève les yeux pour tomber dans ceux concernés de Lanie. Elle s'abaisse à ma hauteur puis pose sa main sur ma cuisse
-« Kate. Je sais que tu préfèrerais être ailleurs… Mais la jeune Castle a besoin de toi... C'est sa journée, et elle veut la passer avec les gens qu'elle aime…. Je sais que c'est dur pour toi, mais tu dois te douter que ça l'est encore plus pour Alexis. » Me dit-elle avec douceur.
-« Je ne devrai… Sans moi elle… Castle est… » Bafouillais-je avant de m'arrêter en sentant les larmes affluer dans mes yeux.
-« Vous vous êtes disputés et tu lui as ordonné de sortir de ta vie… Mais lui as-tu demandé de quitter New-York ou le pays ? » M'interroge-t-elle passablement énervée.
-« Bien sûr que non ! » Me récriais-je d'un ton véhément.
-« Alors laisse tomber ta culpabilité. Elle ne sert à rien si ce n'est à te faire souffrir… Maintenant sors de ce véhicule qu'on puisse aller assister au grand moment de ta fille.» M'ordonne-t-elle en se relevant.
Loin de lui obéir, mon corps reste scotché à mon siège à l'entente du dernier mot…
-« KATHERINE BECKETT ! SORS TOUT DE SUITE DE CETTE VOITURE ! »
Son exclamation colérique me fait bondir hors de l'habitacle. Et tout en claquant la portière, je lui lance un regard meurtrier… Manquerait plus qu'elle se mette à l'exprimer à tout va…
Avec raideur, je la suis jusqu'au lieu de l'évènement… Plus on s'approche, et plus les battements de mon cœur se font désordonnés. Je n'ai qu'une envie, c'est faire volte-face et m'enfuir le plus loin possible. Je prends sur moi pour continuer de marcher en prenant de longues et lentes inspirations mais, sans prévenir, mes jambes se mettent à trembler. Prise de panique, je redresse la tête pour interpeller mon amie, mais celle-ci, qui ne s'est pas rendue compte de mon arrêt subit, est maintenant près de Martha et des types. Je décale mon attention sur le reste l'assistance… Pourquoi ? Je n'en sais fichtre rien. Ce n'est pas comme si je connaissais quelqu'un... C'est alors que mon regard plonge dans celui d'Alexis. Et tout comme avec son père, je me perds dans ses iris bleus azurs… La ressemblance s'arrête là, parce qu'il n'y a aucune communication silencieuse entre nous... Tout de même, son regard bienveillant et soulagé me permet de reprendre le contrôle de mon être. Et, sans la quitter des yeux, je fais les derniers mètres qui me séparent de ma place. Avant de rompre le contact visuel, je lui fais un vrai sourire…
-« Il y a une vérité universelle que nous devons affronter qu'on le veuille ou non... Toute chose à une fin.
Même si j'ai tant attendu ce jour, je n'ai jamais aimé les fins… Le dernier jour de l'été, le dernier chapitre d'un bon livre, se séparer d'un ami.
Pourtant, toutes les fins sont inévitables. Les feuilles tombent, on ferme le livre, on dit adieu.
Aujourd'hui, c'est un de ces jours pour nous. On dit adieu à tout ce qui nous réconfortait, tout ce qui était confortable. Nous avançons.
Mais même si l'on s'en va et que c'est douloureux, il y a certaines personnes qui font tellement partie de nous, qu'elles seront à nos côtés quoi qu'il arrive. Elles sont notre port d'attache, notre étoile polaire et ces petites voix au fond de notre cœur qui seront avec nous. ALWAYS. » Termine Alexis émue aux larmes en me fixant dans les yeux.
A travers mes propres larmes, je vois sa main se refermer sur le pendentif autour de son cou… Un pendentif que je lui ai offert et qui représente un livre ouvert avec gravé dessus *ILY PAPA*…
Quand les applaudissements se tarissent, la cérémonie de remise des diplômes débute enfin.
Après la traditionnelle séance de photos, nous désertons les lieux pour nous rendre au Old Hunt…
Je me réveille en sursaut… Alexis, qui se situe à mes côtés, est en pleurs… Attristée d'avoir, encore une fois, perturbé le repos de la jeune fille par un de mes cauchemars, je la prends dans mes bras et lui murmure des mots doux pour l'apaiser... Elle finit par retomber dans l'assoupissement et après l'avoir rallongé, je me couche moi aussi et m'efforce de retrouver le sommeil….
A mon réveil, je suis seule dans la chambre… A la vue du drap embrouillé au pied du lit, le souvenir de la nuit dernière me revient à l'esprit. Dans un grognement agacé, j'enfouis profondément ma tête dans l'oreiller et ferme les yeux. Priant pour la venue d'Hypnos, le Dieu du sommeil… Mais celui-ci ne satisfait pas à mon désir… Mon épuisement sous le bras, je sors du lit et me rend dans la salle de bains pour me rafraichir… L'image que me renvoie le miroir est affligeante Les poches sous mes yeux sont si profondes, qu'elles pourraient rivaliser avec le grand Canyon. Mes cernes foncés me donnent l'air d'une boxeuse en récupération après 1 combat et mes yeux rougis me révèlent que j'ai pleuré… Un gros chantier en perspective pour camoufler tout ça…
En sortant de la pièce, mon regard fatigué tombe sur le réveil digital… 10h19… J'hésite sur annuler ou pas mon déjeuner avec mon paternel. Mais parce que je ne veux pas l'inquiéter plus qu'il n'est nécessaire, je continue ma routine matinale… Après un petit en-cas sans faim, je retourne dans la chambre et me prépare, pour ensuite me rendre jusque chez mon père…
Sur le chemin, mes pensées se tournent vers Rick, et je sens une boule se former dans ma trachée… Aujourd'hui, cela fait 1 mois que mon partenaire a été abattu... La veille au soir, Lex avait proposé de laisser tomber sa sortie entre amies pour rester avec moi, mais je l'avais convaincu que son père n'aurait pas voulu qu'elle change ses plans pour lui. Martha avait aussi tenté de se désister de ses obligations, mais un regard noir et la promesse que je ne resterai pas seule, l'avais incité à ne rien chambouler… Parce que j'étais quasi certaine que l'actrice contacterait mon père pour s'assurer que je ne resterai pas par moi-même, j'avais donc appelé ce dernier pour un repas père/fille… Il avait tout de suite proposé que je vienne le retrouver chez lui. Fallait pas être grand clerc pour se rendre compte que son invitation n'avait que pour seul but de me faire sortir de la ville, car il avait compris que tout me rappelait Rick… Et même si j'avais des doutes sur la réussite de son plan, car Castle était toujours avec moi, j'avais accepté…
Un coup assené sur ma voiture me fait sursauter et, avec stupeur, je découvre mon géniteur devant moi. Je fais un rapide tour d'horizon et constate que je suis garée dans son allée… Incroyable ! J'étais parvenue à destination sans en avoir conscience… J'éteins le moteur puis sort du véhicule et vais rejoindre mon père qui se tient toujours devant le capot. Il m'enserre dans ses bras et je fais de même. Son bras passé autour de mes épaules, il me conduit à l'intérieur…
L'odeur de pain d'épice m'agresse délicieusement les narines. Il nous installe sur le canapé et toujours sans briser le contact, il me tend un verre de jus d'orange. Je l'accepte sans entrain et plonge mon regard dans le liquide. Immédiatement, une image de Rick me tendant un verre identique apparait dans mon esprit. Et, perdant la lutte contre mes canaux lacrymaux, mes larmes se libèrent pour aller se déverser en flots continu sur mes pommettes… Mon père me retire avec empressement le verre des mains pour juste après m'étreindre à lui farouchement… Pour une journée sans devoir penser à Rick, c'est loupé… Patiemment, il me laisse évacuer ma douleur… Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle entre son comportement lors de la mort de ma mère, où il était absent, à aujourd'hui, où il est me consolant comme il le faisait quand j'étais malheureuse enfant…
Après un détour par la salle de bains pour me redonner figure humaine, je rejoins mon père à la cuisine. Où, ensemble, nous préparons des lasagnes au chèvre et épinards…
Pendant que le plat cuit, nous allons nous assoir dans la balancelle qui se trouve sur la véranda. D'une légère poussée du bout du pied, je mets en route l'oscillation… La sérénité de l'endroit est de temps en temps troublée par le piaillement agréable des oiseaux... On reste là, sans parler, profitant de la compagnie de l'autre…
Pendant le repas, on discute de tout et de rien… Bien que l'éléphant dans la pièce ne soit pas loin… Après un café pour mon père et un verre de thé glacé pour moi, nous retournons dans le salon et nous installons sur le canapé
-« Tu veux en parler ? » Demande doucement mon père.
-« On n'est pas obligé. »
-« Katie ! Je te connais. Je sais qu'il est dans tes pensées… à tout moment… Tout comme l'est ta mère pour moi. »
-« Ca fait un mois aujourd'hui… Je croyais que la douleur s'atténuerait mais c'est le contraire… Chaque jour, j'ai l'impression qu'une partie de moi disparait. Les souvenirs qui resurgissent font plus mal qu'au début… J'ai… Il me manque tellement papa… » Lui avouais-je péniblement.
-« Je sais mon ange. Et j'en suis désolé... Si je le pouvais, j'emporterai la souffrance loin de toi…. Je suis désemparé parce que Rick est celui qui t'a fait sortir du gouffre dans lequel aujourd'hui tu es retombée. Et j'ai peur de ne pas être à la hauteur pour pouvoir t'aider à surmonter cette nouvelle perte… Je ne l'ai rencontré que 2 fois, mais je sais à quel point tu étais importante pour lui. Il t'ai… »
-« 2 fois ? » L'interrompais-je en me redressant et en le fixant dans les yeux… J'étais certaine de ne pas l'avoir présenté à Rick avant l'enterrement de Roy…
Il brise notre contact visuel et s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole
-« Je suis… Roy m'a appelé, il était inquiet pour toi. Il avait essayé de te faire stopper l'enquête mais sans succès. Il m'a dit que tu prenais trop de risque et je lui ai répondu que tu ne m'écouterais pas… Je ne pouvais rien faire, mais je pensais que quelqu'un d'autre le pourrait. Il tenait à toi, et en tant que père, je savais qu'il comprendrait mon inquiétude. Alors je suis allé voir Rick et je lui ai demandé de te faire abandonner l'affaire… Mais même lui n'y est pas parvenu. » Finit-il tristement.
J'étais choquée… Maintenant je comprenais pourquoi il était venu me voir. Et moi, je l'avais rembarré et lui avais sorti des choses que je ne pensais pas... Je m'en étais prise à lui alors qu'il ne faisait ça que pour accéder à la supplique de mon père et parce qu'il m'aimait… J'aurai souhaité pouvoir en vouloir à mon père d'avoir agi dans mon dos, mais tout ce que j'étais capable de faire à cet instant, c'était de me traiter de tous les noms d'oiseaux pour avoir été aussi aveugle en ignorant les sentiments des personnes qui m'aimaient…
-« Il m'a dit qu'il m'aimait et parc… »
-« QUOI ?... QUAND ? » Me coupe-t-il en me faisant face. Rompant notre étreinte par la même occasion.
Honteuse, je fixe mon regard sur mes mains croisées sur mes genoux
-« Après que je me sois prise la balle, il m'a supplié de tenir le coup, de rester avec lui… Et il a dit qu'il m'aimait... J'ai perdu connaissance juste après. Quand je me suis réveillée et qu'il est venu me voir, je lui ai dit que je ne me souvenais plus de rien. »
« Pourquoi as-tu fais ça ? »
Son ton réprobateur me hérisse le poil et, en le regardant droit dans les yeux, je rétorque
-« J'étais avec Josh et je n'é… »
-« Ce type était un crétin. Il ne te méritait pas... Si je n'avais pas étais aussi angoissé pour toi, je lui aurai mis avec plaisir mon poing dans la figure. »
Me rappelant ce que Lanie m'avait dit, je ne peux que confirmer…
La discussion se termine d'elle-même après ça...
Quand la pendule de l'entrée sonne 15 h, je décide de rentrer. Après les embrassades, je quitte la maison direction mon appartement…
-« Lève-toi… S'il te plait Rick, relève-toi !... N'abandonne pas… Ne m'abandonne pas… Pense à ta mère et ta fille… Elles ont besoin de toi… NON RICK ! Non, réveille-toi… S'il te plait, ne t'endors pas… Ne nous laisse pas… Ne me laisse pas… CASTLE ! »
Je me redresse avec violence. Mon rythme cardiaque frôle le plafond et des perles de sueurs coulent le long de mon échine… 4 jours que mes nuits étaient peuplées de cauchemars horribles où je voyais Rick lutter pour sa survie devant les sourires pervers de ses geôliers … 4 jours depuis qu'Alexis était partie chez Paige… Et autant de temps que Martha était allée rendre visite à une de ses vieilles amies... Cette dernière ne devait pas revenir avant 3 ou 4 jours encore… Mais heureusement pour moi, Lex rentrait cet après midi… Ca pouvait sembler égocentrique de ma part, mais je n'étais pas sûre de pouvoir supporter ça encore longtemps…
Avec effort, je délaisse le lit et enlève les draps puis pénètre dans la salle de bains où je commence par déposer la literie dans la corbeille puis me déshabille et entre dans la douche. L'eau chaude sur mon corps crispé est tout d'abord douloureuse mais, peu à peu, la sensation disparait en même temps que mes épaules se détendent…
Ce sont nos premières séparations nocturnes et je me fais du souci pour la jeune fille … Parvient-elle à dormir ? Fait-elle des cauchemars ?... Et si c'est le cas, pourquoi ne m'appelle-t-elle pas ?...
POV de Martha
Depuis quelques jours, l'état de Kate me préoccupait… Elle avait de nouveau perdu l'appétit et elle était redevenue taciturne... Elle s'ingéniait à nous le cacher… Je ne savais pas pour ma petite fille, mais moi, je n'étais pas dupe. Je savais reconnaitre les signes d'une dépression pour en avoir été sujette il y a plusieurs années... J'avais essayé de lui parler mais elle avait toujours réussi à esquiver la discussion... Une vraie tête de mule... J'avais été tenté de prévenir son père mais j'avais eu peur de me la mettre à dos... J'attendais alors le moment propice pour revenir à la charge… Chose ardue car Kate analysait tous mes gestes et devinait toutes mes tentatives d'approche… J'avais donc décidé de la laisser tranquille… Pour le moment… J'avais alors accepté l'invitation de mon amie à Baltimore...
Mais après 4 jours à me ronger les sangs et une longue conversation avec Agathe, j'avais préféré reprendre le chemin de New-York…..
En pénétrant dans le Loft, je suis accueillie par de la musique qui s'échappe de la chambre de mon fils. Je me dirige vers elle et quand j'arrive sur le seuil de celle-ci, la vision devant moi m'arrache le cœur… Kate est recroquevillée sur elle-même, le corps secoué de sanglots et elle se bascule d'avant en arrière. Elle est entourée d'une multitude de feuilles de papiers et de photos qui sont disséminées un peu partout dans la pièce. Je distingue aussi un sac de voyage bondé posé sur le fauteuil près de la porte. En avançant précautionneusement dans la salle, je vois des photographies de Rick et des photos d'une femme que je reconnais comme étant la mère de la détective… Sans lire les feuillets, je sais qu'ils appartiennent aux dossiers de sa mère et de Richard… Je contourne le sommier et m'installe doucement près de Kate. Dans sa main se trouve la chaine de sa mère mais aussi une copie de Histoires extraordinaires d'Edgar Allan Poe qu'elle a pressé contre son cœur…. Je me saisis de la télécommande de la chaine-hifi sur la table de chevet et appuie sur le bouton OFF. Ensuite, avec douceur, je repousse ses cheveux qui me cachent son visage. Elle n'a aucune réaction à mon geste… Signe qu'elle ne va pas bien… Mais qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour qu'elle craque? Et depuis combien de temps était-elle dans cet état ?...
Je passe ma main dans sa chevelure que je caresse tendrement comme je le faisais avec Richard quand il avait un chagrin… Seuls les bruits de ses gémissements sont perceptibles dans la pièce. Et, au bout d'un moment, ses balancements se font moins importants…..
Cette dépression était à prévoir. Depuis plus d'1 mois, elle restait forte pour Alexis et moi-même… Et, enfermées dans notre douleur et parce que nous avions pris son soutien pour acquis, nous n'avions pas pris en compte la sienne…
-« Kate ?... Katherine ? » Cette fois, j'obtiens un mouvement. Elle ouvre les yeux et quand elle m'aperçoit, elle recule et se détourne de moi. Ne le prenant pas personnellement mais préférant lui laisser son espace, je m'attelle à ramasser tout ce qui se trouve sur le lit.
-« Chaque jour, je retrouve les meurtriers d'inconnus… Il avait promis de rester à mes côtés … Je le déteste… Pourquoi je n'arrive pas à retrouver ceux qui ont fait du mal aux personnes que j'aime ?... Je me déteste de le détester… Je n'y arriverai pas sans lui… Pourquoi tous les gens qui me sont chers m'abandonnent… Je veux qu'il revienne … J'ai besoin de lui… » Annonce-t-elle dans un discours décousu et à l'agonie.
Je l'observe affligée…Elle en a tellement sur le cœur, que ses propos sortent sans ordres... Et je ne suis même pas sûre que ce soit à moi qu'elle s'adresse.
Je me rapproche du lit. Elle est toujours en position fœtale, mais elle a lâché son livre qu'elle a remplacé par 1 photo de mon fils et qu'elle effleure du bout des doigts..
-« Tu n'es pas seule Kate… Tu nous as aidés... Maintenant, laisse nous t'aider à notre tour. »
-« Pourquoi vous ne me détestez pas ? C'est ma faute... Tout est de ma faute… Pourquoi je ne ressens rien ?… Il disait pourtant qu'on était connecté… Est-ce que ça veut dire qu'il est vraiment mort ?... Je suis une égoïste… Si j'étais un meilleur flic, j'aurai déjà retrouvé le sniper et le dragon et celui qui a tiré sur Rick...»
Elle passait d'un sujet à l'autre, mais au moins, elle commençait à se libérer et vu son état d'esprit, ça macérait dans sa tête depuis longtemps. Je m'avance jusqu'à me tenir près de ses hanches. Sans geste brusque, je m'assieds sur le bord du matelas
-« Quand Richard avait 9 ans, il est venu me voir dans les coulisses d'un de mes spectacles et m'a lancé un ultimatum... Soit je rentrais avec lui sur le champ, soit il quittait la maison... Je lui ai dit de ne pas faire l'enfant et de rentrer à la maison… Pendant que j'étais sur scène, la police est apparue et elle m'a appris que la babysitter les avait appelés parce que mon fils n'était plus dans sa chambre et que celle-ci était sens dessus dessous. Ils ont pensé à un enlèvement mais je leurs ai dit que je l'avais vu plus tôt et qu'il avait menacé de s'enfuir si je ne rentrais pas avec lui. Ils ont voulu savoir pourquoi il avait agi ainsi, et j'ai été incapable de répondre… Il a été ramené à la maison 8 jours plus tard… Quand je lui ai demandé pourquoi il avait voulu me quitter, il a répondu *Tu ne m'aimes pas. Tu ne veux pas de moi.* Je lui ai assuré que c'était faux et il a rétorqué,* Si tu m'aimais vraiment, tu serais rentrée avec moi pour fêter mon anniversaire.*… Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'avec la troupe, nous lui avions préparé une fête…. Enfin bref… Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est que depuis qu'il est enfant, quand il ne parvient pas à obtenir ce qui lui tient vraiment à cœur, il s'exile… Ce n'était pas sa 1ière fois… Voilà pourquoi je ne te déteste pas... Et tu as tort, tu es un excellent flic. » Terminais-je en espérant l'avoir quelque peu soulagé.
Elle se redresse pour s'assoir jambes pliées me faisant face. Les yeux rougis d'avoir trop pleuré, elle me fixe
-« Vous croyez qu'il est toujours en vie ? Vous ressentez quelque chose ? » Me demande-t-elle avec une once d'espoir dans la voix.
-« Je n'ai aucun ressenti… Et même si je fais mon travail de deuil, une partie de moi continue à espérer qu'il est en vie quelque part et que quelqu'un s'occupe de lui... Et qu'un jour, il nous reviendra. »
-« Il a survécu à un enfermement dans un container frigorifique, il a esquivé des balles, il a désamorcé une bombe sale, il est sorti indemne d'une prise d'otage avec explosion et il s'est extrait d'une voiture qui s'abîmait dans l'Hudson… Il s'en est toujours tiré alors qu'il baignait chaque jour dans le danger… Comment a-t-il pu se retrouver dans cette position et ne pas s'en sortir? »
Si elle avait été en pleine possession de ses moyens, elle aurait probablement crié cette phrase avec colère… Au lieu de cela, elle l'avait exprimé avec un ton démoralisé.
-« C'est de mon fils que l'on parle... Y avait que lui pour se fourrer dans des situations pas possibles sans même le chercher. »
Un petit rire s'échappe de sa gorge ce qui fait naitre un sourire sur mes lèvres… Voulant profiter de son attention je demande
-« J'étais sur le point de me faire livrer du chinois, tu veux quelque chose ? »
-« Je n'ai pas vraiment faim… Mais je veux bien une de leurs soupes. » Me répond-t-elle faiblement.
-« Ok. »
Je me redresse et après un dernier sourire, m'éloigne.
-« Il était où ? »
Je me retourne vers Kate… Pas la peine de lui demander de quoi elle parle
-« Il s'était réfugié chez sa marraine qui vivait dans le Lower East Side.»
Sans autres paroles, je sors de la pièce…..
POV de Kate
-« Allez Rick, redresse toi ! Tu ne peux pas mourir. Pas maintenant… Ne les laisse pas gagner…NON ! S'il te plait, ne ferme pas les yeux. Je ne veux pas te perdre… Pas encore… Reste avec moi… CASTLE ! NONNN !»….
J'avais perdu le contrôle… La situation m'avait glissé entre les doigts à la seconde où je m'étais réveillée d'un énième cauchemar et que j'avais reconnu la chanson qui résonnait dans la chambre... Piano Man… J'avais alors senti mon corps se tendre puis se relâcher brusquement dans des tremblements incontrôlables suivis d'une sensation de chute libre interminable..
J'avais commencé à suffoquer et j'avais eu beau prendre des inspirations, j'avais manqué d'oxygène… Et subitement, plus rien... Plus rien si ce n'était qu'une immense tristesse et un grand désespoir qui m'enfonçaient de plus en plus dans les ténèbres…
L'intervention providentielle de Martha avait mis un terme à ma descente infernale…
Lors du retour d'Alexis, il n'y paraissait plus... J'avais fait l'effort de sortir du lit et avais rangé la chambre avant de prendre une douche. Martha n'avait rien dit de ma crise et je l'en avais remercié intérieurement… Et malgré mon inquiétude, je n'avais pas demandé à l'adolescente si elle avait eu des problèmes de sommeil de peur qu'elle ne me pose la même question…..
