Bonsoir, bonsoir ! Bien, bien, voici donc le septième et avant-dernier chapitre de cette brève histoire.

Petit avertissement avant que vous ne continuiez votre lecture, dans ce chapitre, outre le couple Drago/Harry, il est fait mention d'une particularité que certains risquent de ne pas aimer : le M-preg. C'est plus ou moins le point central de cette histoire, ainsi que de sa suite, mais je ne m'éternise pas dessus, ce sont des souvenirs, n'oubliez pas.

Enfin voilà ! Aller, bonne lecture !

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Chapitre 7

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Rogue était blanc. Encore plus pâle que d'habitude et devant lui trônaient bouteille et verre de Old. Il amena son verre à ses lèvres et but une longue gorgée en silence avant de le reposer lentement sur les copies à corriger.

De très longues secondes s'écoulèrent alors et, regardant Harry, Malefoy tendit le bras et le brun lui prit les doigts. Ce geste tira Rogue de ses pensées perturbées et il se racla la gorge.

- Vous… fit-il d'une voix un peu aiguë. Hem, vous vous êtes donc… embrassés. Vous… Comme ça, sans…

- Sans raison réelle, non, répondit Malefoy. Telle a été notre première erreur…

- Votre ? répéta Rogue. Pourtant, Potter, c'est vous qui avez…

- Oui, mais il aurait pu me repousser, il n'en a rien fait… répondit le Gryffondor.

- Certes… donc, votre première erreur a été d'échanger un baiser dans un moment de… on va dire d'inquiétude. J'admets que cela peut arriver, j'ai connu cela quand j'étais jeune, mais c'était dans le but de calmer la fille en face de moi, c'est moins douloureux qu'une gifle.

Les deux plus jeunes eurent un sourire et Rogue les regarda alors.

- Première erreur, donc ?

Harry baissa aussitôt le nez.

- Je vois, reprit Rogue. La seconde erreur a été, j'imagine, de franchir le palier suivant… Et quand… ?

Malefoy se mordit l'intérieur de la joue.

- Fin février.

- Un mois après, donc… Vous n'avez pas perdu de temps.

- J'étais convoqué au Manoir, Monsieur, protesta Malefoy. Vous le saviez, n'est-ce pas ?

- Non, je l'ai ignoré jusqu'à votre cérémonie d'intronisation, au mois d'août de cette même année… C'est d'ailleurs à ce moment là que j'ai apprit qui avait réussi à persuader le Lord de maintenir la date initiale de l'intronisation… mais j'ignore pourquoi il a accepté.

Son regard d'encre se posa sur Harry qui eut un violent frisson. Rogue s'éclaircit alors la voix et s'adossa contre son fauteuil, son verre à la main.

- Mais continuez donc, fit-il. Vous avez couché ensemble fin février, et ensuite ?

- Étrangement, nous nous entendions mieux que bien, expliqua Harry. Nous prenions de plus en plus de plaisir à nous retrouver après nos entraînements de Quidditch et alors, bien qu'épuisés, nous continuions à échanger nos savoirs respectifs. Nos notes s'en sont rapidement fait sentir, du reste. Mais si la qualité de nos devoirs s'accroissait, l'humeur et l'état psychologique de Malefoy, lui, se dégradait à vue d'œil au fur et à mesure qu'approchait la date fatidique. Un week-end, pour lui changer les idées, j'ai donc proposé que nous partions à Londres.

- L'excuse de votre mère souffrante ? demanda Rogue en haussant les sourcils en direction de Malefoy. Et vous… un rendez-vous au Ministère ?

- Vous avez bonne mémoire. Mais le rendez-vous était réel, répondit Harry. Je devais bel et bien rencontrer Marius ce jour-là, et c'était l'occasion de nous retrouver, Malefoy et moi, dans un autre contexte que Poudlard… Et pendant une journée entière, nous n'avons pas eut à nous cacher. Un simple sortilège de Désillusion et nous avons pu nous promener dans les rues comme n'importe quel couple…

- Je n'étais vraiment pas bien à cette époque-là, enchaîna Malefoy en grimaçant comme de rudes souvenirs remontaient à la surface de son esprit. Je me sentais faible d'esprit et souffreteux de corps, je réfléchissais jour et nuit, je faisais des cauchemars affreux et sans Potter, je pense que j'aurais craqué beaucoup plus tôt…

Les deux anciens amants échangèrent un regard empli de douceur et Rogue serra la bouche.

- Je n'ai strictement rien vu ! s'exclama-t-il alors, comme choqué. Rien, rien ! Comment est-ce possible ? Usiez-vous de magie pour duper votre entourage ?

- Ce fut notre intention au début, oui, avoua Harry. Mais nous ne l'avons finalement pas fait. Nous sommes simplement de très bons acteurs…

Malefoy eut un sourire qu'il rangea rapidement.

- Ce samedi, quand nous étions à Londres, j'avais oublié mes soucis pendant quelques heures mais quand nous sommes rentrés au château, tout est revenu au triple galop et je me suis effondré littéralement. Ce n'était pas un jour où nous devions nous retrouver, Potter et moi, mais je l'ai appelé à l'aide quand même parce que je sentais que j'étais au plus bas…

- Quand j'ai vu son message sur mon parchemin, j'étais en train de réviser avec Hermione et Ron, j'ai aussitôt prétexté en avoir assez et devoir aller m'aérer la tête, continua Harry. Quand je suis arrivé chez nous, je l'ai trouvé roulé en boule dans un coin de la pièce, les bras autour des jambes, sa baguette serrée dans sa main tremblante, à marmonner comme un autiste. J'ai eut très peur de le perdre…

Rogue déglutit ce qui fit comme un juron dans l'épais silence qui s'installa alors.

- Vous alliez si mal que cela ?

- Oui, acquiesça Malefoy. Je faisais en sorte de ne le montrer à personne, je me forçais à rire et à sourire face aux autres, mais mon cœur était renversé, je ne parvenais plus à penser rationnellement, j'étais complètement terrorisé, je voyais la Marque des Ténèbres partout, j'entendais siffler à mes oreilles… J'avais déjà été tatoué mais je ne sais pas, soudain, elle m'obsédait, me terrorisait, me démangeait, me brûlait… J'avais envie de prendre un couteau et de m'arracher la peau, de la faire disparaître… Ce soir-là, Potter et moi avons passé la nuit ensemble, d'abord en tout bien tout honneur, lovés l'un contre l'autre, enfin surtout moi serré contre lui parce que j'étais inconsolable, puis une chose en entraînant une autre…

- Au matin, nous nous sommes réveillés dans les bras l'un de l'autre et le mal avait été fait, acheva Harry.

- Le « mal » ? Coucher avec la personne que l'on aime n'est pas un mal, au contraire… s'étonna Rogue. Je veux dire… Si les deux personnes sont consentantes, pourquoi y voir un mal ?

- Parce qu'après cela, tout est parti à vau-l'eau…

Rogue pencha la tête sur le côté. Il invoqua deux verres à whisky de plus, d'un geste de la main, puis enjoignit Harry à continuer de raconter ses souvenirs…

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Harry marchait dans le parc du château. Il faisait froid en cette fin février. Il y avait encore de la neige par grandes plaques mais la météo n'en prévoyait plus et le soleil, bien que présent, ne réchauffait que les cœurs à défaut des peaux.

Les mains dans les poches, Harry essayait de ne pas penser à ce qu'il s'était passé, deux jours plus tôt, entre Malefoy et lui. Lorsqu'il s'était réveillé, nu, dans un lit qui lui était inconnu, avec sur le ventre une chevelure blonde bien connue, elle, il en avait aussitôt éprouvé un étrange soulagement, immédiatement remplacé par une honte indescriptible qui l'avait poussé à se lever et à quitter le lit. Il avait croisé le regard paisible de Malefoy avant de quitter la chambre après avoir enfilé en tout hâte pantalon et chemise… Il ne l'avait pas revu de tout le dimanche et pendant les cours, aujourd'hui lundi, ils s'étaient ignorés et chamaillés comme d'habitude.

Regardant le soleil qui déclinait, Harry se mordit l'intérieur de la joue. Ils avaient couché ensemble, tous les deux… Il avait couché avec Malefoy !

Un frisson lui hérissa l'échine et il sortit ses mains de ses poches comme toute la nuit lui revenait en mémoire. Il croisa les bras et laissa perdre son regard sur le Lac Noir, paisible. Comment est-ce que c'était arrivé ? Comment avaient-ils pu en arriver là en se retrouvant simplement quatre fois dans la semaine pour réviser ? Jamais il n'y avait eut d'allusions quelles qu'elles soient durant le premier mois et même après leur premier baiser, durant le mois dernier, à part des baisers et des accolades, jamais ils n'avaient eut…

Harry secoua la tête. Un frisson de froid lui secoua le corps entier et il décida de rentrer. Dans une heure environ, il serait sur le terrain de Quidditch à se faire harceler par le Capitaine, un certain Gregor Karpov, et il n'en avait pas envie, à sa plus grande surprise. Ce garçon était un transfuge de Durmstrang qui avait atterrit on ne sait comment à Gryffondor en début d'année alors que tous ses collègues de l'ancien collège russe avaient terminé à Serpentard, et il était carrément odieux avec son équipe. Chacun l'avait tour à tour rapporté à McGonagall mais malgré des avertissements de sa part, Gregor restait affreux avec ses camarades de Quidditch et les entraînements tournaient parfois à la rébellion.

Regagnant son dortoir pour se changer, Harry se fit harponner par Ron en bas des escaliers mobiles.

- Hey vieux ! Dis donc t'étais où ce matin, toi ? Ton lit était même pas défait, t'as passé la nuit dehors ? demanda le rouquin en lui sautant sur le dos.

- Lâches-moi, rigola le brun. Et non, je me suis levé très tôt c'est tout, et un Elfe de maison a du passer juste après moi pour faire le lit, mentit-il.

- Et… Ouais bon, laisses tomber. On va à l'entrainement ?

- Ouaip. Mais Karpov commence vraiment à m'échauffer les oreilles…

- Pareil. Et McGo qui ne veut rien faire… Un jour, il va tomber de son balai et il ne va pas comprendre pourquoi, cet abruti…

Ron avait froncé les sourcils et serré le poing. Harry ne répondit rien. Il avait imaginé Karpov dégringolant de son balai à plusieurs reprises, soit parce que quelqu'un le bousculait, soit lors d'une manœuvre d'évitement de Cognard… ou autre. Mais le bougre était agile et il volait même la plupart du temps rien qu'à la force de ses cuisses qu'il avait épaisses et triangulaires… Il était un sportif de haut niveau, impossible à nier. Mais de haut niveau, il était aussi un emmerdeur…

Harry secoua son manteau rouge et or. Orné dans le dos de son nom, il avait une grande classe quand même, mais tout en l'enfilant, l'Attrapeur le plus jeune de l'histoire de Poudlard ne pensait pas vraiment à son entrainement, mais plutôt à ce qui allait le suivre, à avoir ses retrouvailles avec Malefoy. Toute la journée de la veille, toute la nuit passée et toute la journée d'aujourd'hui, il n'avait cessé d'avoir de brefs flashs de sa nuit passée avec le blond, et cela l'avait fortement troublé mais il avait essayé de ne rien en laisser paraître. Force était de constater que ses efforts avaient payé car ni Ron ni Hermione ne lui avaient demandé s'il allait mal ou s'il lui était arrivé quelque chose dont il aurait envie de parler…

- Potter ! Bouges, aller !

La voix tonitruante à l'accent russe à couper au couteau, déchira la nuit. Harry sursauta et serra ses doigts sur le manche de son balai tout en marmonnant quelque chose. Karpov se porta immédiatement à sa hauteur.

- Tu disais ? fit-il. Écoute, ça sera très simple de te trouver un remplaçant si tu es incapable de voir ton Vif d'Or dans le noir !

- Quoi ?

Harry manqua basculer.

- Mais tu es malade, Gregor ! s'exclama-t-il en se redressant, serrant les genoux sur son balai. Me remplacer ? Tu veux me remplacer ?! Tu as un grain, sérieux !

- Ah ouais ? Pourquoi ? Je suis le Capitaine de cette équipe ! Je fais ce que je veux !

Attirés par la dispute, les autres joueurs s'approchèrent.

- Qu'est-ce qu'il y a encore ? demanda Ron.

- Il vient de me menacer de me remplacer ! répliqua Harry. Qui est capable de voir le Vif d'Or dans la nuit mieux que moi, hein ?

Harry fronça les sourcils. Soudain, il empoigna son balai et plongea. Il se posa, jeta sa monture sur son épaule et traversa le terrain à grande enjambées.

- Potter ! Potter ! hurla alors Karpov. Reviens ici c'est un ordre ! Je vais te virer ! Fais gaffe !

- Fais ! répondit Harry, à l'entrée du terrain. Tant que tu seras notre Capitaine, je ne remettrais plus les pieds ici !

Sur ce, il disparu dans la nuit et les autres joueurs se mirent à chuchoter entre eux. Karpov les regarda les uns après les autres et Ron s'approcha doucement.

- Je pense parler au nom de toute l'équipe, Gregor, en disant qu'on en a marre…

- Marre ? gronda Karpov en faisant rouler les R. Marre de quoi ?

- Marre de toi… souffla une Poursuiveuse.

- Marre de tes hurlements…

- Marre…

- Marre…

Karpov tournait la tête comme une girouette. Soudain, il serra les mâchoires et, juché sur son balai, il arracha le bandeau doré qui lui ceignait le biceps et qui indiquait aux autres qu'il était le capitaine de l'équipe et, le jetant à Ron, il s'exclama :

- Voilà ! Vous êtes contents ? De toute façon, je savais que Gryffondor n'était qu'un ramassis de lâches !

Il plongea alors, se posa brutalement et s'en alla.

- Bon… fit soudain Ron en regardant le brassard doré. Qui veut être le Capitaine ?

- Potter, répondit l'un des deux Batteurs.

- J'ai dit qui veut…

- Potter, insista le même joueur. C'est à lui d'être notre Capitaine, à personne d'autre.

- Bon… Tout le monde est d'accord ?

Tout le monde hocha la tête puis Ron déclara que l'entrainement était terminé même s'il n'avait commencé que depuis vingt minutes. Tous les joueurs retournèrent donc dans le vestiaire se changer, sans un mot, et Ron partit ensuite à la recherche de son meilleur ami pour lui annoncer la décision de l'équipe.

Mais Harry s'était réfugié dans son « antre », celle qu'il partageait avec Malefoy depuis deux mois et, assis sur le tapis devant la cheminée, il ruminait sa colère contre Karpov. Cela faisait longtemps qu'il avait envie de tout plaquer comme ça et de quitter l'entrainement, mais il savait que le jeune homme allait le lui faire payer dès le mercredi matin.

Il était tellement furieux qu'il en avait complètement oublié Malefoy et leurs tourments, et quand le Serpentard se montra, aux environs de dix-neuf heures, et qu'il trouva son compagnon en train de marmonner après les flammes tout en assénant aux bûches de furieux coups de tisonnier, il resta perplexe.

- Potter ?

Harry sursauta plutôt violemment et de braises jaillirent sur le tapis qui se mit aussitôt à fumer. Le brun écrasa les braises du poing puis soupira en s'asseyant sur ses talons. Malefoy le rejoignit et, quand il se pencha pour s'asseoir, le Gryffondor s'écarta légèrement.

- Tu es en colère contre qui ? demanda prudemment le Serpentard en s'asseyant en tailleur. Contre moi ?

- Toi ? Pourquoi serais-je en colère contre mon petit-ami, hein ? rétorqua Harry peut-être un peu sèchement.

Malefoy serra les lèvres et Harry grommela.

- Désolé, fit-il. Je n'avais pas à te répondre sur ce ton…

- C'est rien… Je te pardonne si tu me dis ce qui te tracasses.

- C'est cet abruti de Karpov. J'ai quitté l'entrainement sur un coup de tête, il va me le faire payer, mais j'en peux plus. Il hurle sur les joueurs, tout le monde en prend plein la poire depuis le début de l'année, c'est devenu insupportable.

- Et McGonagall n'a rien fait ?

- Non. Elle lui a donné deux ou trois avertissements, mais c'est tout…

- Je vois…

Un silence s'installa alors Malefoy se leva soudain. Harry le suivit des yeux et le regarda ensuite déballer son sac de cours et sortir classeur et livres.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- On est ici pour réviser, non ? Alors révisons.

La bouche d'Harry s'entrouvrit toute seule. Il se leva alors lentement et resta planté dos à la cheminée. Pendant quelques secondes, il serra et desserra le poing droit et soudain, il prit une inspiration.

- Non, le coupa aussitôt Malefoy. Ne dis rien.

Harry souffla dans la foulée.

- Mais… ? fit-il. Malefoy, est-ce que… est-ce qu'on va… faire comme si de rien n'était ? Je veux dire…

Dos à Harry, Malefoy baissa la tête, les mains sur son sac. Il serra les mâchoires puis se redressa et pivota.

- C'est de ma faute, dit-il. Je n'étais plus moi-même, je perdais pied, je t'ai appelé au secours, tu es venu et nous avons été emportés par… tout ça. Cela n'aurait jamais du arriver. Pas maintenant du moins.

Harry eut une ombre de sourire qu'il rangea aussitôt. Il traversa alors le tapis marron et vint prendre son compagnon par les hanches. Il appuya ses hanches contre les siennes et déposa son front contre le sien.

- Mais c'est arrivé, fit-il en reculant la tête une poignée de secondes plus tard. C'est arrivé et ni toi ni moi ne devons en avoir honte.

- Qui a dit que j'avais honte ? demanda Malefoy.

Il s'écarta alors et s'approcha d'une bibliothèque un peu déplumée où se trouvaient des copies de leurs livres de classe afin qu'ils n'aient pas à se trimbaler en permanence les encombrants ouvrages.

- Je n'ai pas honte d'avoir couché avec toi l'autre nuit, Potter, reprit le blond en attrapant un livre. Je n'ai pas et n'aurait jamais honte. Je ne pensais seulement pas que nous passerions à ce niveau de notre relation après seulement un mois…

Il pivota, regarda Harry et déposa le livre sur la table près de ses affaires. Harry passa sa langue sur ses lèvres.

- Cela ne se reproduira pas avant bien des mois, sinon des années, reprit le Serpentard.

- Tu n'auras pas autant de temps, chéri, répondit le brun. Et moi non plus. Dans moins d'un mois tu seras intronisé Mangemort, et moi je mourrais peut-être dans la foulée… Crois-tu que je sois en mesure d'attendre des mois, des années, avant de te remettre dans mon lit et de t'aimer comme tu le mérites ? Ma vie est très incertaine avec cette face de serpent qui rôde là-dehors…

Malefoy serra les mâchoires. Il se mordit ensuite la lèvre supérieure et soupira brièvement par le nez en secouant la tête.

- Excuses-moi, fit-il.

Harry secoua le menton. Ils s'étreignirent ensuite un long moment puis, après un baiser, ils entreprirent de tourner la page et se mirent réellement au travail, assis côte à côte à la petite table ronde, épaule contre épaule.

Le mois de mars commença avec le soleil ce qui enchanta tout le monde et remonta le moral de Malefoy. Chaque fois qu'il retrouvait Harry dans leur ancienne salle de classe transformée au fil des jours en un petit appartement cosy avec tout le confort, il lui faisait part de son malaise concernant son intronisation trop proche à son goût. Il n'était pas prêt, absolument pas, et du reste, il ne voulait pas que cette horrible Marque souille à nouveau sa peau et devienne ainsi permanente et horriblement visible. Il demandait de l'aide, à toutes les personnes qu'il connaissait, mais toutes lui répondaient que c'était le vœu de son père, et qu'un testament est tenu d'être respecté et appliqué à la lettre.

- Je ne comprends vraiment pas pourquoi ce notaire réagit comme ça…

Harry posa la lettre que Malefoy avait reçue dans la matinée.

- Ce mec t'oblige à accepter un destin funeste simplement parce que ton père l'a marqué et désiré dans son testament ! C'est totalement illogique !

- Clair… De plus, ce gars est un pro magie blanche, la magie noire le répugne, il a passé des années à essayer de convaincre mon père de laisser tomber les Mangemorts, quand Voldemort avait disparu… Je ne comprends vraiment pas pourquoi il s'acharne à maintenir cette clause testamentaire alors qu'il sait parfaitement que je suis le dernier des couards.

Adossé contre Harry, Malefoy serra le poing sur le genou du Gryffondor. Celui-ci lui caressa la main et l'embrassa alors dans les cheveux. Malefoy ferma les yeux et apprécia le contact puis il posa sa tête sur l'épaule du brun et celui-ci entreprit de lui dévorer la gorge. Malefoy se mit aussitôt à glousser.

- Tu me chatouilles ! fit-il en repoussant la tête brune en bataille.

Harry pouffa dans son cou et Malefoy se tortilla aussitôt. Il s'écarta alors et ils se retrouvèrent tous deux allongés côte à côte sur le tapis de laine marron. Se glissant sur son compagnon, Harry alla lui capturer les lèvres puis, se relevant sur un coude, il lui sourit et repoussa les mèches blondes éparpillées sur le front pâle.

- Tu sais quoi ? fit-il alors doucement. Je crois que je suis en train de tomber amoureux…

Malefoy fronça aussitôt les sourcils et roula sur le flanc. Il se releva et Harry se redressa brusquement.

- Hé ! fit-il. Où tu vas, qu'est-ce que… Malefoy !

Mais le blond s'était éloigné et empoignait déjà son sac et sa cape.

- Malefoy…

Harry bondit sur ses pieds et saisit le blond par l'épaule. Celui-ci pivota et Harry lui attrapa le menton.

- Je suis désolé, je n'aurais pas du dire ça… fit-il en le regardant droit dans les yeux. J'ai manqué de tact, pardon.

Malefoy se dégagea d'un mouvement du menton et baissa ensuite le nez. Il secoua la tête.

- Ne t'excuse pas d'être spontané. Jamais. D'accord ?

Harry sourit doucement. Il lui releva la tête de l'index et l'embrassa doucement. Malefoy lui rendit le baiser puis regarda la pendule qui sonna vingt heures.

- Il faut aller dîner, fit-il. Nous allons être en retard et se faire remarquer est précisément ce que nous voulons éviter.

- C'est vrai.

Harry lui décocha un large sourire, lui ravit la bouche plus passionnément puis le poussa hors de leur cachette secrète. Malefoy disparu dans les ombres du couloir et le brun alla alors ranger un peu et rassembler ses propres affaires pour rejoindre Ron et Hermione dans la Grande Salle.

Toutefois, le jour fatidique fut là et Malefoy réalisa brusquement, un samedi matin, alors qu'il était sur le chemin pour retrouver Harry après son entrainement de Quidditch, que le soir même il allait devoir partir du château et se rendre à Little Hangleton. Demain à midi pile, il serait intronisé Mangemort et serait alors à la merci de Voldemort, jusqu'à ce qu'il se fasse tuer.

Alors, même si Rogue allait l'accompagner jusqu'au manoir du Lord, afin de récolter des informations pour McGonagall, il n'en était pas plus rassuré car Rogue, tout professeur qu'il était ici, à Poudlard, n'était qu'une merde sous la chaussure de Voldemort en sa présence… comme tous les autres Mangemorts, peu importe qu'ils soient Éboueurs ou Avocats dans la vraie vie !

- Tu as peur ?

- Je suis mort de trouille… Regarde…

Malefoy leva la main. Elle tremblait. Harry la prit alors dans la sienne et l'embrassa doucement. Il prit ensuite le blond dans ses bras et le serra fortement. Quand il le repoussa, il lui caressa la joue et s'éloigna ensuite.

- Toi, tu as quelque chose à me dire, fit Malefoy en invoquant du thé pour deux et des petits gâteaux.

- Oui et non en fait…

- Mais encore ? Viens…

Harry alla s'asseoir à table et Malefoy demanda à la théière de les servir. Un silence passa et le blond alla pour reprendre la parole mais Harry lui coupa l'herbe sous le pied.

- Je vais partir avec toi, ce soir, annonça-t-il.

La théière eut un sursaut et son couvercle en argent tinta. Elle se figea et, tournant son bec vers Malefoy, comme si elle le regardait avec étonnement, elle s'immobilisa.

- Tu vas… quoi ? demanda alors doucement le Serpentard en faisant signe à la théière de reprendre le service. Il en est hors de question, tu entends ? Si tu te pointes au Manoir, il va te mettre en pièce sur le champ !

- Non, répondit Harry. J'ai réfléchi à ça pendant tout le mois de mars, j'ai retourné dans ma tête toutes les situations possibles et inimaginables… Je vais aller là-bas avec toi et lui demander de remettre la date de ton intronisation au mois d'aout, comme c'était prévu initialement par ton père.

Malefoy plissa le nez.

- Et… pourquoi tu ferais ça ?

- Parce que je t'aime et que je ne veux pas que la fin de ma dernière année à Poudlard soit entachée par une relation qui s'est terminée par un cœur brisé ! répondit Harry avec véhémence. Malefoy, je ne supporterais pas de continuer à sortir avec toi en voyant chaque jour cette horrible marque noire sur ton bras et en sachant que Voldemort sera là, dans un coin de ton cœur et de ton esprit, à nous épier ! Actuellement, elle est à peine visible et cela m'est égal car je sais qu'elle est en train de disparaître, mais quand elle sera définitive…

Le Serpentard déglutit douloureusement. Sa vue se brouilla soudain et une larme glissa sur sa joue. Il se mit ensuite à pleurer et ses sanglots saccadés mirent le cœur d'Harry sans dessus dessous. Il le prit alors dans ses bras et le blond se laissa glisser sur ses cuisses. Harry lui caressa les cheveux pendant un long moment et le thé était froid quand les larmes du blond se furent taries.

- Je t'aime aussi Potter, déclara-t-il alors en se redressant. Je t'aime et tu es ce qui m'est arrivé de mieux dans ma foutue vie de fils de Mangemort. Ça et…

Malefoy serra les mâchoires et, prenant la main d'Harry dans la sienne, il la glissa contre son ventre en fixant le brun dans les yeux. Celui-ci, d'abord surpris, vira carrément au blanc caillé quand son esprit comprit. Il retira alors sa main et la regarda comme s'il s'était brulé. Soudain, il se leva et s'éloigna vers la cheminée, les mains nouées sur la nuque. Malefoy resta assis, lui, et entendit son compagnon marmonner tout seul. Soudain, le brun se retourna et le Serpentard sursauta. Il ferma les yeux et baissa la tête, se préparant à, sinon recevoir un coup, se faire sauvagement houspiller. Mais ce ne fut pas le cas. Au bout de plusieurs secondes, il osa rouvrir les yeux et regarda vers Harry qui était debout au milieu du tapis, les bras ballants.

- Tu… Potter, tout va bien ? demanda-t-il prudemment. Est-ce que…

Harry eut un léger sursaut. Il regarda alors Malefoy de ses yeux verts et s'approcha. Il se rassit à sa place et attrapa sa tasse de thé, fit apparaître une bouteille de Old, en versa une grande rasade dans le liquide ambré… avant de se raviser et de terminer la bouteille au goulot. Malefoy la lui arracha aussitôt des mains.

- Arrête ! fit-il. Arrête et parles-moi ! Potter, je t'en supplie, parles-moi !

- Parler ?

La voix du brun était sourde.

- Parler… Tu veux parler ? Alors parlons, fit-il. C'est une blague, n'est-ce pas ? Comment… Merde, tu es un mec, putain, un mec avec une queue et des couilles ! Comment tu peux… Comment tu peux…

Harry donna soudain des poings sur la table et posa son front sur le rebord du plateau. Le service à thé sursauta et Malefoy le fit disparaître par mesure de prudence. Étrangement, il était calme, lui, très calme même. Bon, il avait eut… trois semaines pour se faire à l'idée aussi, mais quand même, il ne pensait pas qu'il aurait pu rester aussi calme…

- Potter… Potter, je ne sais pas comment… comment c'est possible, mais c'est arrivé et…

Harry releva alors la tête. Il tourna lentement son visage vers le blond et le regarda sans rien dire pendant quelques secondes.

- Tu es enceint… fit-il alors. Tu es un mec, et tu es enceint…

Malefoy déglutit. Il hocha lentement la tête et, posant ses mains sur le bras du Gryffondor, il serra les doigts et se rapprocha.

- J'attends un bébé, oui, et je ne sais pas comment c'est possible… Mais c'est arrivé quand même…

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Et voilà ! Me tapez pas pour avoir coupé là, je sais, c'est sadique, mais sinon, ça aurait fait trop long !

Allez, à demain pour le dernière chapitre de cette première partie !

Bisoux !