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Chapitre 4
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Le dimanche suivant, trois jours après avoir été arrêté, on venait annoncer au Serpentard qu'il allait être libre. Sa baguette magique fut cependant confiée à Harry et ce fut le Président du Magenmagot en personne qui exécuta le Serment de Fidélitas. Malefoy eut ensuite quantité de papiers à signer, s'engageant sur son honneur et celui de sa famille, actuelle et future, à ne pas violer le serment ni les autres liens qui le liaient à son Protecteur. S'il respectait à la lettre tous les points, il serait alors libre de vivre comme il l'entend, protégé de tout grâce à Harry. S'il le désirait, il pouvait même changer de nom et reprendre sa vie à zéro, mais cette option-là, Malefoy la refusa poliment. Le dimanche à vingt-deux heures, il fut donc convié à quitter les lieux rapidement et Harry le conduisit chez lui.
- Ta femme est là ?
- Oui, avec sa mère, elles prennent le train demain pour Paris.
- Je ne vais pas déranger ?
- Non, Cinabelle te connais déjà…
- Par son mari, oui.
- Euh, non… Par moi en fait.
Harry se détourna aussitôt et appuya sur le bouton de l'ascenseur. Les portes s'ouvrirent et il disparu dans la cabine sous le regard étonné mais amusé de Malefoy qui le suivit et le bouscula de l'épaule. Le brun grommela, les joues rouges.
- Alors comme ça, tu as parlé de moi à cette fille ?
- Un peu. Elle a voulu savoir comme j'étais devenu Auror, ce que j'avais fait quand j'étais à Poudlard… Elle n'y est pas allée, sa mère n'a jamais voulu.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas, dans sa famille, personne n'y est allé depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne.
La sonnette de l'ascenseur retentit et les portes s'ouvrirent sur un vaste palier à la moquette bleu sombre. Il y avait six portes dont une marquée « Escaliers », et l'autre « Maintenance ». Harry se dirigea vers la porte située entre les deux et passa sa baguette devant la serrure. Plusieurs déclics se firent entendre et la porte s'ouvrit ensuite.
- Je suis rentré ! fit-il en franchissant le seuil.
- Ton ami est là ? demanda aussitôt une voix de femme.
- Oui, répondit Harry avec un sourire pour Malefoy. Entre, allez.
La seconde suivante, Cinabelle déboulait dans l'entrée et plongeait sur Malefoy. Le blond lui rendit son accolade, gêné au possible, et recula un peu derrière Harry en voyant arriver la copie conforme de la jeune femme, mais en plus âgé.
- Madame Matthews… la salua aussitôt Harry.
- Vous devez être Monsieur Potter, si je ne m'abuse, répondit la femme.
Elle avait les cheveux gris, lissés sur le crâne en une queue de cheval courte et moutonneuse. Son nez en trompette supportait une paire de lunettes ovales d'où pendait une chaînette en or, passée sur sa nuque.
- Et vous êtes… ? demanda alors la mère de Cinabelle en regarda Malefoy, lui dardant un regard bleu glacial qui lui rappela celui de son propre père.
- Sir Drago Malefoy, Madame, répondit le blond en s'inclinant.
- « Sir » ? répéta Mrs Matthews. Voyez-vous cela, les Mangemorts se donnent du « Monsieur » maintenant ?
Elle eut un rire dédaigneux et Harry s'excusa en silence. Malefoy secoua la tête comme la femme faisait demi-tour.
- Je vais te montrer ta chambre, et si tu désires ne pas nous rejoindre pour le reste de la soirée, je comprendrais, indiqua alors le Gryffondor en montrant le couloir sombre.
- Cette dame ne semble pas m'apprécier, répondit le blond. Était-elle ainsi avec votre époux, Mrs Aspert ?
Cinabelle haussa un sourcil.
- Voilà bien longtemps qu'on ne m'a pas appelée comme ça ! s'exclama-t-elle, amusée. Appelez-moi Cinabelle, allons. Et oui, je vous rassure, ma mère traitait mon mari de la même façon, voilà pourquoi nous vivions à Londres, et non à Paris. Il est devenu Mangemort peu après et sa relation avec ma mère n'a cessé de se dégrader ensuite. Il va sans dire qu'elle est ravie que je rentre à la maison…
- J'imagine.
- Excuses-nous, chérie, je vais conduire Drago à sa chambre, je vous rejoins après, fit alors Harry.
Il embrassa la jeune femme sur la joue, une main sur son ventre renflé, puis fit signe au blond et disparu dans le couloir sombre. Malefoy le suivit et ils débouchèrent dans une espèce de petite placette entourée de portes.
- Voilà ta chambre, fit Harry en ouvrant une porte. Tiens, la clef. Ma chambre c'est celle-ci, et la mère de Cina loge ici.
- Et « Cina » ?
Harry grimaça et le blond lui tira la langue. Il pénétra alors dans sa chambre et regarda autour de lui en éclairant le lustre.
- C'est plutôt spartiate, je l'avoue, fit Harry. Mais c'est une chambre d'amis, hein…
- Mouais. Je peux arranger ? Je vais rester combien de temps ?
- Aussi longtemps que tu le voudras. Pendant les vacances, je vais vivre à Poudlard, tu pourras venir avec moi, si tu veux.
- Mouais. On verra à ce moment-là.
Harry hocha la tête puis s'éclipsa et Malefoy jeta son sac sur un fauteuil. Il soupira profondément et retira sa cape et ses souliers avant de s'étendre sur le lit une place. Il attira l'oreiller entre ses bras et, posant la tête dessus, sombra aussitôt dans le sommeil. Il avait passé quatre nuits sur une paillasse qui puait le moisi dans une cellule humide et glaciale alors peu importe la taille du lit, du moment que le matelas faisait plus de dix centimètres d'épaisseur, il était content. En plus, les draps sentaient bon les fleurs des champs !
Le Gryffondor retourna dans le salon et trouva sa belle-mère occupée de lui servir les restes du dîner.
- Il ne fallait pas, fit-il en s'asseyant à table.
- Je sais que vous travaillez beaucoup, Monsieur Potter, répondit la femme. Et je n'en ai pas l'air comme ça mais je vous suis très reconnaissante de l'attention que vous avez apportée à ma fille ces derniers mois. Il est évident qu'elle n'aurait pas survécu en prison, ni elle ni mon petit-fils. Vous avez donc ma reconnaissance éternelle, pour ce qu'elle vaut.
Harry inclina la tête, un morceau de pain dans la bouche puis la femme s'éclipsa et alla regarder la télévision. Cinabelle, elle, resta à table près d'Harry et lui prit la main dans la sienne avec un sourire.
- Ma mère est contente, Harry, fit-elle doucement. Et sincère.
- Oh oui, je pense.
La jeune femme sourit puis se redressa contre son dossier et se gratta le sommet du ventre du bout des ongles.
- Et ton ami ?
- Il doit se reposer dans sa chambre, j'imagine, répondit le Gryffondor en remuant le contenu de son assiette. Tu sais, les cellules de mon Département sont loin d'être confortables et n'ont pas lieu de l'être.
- Oui, je sais, je connais…
Harry plissa le nez, la fourchette dans la bouche, puis il posa son couvert au bord de son assiette et dit :
- Tu sais, Cina… Malefoy a été plus qu'un compagnon de classe, quand nous étions à Poudlard. Enfin quand je dis plus…
Cinabelle leva les yeux au plafond avec un sourire en coin.
- Vous avez étés amants ? demanda-t-elle.
- Pas exactement.
Ce ne fut pas tout à fait la réponse que la jeune femme avait attendue mais en parfaite anglaise, elle se contenta de hocher la tête lentement, invitant ainsi Harry à continuer.
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Dire que Drago Malefoy était ravi de passer Noël à Poudlard était un euphémisme. Il détestait l'idée ! Mais il n'avait pas eut le choix. Depuis que son père avait été mis sous les verrous, deux ans plus tôt, il devait se plier au bon vouloir de sa mère et de ses nouvelles lubies pour passer le temps. Ainsi, il était confiné à Poudlard pour le réveillon de Noël et du Nouvel An parce que Madame parfait skier en Suisse avec ses amies et que les enfants, pis, les hommes, n'étaient pas les bienvenus.
Drago Malefoy était furieux, de plus, il était le seul septième année de Serpentard à rester, pour couronner le tout, avec trois premières et deux quatrièmes.
Quand les calèches tirées par les Sombrals quittèrent le perron du vieux château, emportant ses amis en ce matin du premier jour des vacances, vingt-et-un décembre, inutile de dire que le leader de Serpentard se sentit bien seul…
Un coup d'œil vers les autres élèves ne le rassura pas spécialement. Une volée de Serdaigles piaillait dans un coin du hall, un peu moins de Pouffsouffles et le trio Gryffondorien, qui discutaient ensemble vers les grandes portes de la Grande Salle.
- Joyeux Noël… marmonna le blond en se détournant.
Il gagna Serpentard et s'enferma dans le dortoir des septièmes années, vide et, pour une fois, parfaitement rangé. Il n'y resta cependant pas longtemps et se rendit plutôt dans les serres, à l'arrière du château, où il trouva le professeur Chourave, occupée à rempoter des plantes en chantonnant. Quand elle lui demanda s'il désirait lui donner un coup de main, n'ayant rien de mieux à faire, le blond accepta et attrapa une paire de gants en peau de dragon qui traînait là.
A l'autre bout du château, cependant, on s'ennuyait moins. Hermione et Ron faisaient une partie de Boules Baveuses tandis qu'Harry encourageait les deux camps sans favori. Ils occupaient tous les trois une partie du plancher devant la cheminée qui avait été magiquement adapté, temporairement, pour les besoin du jeu.
- Aller, aller ! Oui !
Harry leva les bras au ciel et battit des mains. Hermione le regarda avec un grand sourire et Ron grommela. Il agita sa baguette pour faire sortir les boules de verre du trou au centre de la cible et, comme il les répartissait, entre Harry et lui cette fois-ci, il dit :
- On n'est que tous les trois, cette année, ça fait bizarre !
- C'est vrai, reconnu Hermione. D'habitude, on est une dizaine, mais là… C'est du à quoi à votre avis ?
- Peut-être à la montée en puissance des Mangemorts ? hasarda Harry. J'imagine que les parents veulent passer un Noël tranquille sans s'inquiéter de leur progéniture à des milliers de kilomètres de la maison…
Il grimaça en songeant furtivement aux Dursley. Il les chassa cependant rapidement et reporta son attention sur la partie de Bav'Boules que Ron avait entamée sans lui.
A vingt-heures, et après une longue journée passée à errer comme une âme en peine dans le château, tout le monde se retrouva dans la Grande Salle pour dîner et McGonagall avait eut l'idée de ne faire qu'une seule longue table pour les professeurs comme pour les élèves. Ce qui n'était pas plus mal et, avec les douze immenses sapins qui trônaient tout autour de la pièce, cela faisait beaucoup plus familial que chacun déjeunant à sa table de maison.
Seul de sa classe chez les Serpentards, Malefoy se retrouva donc coincé entre un grand Serdaigle et… oh misère ! Harry Potter.
Malefoy grimaça mais dans la confusion de l'installation, puis du repas, personne ne remarqua son air peu enjoué. Harry, lui, s'en rendit compte par contre mais ne releva pas. Ils n'avaient jamais eue de conversation amicale, tous les deux, depuis leur première année, et cela aurait paru suspect qu'il engage une discussion comme ça, alors que Ron et Hermione étaient de l'autre côté de lui, pis encore, que les regards des professeurs étaient braqués sur lui…
Malefoy quitta la Grande Salle avec un profond soulagement. Il avait fini par engager la conversation avec le grand Serdaigle et ils avaient découvert qu'ils aimaient tous deux un auteur peu réputé, Vickers Mondragon, qui n'écrivait pas des manuels sur les Dragons, contrairement à son nom, mais sur tous les autres animaux à sang froid comme les serpents et autres lézards. Le Serdaigle avait été ravi de pouvoir discuter avec le leader de Serpentard réputé pour avoir un sale caractère, et le repas s'était au final bien passé.
Mais le blond était maintenant lesté de plusieurs plats copieux et son esprit un peu embrumé par le Xeres aussi décida-t-il de rentrer directement à Serpentard bien qu'il ne soit que vingt-deux heures. Il ne croisa évidemment personne dans le couloir menant à sa Salle Commune et quand il se coucha dans le silence pesant de sa chambre vide, Harry vint sournoisement se glisser dans ses pensées et il se rappela que quelques jours plus tôt, il lui avait proposé sans vraiment le faire, de l'aider en Potions avec, en retour, de l'aide pour la Défense Contre les Forces du Mal.
- Mais qu'est-ce qu'il m'a prit ? demanda Malefoy à haute-voix en s'adressant à son réveil. J'ai tout le fric que je veux pour des cours de soutien avec les meilleurs et je choisi Potter ? Vraiment ?
Roulant sur le dos, le Serpentard soupira profondément. Soudain, il sauta hors de son lit, se rhabilla et quitta son dortoir puis sa maison. Il avait besoin de digérer, il se sentait lourd à cause de toute cette bouffe, et marcher ne lui ferait pas de mal.
Il tournait au coin d'un couloir quand ses sens magiques s'affolèrent.
- Tiens, mais qui voila… roucoula une voix.
- Professeur… salua le blond en reconnaissant Rogue malgré ses tenues noires, ton sur ton avec l'ambiance actuelle.
- Que faites-vous hors de chez vous à une telle heure ?
- J'ai du mal à digérer, alors j'ai décidé d'aller marcher un peu…
- Hm. Vous m'en direz tant. Rentrez à Serpentard, vous voulez ? Il fait très froid ce soir…
Un frisson parcourut l'homme et Malefoy opina du chef et Rogue se détourna, sa baguette magique pointée devant lui pour éclairer le chemin. Quand il fut loin, le Serpentard tourna les talons et s'éloigna dans la direction opposée. Il n'avait aucune intention de rentrer à Serpentard maintenant, il avait mal à l'estomac et la nausée dans la gorge, pas question d'aller se coucher dans cet état. Il décida donc de faire un détour par l'Infirmerie et Pomfresh lui donna de quoi digérer en lui recommandant d'aller se mettre au chaud dans la minute. Dépité, mais déjà soulagé de ses maux, le blond reprit le chemin de Serpentard.
Il arrivait devant le mur qui en cachait l'entrée quand un bruit le fit sursauter. Il était très tard, il devait sans doute être le seul élève encore debout, ou du moins le seul hors de sa maison, mais, baguette à la main, le jeune homme voulu quand même savoir qui était là, surtout quand le bruit se fit à nouveau entendre, plus clair que le précédent.
- Qui est là ? demanda-t-il en éclairant sa baguette.
- C'est moi, grogna une voix.
- Potter ?
Malefoy s'approcha, longea le couloir incurvé qui menait, tout au bout, aux cuisines du château. Entre l'entrée de Serpentard et lesdites cuisines, il y avait une dizaine de mètres de couloirs, environ, sinon plus, et tout du long étaient percées une demi-douzaine de portes soigneusement fermées, des garde-manger pour la plupart ou des placards à balais.
- Potter, tu m'expliques ce que tu fous ici à cette heure ?
- Je te retourne la question…
- Je suis allé à l'Infirmerie et là je rentre me coucher, répondit le Serpentard en montrant par-dessus son épaule de son pouce. Tu es très loin de Gryffondor, tu sais ?
- Je sais. J'étais aux cuisines.
- Me dis pas que t'as pas assez mangé, quand même ! Punaise y avait de quoi nourrir une équipe de Quidditch !
- J'ai rien mangé, répondit Harry. Et maintenant j'ai faim.
Malefoy grimaça.
- Et pourquoi tu n'as rien mangé ? J'ai vu de la nourriture dans ton assiette pourtant.
Harry serra les mâchoires et inspira profondément. Il se détourna soudain avec un geste de la main et Malefoy haussa les sourcils.
- Oh, tu ne vas pas te tirer sans répondre, quand même, si ? Ça ne se fait pas !
- Lâches-moi, tu veux ? Je n'ai aucune raison de te donner des explications.
- Ouais, ok, mais je t'ai posé une question et la moindre des choses c'est d'y répondre…
Harry fusilla le blond du regard et s'éloigna. Passablement agacé par ses douleurs abdominales, Malefoy lui emboîta le pas et lui saisit l'épaule à la hauteur d'une porte verrouillée contre laquelle il envoya le brun. Celui-ci s'y adossa brutalement et regarda ensuite le Serpentard avec des yeux verts flamboyants.
- T'as quoi, hein ? siffla-t-il. T'es pas mon frère, pas mon mari, pas ma nounou ! J'ai aucun compte à te rendre, la Fouine !
Le Serpentard plissa les yeux et soudain, un bruit sec résonna dans le couloir éclairé de torches enflammées. Harry tourna la tête sous la douleur cuisante qui lui mordit la joue et il serra les lèvres. Il fronça les sourcils puis s'éloigna. Malefoy ne le suivit pas. Il préféra retourner à Serpentard, le poing droit serré, la paume lancinante, et il se jeta sur son lit en jurant à haute voix.
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Harry déglutit et bu un peu de café. En face de lui, Cinabelle posa une main sur la sienne et lui sourit doucement.
- Il t'a donc giflé… Pour quelle raison ? demanda-t-elle.
- Juste pour me calmer, en fait, mais bon... répondit Harry en se resservant du café. Pendant les deux semaines des vacances des fêtes de fin d'année, on est tous restés plus ou moins séparés les uns des autres, sauf pour les repas, et je ne lui ai pas adressé la parole pendant les quinze jours. Hermione et Ron me talonnaient toute la journée, Hermione nous traînait presque de force à Pré-au-Lard pour nous faire acheter des nouvelles fringues car on n'avait grandi et nos pantalons ne touchaient plus nos souliers…
Cinabelle sourit.
- Je t'imagine parfaitement à dix-sept ans avec un pantalon trop court qui laisse voir tes chaussettes… J'ai horreur de ça !
Elle rigola et Harry eut un doux sourire. Il regarda son reflet dans son café et soupira avant de reprendre le déroulé de son passé.
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Le Nouvel An venait de passer et dans à peine deux jours, les autres élèves seraient de retour. Adieu le silence et la tranquillité dans les couloirs de Poudlard, donc ! Mais Harry s'en fichait, il avait toujours en tête la gifle que Malefoy lui avait assénée, quinze jours plus tôt, environ, sans aucune raison et sans fournir aucune explication. Bien entendu, il n'était pas non plus allé le trouver pour lui arracher lesdites explications, ce n'était pas son genre. Quoi que… ? Non, il avait laissé couler mais au fil des jours, alors même qu'on se réjouissait de passer Noël en paix, puis le Nouvel An avec les bises qui s'échangeaient sous les divers bouquets de gui disséminés dans la Grande Salle, Harry sentait parfois sa joue l'échauffer, surtout quand son regard se posait, malencontreusement ou non, sur Malefoy, que ce soit pendant la journée, ou bien pendant les repas. Cependant, aujourd'hui, il n'y tenait plus et il avait décidé de coincer le Serpentard quelque part et de lui demander pourquoi il l'avait giflé. Il lui aurait collé une droite, à la limite, il aurait laissé tomber, mais une gifle ?
C'était samedi aujourd'hui et la mi-journée s'achevait. Dans quelques minutes la cloche du château allait annoncer le déjeuner mais Harry avait déjà indiqué qu'il n'y participerait pas. Personne n'avait émit d'objection, chacun étant libre de manger ou non avec les autres présents dans le château. Malefoy d'ailleurs, pour parler de lui, ne prenait que ses dîners avec ses camarades et ses professeurs, le petit-déjeuner il devait sans doute le prendre à Serpentard, et le déjeuner, à Pré-au-Lard, où il passait quasiment toutes ses journées.
C'était là qu'Harry allait le coincer. Il s'enveloppa donc dans deux épaisseurs de capes, noua son écharpe de Gryffondor autour de son cou, enfila ses gants magiquement réchauffés puis quitta le château et prit le chemin sinueux et pentu qui permettait de gagner Pré-au-Lard.
Vu d'en haut, le seul et unique village uniquement sorcier d'Angleterre donnait l'impression, enfoui sous la neige, d'un dragon hérissé de pointes qui se serait allongé là pour dormir. Toutes les maisons étaient alignées et la rue principale serpentait. Au loin, on devinait la petite forme pointue de la Cabane Hurlante.
Harry mit environ dix minutes à arriver au village à cause du chemin verglacé. Le clocher sonna midi juste comme il lui passait devant et cela le fit sursauter. Il y avait foule malgré une neige tourbillonnante et un froid pinçant, et Harry du se frayer un chemin pour espérer repérer le Serpentard. Il finit par utiliser le Sortilège de la Pointe pour le retrouver et sa baguette transformée en boussole le conduisit dans le Salon de Thé de Mrs Rosmerta. Parfait, un lieu connu et amical où on mangeait et on buvait très bien.
Le Gryffondor s'y rendit donc et repéra sans peine le blond au fond de la salle, assis à une table, seul, le journal du jour étalé devant lui. Il l'éloigna quand Mrs Rosmerta déposa devant lui une assiette de frites-saucisses, et il sursauta quand Harry s'installa en face de lui.
- Cette chaise est prise, marmonna-t-il sans lever le nez du journal.
- Dans ce cas, je vais en chercher une autre…
Le blond releva aussitôt la tête et le peu de couleur sur ses joues disparu un instant quand il reconnu Harry. Il se reprit ensuite et, calmement, plia le journal et le déposa sur la table derrière lui.
- Il ne me semble pas t'avoir invité à partager mon déjeuner, si ? fit-il de sa voix traînante.
- Non, c'est vrai, néanmoins, je crois que c'est le seul, et dernier, moyen que j'ai pour avoir quelques explications.
Malefoy attrapa une frite dans son assiette puis la mâchonna en s'adossant à sa chaise.
- Allons-bon, qu'ais-je donc fait ? demanda-t-il. Ou pas fait ?
Harry haussa un sourcil et se pencha en avant. Les mains sur les genoux, il touchait presque la table des épaules, le menton tendu, et, dans un souffle, il chuchota :
- N'as-tu donc pas souvenir de m'avoir giflé sans aucune raison dans le couloir menant aux cuisines, voilà une quinzaine ?
Malefoy avala sa frite bruyamment. Harry se redressa en en prenant une au passage et le blond le regarda. Il fronça aussitôt les sourcils et se renfrogna.
- Je n'ai aucun compte à te rendre, Potter.
Harry serra les mâchoires. Il leva le bras et Mrs Pomfresh s'approcha.
- Pour le repas, lui fit-il en lui donnant un Gallion.
Malefoy se redressa pour protester mais le brun était déjà debout et, l'empoignant par l'épaule, il traîna le Serpentard dans la rue, puis entre deux maisons du côté opposé. Là, le blond se dégagea d'une vive torsion de l'épaule et fit face à Harry.
- Si tu me cherches, Potter, je te jure que tu vas me trouver !
- Je n'en ai pas envie, ni de l'un ni de l'autre, je veux juste savoir pourquoi tu m'as giflé, nom d'un Dragon ! Ce sont les nanas qui collent des baffes aux mecs, pas d'autres mecs !
Les yeux flamboyants, Malefoy grogna.
- Tu m'as agacé ! lâcha-t-il alors. Tu m'as agacé avec tes jérémiades, là, « j'ai pas mangé, j'ai faim, blablabla » ! Ça m'a soûlé, mais t'imagines même pas à quel point !
Harry haussa les sourcils, choqué.
- Et… Et selon toi, râler est un motif pour gifler quelqu'un ?
- Tu sais quoi, lâches-moi, ok ? lança alors le blond en faisant volte-face.
Harry ferma les yeux. Malefoy n'avait visiblement aucune réponse valable à lui donner. Il passa alors sa langue sur ses lèvres sèches et soupira. Tendant le bras pour retenir le Serpentard, son pied dérapa soudain sur une plaque de verglas sournoisement cachée et il perdit l'équilibre. Tendant le bras loin devant lui, il saisit le dos de la robe de Malefoy qui se retourna et essaya de rattraper le Gryffondor, malgré lui, mais emporté par le poids de ce dernier, non négligeable, et la surprise, il perdit l'équilibre à son tour et tomba lourdement sur le dos en glissant dans la neige tandis qu'Harry s'effondrait sur lui en lui coupant le souffle…
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Cinabelle partit d'un grand éclat de rire et se couvrit aussitôt la bouche de ses mains mais son hilarité la fit pouffer et un son étrange passa ses doigts. Elle baissa alors les mains en s'excusant, son gros ventre tressautant et Harry poussa vers elle son verre d'eau. Elle le prit, en but une gorgée et parvint à se calmer.
- Oh Merlin ! fit-elle, le souffle court. Oh, Merlin, j'imagine la scène au ralenti, comme dans les films ! Oh, Merlin…
- Oui, bon ben ça va… marmonna Harry, les joues rouges.
La pendule sonna soudain deux heures du matin et la jeune femme soupira profondément.
- Garde m'en pour demain, d'accord ? fit-elle en se levant. Il est plus que temps que j'aille dormir. Mon dos est en ruines et bébé commence à s'agiter.
- Va, je finis de dîner, je passe voir si Malefoy n'a besoin de rien et je te rejoins.
Cinabelle hocha la tête et se détourna. Sur le seuil de la cuisine, elle s'arrêta, une main sur le chambranle et tourna alors la tête.
- Tu sais, Harry… Si je ne te trouve pas dans notre lit demain matin, je ne m'en offusquerais pas.
Le Gryffondor haussa les sourcils puis secoua la tête. La jeune femme lui offrit un sourire puis, lentement, se mit à gravir les marches menant à l'étage.
L'appartement était un duplex immense. Au rez-de-chaussée, il y avait une entrée, un salon, une salle à manger et une cuisine, plus des toilettes et un grand balcon à l'étage, trois chambres et une salle de bains avec baignoire et douche. Et aucune magie n'avait été utilisée pour agrandir puisque qu'Harry y vivait seul au début et n'avait alors aucune intention d'y loger une famille avant de très longues années. Seulement, actuellement, toutes les chambres étaient prises et les évidences matérielles de plusieurs personnes vivant ici se trouvaient disséminées dans l'appartement.
Avec un hoquet de surprise, Harry réalisa brusquement qu'il aimait bien cette impression de plein chez lui. Il sentait les présences des trois personnes et demie qui dormaient à l'étage, il aimait voir la patère surchargée de manteaux et les souliers alignés dessous. Sans parler du pot à parapluies qui était blindé, lui aussi…
La phrase de Cinabelle tournait encore dans la tête d'Harry quand il gravit les marches de l'escalier, une bonne heure plus tard, en vue d'aller se coucher. Il fit une station sur le palier recouvert de moquette jaune sombre et soupira. Soudain, la porte de la chambre qu'il avait attribuée à Malefoy s'entrouvrit et le blond se profila dans l'ouverture. Harry le regarda, baissa la tête et se dirigea vers sa chambre.
- Potter… souffla alors le Serpentard.
La main sur la poignée de sa porte, Harry courba le cou et ferma les yeux. La seconde suivante, la porte de sa chambre se refermait en douceur sur lui, et il s'y adossait en serrant les mâchoires. Les douces mains de Cinabelle se posèrent alors sur son torse et, en silence, elle l'entraîna sur leur lit et, d'un murmure, lui ôta ses habits et lui fit passer son pyjama.
Sur le palier, Malefoy serra les lèvres. Il renifla légèrement puis retourna dans sa chambre et s'approcha de la fenêtre. L'appartement étant situé au quatrième étage d'un immeuble, dans le Londres Moldu, à deux pas du Ministère de la Magie, les fenêtres donnaient sur des rues, à cette heure-ci quasiment désertes et silencieuses, qui, la journée, étaient blindées de voitures nauséabondes et de Moldus braillards et débraillés.
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Et voilà ! A demain soir pour le chapitre 5 ! Merci encore pour vos commentaires !
