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Chapitre 5
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Le départ de Cinabelle ne se fit pas sans larmes, la jeune femme ayant vécu six mois avec Harry, ayant même commencé à l'aimer sincèrement bien qu'elle soit mariée et enceinte d'un autre homme. Les adieux furent donc longs mais quand la mère de Cinabelle commença à s'impatienter en disant qu'elles allaient rater le train, un simple baiser et une accolade mirent fin aux larmoiements. Harry aida ensuite sa compagne à grimper dans le premier wagon de l'Eurostar qui se présenta, puis il y lança l'énorme et lourde valise et souhaita bon voyage aux deux femmes. Il allait s'éloigner quand Cinabelle se baissa laborieusement sur le marchepied en métal.
- Chéri…
- Le train va partir, fit Harry.
- Je sais, mais tiens, c'est pour toi…
Elle lui tendit une enveloppe et le brun la prit, étonné.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Tu l'ouvriras à la maison, d'accord ? Avec Mr Malefoy.
- Avec… Mais pourquoi ?
- Tais-toi, et fais-le, c'est tout.
- Bon… Très bien.
Harry recula d'un pas et Cinabelle se releva en s'agrippant à une poignée. La porte du wagon se referma dans la foulée et la jeune femme disparut dans le wagon. Harry la suivit des yeux comme elle s'installait en face de sa mère puis, après quelques sourires et des signes de mains, le contrôleur siffla violemment et le train s'ébranla. Harry le regarda s'éloigner et quand il quitta la gare, il baissa les yeux sur la lettre entre ses mains. Avec un plissement de nez, il la fourra dans la poche de son blouson puis fit demi-tour et retourna dans le hall. Il transplana en passant derrière un énorme pilier et reparu dans le hall de son immeuble. Pas étonnant, son appartement était protégé par un bouclier antitransplanage et anti Mages Noirs, comme à Poudlard. Il valait mieux être prudent, surtout quand on est un Auror puissant et détesté des méchants !
Il était à peine neuf heures du matin et Harry n'avait pas vu Malefoy depuis la veille, ou sinon entraperçu sur le palier en allant se coucher, et cette entrevue le fit frémir comme il déposait son blouson sur la patère. Ils étaient seuls tous les deux maintenant, ils allaient devoir se croiser, forcément, un moment ou un autre, peut-être même prendre leurs repas ensemble, puisque le Serpentard n'avait pas spécialement le droit de quitter l'appartement pour le moment. De toute façon, Harry doutait qu'il n'en ait envie vu qu'il avait été capturé par des Aurors puis mis sous la protection de l'un d'eux, et non pas le moindre, ce qui lui faisait éviter la prison et une mort atroce, mais ne l'empêchait pas de se faire assassiner sur ordre de Voldemort qui avait du mettre sa tête à prix depuis longtemps déjà.
Le bruit d'une porte qui se ferme à l'étage tira le Gryffondor de ses pensées et il leva la tête vers le sommet de l'escalier coudé. Malefoy s'y tenait, un pied sur la première marche, la main sur la rampe.
- Cinabelle est partie ? demanda-t-il.
- Oui, tu as déjà mangé ?
- Non, je me lève… Mais écoute Potter, si ma présence te met mal à l'aise, y a pas à balancer, je m'en vais, c'est tout…
- Non, non…
Harry plongea ses mains dans les poches de son jean et se souvint alors de la lettre donnée par Cinabelle. Il grimaça et haussa les épaules.
- Tu sais, reprit-il au bout de quelques secondes de silence qui permirent à Malefoy de le rejoindre dans l'entrée. Ça fait huit ans maintenant, il faudra bien que tout cela passe, tu ne crois pas ?
- Ça aurait déjà du passer depuis longtemps ! répliqua le blond sans méchanceté. Mais ce n'est pas le cas, ni pour toi ni pour moi et ces souvenirs nous sont terriblement douloureux, je me trompe ?
Harry secoua la tête. Il s'éloigna alors dans la cuisine et Malefoy le suivit. D'un coup de baguette magique, le Gryffondor mit le café à couler et entreprit ensuite de s'abimer dans la confection de toasts.
- Potter…
- Non, Malefoy, ta présence sous mon toit ne me met pas mal à l'aise, et je ne t'aurais pas fait bénéficier de ma Protection, une fleur très rare de la part du Ministère, si je ne croyais pas qu'on arriverait à s'entendre toi et moi. Nous y sommes arrivés par le passé, pendant longtemps, et à cause de…
Harry se mordit la lèvre supérieure et ferma les yeux.
- A cause de… de ça, reprit-il. A cause de ça, tout a volé en morceaux.
Il pivota alors et s'adossa au plan de travail.
- Alors oui, ajouta-t-il. Oui, ça sera plus jamais comme il y a huit ans mais poses-toi une question, Malefoy.
- Laquelle ?
- Pourquoi as-tu réellement accepté ma Protection ?
- Pourquoi ? Parce que je ne veux pas mourir.
- Je suis un Auror, je suis plus puissant que toi, je peux te tuer, là maintenant, sans que tu n'y vois faire…
- Mais tu ne le feras pas.
- Non.
Harry se retourna de nouveau et regarda les résistances rouges du grille-pain. Il baissa alors la tête et serra fortement les paupières. Soudain, ses épaules se crispèrent et il laissait échapper un sanglot. En deux secondes, Malefoy fut sur ses jambes et il posa ses mains sur les larges épaules musclées. Harry se retourna alors et se serra contre le torse du Serpentard qui l'entoura de ses bras.
- C'est rien… fit-il doucement. Ça va aller…
Il lui caressa les cheveux et le dos puis Harry recula, retira ses lunettes et alla prendre un morceau d'essuie-tout pour se moucher. Il soupira ensuite profondément et s'excusa.
- Tu n'as pas à t'excuser de pleurer devant moi, tu le sais parfaitement, rétorqua le blond, les sourcils froncés.
Harry déglutit et hocha la tête. Il rechaussa ses lunettes et regarda le Serpentard. Il renifla, s'essuya le nez de son mouchoir puis soupira profondément.
- Cinabelle m'a demandé…
Il dodelina de la tête.
- Elle m'a demandé si nous avions été amants, à Poudlard, termina-t-il.
- Et tu as répondu quoi ?
- Pas exactement.
Malefoy hocha lentement du menton puis retourna s'asseoir à table et Harry attrapa alors deux bols sur l'évier et les déposa devant lui. Il attrapa ensuite confiture et beurre dans le frigo puis les toasts qui sautèrent au même moment du grille-pain.
Malefoy l'observa silencieusement évoluer dans la pièce. Il était chez lui, depuis longtemps, cela se voyait sans aucun problème. Il ne regardait presque pas en faisant les choses, prendre des assiettes dans le placard, des couverts dans un tiroir, éteindre la cafetière et la déposer sur la table… Chaque geste était précis et totalement automatique. Le blond l'envia un peu sur ce coup-là. Lui, ces huit dernières années, il les avait passées dans une chambre miteuse à l'odeur de moisi, dans le manoir délabré de Voldemort, à Little Hangleton. Chaque soir en rentrant, il devait ouvrir la fenêtre en priant pour que le carreau ne lui tombe pas sur la tête. Il allait ensuite ouvrir son lit, en chassait souris et araignées d'un coup de baguette magique, puis il se couchait, la plupart du temps sans rien dans le ventre car ce n'était pas Voldemort qui allait se mettre aux fourneaux ! Chaque Mangemort devait acheter, amener, et se préparer sa propre nourriture, avec les Gallions qu'il parvenait à se faire en tuant des gens, ou sur ses fonds propres, mais Malefoy était un aristocrate et donc, par définition, doté de deux mains gauches pour la majeure partie des tâches que le commun des mortels – et des immortels – était capable de réaliser seul. Pour lui, tout lui avait toujours été fait, que ce soit par sa mère ou par les Elfes de Maison dans le manoir du Wiltshire. Il n'avait jamais eut à laver ses vêtements, à les repasser, à les recoudre ; il n'avait jamais eut à faire les courses dans une épicerie, Moldue de surcroît, ni à se faire à manger… en cela, il reconnaissait qu'avoir été élevé par des Moldus avait avantagé beaucoup de jeunes sorciers, notamment Harry qui avait même ignoré être un sorcier avant d'entrer à Poudlard… A ce qu'il se disait, il savait même tricoter !
- Tu es encore sur cette bonne vieille Terre ?
- Hm ? Oh, oui, j'étais juste perdu dans mes pensées, en train de réaliser qu'en quittant Poudlard pour rejoindre les Mangemorts, j'avais du apprendre à tout faire…
- C'est-à-dire ?
- Les tâches ménagères, notamment. Tu ne crois quand même pas que Voldemort loge ses fidèles comme à l'hôtel, si ? Il n'a pas d'Elfes de Maison, quand il a faim, il somme un Mangemort de lui préparer quelque chose, un autre ira lui laver ses vêtements, les lui recoudre, un autre… Bref ! Moi j'ai du apprendre tout ça, laver, repasser, recoudre, faire à manger, les courses, tout, et je ne te cache pas qu'il y a eut bien des soirs où je me suis couché le ventre vide parce que j'avais momentanément oublié que je ne vivais plus chez mes parents…
Harry hocha doucement la tête. Il s'assit en face du blond et servit le café dans les deux bols. Quand il reposa la cafetière, il reprit la parole.
- Tu sais, ici, tu fais comme tu veux. Tu veux faire à manger, pas de problème, tu n'en as pas envie, je le ferais. Tu veux diner, déjeuner, avec moi, pas de problème, tu veux prendre tes repas dans ta chambre, aucun soucis. Après tout, après ce qu'il s'est passé il y a huit ans, je peux comprendre que tu…
- Arrête, d'accord ? lâcha soudain le blond, les sourcils froncés. Arrête de remuer le passé maintenant, ni toi ni moi ne sommes là pour en parler. Je suis ici pour que tu m'aides à renoncer aux Mangemorts, pour que je reprenne une vie stable, sans Magie Noire, pour que je trouve un travail et que je puisse fonder une famille. Je ne suis pas là pour ressasser le passé, encore et encore, pour que nos âmes brûlent et pleurent de douleur à cause de…
Il se tut brusquement et serra dents et paupières. Il baissa alors le nez en soupirant et inspira ensuite en se redressant.
- Tu saisis ? demanda-t-il.
- Oui. Bien entendu…
- Parfait. Aller, mangeons !
Harry acquiesça d'un mouvement du menton puis prit deux toasts dans le panier et tendit celui-ci à Malefoy qui le remercia d'un discret signe de tête.
Comme c'était lundi aujourd'hui et qu'il avait travaillé la veille, Harry était de congé. Il en profita donc pour passer la journée avec Malefoy et, à la demande celui-ci, il l'accompagna dans le quartier de luxe de Londres pour faire quelques emplettes et se débarrasser définitivement des robes brodées des Mangemorts.
Malgré son arrestation et sa vocation aux Mangemorts, il avait encore accès à son coffre à Gringotts et parfaitement le droit d'aller piocher dedans, à condition que Harry soit dans les parages, c'était une stipulation d'un des nombreux serments qu'il venait de passer avec le Ministère de la Magie. Et il ne s'en priva pas, d'autant plus que sa mère ayant déménagé en Suisse depuis trois ans, personne d'autre que lui ne puisait dans la fortune sans fin des Malefoy.
- Celui-ci vous va très bien, Monsieur !
- Potter ? T'en pense quoi ?
Harry regarda le Serpentard engoncé dans un costume noir. La veste avait de larges revers en velours noir brodés de la même couleur et des boutons en argent aux manches. Le pantalon droit faisait des plis sur le sol et la vendeuse apporta des chaussures de cuir vernies qu'il s'empressa de chausser.
- Tu fais très aristo, commenta alors le Gryffondor, affalé dans un fauteuil, un verre de Old dans la main. Ça va te coûter combien ça ?
- Peu importe, j'ai largement de quoi faire.
La vendeuse eut un mouvement de tête appréciateur puis se détourna et revint avec une cravate qu'il noua à l'ancienne. Harry grimaça aussitôt et Malefoy eut un sourire en coin puis s'admira dans la grande psyché en pied. Il hocha ensuite la tête d'un air satisfait et Harry tendit la main pour attraper l'étiquette qui pendait à la manche de la veste. Il verdit aussitôt en voyant le prix à quatre chiffres.
- Oh ça va, hein, répliqua Malefoy en récupérant la manche. Je suis peut-être sous tutelle, mais je viens de passer huit ans dans des nippes puantes associées au plus grand mage noir de tous les temps !
- Je n'ai rien dit ! se défendit Harry, amusé.
La vendeuse sourit tendrement. Elle devait très certainement se demander si ces deux jeunes hommes étaient ensemble ou pas, mais le Gryffondor s'en fichait. On pouvait très bien dire de lui qu'il marchait à voile comme à vapeur, il s'en fichait. Il avait rendu le sourire à une femme qui allait avoir un bébé en étant heureuse, et il comptait faire de même avec Malefoy. Enfin, du moins, lui rendre le sourire, quoi…
Avec un soupir, Harry regarda sa montre.
- Il est bientôt dix-sept heures, on va y aller ? demanda-t-il.
- Un dernier essayage et on y va, acquiesça le blond en hochant la tête. Mettez celui-ci avec le reste, Mademoiselle.
- Oui, Monsieur Malefoy.
Le jeune homme retira la veste puis disparu dans la cabine d'essayage avec un autre costume, gris clair celui-ci. Après cela, il choisi quatre robes de sorcier de différentes couleurs et coupe, trois paires de souliers, trois cravates et un manteau. Avec tout cela, la vendeuse lui offrit de choisir une canne offerte par la maison pour aller avec le tout, et quand elle lui proposa celle avec la tête de serpent, le Serpentard tiqua.
- Non, fit-il. Elle ressemble à celle de mon père. Celle avec le dragon, plutôt.
- Très bon choix. Désirez-vous que je monte votre baguette magique dessus, pendant que j'y suis ? demanda la vendeuse en tirant ladite canne en ébène noir, luisante, à tête de dragon en argent, de son étui plastifié.
- Non, je le ferais moi-même, répondit Malefoy avec un mouvement de tête.
- Très bien, dans ce cas, voici votre note.
Harry loucha sur le petit papier couleur crème et plissa le nez.
- Même en le voulant, je ne pourrais pas dépenser autant en une seule fois, grimaça-t-il.
- Mais vous êtes Harry Potter, commenta la vendeuse. Tout le monde sait que vous n'avez pas le train de vie luxueux du sorcier normal. Et parfois, c'est tout aussi bien, de vivre bien en dessous de ses moyens !
- Ah, je vous en prie, ne le lancez pas là-dessus ! fit Malefoy en prenant les housses à vêtements que la vendeuse poussa vers lui en rigolant. Déjà, quelle idée j'ai eue de lui demander de m'accompagner…
- Disons que tu n'as pas eut le choix, en fait… fit Harry avec un sourire moqueur. Aller, rentrons. Bonne fin de journée, Miss.
- A vous aussi, Messieurs.
Malefoy inclina la tête puis il posa la main sur l'épaule du Gryffondor qui les fit transplaner dans le hall de son immeuble. Ils prirent ensuite place dans l'ascenseur et Harry pouffa soudain.
- Allons bon, sourit le blond. Qu'est-ce qui te fais rire ?
- Toi. Quand je te regardais essayer ces fringues, j'avais l'impression d'être retourné en quatre-vingt dix-sept, tu sais ?
- Ah ouais ? Quand ?
- Quand…
Le brun perdit aussitôt son sourire et Malefoy pinça les lèvres.
- Désolé, fit-il.
Il inspira par la bouche et soupira dans la foulée. Soudain, il appuya sur le bouton d'arrêt de l'ascenseur et les lumières baissèrent tandis que la cabine s'immobilisait dans un sursaut. Harry le regarda, surpris.
- Malefoy, qu'est-ce que… ?
- Potter, écoute, si je dois rester habiter chez toi, avec toi, pendant je ne sais encore combien de temps, il va vraiment falloir qu'on fasse quelque chose. On ne peut décidément pas cesser de discuter simplement parce qu'un souvenir nous revient, c'est stupide et…
- C'est stupide, je suis d'accord, le coupa le Gryffondor. Mais il n'empêche que c'est encore là, hein ! C'est encore là et…
Harry se mordit les lèvres et une larme glissa sur sa joue.
- Et c'est putain de douloureux encore ! s'exclama-t-il en donnant un coup de poing dans la paroi la plus proche. Je sais, ça fait huit ans, huit putains longues années mais c'est encore là, Malefoy, là…
Il se tambourina la poitrine et, suspendant ses housses à vêtements au rebord du miroir dans son dos, Malefoy lui attrapa le poignet. Il le prit ensuite dans ses bras et Harry posa son front sur son épaule. Il recula presque aussitôt et son front rencontra durement celui du blond.
- On doit le dire à quelqu'un… fit-il alors.
- Et que crois-tu que nos amis vont dire, hein ? Enfin, pour le peu de contact que tu as gardé avec ceux de Poudlard…
- Il y a toujours McGonagall et Rogue… Ils comprendront, j'en suis certain.
- Peut-être. Quand veux-tu y aller ?
- Le plus tôt possible, l'ambiance va rapidement devenir malsaine, je le sens.
- Très bien.
Le blond inclina la tête puis il remit l'ascenseur en route et ils rentrèrent à l'appartement. Le lendemain matin, ils transplanaient à Pré-a-Lard.
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Et voilà ! J'espère que ce chapitre vous as plu, à demain soir pour le 6 !
PS : ATTENTION ! Le chapitre de demain contiendra un flashback spécial qui risque de déplaire, sinon choquer certaines personnes. J'en dirais plus demain, mais je préfère prévenir à l'avance. Merci !
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